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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 12:51
Alors que les établissements bancaires renouent avec les profits, que la BNP va verser 500 millions d'euros à ses traders au titre de l'année 2009 et la Société Générale 250 millions d'euros, par exemple, il semble évident que les excès d'avant la crise ont repris de plus belle dans le secteur bancaire.

Les promesses de "moralisation du capitalisme" du G20 auront fait long feu.

Certains économistes de renom n'hésitent plus à affirmer que "Tout est en place pour une nouvelle catastrophe économique mondiale".


Dans le même temps, des voix s'élèvent pour dénoncer la solution qui semble pourtant être de bon sens : la coordination financière internationale.


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L'illusion de la coordination financière internationale

L'idée de coordination mondiale, comme celle de gouvernance mondiale, sonne bien. Mais la réalité est qu'elle est incapable de produire des réglementations fortes, adaptées à une situation de crise. Rendons aux États la capacité d'adopter des réglementations qu'ils estiment nécessaires à leur pays. La politisation du débat réglementaire est l'antidote à la tendance d'être sous l'emprise des banques.

Lorsque le président américain Barack Obama a annoncé fin janvier son intention de mettre en place des réglementations plus sévères pour les banques, il n'espérait pas se faire des amis à Wall Street. Sans surprise, Goldman Sachs et d'autres firmes de Wall Street se sont montrées dubitatives sur ces "réglementations Volcker" et nombre de républicains au Congrès, de même que certains démocrates, pensent que ce projet vient trop tard et qu'il pourrait interférer avec les autres réformes en cours.

Mais c'est la réaction internationale qui est sans doute la plus inattendue. L'initiative américaine a été fraîchement accueillie en Europe car perçue comme un geste unilatéral, susceptible de fragiliser la coordination internationale. Elle semble même entrer en violation avec les engagements du G20. Et au forum de Davos, le député américain Barney Frank fut surpris de découvrir que la plus grande opposition au projet américain provenait des régulateurs internationaux. Pour l'un d'eux, les mesures proposées ne feraient que créer une "confusion" réglementaire. L'éditorialiste du "Financial Times" Martin Wolf a accusé les États-Unis d'intégrer des "idées nouvelles et dérangeantes", qui seront "inapplicables en dehors des États-Unis" et donc source "de difficultés dans la coordination internationale". Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, est sorti de sa réserve, en soutenant que les réformes du système financier mondial ne devraient pas être déterminées en fonction du bon vouloir de chaque pays. "Nous devons être coordonnés", a-t-il déclaré.

La coordination mondiale, comme la gouvernance mondiale, sonne bien. Mais la réalité est qu'elle est incapable de produire des réglementations fortes, adaptées aux impératifs économiques et politiques nationaux. C'est pourtant ce dont ont tant besoin les marchés au lendemain de la crise. Dans un monde de souveraineté politique, encourager une harmonisation internationale est une recette qui ne peut donner que des réglementations faibles et inefficaces. C'est l'une des raisons pour lesquelles les banquiers adorent la coordination internationale. De nombreux spécialistes voient dans le Comité de Bâle, en charge des standards mondiaux prudentiels, l'apogée d'un système d'élaboration de réglementations. Il en est pourtant à la troisième version de ses directives en trois décennies. La dernière grande idée du Comité de Bâle était que les grandes banques doivent calibrer leurs niveaux de fonds propres sur la base de leurs propres modèles de risques. La récente crise a montré la limite de ce raisonnement.

Lorsque les régulateurs mondiaux restent assis dans leurs bureaux, ce sont bien les banquiers qui remportent la partie. Rendre ce processus aux autorités politiques ferait basculer la balance du pouvoir en faveur des législateurs et des parties prenantes. Les banquiers et leurs alliés économistes pourront le regretter, mais c'est comme cela que cela doit être. La politisation est l'antidote nécessaire contre la tendance technocrate à être sous l'emprise des banques. La responsabilité démocratique est notre seule protection contre un retour à une réglementation allégée.

La responsabilité démocratique donnerait aussi naissance à une diversité de réglementations - chaque pays agissant selon son gré - et ce n'est pas non plus une mauvaise chose. Si les États-Unis veulent imposer des limites de taille et des niveaux de fonds propres réglementaires aux banques, ils doivent être libres de le faire. Si l'Europe veut concevoir ses propres règles pour les agences de notation de crédit et les fonds spéculatifs, elle devrait tout simplement le faire. Naturellement, la diversité des réglementations exigerait des contrôles financiers transfrontaliers pour s'assurer que les banques ne se soustraient pas aux réglementations nationales en opérant depuis des juridictions étrangères. La règle devra être : "Si vous voulez servir mon marché, vous devrez jouer selon mes règles." La diversité des réglementations serait sans doute assez coûteuse pour les banques, qui devront s'ajuster à différentes réglementations. Mais nous souffrons d'un trop-plein de mondialisation financière, et non le contraire. Une forme de segmentation financière n'est pas un prix trop cher à payer.

Dani Rodrik, professeur à l'université de Havard

 

 

Source : LA TRIBUNE

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