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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:39

 

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DebtOcracy - An 1 après FMI : "Oui à la révolte, non à la misère"

Papandréou a rappelé au "groupe de Francfort" que le peuple grec, qui hurle dans les rues mais est absent des négociations, existe. DebtOcracy, documentaire sorti en avril sur internet, a été vu par 500 000 personnes la première semaine, un million après quelques semaines, et a aujourd’hui dépassé les 2 millions de spectateurs sur internet.

Ah, Debtocracy s’appelle en fait XPEOKPATIA et est un film grec, en grec, réalisé par Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou, ancien de BBC World. Il a été sous-titré en 6 langues européennes en mai, et a depuis été diffusé sur plusieurs chaînes de télévision étrangères, dont le Japon. Ce qui donne une idée de son audience dans une Grèce d’un peu moins de 11 millions d’habitants.

 

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Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou, les 2 co-réalisateurs de DebtOcracy 

Une image et un montage soignés y mettent en valeur des entretiens avec des économistes de gauche, mais aussi des multiples interventions publiques d’hommes politiques et de personnalités de tous bords. Un film qui nous apprend ou rappelle beaucoup de choses en écoutant les langues du continent : grec, français, espagnol, allemand…

Sans surprise, ce film est la vidéo de référence numéro 1 de l'Appel à un audit citoyen de la dette publique lancée il y a quelques jours (voir ici), qui posait dans son texte les questions qui sont au cœur du documentaire.

Le constat est simple : dans la crise grecque et la crise de l’euro, on s’occupe avec zèle des créanciers – le premier "paquet" de 110 milliards d‘euros accordé à la Grèce en mai 2010 a été alloué aux banques à hauteur de 108 milliards souligne DebtOcracymais pas du peuple, la démocratie a oublié son δμοςpour devenir une "detto-cratie".

Ségolène Royal l’avait bien compris, elle qui répète depuis des mois, et le 19 juin encore sur France 3 :

« La vraie question c’est de savoir si ce remède de cheval, qui a déjà été imposé à la Grèce et à d’autres pays a donné des résultats. La réponse est non. […] On voit d’ailleurs les peuples se soulever, puisqu’il y a non seulement une crise économique, mais aussi une crise sociale, et maintenant la crise politique dans les pays. […] Qu’est-ce qu’il faut faire dans l’immédiat ? […] C’est d’abord, premièrement, moraliser le capitalisme financier », faire la réforme bancaire, taxer les transactions financières, permettre à l’Europe d’emprunter sur les marchés en se passant des banques, et interdire la spéculation sur la dette des Etats.

Après un rapide panorama de la situation en Grèce, de l’histoire de la dette dans le pays – très ancienne, depuis la Révolution de 1821 contre l’empire ottoman, mais avec une croissance rapide depuis les années 1980, période d’entrée dans l’Europe communautaire, et un ‘cartoon’ made in USA qui retrace l’histoire économique depuis la Guerre, on réalise que la Grèce, dès le départ, comme les autres pays de la "périphérie", n’avait aucune chance.

Aucune chance parce que l’entrée d’un poids-plume sur le ring de l’Union européenne, face au poids-lourd allemand, avec un ‘plan d’accompagnement et d’intégration’ pendant la ‘phase de transition’, ne laissait en réalité aucune chance à la Grèce. Pas d’arbitre, pas de régulateur, pas d’Europe politique, « un canard sans tête », disait il  a quelques mois Ségolène Royal. Pire, la ‘phase de transition’ est devenue une phase de mise au diapason de la mondialisation et a supprimé les "défenses immunitaires" de la Grèce vis-à-vis de l’extérieur.

Car la compétitivité de l’Allemagne est un mythe : DebtOcracy explique : « Les gouvernements allemands ont simplement déclaré la guerre à leurs propres ouvriers et gelé les salaires pendant une décennie. ».

La vice-présidente du parti de gauche radicale Die Linke, Sahra Wagneknecht, souligne : 

« [En Allemagne], ces dernières années, les augmentations nominales de salaires étaient de 7% contre 27% dans la zone euro. Avec une telle différence, c’est logique que les autres pays perdent en compétitivité. Lorsque les salaires baissent dans un pays et montent dans un autre, ne fut-ce qu’un peu, il va de soi que l’économie allemande devient plus compétitive et que les autres pays ne peuvent faire face. Avec l’euro, il n’est plus possible pour les pays de dévaluer leur monnaie. C’est ainsi qu’un mécanisme a été établi qui conduit dès le début exactement aux résultats d’aujourd’hui. »

Et DebtOcracy de comparer la situation de la Grèce vis-à-vis de l’euro à celle, il y a quelques années, de l’Argentine face au néolibéralisme pur sucre du dollar et de Washington : « Le pays vit sa zone euro » explique alors le documentaire. Deux choses à retenir de cette comparaison : il faut absolument lire au sujet de l’Argentine de cette époque l’excellent article de Ségolène Royal : "Ce qu’il faut retenir de la belle histoire de mon amie Cristina Kircher", qui vient d’être réélue (article ici). Et il faut retenir que c’est en hélicoptère que les dirigeants honnis des Argentins s’enfuyaient du pays. Comme Lucio Guttiérez en Equateur. Et comme à la fin du documentaire.

Alors quelle solution ? La réponse était déjà dans l’Appel à un audit citoyen de la dette publique lancé en France il y a quelques jours par un collectif national via Mediapart :

« Cette dette a-t-elle été tout entière contractée dans l'intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime? »


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Debtocracydéfinit alors la notion, appuyée sur une jurisprudence internationale de 1923 (Arbitrage Grande-Bretagne contre Costa Rica), de "dette odieuse", avec 3 conditions :

1. Le régime du pays a contracté les prêts à l’insu et sans l’assentiment des citoyens du pays.

2. Les prêts ont été gaspillés dans des activités contre les intérêts des citoyens.

3. Le prêteur était au courant de la situation et jouait l’indifférent.

Contrairement à ce qu’on peut penser, cette thèse n’est pas issue du marxisme, ni même de gauche, mais de la nation la plus capitaliste du monde : les Etats-Unis d’Amérique. Pour servir leurs intérêts bien compris, de Cuba en 1898 jusqu’à l’Irak – sans employer alors le terme, par peur de créer une jurisprudence qui pourrait leur nuire – à partir de la ‘libération’ du pays fin 2002.

Le cas de l’Equateur est alors abordé – pays potentiellement riche de ses productions vivrières, de son tourisme, et surtout, de son pétrole – ce blog avait salué l’expérience unique de l‘Equateur moderne du projet Yasuni, pour protéger la biodiversité en n’exploitant pas les 20% des réserves du pays enfouies dans le sol du parc naturel, contre la valorisation des crédits carbones et la mise à contribution des pays occidentaux (article ici).

Un pays « pillé » par les pays du Nord comme le dit Hugo Arias, qui est aujourd’hui le président de la Commission d’audit de la dette de l’Equateur, et plus précisément par ses deux médecins pratiquant la saignée, le FMI et la Banque Mondiale.

Dans les années 1980 et 1900, 50% des recettes pétrolières allaient à la dette, soit 4 milliards d’euros, contre 0,4 milliards à la Santé et 0,8 milliards à l’Education : « Nous assassinions notre peuple. », tranche Hugo Arias.

Entre alors en scène un jeune ministre des Finances, Rafael Correa, formé en Europe et aux Etats-Unis, connaissant bien la Banque Mondiale et le FMI, qui résiste au diktat de la Banque Mondiale et préfère démissionner plutôt que de plier. Immense popularité, et élection à la présidence de la République en 2006. Les cadres de la Banque Mondiale et du FMI sont priés de partir, certains iront en Grèce … « D’abord la vie, ensuite la dette », martèle Rafael Correa. Une Commission d’audit est mise en place et ses travaux sont tous rendus publics, les résultats communiqués au peuple. 70% de la dette est déclarée illégitime et Rafael Correa déclare la cessation de paiement sur cette « dette odieuse ».

La cessation de paiement a un effet bénéfique, alors que les financements ne cessent pas tout à fait, la Chine entrant en scène : les obligations équatoriennes chutent, parfois jusqu’à seulement 20% de leur valeur. L’Etat rachète discrètement 3 milliards de nominal de titres sur le marché pour un quart de sa valeur. Les dépenses sociales augmentent et la vie s’améliore.


D65 GS Sénat


Retour en Grèce. La dette y est entachée de soupçons, entre la dette envers Siemens, qui est englué dans la plus grande affaire de pots de vin d’Allemagne – 1,3 milliards d’euros versés à travers le monde, la dette « cuisinée » (= maquillée) par Goldman Sachs, comparé à un « dealer de crack » par un sénateur américain dans cette histoire, le coût pharaonique des Jeux olympiques de 2004, 9 milliards d’euros, le double de ce qui avait été prévu, sans les recettes en face – les travaux des Jeux ont fait fuir les touristes, le tout aux frais du contribuable grec, ou encore les ventes d’armement français (3 milliards selon Daniel Cohn-Bendit) ou allemand (1 milliard), armement allemand hypocrite car financé par emprunt qui devait être remboursé coûte que coûte pendant que Berlin demandait des baisse de salaire des fonctionnaires, des coupes dans les dépenses sociales et le recul de l’âge de  départ à la retraite. Bien sûr, s’ajoute à cela les agissements des banques, comme Goldman Sachs, conseillant l’Etat grec et spéculant contre lui. Les contrats signés sont-ils légaux ?

Depuis mars 2011, une Commission d’audit de la dette publique a vu le jour, soutenue par des académiciens, des écrivains, des artistes, des syndicalistes, originaires de nombreux pays. Il ne fallait pas que cette Commission d’audit soit une Commission soit une Commission de Sages nommés par le gouvernement, toujours soupçonnés d’être à la solde de ceux auxquels ils doivent leur place. Il fallait que l’initiative vienne du peuple.

Les réalisateurs du film n’envisagent pas de sortie de l’Europe, mais une sortie de l’euro comme il est aujourd’hui, dirigé par un « canard sans tête » à la solde des marchés financiers, livré au libéralisme du « groupe de Francfort » et aux « visiteurs du soir » de l’Elysée, les banques. Ils veulent le départ de la troïka, que le nouvel accord pour ‘sauver’ la Grèce ambitionne d’installer plus durablement encore aux cordons de la bourse à Athènes.

Avec 12% de Grecs soutenant cet accord selon les sondages grecs, le référendum envisagé par le Premier ministre Georges Papandréou semblait voué au ‘non’. Mais le « groupe de Francfort », autour du couple Merkel-Sarkozy, a ‘convoqué’ le Premier ministre grec à Athènes pour qu’il ‘s’explique’. Finalement, le référendum grec aura lieu dans un mois, le 4 décembre, et la question portera sur le maintien ou non de la Grèce dans la zone euro. Georges Papandréou est sur la sellette, autant auprès du peuple que du Parlement et qu’au sein de son gouvernement.

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Dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Christian Saint-Etienne, présenté comme un économiste, mais en fait vice-président du groupe Centre et Indépendants au Conseil de Paris (Nouveau Centre + anciens du Modem ralliés), qui est aussi passé au FMI et à l’OCDE, expliquait au JT de France 2 hier soir :

« Il faut quand même se souvenir que nous avons 330 millions d’habitants au sein de la zone euro, il n’y a que 11 millions de Grecs, donc on peut s’interroger sur les quelques 320 milliards de … millions de personnes… »

Une solidarité européenne qui fait chaud au cœur, bâtie sur une rigueur et un néolibéralisme débridé pour tous. « Un canard sans tête » disait Ségolène Royal. Le genre d’animal qui ne va pas bien loin.

Frédérick Moulin

 

Debtocracy International Version par BitsnBytes

 

Transcription par MEAG avec Ségolène Royal / F.M (45 dernières minutes)

 

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« Avec tant de lacrymogènes gratis, plus rien pour l’éducation gratuite. »

Alain Badiou, philosophe : les crises se soldent toujours par des mesures antisociales, antipopulaires, qui peuvent être extrêmement brutales et ça fait partie, naturellement, des moyens, pour le capitalisme, de redresser la situation. Son problème, c’est de les faire accepter, voilà. Son problème, c’est de les faire accepter, en usant … de violence …

À l’occasion du bulletin spécial de tempête économique, la démocratie laisse sa place à la Dettocratie.

« Pauvres ne vous bouffez pas entre vous, bouffez les riches, ils sont mieux nourris. »

Alain Badiou, philosophe : une crise du capitalisme, c’est quand même une énorme destruction de valeur, c’est quand même de la valeur qui part en fumée dans la spéculation financière.

 

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Alain Badiou : "Une crise du capitalisme, c’est quand même une énorme destruction de valeur, c’est quand même de la valeur qui part en fumée dans la spéculation financière"

Donc, cette destruction de valeur, il faut que quelqu’un la paye. Bien, les capitalistes n’ont pas l’intention de la payer eux-mêmes, hein, c’est … on les comprend, d’ailleurs. (Rires) Ils ne sont pas altruistes, ils ne sont pas …

 

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"Pauvres, ne vous bouffez pas entre vous, bouffez les riches, ils sont mieux nourris"

Ceux qui ont provoqué la crise ne sont pas disposés à payer, pourquoi devrions-nous payer, nous ? Dans le passé, des dizaines de pays ont refusé de payer les dettes dont les citoyens n’étaient pas responsables. Le droit international a mis des flèches dans leur carquois. L’une d’elles est la notion de dette odieuse.

L’histoire de la dette odieuse

Notre histoire commence dans les années 1920 avec Alexandre Sack. Ministre de la Russie du Tsar et spécialiste juridique, il est parti après la révolution d’octobre 1917 pour enseigner dans des universités d’Europe et des Etats-Unis d’Amérique.

 

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En 1927, il a présenté une idée géniale : la notion de la dette odieuse.

Pour définir une dette comme odieuse, il a posé 3 conditions :

 

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1. Le régime du pays a contracté les prêts à l’insu et sans l’assentiment des citoyens du pays.

 

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2. Les prêts ont été gaspillés dans des activités contre les intérêts des citoyens.

 

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3. Le prêteur était au courant de la situation et jouait l’indifférent.

L’idée de Sack semble progressiste ou même révolutionnaire. En fait à cette époque elle servait les intérêts d’une puissance naissante : les Etats-Unis d’Amérique.

Cuba

Les Etats-Unis avaient usé du concept de dette odieuse en 1898, quand ils ont gagné leur guerre contre l’Espagne et annexé Cuba. Le problème est qu’avec l’île, ils ont annexé les comptes laissés par le régime colonial espagnol. Et comme l’empire espagnol avait duré quatre siècles, depuis l’époque où Christophe Colomb avait mis le pied en Amérique jusqu’en 1898, la dette était assez importante. Les Etats-Unis, bien sûr, ne comptaient pas payer les pots cassés des régimes précédents.

 

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Ils ont décidé que la dette de Cuba était odieuse, et refusé de la payer.

Le Mexique

Une pareille histoire s’est passée au Mexique quelques décennies plus tôt. Quand l’armée populaire a renversé l’empereur Maximilien Ier, elle a décidé que le dette contractée était odieuse. Maximilien Ier avait emprunté énormément à des taux exorbitants pour affronter les insurrections contre lui. Et comme il devait à ses créanciers, mais beaucoup plus à son peuple, ils l’ont collé au mur et exécuté.

 

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"Mais en fait, une superpuissance naissante était mêlée dans toutes ces renonciations : les Etats-Unis d’Amérique"

La plupart des exemples de dette odieuse du XIXème siècle et du début du XXème semblent concerner des pays sous-développés du continent américain. Mais en fait, une superpuissance naissante était mêlée dans toutes ces renonciations : les Etats-Unis d’Amérique. Et c’est la même superpuissance qui a introduit la notion de dette odieuse au XXIème siècle.

L’Irak

Décembre 2002 : la Maison Blanche se trouve au stade final des préparations pour l’invasion et l’occupation de l’Irak. Mais, avant même l’attaque, les hauts fonctionnaires américains se préparent pour le jour après la chute de Saddam Hussein. Le Département d’Etat sait qu’il va être amené à gérer l’énorme dette publique de l’Irak et pour l’éviter, il va essayer de démontrer qu’il s’agit d’une dette odieuse.

 

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"Le Département d’Etat sait qu’il va être amené à gérer l’énorme dette publique de l’Irak et pour l’éviter, il va essayer de démontrer qu’il s’agit d’une dette odieuse"

Il crée donc un groupe de travail secret. Ce groupe va proposer que le premier gouvernement provisoire déclare une cessation de paiements sous prétexte que le peuple irakien ne peut et ne doit pas payer la dette odieuse du régime.

 

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"Ce groupe va proposer que le premier gouvernement provisoire déclare une cessation de paiements sous prétexte que le peuple irakien ne peut et ne doit pas payer la dette odieuse du régime"

Tout est alors prêt pour l’attaque.

George W. Bush : mes chers concitoyens, à cette heure, les forces américaines et alliées se trouvent au premier stade d’opérations militaires pour désarmer l’Irak, pour libérer son peuple, et pour défendre le monde d’un grand danger qui le menace.

 

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Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : rappelez-vous, en 2003 les Etats-Unis, avec leurs alliés, envahissent l’Irak, c’est en mars 2003, et 3 semaines plus tard, le secrétaire au Trésor des Etats-Unis convoque ses collègues du G8 à Washington et leur dit : « La dette de Saddam Hussein est une dette odieuse, le régime de Saddam Hussein est un régime dictatorial, nous devons renoncer à récupérer cette dette odieuse. Le nouveau régime qui va venir en Irak doit être libéré du poids de cette dette. ».

George W. Bush : les opérations militaires majeures en Irak sont terminées. Dans la bataille d’Irak, les Etats-Unis d’Amérique et nos alliés ont prévalu.

 

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"George Bush va confier à l’ex-ministre des Affaires étrangères James Baker le soin de convaincre les pays étrangers que la dette de l’Irak était odieuse"

George Bush va confier à l’ex-ministre des Affaires étrangères James Baker le soin de convaincre les pays étrangers que la dette de l’Irak était odieuse. Celui-ci soutient que Saddam Hussein gaspillait l’argent de son peuple pour construire des palais et acheter des armes. Entre autres, les diplomates américains ont démontré que l’Irak devait des milliards de dollars à la France et à la Russie pour l’achat de missiles Exocet et d’avions de combat Mirage F1 et MIG.

 

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"Les diplomates américains ont démontré que l’Irak devait des milliards de dollars à la France et à la Russie pour l’achat de missiles Exocet et d’avions de combat Mirage F1 et MIG"

En fait, le comportement de Saddam Hussein ne diffère pas tellement de celui de nombreux dirigeants de l’Ouest. Les palais sont pour le monde arabe ce que sont les Jeux olympiques pour nous : une démonstration d’hégémonie économique et géopolitique.

La diplomatie américaine a démontré que a dette de l’Irak est odieuse et que le peuple irakien ne doit pas la payer. Mais du coup, Washington prend conscience d’ouvrir la boîte de Pandore [v.o. : "d’ouvrir les outres d’Eole"]. Pour la première fois au XXIème siècle, la seule superpuissance va légitimer la notion de dette odieuse. Ainsi, ils ont préféré cacher l’affaire et ils l’ont glissée sous le tapis.

 

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Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : finalement, les autres pays ont dit : « OK, on supprime 80% de la dette irakienne au sein du Club de Paris, mais », ils ont dit, « s’il vous plaît, n’utilisez pas officiellement la notion de dette odieuse, parce que, si on utilise cette notion, d’autres pays vont faire appel à la jurisprudence ; par exemple, Congo va dire, la dette de Mobutu, il faut pas la rembourser, les Philippines vont dire, la dette du dictateur Marcos, on veut pas la rembourser, l’Afrique du Sud va dire, la dette de l’apartheid, nous ne voulons pas la rembourser. ».

Donc pour éviter une contagion, si vous voulez, une extension de la notion de dette odieuse dans les années 2000, on a pris une solution, une décision ad hoc qui concerne l’Irak. Mais pour nous, c’est clairement la démonstration que la doctrine de la dette odieuse s’applique.

 

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Barack Obama : ce serait une erreur pour l’Irak de continuer de porter les péchés d’un dictateur renversé.

Les Etats-Unis d’Amérique vont continuer d’aider l’Irak à radier ses anciennes obligations. Cependant, à Washington, plus personne ne veut entendre prononcer les mots de dette odieuse.

L’Equateur, Rafael Correa et l’audit de la dette publique

L’Irak a réussi à radier une grande part de sa dette, soutenu par un empire. Mais un autre pays a décidé de se tenir seul sur ses jambes et d’affronter le Fonds Monétaire International et tous ses grands prêteurs banquiers. Il a réussi à démontrer que sa dette était non seulement odieuse mais aussi illégale et anticonstitutionnelle. Bienvenue en Equateur.

Rafael Correa, président de l’Equateur : nous avons des engagements nationaux urgents. On va les satisfaire avant nos engagements internationaux. Au moment opportun, nous les respecterons, mais notre priorité est claire : d’abord la vie et après la dette.

 

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Rafael Correa, président de l'Equateur : "Notre priorité est claire : d'abord la vie et après la dette"

L’Equateur pourrait être un des pays les plus riches de l’Amérique du Sud. À partir du moment où on a découvert du pétrole, le pays n’a connu que dictateurs, pauvreté, accumulation de dettes et assassins financiers.

 

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John Perkins, activiste, ex-assassin financier : "Aux pauvres, il ne restait que l'énorme dette qu'ils ne pouvaient pas payer"

John Perkins – Activiste, ex-assassin financier : mon vrai boulot était les ententes ; de donner des prêts aux autres pays, des prêts énormes, bien supérieurs à ce qu’ils étaient capables de rembourser. Par exemple, je donnais 1 milliard de dollars à l’Indonésie et l’Equateur. Le pays devait donner 90% du prêt à des compagnies américaines pour construire des infrastructures (Halliburton, Bechtel). Les sociétés construisaient des réseaux électriques, des autoroutes, et des ports qui ne servaient qu’aux familles riches. Aux pauvres, il ne restait que l’énorme dette qu’ils ne pouvaient pas payer.

En 1982, le FMI arrive en Equateur avec un Comité des Sages représentant tous les grands créanciers. Le pays est poussé à emprunter de plus en plus pour rembourser ses vieilles obligations.

 

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Hugo Arias, président de la Commission d’audit en Equateur : c’était un pillage permanent de l’Equateur par les pays du Nord. Pour donner un exemple, pendant les années 1980, les années 1990, et jusqu’en 2005, le service de la dette représentait 50% du budget national, soit 3 à 4 milliards de dollars par an.

 

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Seulement 4% du budget allait à la Santé. 4 milliards pour la dette et 0,4 milliard pour la Santé. 4 milliards pour la dette et 0,8 milliard pour l’Education. Nous assassinions noter peuple.

 

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L’Equateur se révolte. Momentanément, ma crise paraît être sous contrôle quand Lucio Guttiérez prend les rênes du pays et promet une politique sociale. Il se présente presque comme un socialiste, mais dès qu’il prend sa charge, il conclut une nouvelle entente avec le FMI et impose de nouvelles mesures d’austérité. Le peuple décide qu’il doit partir avec le même moyen de transport que celui utilisé par les présidents de l’Argentine : l’hélicoptère.

 

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On distingue Lucio Guttiérez s'avançant vers l'hélicoptère sur le toit du palais présidentiel :  "Chute de Guttiérez" titre la chaîne de télévision : "Le peuple décide qu’il doit partir avec le même moyen de transport que celui utilisé par les présidents d’Argentine : l’hélicoptère"

Le vice-président Palacio prend le pouvoir. Il commence avec de bonnes intentions, mais il se soumet rapidement à Washington. Alors le peuple se tourne vers le seul politicien à avoir résisté aux pressions internationales : Rafael Correa.

 

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"Alors le peuple se tourne vers le seul politicien à avoir résisté aux pressions internationales : Rafael Correa"

Una sola vuelta (Chanson)

Au premier tour, Correa,

Au premier tour,

Au premier tour, l’Equateur !

L’espoir triomphe,

Nous sommes un peuple uni

Avance, coalition de l’Equateur.

Lutte pour la justice, lutte pour tes droits,

En avant, Correa, pour l’Equateur !

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Au premier tour, Correa,

Au premier tour,

Au premier tour, l’Equateur !

 

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Rafael Correa à la tribune des Nations Unies à New York

Correa a étudié l’économie en Europe et aux Etats-Unis et il sait comment affronter la Banque Mondiale et le FMI si la volonté politique existe.

 

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"Correa a étudié l’économie en Europe et aux Etats-Unis et il sait comment affronter la Banque Mondiale et le FMI si la volonté politique existe"

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : c’était en 2005, quand il était ministre des Finances, Rafael Correa a dit : « Ce n’est pas normal que le supplément de revenus pétroliers qui arrive dans les caisses du pays reparte entièrement au remboursement de la dette. C’est injuste pour la population. ». Et il a dit : « 80% des revenus pétroliers doivent être destinés à améliorer les dépenses sociales dans l’Education, dans la Santé, dans la création d’emplois. Et seul 20% doit aller dans le remboursement de la dette. ». La Banque Mondiale a dit : « Il n’est pas question que nous continuions à prêter de l’argent à l’Equateur si l’Equateur maintient une telle loi. ». Donc c’était clairement une immixtion de la Banque Mondiale dans les affaires intérieures de l’Equateur. Et ce ministre, Rafael Correa, a dit : « Il n’est pas question que j’accepte, moi, comme ministre, cette imposition de la Banque Mondiale. ». Donc il a préféré démissionner plutôt que de plier devant la Banque Mondiale.


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"Ça l’a rendu extrêmement populaire. Les gens ont dit : « Ah, voilà quelqu’un qui préfère démissionner et perdre son poste de ministre, mais pour défendre la dignité et l’intérêt de la population. »"

Ça l’a rendu extrêmement populaire. Les gens ont dit : « Ah, voilà quelqu’un qui préfère démissionner et perdre son poste de ministre, mais pour défendre la dignité et l’intérêt de la population. ».

Correa a finalement été élu président en 2006. Une de ses premières décisions a été de limoger les représentants de la Banque Mondiale et de demander à ceux du FMI de quitter l’immeuble de la Banque Centrale.

 

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Rafael Correa le soir de son élection en 2006 : "Des cadres du FMI, comme Bob Traa, envoyé par la suite en Grèce, avaient été déclarés "indésirables" par les citoyens de l’Equateur"

Des cadres du FMI, comme Bob Traa, envoyé par la suite en Grèce, avaient été déclarés "indésirables" par les citoyens de l’Equateur.

 

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"Nous nous réservons le droit de faire le nécessaire pour les pertes subies par le pays et de déclarer la dette [avec la Banque Mondiale] illégale"

Rafael Correa : la bureaucratie internationale incapable et malhonnête doit respecter notre pays. Donc nous avons renvoyé le représentant de la Banque Mondiale. Nous nous réservons le droit de faire le nécessaire pour les pertes subies par le pays et de déclarer la dette [avec la Banque Mondiale] illégale.

Six mois plus tard, Correa allait plus loin en satisfaisant la requête des organes sociaux : une Commission d’audit intégral de la dette publique de l’Equateur.

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : moi j’ai été une des personnes désignées par le président Correa pour faire partie de cette commission ; il y avait 18 membres de cette commission, et il y avait aussi 4 organes de l’Etat qui étaient représentés dans cette commission. Et nous étions chargés d’auditer, donc d’analyser tous les contrats qui avaient entraîné l’endettement du pays entre 1976 et 2006. Nous avons travaillé 14 mois, et nous avons analysé les dettes de l’Equateur sous la forme de bons, nous avons analysé les dettes à l’égard du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale et d’autres organismes internationaux, et nous avons analysé les dette de l’Equateur à l’égard d’autres pays, à l’égard de la France, du Japon, de l’Allemagne, et enfin les dettes intérieures, publiques, de l’Equateur.

 

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Hugo Arias : "La bataille pour l’accès aux éléments de preuve fut terrible"

Hugo Arias, président de la Commission d’audit en Equateur : la bataille pour l’accès aux éléments de preuve fut terrible. Au ministère des Finances, notre collaborateur Alexandro Olmos fils, et moi-même, avons été déclarés persona non grata. Et tous les cadres du ministère des Finances ont envoyé une lettre au ministre pour se plaindre et dénoncer autant ma position que celle d’Olmos, en disant que nous faisions du mal aux employés du ministère. Cela nous faisait rire, mais vous pouvez comprendre nos difficultés du moment qu’on nous accusait d’être les méchants de l’histoire dans ce processus d’audit.

Malgré les obstacles, la Commission a réussi à compléter son œuvre et a constaté qu’une grande partie des dettes n’était pas légitime. Elle a donné ses conclusions à l’Etat, et l’Etat les a données aux citoyens.

 

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Malgré les obstacles, la Commission a réussi à compléter son œuvre et a constaté qu’une grande partie des dettes n’était pas légitime. Elle a donné ses conclusions à l’Etat, et l’Etat les a données aux citoyens. Eric Toussaint : "En fait ce qui était très important au niveau de la Commission d’audit de l’Equateur, c’est que tous nos travaux ont été rendu publics"

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : en fait ce qui était très important au niveau de la Commission d’audit de l’Equateur, c’est que tous nos travaux ont été rendus publics. Donc la population équatorienne a été largement informée de pourquoi la dette qui avait été contractée par le gouvernement antérieur de l’Equateur, notamment au cours de l’année 2000, était une dette frappée d’illégitimité.

Dale Correa Rafael (Chanson)

Frappe-les Rafael Correa,

La patrie revient,

Au Parlement décadent,

Et la bureaucratie qui est une dictature,

Avec les anciens politiciens.

Le pouvoir appartient aux citoyens,

C’est ton frère qui te le dit.

Pour une nouvelle constitution,

Le peuple de l’Equateur,

Frappe-les Correa !

Frappe-les Correa !

Frappe ceux qui croient être les patrons,

Qui nous ont volés et ont rasé le pays.

Frappe-les Correa !

Frappe-les Correa !

Frappe-les Rafael Correa.

 

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"Devant les conclusions de la Commission, le gouvernement a prouvé que la dette est illégitime et a déclaré la cessation de paiement pour 70% de la dette obligataire de l’Equateur"

Devant les conclusions de la Commission, le gouvernement a prouvé que la dette est illégitime et a déclaré la cessation de paiement pour 70% de la dette obligataire de l’Equateur.

 

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Hugo Arias, président de la Commission d’audit en Equateur : les créanciers ont commencé à vendre leurs bon à un niveau très bas, jusqu’à 20% de leur valeur. Le gouvernement a commencé à les acheter en secret ; avec 0,8 milliards de dollars ils ont acheté 3 milliards de dettes. Cette diminution importante a permis l’amélioration des conditions de vie.

 

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Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : il faut aussi, dans l’économie faite par l’Equateur, compter les intérêts qu’il aurait fallu payer jusqu’en 2012 ou 2030. Et si on prend tout en compte, ça a été une économie de 7 000 millions, de plus de 7 000 millions de dollars pour l’Equateur, donc une économie très importante pour le pays, ce qui a permis au gouvernement d’augmenter très fortement les dépenses d’Education, de Santé, pour la création d’emplois aussi, pour l’amélioration des infrastructures.

 

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Rafael Correa : l’Equateur n‘est plus à vendre, vous le savez (Sourire)

Retour en Grèce : Siemens ...

En Grèce, historiens, économistes et analystes déversent chaque jour des tonnes d’encre pour expliquer comment faire face à la dette publique. Il existe cependant ne question que peu de gens se posent : le peuple grec doit-il vraiment tout l’argent qu’on lui demande ?

 

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Station du métro berlinois Siemensdamm, au nom de la rue du fondateur de Siemens, Werner von Siemens

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : la dette plus récente de la Grèce, je dirais, c’est une dette frappée d’illégitimité et d’illégalité. Alors quels sont les signes de ça, eh bien quand les autorités d’un pays reçoivent des pots de vin de la part de grandes sociétés transnationales, et c’est le cas de Siemens, qui, avec sa filiale Siemens Hellas, a distribué de l’argent, des pots de vin, à des responsables, à des ministres, à des hauts fonctionnaires depuis plus de 10 ans pour gagner des contrats.

Là, on peut dire qu’il y a clairement une marque d’inégalité et d’illégitimité, et que ces dettes-là doivent être mises en cause, c’est absolument évident pour moi.

 

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"La justice grecque ne s’est pas montrée à la hauteur dans l’affaire Siemens. Elle a prouvé aussi sa lenteur dans d’autres cas d’ententes, dans et sur le dos du peuple, qui augmentent la dette"

La justice grecque ne s’est pas montrée à la hauteur dans l’affaire Siemens. Elle a prouvé aussi sa lenteur dans d’autres cas d’ententes, dans et sur le dos du peuple, qui augmentent la dette.

... Goldman Sachs ...

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"Aide-cuisinier dans cette affaire : encore Goldman Sachs, qui a ainsi gagné des millions avec cet accord"

Avec les swaps de 2001, le gouvernement a largement hypothéqué le futur pour donner une image faussée du présent et le faire apparaître sous un meilleur jour [v.o. : "faire paraître un meilleur présent postiche"]. Il a présenté la dette du pays moins élevée qu’elle n’était réellement en transformant un prêt en yens en un prêt en euros, sur la base d’anciennes valeurs de change. Aide-cuisinier dans cette affaire : encore Goldman Sachs, qui a ainsi gagné des millions avec cet accord.


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"Quand la Grèce s’est mise à l’héroïne des emprunts, Goldman Sachs était le dealer de crack ("crack dealer")"

Mark Kirk, sénateur américain, en commission du Sénat des Etats-Unis : je me sens particulièrement concerné par le rôle des institutions financières, en particulier Goldman Sachs. Quand la Grèce s’est mise à l’héroïne des emprunts, Goldman (Sachs) était le dealer de crack.

 

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Le coup monté marche pendant des années. Et l’élite politique grecque a montré qu’elle sait rémunérer ses alliés. Ils ont réengagé Goldman Sachs comme conseiller, avec les contribuables grecs pour payer la collaboration.

Jean Quatremer, journaliste à Libération : là, Goldman Sachs a conseillé le gouvernement grec, d’une main, et en même temps, de l’autre main, il attaquait le gouvernement grec.

 

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"Le scandale est découvert en 2010. Quelques jours plus tôt, un ex-employé de Goldman Sachs a été nommé chef de l’organisme de gestion de la dette publique grecque"

Le scandale est découvert en 2010. Quelques jours plus tôt, un ex-employé de Goldman Sachs a été nommé chef de l’organisme de gestion de la dette publique grecque.

Jean Quatremer, journaliste à Libération : embaucher quelqu’un qui a été chez Goldman Sachs, pour moi, c’est comme embaucher un criminel pour surveiller votre maison, quelqu’un qui est un braqueur de banque, vous l’embauchez, il va surveiller votre maison. Voilà, c’est la même chose.

 

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Jean Quatremer : "Le risque est quand même plus grand qu’un jour il profite de votre absence pour tout piquer. Et qu’est-ce qui me garantit que ce personnage, passé chez Goldman Sachs, va gérer de façon optimale les affaires grecques ?"

Alors on peut se dire effectivement : il connaît bien les autres braqueurs et il sait comment empêcher qu’on rentre dans votre maison. Mais ça n’a pas … objectivement, on se rend bien compte que ce n’est pas comme ça. Le risque est quand même plus grand qu’un jour il profite de votre absence pour tout piquer. Et qu’est-ce qui me garantit que ce personnage, passé chez Goldman Sachs, va gérer de façon optimale les affaires grecques ?

De nombreux pays accusent la Grèce de ses transactions avec Goldman Sachs. Mais ce sont souvent les mêmes qui utilisent leurs contacts avec les gouvernements grecs pour vendre au mieux pour eux des systèmes de défense.

... les systèmes de défense allemands et français ...

Sahra Wagenknecht, vice-présidente de Die Linke : quand l’Allemagne a négocié son soutien à la Grèce il y a un an, sa condition de base était qu’il n’y aurait pas d’interruption des importations d’équipement allemand.

 

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La Grèce devait faire des économies sur les retraites et la politique sociale, mais pas sur les armes, ce qui montre bien les centres d’intérêts. Le gouvernement allemand est comme le protecteur des intérêts des grandes sociétés d’armement ainsi que des industries qui exportent. Et bien sûr, elles veulent continuer leurs exportations, même pendant la crise.

 

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Daniel Cohn-Bendit, député européen et co-président du groupe Verts/ALE du Parlement Européen : on est quand même hypocrite. Ces derniers mois, la France a vendu 6 frégates à la Grèce pour 2,5 milliards, des hélicoptères pour plus de 400 millions, des Rafales – un Rafale à 100 millions, là, malheureusement, mon espionnage ne m’a pas permis de dire si c’est 10 ou 20 ou 30 Rafales. Ça fait presque 3 milliards. Et puis il y a, l’Allemagne a vendu 6 sous-marins dans les prochaines années, à la Grèce, il y a quelques mois, ça fait 1 milliard.

 

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Daniel Cohn-Bendit : "Mais on est complètement hypocrites ! On leur donne de l’argent pour acheter nos armes !"

Mais on est complètement hypocrites ! On leur donne de l’argent pour acheter nos armes !

Devant l’hypocrisie européenne, des reculs criminels accompagnent des décisions criminelles, toujours sous le couvert de l’intérêt national d’une nouvelle Grand idée qui a laissé des montagnes de dettes.

... les Jeux olympiques d'Athènes en 2004 ...

 

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Georgios Voulgarakis, ministre de l’Ordre public (2004-2006) : nous avons dépensé beaucoup, le double de ce qui a été dépensé à Sydney. Nous connaitrons le coût final bien sûr après la fin des Jeux olympiques [d’été à Athènes de 2004, NdlR]

Journaliste américaine, le Capitole de Washington en arrière plan : vous avez mentionné 1,2 milliards de dollars. D’où vient cet argent ?

Georgios Voulgarakis : nous avons de l’argent.

Journaliste américaine : est-ce que c’est de l’argent grec ou vient-il du Comité olympique, ou une part vient-elle des Etats-Unis ?

 

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Georgios Voulgarakis : non, je parle d’argent grec. Peut-être parle-t-on plus d’argent que ce que nous pouvons supporter. Et cela concerne uniquement la sécurité.

-o-

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : on a fait des dépenses somptueuses, tout à fait exagérées, payées par la population grecque parce que pour rembourser les dettes qu’on a contractées pour réaliser ces Jeux olympiques, bien évidemment on utilise une grande partie des impôts payés par les citoyens grecs pour rembourser cette dette. Il est tout à fait normal que les citoyens grecs demandent qu’on fasse une analyse très claire de pourquoi le budget des Jeux olympiques a explosé, à quoi les dépenses ont servi.

Les Jeux olympiques et les rapports corrompus avec des sociétés comme Siemens ou Goldman Sachs représentent la partie émergée de l’iceberg d’ententes qui se concluaient aux dépens des citoyens. Mais il existe d’autres questions beaucoup plus importantes qui ne concernent pas seulement la Grèce mais aussi d’autres pays de la périphérie européenne.

 

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Costas Lapavistas : "Est-ce qu’il existe des problèmes de légalité en ce qui concerne les banques qui ont joué un rôle essentiel, que ce soit au marché primaire ou au marché secondaire pour l’émission de ces obligations ? Quelles sont ces banques ?"

Costas Lapavistas, professeur d’économie (SOAS, Londres) : est-ce que les règles qui s’appliquent pour l’émission d’obligations ont été suivies ? Est-ce qu’il existe des problèmes de légalité en ce qui concerne les banques qui ont joué un rôle essentiel, que ce soit au marché primaire [=émissions d’obligations] ou au marché secondaire [=gestion du marché organisé d’achats/ventes d’obligations déjà émises] pour l’émission de ces obligations ? Quelles sont ces banques ? Comment ont-elles été rémunérées ? Sous quelles conditions est-ce qu’elles ont participé à ce processus ?

 

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Sahra Wagenknecht, vice-présidente de Die Linke : une grande partie des dette nationales dans la zone euro ne sont pas légitimes, parce qu’elles ont été crées par une politique tenue contre les intérêts du peuple. Pour cette raison, les citoyens ne doivent pas payer ces dettes.

L’exemple de l’Equateur nous a montré que tous ces contrats illégaux ou odieux peuvent être découverts après la création d’une Commission d’audit.

Manolis Glezos, figure historique de la résistance aux nazis et de la gauche grecque : pourquoi ne nous dit-on pas clairement quelle est cette dette ? À combien elle s’élève et comment elle a été créée ? Et où et à qui doit-on ? C’est pour cette raison qu’il est besoin d’un contrôle comptable pour déterminer exactement ce qu’est cette dette. Il faut connaître et refuser toutes les fausses justifications du gouvernement et des sociétés qui ont mis la main sur l’argent du peuple, et aussi des perroquets bien payés pour chanter les louanges du gouvernement.

Une Commission d'audit grecque de la dette publique

Qui cependant va créer cette Commission d’audit ? Et surtout comment s’assurer que ce ne sera pas encore une Commission d’examen du Parlement, composée de ces mêmes personnes qui nous ont mis dans cette situation ?

 

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Costas Lapavistas : "La Commission de contrôle comptable ne doit pas être une Commission de Sages, car [...] formée par le gouvernement, [...] elle risque d’être une marionnette, un simple porte-parole"

Costas Lapavistas, professeur d’économie (SOAS, Londres) : la Commission de contrôle comptable ne doit pas être une Commission de Sages, car s’il se crée une Commission de Sages formée par le gouvernement, même s’ils invitent des personnes de l’étranger, même s’ils nomment des experts, elle risque d’être une marionnette, un simple porte-parole.

 

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Commission d'audit de la dette publique - Hugo Arias : "Le seul ayant le pouvoir et le droit d’exiger un contrôle d’audit, c’est le peuple qui souffre des conséquences"

Hugo Arias, président de la Commission d’audit en Equateur : le seul ayant le pouvoir et le droit d’exiger un contrôle d’audit, c’est le peuple qui souffre des conséquences. Il est important que soient sensibilisés toute la population et tous les organes sociaux, qu’ils sortent dans la rue pour exiger ce contrôle.

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : dans la situation grecque, effectivement, comme le parti de la Nouvelle Démocratie ou le PASOK ont bénéficié eux-mêmes d’avantages en endettant le pays depuis une quinzaine d’années, il est certain que ces partis voient très mal l’idée de faire un audit, parce que leur responsabilité va être démontrée aux yeux de l’opinion publique.

Donc ce qui doit se passer, c’est que l’opinion publique grecque doit se mobiliser, des organisations doivent aussi se mobiliser, des syndicats, la magistrature grecque, des intellectuels, des artistes. Les gens doivent faire connaître leur avis et faire monter la pression sur le pouvoir politique.

 

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"Depuis début mars, un groupe de personnes de tous les horizons politiques et sociaux a pris l’initiative de la création d’une Commission d’audit en Grèce"

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Depuis début mars, un groupe de personnes de tous les horizons politiques et sociaux a pris l’initiative de la création d’une Commission d’audit en Grèce. Académiciens, écrivains, artistes, syndicalistes originaires de nombreux pays se sont pressés pour soutenir cette initiative. La Commission d’audit va évaluer quelles parties de la dette sont odieuses ou illégales et devra démontrer que, sur la base de la jurisprudence grecque et internationale, le peuple grec n’a aucune obligation de les payer.

Cependant, la décision en soi est politique et non pas économique. Même si la dette était légale, aucun gouvernement n’a le droit d’assassiner ses citoyens pour satisfaire ses créanciers.

Costas Lapavistas, professeur d’économie (SOAS, Londres) : même si toute la dette grecque des 350 milliards s’avérait légale, ce qui ne sera pas prouvé, la Grèce ne peut pas en supporter le poids, donc elle doit être radiée. Si pour les besoins de la dette, sa confirmation entraîne et ordonne la dissolution des hôpitaux, de l’éducation, des routes, alors la dette sur une base sociale ne peut pas être confirmée.

 

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David Harvey, scientifique social : ce qu’en fait a signé le gouvernement, c’est qu’il va faire défaut … aux citoyens. Je ne comprends pas comment un gouvernement socialiste, élu démocratiquement, peut se retourner contre ses électeurs et dire qu’il va cesser de les payer au lieu de cesser de payer les institutions financières créancières.

 

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Gérard Duménil, économiste : la seule option des décades à venir est de ne pas payer cette dette qui se base sur les théories du néolibéralisme. Et l’œuvre néolibérale était un crime contre l’humanité.

 

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Samir Amin : "Personne n’a l’obligation de payer sa dette, parce que cette dette a été accumulée à travers un fonctionnement vicieux des marchés financiers"

Samir Amin, économiste : personne n’a l’obligation de payer sa dette, parce que cette dette a été accumulée à travers un fonctionnement vicieux des marchés financiers.

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : il est immoral de payer une dette immorale.

La création d’une Commission d’audit n’est en soi qu’une arme de valeur dans une bataille globale. Un bataille qui se livrera avec des règles classiques avec lesquelles se livrent les batailles depuis des siècles. Sans cette bataille, autant de fois que nous radierons la dette, nous la verrons renaître de ses cendres.

 

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Costas Lapavistas : "La dette est en elle-même une lutte des classes"

Costas Lapavistas, professeur d’économie (SOAS, Londres) : il se formera donc un champ de lutte idéologique, politique, une lutte des classes. La dette est en elle-même une lutte des classes.

Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) Belgique : n’ayez surtout pas peur, en tant que Grecs, de revendiquer vos droits dans l’Union Européenne et par rapport au gouvernement grec. C’est fondamental, c’est en se battant qu’on fait respecter ses droits et ce n’est pas en se soumettant au diktat des créanciers.

 

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Eric Toussaint : "Regardez la Tunisie, regardez l’Egypte, c’est quand une population se met en action qu’elle peut réellement changer la situation"

Regardez la Tunisie, regardez l’Egypte, c’est quand une population se met en action qu’elle peut réellement changer la situation.

Manolis Glezos, figure historique de la résistance aux nazis et de la gauche grecque : délestons-nous du joug, délivrons-nous du FMI, délivrons-nous de la BCE, délivrons-nous en général de la troïka, qui est l’esclavage économique de la Grèce.

Georges Papandréou, Premier ministre : c’est le moment critique. Allons-y …

 

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:38

 

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Lundi matin, à Dearborn, dans l'Etat du Michigan, aux Etats-Unis, des Américains d'origine arabe fêtent la mort de Ben Laden (Carlos Osorio/Associated Press/TNYT)

 

 

Jean François Rabilloud : nous sommes en ligne avec Ségolène Royal. Bonjour Madame Royal. Comment est-ce que vous réagissez à cet événement, la mort de Ben Laden ?

Ségolène Royal : c'est une très bonne nouvelle, il aura fallu 10 ans depuis les attentats atroces du 11 septembre 2001 pour que ce dénouement arrive. Je crois que c'est un coup très dur porté aujourd'hui contre le terrorisme. Il faut continuer les coopérations entre tous les pays qui défendent la démocratie.


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Une vue du complexe d'Abbottabad, lundi, au Pakistan, où Oussama Ben Laden a été tué par les forces armées américaines (T. Mughal/European Pressphoto Agency/TNYT)

L’AFP rapporte par ailleurs que Ségolène Royal aurait développé sa position sur LCI au-delà de la vidéo :

« Bien sûr il faut être très vigilant. On n'est pas à l'abri d'un certain nombre de ripostes par rapport à ce coup très dur » porté contre le terrorisme.

« Aujourd'hui, les démocraties et les Américains en particulier peuvent commencer à panser les plaies du 11 septembre qui ne s'étaient jamais refermées [...] une nouvelle ère s'ouvre et il faut espérer que nos otages seront prochainement libérés d'Afghanistan »


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Tard dans la nuit américaine dimanche, le président Obama fait une allocution solennelle pour annoncer la mort de Ben Laden : "Justice has been done", "Justice a été rendue", a-t-il déclaré (Doug Mills/The New York Times)

 

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Commentaire du New York Times : "Comme la foule en liesse se rassemblait au dehors de la Maison Blanche, il était évident que la présidence de M. Obama avait été changée à jamais" (Doug Mills/The New York Times)

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 19:15

drapeau_tunisie-1-.gif Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, s’est immolé parce qu’on lui retirait son gagne-pain et depuis cette date un vent de révolte a soufflé en Tunisie et ensuite dans le monde arabe. Le mouvement populaire tunisien a abouti à la fuite du dictateur Ben Ali le 14 janvier 2011. A noter que cette révolution a  été entreprise sans l’aide des  islamistes  Cette révolution s’apparenterait plus à un Mai 68 qu’à une révolution iranienne. : ce sont des jeunes qui en majorité ont  participé à la chute du régime. Ces jeunes pour la plupart instruits étaient massivement au chômage !

 

L’histoire récente de la Tunisie a été une histoire d’abus et de transgressions. Les Tunisiens, tout au long de leur histoire, ont supporté la dictature et la confiscation de leurs libertés. Mais ils ont eu également à souffrir d’abus d’une gravité extrême. Leurs droits les plus élémentaires ont été bafoués, de manière systématique. Tortures, viols, emprisonnements abusifs, négation des droits de la défense et du droit à un procès équitable, aucune liberté de la presse (langage unique )… L’arbitraire était la loi commune, et la justice l’exception. Cet ordre des choses doit être renversé.

 

A l’heure actuelle 51 partis se sont présentés en vue de l’élection mais un sondage  de notoriété effectué la semaine dernière  prouve que les tunisiens  connaissent très peu de partis mis à part celui qui a été au pouvoir pendant plus de 30 ans le RCD et le parti intégriste Ennhada.. mais ils  n’ont aucune idée du parti pour lequel ils vont voter ! Un jeune homme interviewé à la télévision  a déclaré «  je veux pouvoir prier ou boire un verre si j’en ai envie !

Trois mois après, la Tunisie se bat pour sauvegarder sa révolution et réussir sa transition vers une nouvelle république démocratique (élection de l'Assemblée constituante prévue le 24 juillet 2011)

La mission qui incombe à la Constituante que les Tunisiens éliront le 24 juillet prochain est une mission de refondation. La République, proclamée le 25 juillet 1957, doit être totalement refaite.

Le chantier est plus vaste que l’on ne l’imagine. Il comporte en réalité deux aspects distincts :la Constituante devra rédiger une nouvelle Constitution d’une part et également  choisir un type de régime : le régime semi-présidentiel, également appelé régime mixte qui est celui qui paraît le plus à même de concilier les exigences contradictoires de la démocratie et de l’efficacité.

Les droits et libertés de l’individu doivent être proclamés, garantis et sanctifiés par la Constituante, par l’intermédiaire d’une déclaration qui serait à la Révolution tunisienne ce que la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen a été pour la Révolution française de 1789.

Les femmes ,qui ont joué un grand rôle dans cette révolution, ont rédigé un Manifeste qui comporte notamment trois points : l’égalité des sexes, la dignité des femmes et la justice sociale.

Les derniers mois qui arrivent seront cruciaux pour la Tunisie : élire un parti laïc, démocratique  qui respectera les libertés essentielles !

C’est cela aussi le paradoxe tunisien : écartelé entre ses racines musulmanes et ses aspirations occidentales : comme a dit le poète et écrivain tunisien Abdelwab Meddeb : pourquoi regarder vers la Turquie alors que nos racine sont également du côté de l’Espagne ou du Portugal ?

Ce qui est sûr c’est que l’exemple tunisien, quel qu’il soit, sera certainement imité dans tout le monde arabe , tout comme l’a été sa révolution !

 

Annie Novelli


 

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 08:03

 

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Même cheminement d’esprit de chaque côté de l’Atlantique, chez Ségolène Royal en Poitou-Charentes, et chez Barack Obama aux Etats-Unis ?

Barack Obama s’adressait, pour son « Weekly Address », du samedi 2 avril 2011, son « Rendez-Vous hebdomadaire » avec les Américains, depuis l’espace client d’un centre UPS du Maryland. Tout un symbole : un président qui parle juste et franc à ses concitoyens, en illustrant son discours d’un exemple concret.

Le président Obama était en effet venu illustrer sur le terrain son Plan pour un Avenir Energétique Sûr, présenté mercredi 30 mars à l’Université de Georgetown au cours d’un discours de trois quarts d’heure.

Il a donc parlé hausse du prix de l’essence« un problème qui touche les familles et les entreprises », augmentation du rendement des véhicules, qu’ils soient à essence, électriques, hybrides, au biocarburant ou au gaz naturel, et amélioration du rendement des biocarburants et des batteries électriques. Il a souligné que les constructeurs automobiles américains étaient en avance sur les véhicules électriques, ou hybrides en appoint. Barack Obama a aussi indiqué que le gouvernement fédéral montrera l’exemple en renouvelant complètement sa flotte automobile d’ici quelques années, avec des véhicules mus par une énergie propre, et que des flottes d’entreprises privées parmi les plus importantes du pays avaient emboîté le pas au gouvernement, comme UPS, FedEx, AT&T, Verizon et Pepsico, et qu’il espérait un effet d’entraînement important de ces pionniers. Il a rappelé que tout cela était possible grâce à « la plus grande ressource renouvelable de l’Amérique : notre ingéniosité », donc l’innovation, et a marqué sa volonté d’ « encourager l’apparition de nouveaux produits et de nouveaux projets ». Le but du président américain ? « Nous assurer que les Etats-Unis d’Amérique seront le pays des emplois et des industries de demain. C’est ainsi que nous gagnerons notre pari sur l’avenir. »

Car c’est l’un des objectifs finaux du déploiement de l’ « ingéniosité » : « d’innombrables créations d’emplois » :

« Cette semaine, nous avons appris que l’activité économique avait créé 230 000 emplois supplémentaires dans le secteur privé le mois dernier. Ce qui porte à 1 800 000 le nombre d’emplois créés dans le secteur privé au cours des 13 derniers mois. C’est un bon signe. Mais il faut garder le rythme. ».

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 Une parenthèse : bien sûr, le président Obama parle d’abord forages pétroliers et consacre la première partie de son discours à l’amélioration du rendement des véhicules à essence. Mais nous sommes aux Etats-Unis, ou des années de choix énergétiques ont amené le pays à dépendre pour sa consommation en énergie du gaz et du pétrole à 62,1% et du charbon à 22,4% : les Etats-Unis dépendent à 84,5% des énergies fossiles ! Par ailleurs, les élections de novembre dernier ont fait perdre la Chambre des Représentants aux Démocrates : le président Obama doit composer avec des Républicains qui ont juré sa perte. Pour le moment, ce sont eux qui courent à leur perte : plus de 50% des Américains font confiance à Obama. Mais un faux-pas médiatique pourrait tout remettre en cause, y compris le rétablissement d’une majorité démocrate dans les eux chambres.

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 À l’échelle de la Région Poitou-Charentes, nombre des thèmes abordés par le président Obama sont au cœur de la politique que mène Ségolène Royal : une présidente qui parle juste et franc à ses concitoyens, en illustrant son discours d’exemples concrets (la « politique par la preuve ») ; la hausse du prix de l’essence – un problème qui touche les familles et les entreprises ; l’amélioration du rendement des biocarburants et des batteries électriques ; l’offensive sur les véhicules électriques avec Mia Electric ou Eco&Mobilité ; l’achat de véhicules électriques pour la flotte automobile de la Région et par des communes (La Rochelle, …) ; le recours à l’ « ingéniosité » des Picto-Charentais, et donc à l’innovation (brevets verts) ; la volonté d’encourager l’apparition de nouveaux produits et de nouveaux projets avec les aides et bourses régionales.

Le but de la présidente de la Région Poitou-Charentes ? S’assurer que le Poitou-Charentes sera la Région des emplois et des industries de demain pour gagner son pari sur l’avenir.

Et l’objectif final du déploiement de l’ « ingéniosité » picto-charentaise : d’innombrables créations d’emplois.

Ainsi, Ségolène Royal se place d’emblée, dans tous ces domaines, sur la même ligne que le président Obama qui dirige la première économie mondiale et l’une des plus dynamiques. Le projet du Parti socialiste présenté aujourd’hui et les idées défendues par les candidats (putatifs) à la primaire organisée par le PS seront-ils à la hauteur ? Réponse d’ici le mois d’octobre.

Barack Obama, lui, s’est déclaré candidat à la primaire démocrate hier, lundi 4 avril 2011 pour des élections en novembre 2012, plus d’un an et demi avant. Les socialistes français auront moins d’un an.

Frédérick Moulin

 

 


Traduction du "Weekly Address" du président Barack Obama samedi 2 avril 2011 par F.M. & F.M.

Bonjour à tous,

Je vous parle aujourd’hui depuis l’espace clients d’UPS à Landover, dans le Maryland. Eh bien, je suis venu vous entretenir d’un problème qui touche les familles et les entreprises comme celle-ci : l’augmentation du prix de l’essence ; et de ce que nous pouvons faire, nous les Etats-Unis, pour réduire notre dépendance au pétrole venant de l’étranger. Cette semaine, j’ai publié un Plan pour un Avenir Energétique Sûr. Il s’agit d’une stratégie visant à diminuer nos importations de pétrole en provenance du monde entier et de renforcer notre économie domestique.

Une partie de cette stratégie implique d’intensifier nos recherches de pétrole ici, en Amérique. En fait, notre production de pétrole a atteint l’an dernier son plus haut niveau depuis 2003, et nous voulons encourager un forage plus sûr et plus responsable où cela est possible.

Mais la vérité, c’est que le forage à lui seul ne constitue pas une véritable stratégie pour se substituer à notre dépendance au pétrole étranger. Et c’est parce que même maintenant l’Amérique consomme 25% du pétrole mondial, alors que nous ne disposons que de 2% des réserves de la planète. Même si nous utilisions jusqu’à la dernière goutte du pétrole que nous détenons, ce serait encore insuffisant pour satisfaire nos besoins à long terme.


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Donc la sécurité énergétique n’existera véritablement que si nous trouvons le moyen de consommer moins de pétrole, que si nous investissons dans des carburants plus propres et ayant un meilleur rendement : c’est ce que nous avons fait depuis que j’ai pris mes fonctions. Par exemple, nous sommes parvenus à un accord avec les principaux constructeurs automobiles pour qu’ils augmentent les niveaux de rendement de leurs voitures et de leurs camions. Donc si vous achetez une nouvelle voiture, une plus faible consommation d’essence vous permettra d’économiser environ 3 000 dollars ; au total, cela permettra au pays d’économiser environ 1,8 milliards de barils.

Donc il nous faut construire sur cette avancée. Comme nous améliorons le rendement de nos voitures et camions, nous allons utiliser de nouvelles technologies pour alimenter nos véhicules, de biocarburants jusqu’au gaz naturel et aux batteries les plus performantes. Et la bonne nouvelle, c’est que ces technologies ne relèvent plus de la science-fiction ! Elles existent aujourd’hui. Déjà, les constructeurs automobiles américains produisent des véhicules électriques qui utilisent peu ou pas d’essence. Et les innovateurs à travers l’Amérique sont en train de tester de nouveaux produits qui sont incroyablement prometteurs, pas seulement pour les nouveaux véhicules, mais aussi en termes d’innombrables créations d’emplois.

Pour aider ce nouveau marché à démarrer, le gouvernement fédéral a doublé le nombre de véhicules mus par une énergie propre dans sa flotte. Dans prochaines années, nous allons remplacer la totalité de la flotte, et je suis ici chez UPS, parce que le gouvernement ne sera pas le seul à agir. Des entreprises telles qu’UPS, FedEx, AT&T, Verizon et Pepsico, des sociétés qui détiennent les plus grandes flottes du pays sont en train de remplacer leurs véhicules par d’autres au meilleur rendement. Et à travers notre partenariat pour des flottes « propres », conduit non pas par le gouvernement mais par le secteur privé, des entreprises, plus nombreuses encore, vont renouveler leur flotte avec des véhicules électriques et hybrides, pas par bonté d’âme, mais parce que c’est bon pour leurs résultats financiers.

Le but est simple : quand j’ai été élu président, l’Amérique importait 11 millions de barils de pétrole par jour. À travers ces mesures inédites, d’ici à une dizaine d’années nous aurons réduit ce chiffre d’un tiers. Et ce faisant, notre économie notre économie sera moins exposée aux fluctuations erratiques des prix du pétrole. Nous allons utiliser de nouvelles sources d’énergie qui ne détérioreront pas notre climat et nous allons encourager l’apparition de nouveaux produits et de nouveaux projets en puisant dans la plus grande ressource renouvelable de l’Amérique : notre ingéniosité. Nous savons combien cela est important.

Cette semaine, nous avons appris que l’activité économique avait créé 230 000 emplois supplémentaires dans le secteur privé le mois dernier. Ce qui porte à 1 800 000 le nombre d’emplois créés dans le secteur privé au cours des 13 derniers mois. C’est un bon signe. Mais il faut garder le rythme, et le passage à une économie basée sur une énergie propre nous aidera à le faire. Nous ferons tout pour nous assurer que les Etats-Unis d’Amérique seront le pays des emplois et des industries de demain. C’est ainsi que nous gagnerons notre pari sur l’avenir. C’est ainsi que nous transmettrons à nos enfants une Amérique plus sûre et plus prospère qu’avant.

Merci et passez tous un bon week-end.


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Barack Obama : "C’est ainsi que nous transmettrons à nos enfants une Amérique plus sûre et plus prospère qu’avant." / "That’s how we’ll leave our children an America that’s more secure and more prosperous than before."


Transcription du "Weekly Address" du président Barack Obama 2 avril 2011 par MEAGSR/F.M.

 Hello everybody.

I am speaking to you today from the UPS customer center in Landover, Maryland. Well, I came to talk about an issue that’s affecting families and businesses just like this one: the rising price of gas, and what we can do as a country to reduce our dependence on foreign oil. This week, I released a Blueprint for a Secure Energy Future. It’s a strategy to reduce the oil we import from around the world and to make our economy stronger at home.

Part of the strategy involves increasing our oil exploration right here in America. In fact, our oil production last year reached its highest level since 2003, and we want to encourage more safe, responsible drilling where we can.

But the truth is, drilling alone is not a real strategy to replace our dependence on foreign oil. And that’s because even now America uses 25% of the world’s oil, we currently have only about 2% of the world’s oil reserves. Even if we used every last drop of all of the oil we have, it wouldn’t be enough to meet our long-term energy needs.


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So real energy security can only come if we find ways to use less oil, if we invest in cleaner fuels and greater efficiency: that’s what we’ve been doing since I took office. For example, we secured an agreement from all the major auto companies to raise the fuel efficiency standards of their cars and trucks. So if you buy a new car, the better gas mileage is going to save you about $ 3,000 ; altogether, this will save us about 1.8 billion barrels of oil as a country.

So we need to build on that progress. As we make our cars and trucks more efficient, we ‘re going to harness new technologies to fuel our vehicle from everything from biofuel to natural gas to advanced batteries. And the good news is, these technologies aren’t science fiction anymore. They exist today. Already, American car companies are producing electric vehicles that use little or no gas. And innovators across America are testing new products that hold incredible promise, not just for new vehicles, but for countless new jobs.

To help jumpstart this market, the federal government has doubled the number of clean energy vehicles that we have in our fleet. In the next few years, we ‘re going to switch the entire fleet over, and I’m here at UPS because it’s not just the government getting in on the action. Companies like UPS, FedEx, AT&T, Verizon, and Pepsico, firms with some of the largest fleets in the country are switching to more efficient vehicles. And through our clean fleets partnership, driven not by government but by business, more companies are going to be switching to electric and alternative vehicles too, not out of the goodness of their hearts, but because it’s good for their bottom lines.

The goal is simple: when I was elected at this office, America imported 11 million barrels of oil a day. Through these novel steps, by a little more than a decade from now, we will have cut that by one third. And by doing so, we’re going to make our economy less vulnerable to wild swings in oil prices. We’re going to use some new sources of energy that don’t impair our climate and we’re going to spark new products and businesses all over the country by tapping America’s greatest renewable resource: our ingenuity. We know how important this is.

This week, we learned that the economy added 230,000 private sector jobs last month. That makes 1.8 million private sector jobs created in the last 13 months. That’s a good sign. But we have to keep up the momentum, and transitioning to a clean energy economy will help us do that. We will ensure that the United States of America is the home of the jobs and industries of tomorrow. That’s how we’ll win the future. That’s how we’ll leave our children an America that’s more secure and more prosperous than before.

Thanks, and have a great weekend.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 15:53
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Un homme pleure pendant qu'il traverse avec d'autres habitants une zone dévastée de Sendai (Asahi Shimbun, via Associated Press)

 

 Message de Ségolène Royal sur Facebook et sur Twitter samedi matin


Ségolène Royal
Profonde solidarité envers le peuple Japonais victime de cette effroyable catastrophe. Que de malheur et de détresse.
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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 07:54

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Ségolène Royal dédicace "Ma plus belle histoire, C'EST VOUS" en marge du séminaire sur "l'Union européenne après la crise" et de son discours à la Vieille Maison des Etudiants (Fondation Kalevi Sorsa) 

Ségolène Royal a hier rendu visite à l’Institut Finlandais du Travail, un organisme de recherche spécialisé dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail et rattaché au Ministère finlandais des affaires sociales et de la santé : ils ont réussi, grâce à leurs travaux qui ont débouché sur des réformes concrètes, à faire baisser considérablement le taux de chômage des seniors.

Puis elle a participé à une réunion de travail avec SITRA, principal Think Tank finlandais, créé en 1967 à l’initiative du Parlement, dont la mission est de réfléchir et de trouver des solutions pour la modernisation du pays, en protégeant l’Etat-providence et l’innovation technologique, sociale et sociétale.

Enfin, pour terminer cette visite de travail en Finlande, Ségolène Royal a prononcé un discours dans le cadre d’un séminaire consacré à  « l’Union européenne après la crise », organisé par la Fondation Kalevi Sorsa et le Parti social-démocrate de Finlande (SDP) à la Vieille Maison des Etudiants, un centre culturel créé par l’union des étudiants mais ouvert à tous au rôle historique, Vanha, « la Vieille », qui a la réputation d’être une plateforme de tout ce que la société finnoise produit de neuf et d’expérimental.

Le séminaire était dirigé par la candidate à la députation Jesca Muyingo, finno-ougandaise, qui a travaillé à la télévision publique nationale (YLE), après des études à Helsinki, à Londres, à l’université John Hopkins et à Harvard, a travaillé pour les agence des Nations Unies, pour la rédaction de la BBC et pour le groupe Crédit Suisse.

La Fondation Kalevi Sorsa porte le nom d’un Premier ministre social-démocrate par quatre fois en poste au cours de la période qui va de 1972 à 1987, et qui a fortement marqué ces quinze ans de l’essor finlandais sous la houlette du SDP. Kalevi Sorsa a terminé sa carrière politique en présidant le Parlement monocaméral, l’Eduskunta, en 1989-1990. Il est mort le 16 janvier 2004 à Helsinki, 5 jours avant son 74ème anniversaire. La Fondation a été fondée l’année suivante.

Frédérick Moulin

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Kalevi Sorsa

 

Kalevi Sorsa Säätiö / Fondation Kalevi Sorsa

Ségolène Royal s’est exprimée sur l’Union européenne après la crise après un séminaire à l’Ancienne Maison des Etudiants.

La candidate du Parti socialiste français à la présidentielle de 2007 a été la principale intervenante après un séminaire portant sur « l’Union européenne après la crise » organisée par la Fondation Kalevi Sorsa en collaboration avec le Parti social-démocrate. L’événement a eu lieu à la Vieille Maison des Etudiants mardi 8 février. Le séminaire, qui a traité de l’avenir de la construction européenne après la crise économique, s’est avérée si populaire qu’une grande partie du public a dû se contenter de rester debout. Des journalistes finlandais étaient présents, mais il y avait aussi des journalistes français, comme par exemple ceux du journal Le Monde.

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La salle où Ségolène Royal prononçait son discours était pleine, et une partie du public était debout (Fondation Kalevi Sorsa)

Au cours de ce séminaire, outre Madame Royal, se sont exprimés le député Erkki Tuomioja [ministre des Affaires étrangères SDP du premier gouvernement du Premier ministre du Parti du Centre Matti Vanhanen de 2003 à 2007, et candidat malchanceux de Jutta Urpilainen à la tête du SDP en 2008], Mikko Mäenpää, président de la STTK [président de la Confédération finlandaise des salariés, que Ségolène Royal avait rencontré la veille], et Matti Niemi, président des Jeunes Européens Fédéralistes [JEF-Finlande, dont Jutta Urpilainen fut aussi présidente en 2001]. Le séminaire a été mené par la candidate SDP à la députation Jesca Muyingo.

Ségolène Royal, invitée par la Fondation Kalevi Sorsa et le Parti social-démocrate, a effectué un déplacement en Finlande du 6 au 8 février.

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Intervention de Ségolène Royal – Helsinki – mardi 8 février 2011

Aujourd’hui, c’est un regard lucide que l’Europe doit porter sur elle-même.

Trois vérités et trois propositions

1/ Première vérité, l’Europe surendettée est aujourd’hui étranglée par les spéculateurs qu’elle a nourris.

L’ironie tragique de cette histoire, c’est que nous avons laissé prospérer les oiseaux de malheur qui planent désormais au-dessus de l’Europe. Voyez-les bien : ils ne se contentent pas d’attendre l’effondrement qu’ils prédisent ; ils cherchent à le provoquer. Ils étaient hier au dessus de la Grèce ou l’Irlande ; ils sont aujourd’hui à l’affût des faiblesses espagnoles ou portugaises. Et demain ?

Ces spéculateurs-vautours, nos pays les ont nourris et engraissés.

Cela ne date pas d’hier, mais de longtemps.

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Ségolène Royal pendant son discours à la Vieille Maison des Etudiants à Helsinki mardi 8 février 2011 (Fondation Kalevi Sorsa)

Premièrement, la source de notre endettement abyssal réside dans les baisses d’impôts massives dont ont profité les plus riches, ceux-là même qui demandent à leur banque ou à leur gestionnaire de fortune d’obtenir les rendements les plus élevés pour leurs placements financiers. Le hold up s’est fait au nom d’une vertu appelée compétitivité, mantra dissimulant dumping fiscal, moins-disant social, alignement par le bas.

Bouclier fiscal, fiscalité avantageuse sur le patrimoine, les filiales, les sièges sociaux ou les revenus de l’épargne, abattements, niches, déductions et crédits d’impôts en tout genre : le budget de nos Etats a été grevé par ceux, grandes entreprises et particuliers fortunés, qui ont été les bénéficiaires de toutes les largesses et de tous les cadeaux. Ceux qui ont fait leur beurre sur la compétition de tous contre tous au sein de l’Union. Les profiteurs d’une guerre économique qu’ils ont orchestrée.

Deuxièmement, la dette publique vient des banques et des fonds spéculatifs que les citoyens ont renfloués par leurs impôts via les Etats, au bord du gouffre, et qui se retournent contre les Etats en leur reprochant leur endettement. Aucune reconnaissance du ventre. Juste le dérèglement irrationnel de leur voracité.

Hausse des primes de risques, chantage au « triple A » de la part d’agences de notation vendues aux banques, spéculation à la baisse… L’irrationalité confine à la folie du système lorsque les spéculateurs qui s’alarment de l’endettement et exigent la rigueur sanctionnent les Etats qui obéissent à leurs oukases et voient leurs perspectives de croissance dramatiquement diminuées.

Il y a un vieux proverbe dans lequel un serpent susurre : « si tu bouges, je te mords, si tu ne bouges pas je te mords aussi ». « Si tu ne mets pas en place une politique de rigueur, je te mords, et si tu appliques la rigueur, je te mords aussi » ! Voilà où nous en sommes et c’est pourquoi l’Europe sociale doit se faire par un pouvoir politique qui décide au nom des peuples et pas contre eux.


2/ Deuxième vérité, c’est la Chine qui nous prête de l’argent et finance nos économies.

Nous rêvons d’une Europe indépendante, forte, qui parle d’égal à égal avec les puissances du monde. Nous rêvons d’un monde multipolaire, où les puissances s’équilibrent.

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Un public nombreux écoutait attentivement Ségolène Royal pendant son discours sur "l'Union européenne après la crise" (Fondation Kalevi Sorsa)

Nous découvrons une Europe mise à genou par le chantage des spéculateurs et achetée par les grands pays émergents. Ces derniers, au moins, ont compris ce que la bêtise des marchés à occulté : qu’il est rentable de détenir des actifs grecs, portugais ou espagnol, parce qu’il s’agit d’Etats, parce que les difficultés auxquelles ils font face n’effaceront pas cette évidence : qu’ils survivront et qu’ils retrouveront bientôt le chemin de la croissance.

Mais voilà des pays européens qui s’exposent à vivre entre les mains de puissances non européennes. A leur merci.

Nous devons retrouver une politique d’indépendance européenne, qui ne soit pas le rêve illusoire de la forteresse isolée, mais qui ne soit pas non plus la naïveté de l’ouverture à tous les vents.

3/ Troisième vérité, l’Europe paie en matière économique son désarmement politique et intellectuel.

L’Europe s’est affaiblie en endossant de la manière la plus radicale les dogmes les plus obtus. Elle a théorisé son propre effacement politique derrière l’application indifférenciée, non circonstanciée et mécanique de règles juridiques : règles de la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux ; clause de non renflouement des Etats endettés et de non achat par la banque centrale européenne des dettes souveraines ; définition rigide et artificielle de la convergence budgétaire avec le pacte de stabilité.

Elle a refusé pendant trop longtemps la faculté de discernement qu’exige la juste compréhension des circonstances, le pragmatisme qu’appelle la réflexion authentique et la force d’adaptation que demande l’action au service de tous.

Certains font de l’euro le responsable de nos maux. Mais l’euro n’est pas le problème en lui-même. Et à la question : « est-il économiquement raisonnable d’envisager aujourd’hui un retour aux monnaies nationales comme le proclament les partis populistes ? » je réponds catégoriquement « non ». L’effondrement économique et social serait violent.

Non, le problème aujourd’hui n’est pas l’euro, qui nous protège dans la limite de ses possibilités. Le problème, c’est que cette harmonisation radicale que fut la fusion de nos monnaies ne s’est accompagnée d’aucune harmonisation économique et fiscale.

Avec l’euro, nous aurions dû inventer une nouvelle économie de droits et de devoirs. Les marges de manœuvre que les Etats perdaient au niveau national, ils auraient dû les retrouver au niveau européen, au travers d’un budget jouant sa fonction de stabilisation macro-économique en cas de crise, de redistribution et de financement des grandes politiques structurantes, de stratégies d’investissement dans les filières du futur.

Cela n’a pas été le cas.

 

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Ségolène Royal est présentée à la salle par la candidate SDP à la députation Jesca Muyingo (Fondation Kalevi Sorsa)

 

Chers amis

Sur le grand échiquier mondial, l’Europe demeure, envers et contre tout, une pièce maîtresse. Elle n’est pas un continent musée, sans autre avenir que la mémoire de son passé. Elle est la première puissance commerciale mondiale, un espace de 500 millions de personnes dont le rayonnement attire des femmes et des hommes, des investissements du monde entier.

Notre flamme brûle toujours.

A nous de l’entretenir.

Je n’ignore pas les divisions qui existent. Les réticences de certains pays à avancer sur la voie d’une plus grande intégration et d’une plus grande solidarité, notamment financière.

Je n’ignore pas les défis, les forces de frottement, les résistances : crainte d’une dépossession et d’une fragilisation des Etats au profit de la Commission et du Parlement européen ; soupçon d’entretenir en augmentant le budget de l’Union un tonneau des danaïdes sans fin ; postérité de la phrase de Margaret Thatcher : « I want my money back ».

Je n’oublie pas les discussions infinies qui ont été nécessaires pour accoucher du nouveau fonds de gestion des crises, dont il est à craindre qu’il ne résoudra pas grand-chose. Je n’oublie pas le refus obstiné de certains Etats membres de créer un système d’euro-obligation, qui aurait permis à tous les pays d’emprunter à des taux plus faibles.

Mais enfin, ces difficultés ont toujours existé et je voudrais malgré tout cela tenir un message optimiste et vous faire trois propositions :

1) Retrouvons une vision

Ne commettons pas l’erreur de penser qu’elles sont plus fortes aujourd’hui qu’hier. La seule différence, c’est que nos responsables politiques avaient sans doute par le passé cette conviction profonde, cette vision, cette volonté qui leur donnait la force d’avancer et de surmonter les obstacles. L’Europe n’était pas un sujet comme un autre, détourné à des fins de politique intérieure – pensez à l’épisode infâmant des Roms.


C’est avec cet esprit des pionniers que nous devons renouer.

2) Les Etats-Unis d’Europe à construire

Et c’est pourquoi, je le redis ici comme je l’ai dit à Athènes, à Paris et chaque fois que je parle d’Europe, notre nouvelle frontière, c’est la création d’Etats-Unis d’Europe.

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Matti Niemi, président des Jeunes Européens Fédéralistes (JEF-Finlande) (Fondation Kalevi Sorsa)

En disant cela, je refuse d’entrer dans un débat institutionnel stérile, oscillant entre confédération et fédération. L’Europe est toute entière dans une tension créatrice entre l’intégration supranationale et la logique des Etats. L’une ne s’oppose pas à l’autre.

Les Etats-Unis d’Europe, c’est une fédération d’Etats Nations, comme le disais parfaitement Jacques Delors.

Les Etats-Unis d’Europe, c’est d’abord un objectif politique, traduit dans des politiques concrètes, au premier rang desquelles un pacte de sécurité et d’innovation économique puissant parce que volontaire, social et écologique.

La monnaie unique appelle une convergence nécessaire des taux d’inflation, des déficits et de l’endettement. Il n’est pas question de renoncer à un pacte de stabilité commun. C’est un souci de justice, pour éviter que certains pays ne mènent des politiques insoutenables et n’en fassent payer le prix aux autres. L’exigence allemande est de ce point de vue parfaitement légitime. Je la soutiens.

Mais il est temps d’aller au-delà.

Mission impossible ? Nullement.

3) Une politique économique et sociale pour l’Union européenne est possible

L’œuvre de titan accomplie avec la création d’une monnaie européenne, pourquoi serait-il impossible de l’accomplir pour refonder la politique économique et sociale de l’Union ?

Taxation des mouvements de capitaux spéculatifs ; renouvellement du mandat de la Banque centrale européenne, qui prenne acte de sa crédibilité désormais bien installée pour élargir son périmètre d’intervention ; agence de notation européenne pour la notation des Etats ; nouvelles règles de supervision des banques et des fonds spéculatifs…

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Un public attentif écoute la fin du discours de Ségolène Royal à la Vieille Maison des Etudiants à Helsinki mardi 8 février 2011 (Fondation Kalevi Sorsa)

Pourquoi ce que nous avons pu accomplir par le passé, ne pourrions-nous pas l’accomplir demain ?

Ce que j’entends mettre au service de l’Europe, ce ne sont pas des mots. C’est l’énergie chaque jour renouvelée d’une conviction.

C’est une ardeur inlassable pour convaincre, car notre avenir est là. Notre espérance aussi, par delà les doutes, les suspicions, les déceptions. Notre génération doit cela aux nouvelles générations, nous qui avons reçu de la génération de l'après guerre : la paix, la prospérité, l’Europe avec son modèle social.

Alors ouvrons la voie et avançons avec courage en faisant l'Europe avec les peuples et non pas contre eux.


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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 04:13

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Focus sur Ségolène Royal ; au premier plan, Jutta Urpilainen, la présidente du SDP ; le 7 février 2011 à Helsinki (Jussi Nukari/Lapin Kansa)

La presse finlandaise a rapporté lundi les propos de Ségolène Royal lors de la conférence de presse qu’elle a donné le matin avec Jutta Urpilainen, la présidente du Parti social-démocrate de Finlande, le SDP. Au moins trois médias ont retranscrit ses propos : le site du SDP, de façon très résumée, Uutispäivä Demari (‘Les Nouvelles quotidiennes sociales-démocrates’), un journal électronique lié au SDP, et YLE, la radio-télévision publique nationale de Finlande. Ces trois articles sont traduits ci-dessous. Par ailleurs, un autre journal, Iltalehti, un tabloïd, a publié un article, reprenant les informations déjà exposées dans les autres titres de journaux. Lapin Kansa ('Nations de Laponie') a également publié un court article.

La traduction est expérimentale. En cas de doute, seul le texte original en finnois fait foi. Un accès est proposé à chaque article.

Frédérick Moulin

 

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Ségolène Royal invitée par le SDP

News, 7.2.2011 11:58

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Jutta Urpilainen et Ségolène Royal pendant la conférence de presse (SDP)

Ségolène Royal, la candidate qui a affronté Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, est actuellement en Finlande, à l’invitation du SDP. Lundi matin tôt, la présidente Jutta Urpilainen a rencontré Ségolène Royal. Les discussions entre les deux dirigeantes ont porté sur la réussite exemplaire de l’école à la finlandaise, sur le monde du travail finnois et sur les ressorts de l’innovation des entreprises en Finlande.

Texte original en finnois ici.


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News | 07.02.2011

La Française Ségolène Royal apporte sa contribution à la dynamique électorale du SDP

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Jutta Urpilainen et Ségolène Royal pendant la conférence de presse (Uutispäivä Demari)

La candidate du Parti socialiste français de 2007, Ségolène Royal, effectue une visite de quelques jours à l’invitation du SDP. Elle étudie notamment le système éducatif finlandais et la façon dont nous gérons l’Etat providence.

« Nous, socialistes français et sociaux-démocrates finlandais, partageons les mêmes préoccupations sur l’avenir de l’Etat providence, le chômage et la croissance. Je soutiens pleinement le SDP dans sa campagne électorale. », a déclaré Ségolène Royal dans une conférence de presse conjointe avec la présidente du SDP, Jutta Urpilainen.

Madame Royal participera à deux séminaires traitant de l’Etat providence.

La France se prépare pour les élections présidentielles de l’année prochaine. Madame Royal a déclaré que pour la droite, le maintien et le renforcement de l’Etat providence coûtent trop cher. Elle voit les choses différemment.

« Il est très dangereux, par exemple, de délaisser la solidarité nationale et les services publics. Au contraire, l’équité et la justice sociale stimulent la croissance économique. »

Les populistes abattent leurs cartes partout en Europe. Madame Royal estime qu’ils tirent profit de la paupérisation et des partis politiques traditionnels qui on trahi leurs promesses électorales.

« Ils ont promis la régulation du système bancaire, des règles pour les bonus, et la fin des paradis fiscaux et rien de tout cela n’a été fait. »

Les populistes trouvent dans leurs idées simplistes deux boucs émissaires, l’Union Européenne et les immigrés.

« Les socialistes et les sociaux-démocrates ont la grande responsabilité non seulement de faire des propositions mais aussi de garantir qu’ils feront ce qu’ils ont dit. »

Madame Royal a déclaré que certains en France, redoutent une vague d’immigration de grande ampleur venue d’Afrique du Nord, au vu de l’embrasement de la situation dans ces pays.

« Les gens ont clairement envie de rester dans leur pays d’origine, où ils espèrent trouver une vie meilleure. Notre mission est de soutenir la transition de ces pays vers la démocratie aussi pacifiquement que possible. », a-t-elle souligné.

Marja Luumi

Uutispäivä Demari/Les Nouvelles quotidiennes sociales-démocrates

Texte original en finnois ici.

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Les News

Finance et Politique

Ségolène Royal : la Finlande n’a pas besoin de plus qu’un programme de partenariat avec l’OTAN

Publié hier à 11:58, mis à jour hier à 12:45

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Jutta Urpilainen et Ségolène Royal pendant la conférence de presse (YLE)

L’opposante française de renom Ségolène Royal recommande à la Finlande d’opter pour un programme de partenariat avec l’OTAN, plutôt que de devenir un membre à part entière. Membre du Parti socialiste, Madame Royal est en déplacement en Finlande à l’invitation de la présidente du SDP, Jutta Urpilainen.

Le président français Nicolas Sarkozy a réintégré le commandement intégré de l’OTAN. À la question de savoir si cela lui faisait plaisir que la France soit dans le commandement intégré de l’OTAN, Madame Royal répond, à Helsinki, en Finlande :

« Je ne saute pas de joie. Je crois qu’entretenir une relation de bon partenaire avec l’OTAN comme vous l’avez choisi représente une meilleure solution que d’être intégré dans le commandement de l’OTAN. J’aurais préféré que ce soit aussi le cas en France. », Ségolène Royal a-t-elle dit.

En Finlande, cela fait un an que le Parti social-démocrate a déclaré que la Finlande n’avait aucune raison de devenir membre à part entière de l'OTAN au cours de la prochaine législature.

Populistes en hausse

Lors de la conférence de presse, la question des raisons de la montée des mouvements populistes a également été abordée par Madame Royal :

« Ces mouvements tirent leurs forces de la détresse des gens et de la paupérisation. Partout dans le monde, les promesses n’ont pas été tenues. Promesse nous a été faite de réguler le système bancaire, de mettre fin aux bonus, aux paradis fiscaux, de mettre en place une surveillance financière et monétaire, mais en réalité rien n’a été fait. »

« La misère, la pauvreté et le chômage vont augmenter et les populistes vont trouver des boucs émissaires : les immigrés et l’Union Européenne. », a estimé Madame Royal.

En Finlande, Ségolène Royal compte visiter un établissement scolaire, et étudier la qualité de la vie professionnelle et le systèle d’innovation finlandais.

YLE Nouvelles

Texte original en finnois ici.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:28

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Ségolène Royal et Jutta Urpilainen, la présidente du SDP, à une conférence de presse lundi matin (Uutispäivä Demari)

Chers amis,

À l'invitation des socialistes finlandais, une série de rencontres vont me permettre d'approfondir les raisons du succès du modèle finlandais qui peut être utile aux Français.

Dès mon arrivée, je rencontre la Présidente de la République de Finlande, Tarja Halonen, élue en 2000, puis réélue brillamment en 2006. C'est une femme qui s'est distinguée par son engagement courageux pour un modèle de société qui intègre toutes les différences.

La journée de lundi sera consacrée à l'éducation avec plusieurs réunions de travail, et la visite d'une école élémentaire d'Helsinki. J'aurai ainsi l'occasion de mieux comprendre ce modèle finlandais d'une école réussie, égale pour tous et attentive à chacun, et aujourd'hui reconnue comme l'un des meilleures au monde.

La seconde journée sera consacrée à l'étude de l'efficacité économique de la Finlande. Comme vous le savez, la Finlande est en effet l'un des pays au monde où le taux de chômage est le plus bas, notamment celui des seniors. Je m'entretiendrai ensuite avec Mikko Mäenpää, le président de la confédération syndicale STTK (confédération des employés). Nous échangerons sur l’emploi et le dialogue social entre les syndicats, le patronat et le gouvernement. La Finlande est avec le Danemark et la Suède, l'un des pays au plus fort taux d'emploi et reste la championne de l'emploi des seniors et des femmes. Ces résultats ont été obtenus grâce aux efforts d'anticipation, aux moyens mobilisés en faveur de l'innovation, et à une planification pragmatique et négociée avec les partenaires sociaux. Un triptyque aux effets vertueux, qui lie solidement volontarisme industriel, compétitivité et démocratie sociale, aux antipodes des
 méthodes brutales et à courte vue du gouvernement français. Des visites d'entreprises permettront de compléter les entretiens sur ce sujet.

J'échangerai également à l’Institut Finlandais de la Santé au Travail avec des responsables finlandais et des chercheurs sur les éléments qui permettent de favoriser l’emploi des seniors et garantir le système de retraites finlandais.

Je suis conviée par le Parti Social Démocrate Finlandais et sa Présidente, Jutta Urpilainen, à participer au lancement de la campagne des législatives notamment autour des thèmes de l'éducation, de la justice sociale, de l'Etat providence. Enfin mes amis sociaux démocrates m'ont demandé de livrer ma vision de la crise de l'Europe, ce que je ferai mardi en m'inspirant de mon intervention lors de l'Université Populaire Participative sur l'Euro, organisée par Désirs d'avenir avec Susan George, Jacques Attali et Philippe Aghion le 24 janvier dernier. Comme vous le savez, j'ai toujours pensé que la politique devait s'appuyer sur des exemples qui ont fait leur preuve.

J'ai tiré de l'expérience des mes voyages d'études en Suède et au Danemark, la compréhension des raisons de leur efficacité économique, que ce soit sur la qualité du dialogue social en Suède ou de la sécurité professionnelle au Danemark.

Ce voyage d'études en Finlande complète la vision globale du modèle éducatif, économique et social d'Europe du Nord qui peut être utile dans le projet pour les Français.

Amicalement

Ségolène Royal


-oOo-


Dimanche 6 février 2011 au soir

Invitée par le Parti social-démocrate pour soutenir ses candidats aux législatives, je suis arrivée aujourd’hui en Finlande.

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La présidente Tarja Halonen lance une campagne contre la solitude urbaine le 6 février 2011 (MTV3)

Au cours d’un dîner, Tarja Halonen, Présidente de la République, m’a expliqué que le débat de la campagne pour les prochaines élections porte essentiellement sur la question de l’Etat providence : le Parti social-démocrate défend le modèle qui permet à l’Etat finlandais d’avoir un service public de l’Education parmi les plus performants du monde. Parce que l’Etat providence demeure très populaire, la droite ne peut l’attaquer frontalement. Elle propose donc, sous couvert de le rendre plus efficace, d’introduire la notion de services publics à but lucratif…

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Le deuxième sujet de clivage entre la gauche et la droite concerne le problème des écarts de revenus grandissants qui se pose aussi à la Finlande. Tarja Halonen développe une argumentation très simple et juste qui vaut également pour la France : plus il y a d’écarts de revenus, plus il y a d’injustices dans l’accès à la santé et l’Education.


Lundi 7 février 2011 dans l’après-midi

Après un dîner hier soir avec la Présidente de République, Tarja Halonen, dans un climat très studieux et fraternel, j’ai rencontré ce matin la Présidente du Parti social-démocrate, Jutta Urpilainen, et nous avons ensemble répondu aux interrogations de la presse finlandaise, concernant notamment la montée des populismes en Europe. J’ai rappelé à cette occasion que le seul moyen d’enrayer le populisme est de tenir les promesses faites lors des campagnes électorales.

Nos amis sociaux-démocrates finlandais axeront leur campagne sur le maintien et le renforcement de l’Etat providence, en le modernisant, alors que les conservateurs actuellement au pouvoir sont en train de l’affaiblir et de détricoter peu à peu ce qui fait la réussite du modèle finlandais depuis tant d’années : un pragmatisme au service de la solidarité et de la justice sociale, au travers de services publics forts, et particulièrement l’Education.

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Tuula Haatainen devant le musée Guggenheim de Bilbao fin janvier 2011 : la ville d'Helsinki, dont elle est l'adjointe au maire chargée de l'Education et de la Culture, projette de se doter d'un musée Guggenheim (MTV3)

Je me suis d’ailleurs ensuite rendue dans une école primaire d’un quartier populaire d’Helsinki, en compagnie de Tuula Haatainen, ancienne ministre de l’Education et actuelle adjointe au maire d’Helsinki [chargée de l’Education et de la Culture, NdlR]. Au cours d’une réunion de travail, les professeurs et la direction de l’école nous ont présenté les caractéristiques du système scolaire finlandais qui en font l’un des meilleurs du monde.

Je dirais que tout tient dans cette définition donnée par les éducateurs eux-mêmes « l’enseignement dans un environnement positif et sécurisé où chaque élève est considéré et respecté ».

En Finlande, pas de notes jusqu’à l’âge de 15 ans. Les élèves qui entrent dans la vie scolaire à l’âge de 7 ans (après les années de maternelles) sont évalués régulièrement par leurs professeurs, d’abord oralement, ensuite par écrit, mais sans que cela donne lieu à classement. C’est en réalité la classe et les professeurs qui s’adaptent à chaque élève et non l’inverse. Les programmes sont définis nationalement mais leur mise en œuvre et l’organisation sont soumises à libre appréciation et à la responsabilité des équipes.

Les classes comptent en moyenne 18 élèves et pour les enfants issus de l’immigration, des classes spéciales leur permettent pendant un an d’apprendre le finlandais avant de rejoindre le cursus normal.

Le taux de réussite scolaire est très important. 75% des élèves accèdent à l’enseignement supérieur. Et une année transitoire est offerte à ceux qui ne sont pas encore au niveau.

C’est l’une des raisons principale de la compétitivité de l’économie finlandaise.

L’autre raison touche la démocratie sociale.

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Mikko Mäenpää, responsable du STTK (confédération des employés), au téléphone le jour de la présentation par la Première ministre du Parti du Centre allié à la droite d'un accord gouvernemental visant à assurer "la compétitivité des entreprises et le pouvoir d'achat", le 25 janvier 2011 (Uutispäivä Demari)

Au cours d’un déjeuner de travail avec le responsable de l’un des principaux syndicats, le STTK (plus de 600 000 adhérents), Mikko Mäenpää, nous avons évoqué le syndicalisme de masse en Finlande (plus de 75% des salariés sont syndiqués contre 8% en France) ce qui permet de créer un rapport de force dans un esprit de responsabilité et de parvenir à ce que les Finlandais appellent « la société de consensus » et une gestion tripartite entre les salariés, au travers des centrales syndicales, les employeurs et l’Etat.

Tous les accords signés (conventions collectives) sont applicables obligatoirement à tous les salariés du pays.

J’ajoute également qu’ici, il y a une totale transparence sur les salaires des dirigeants des entreprises.

Mais le système est amené à évoluer du fait de la mondialisation. Comme le dit M. Mäenpää, « nous devons trouver un nouveau chemin ».

De ce point vue là, les élections législatives constituent un enjeu crucial : le risque est l’effondrement du système tripartite si les sociaux-démocrates ne remportent pas les élections.

Demain, je poursuivrai avec des visites d’entreprises et j’aurai l’occasion de reparler de l’emploi des seniors.

Amicalement,

Ségolène Royal

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 21:12

164170_1807063617687_1272831915_2084897_1754752_n-1-.jpg   La politique étrangère ne s’improvise pas, elle réclame une vision du monde.

 Au pouvoir depuis 2007 et après le fiasco du suivi des événements en Afrique du Nord, on peut s’interroger :

 Quelle est la vision du monde de l’actuel chef d’Etat Nicolas Sarkozy ?

 C’est un peu malheureusement comme en politique intérieure : beaucoup d’éclat, de grandes phrases, des mouvements de manche, de belles photos, mais au final pas grand-chose si ce n’est une politique faite au profit de la gloire d’un homme et d’une petite minorité, les gens du président.

 « La politique étrangère doit être appuyée sur une vision stratégique : ceux qui ont oublié la France, ceux qui ont pensé ici à la tête de l'État à leur éphémère éclat politique avant de penser au bien commun, ceux- là ont dilapidé le crédit dont jouissait notre diplomatie. »  Ségolène Royal, 9 octobre 2010, Convention du PS sur l’International.

 

 Pour sa principale adversaire, Ségolène Royal :  "il faudra reconstruire complètement la diplomatie de la France et redonner à la France une voix qui porte dans le monde, une voix qui est respectée, et une voix qui porte nos valeurs universelles."    

 

Quelle peut être cette autre politique étrangère possible ?  

 

" La politique étrangère de la France est inséparable de ce que nous sommes, de notre identité et de nos valeurs." Ségolène Royal

 

Au fil de ses visites et de ses déclarations, après avoir pris le temps de consulter, de s’informer, et d’observer, la candidate socialiste propose une autre politique internationale pour la France.  

 

Dans un monde dominé par le marché, qui n’a plus de règles si ce n’est l’intérêt des places financières, la socialiste propose un retour en force des Etats, avec les représentants des grandes nations, pour réguler le système international. Pour cela, contrairement à la politique de Nicolas Sarkozy, il ne s’agit pas de vouloir s’imposer sur la scène mondiale, de montrer une France arrogante. Il s’agit au contraire d’ouvrir les échanges avec les autres Etats également persuadés de cette nécessité de reconstruire un nouvel ordre mondial plus juste, plus respectueux de l’environnement, plus favorable au développement.

Ses contacts, ses échanges de part le monde en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe, lui permettent de tisser des liens pour pouvoir construire avec nos partenaires cet autre monde. La tâche est immense mais combien essentielle car il ne s’agit pas de transformer à la marge mais bien de construire un nouvel autre mondial.

 

" La France, c’est ce pays qui n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous, la France, ce sont des valeurs exigeantes et belles, des valeurs universelles, qui rayonnent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous, et qui attendent tant de nous." Ségolène Royal

Tout sépare la vision de la politique étrangère française de Ségolène Royal de celle de Nicolas Sarkozy. La candidate socialiste connaît l’importance d’une histoire. Ses années de travail aux côtés de François Mitterrand ont renforcé cette conviction. La France c’est une voix dans le monde pour défendre des valeurs universelles la liberté, l’égalité et la fraternité.

C’est cette France que l’on aurait aimé davantage entendre tournée vers les peuples en lutte pour la liberté.

 

Philippe Allard

 

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 20:00

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Ségolène Royal, en vert clair, et les participants du 13ème Symposium de Symi en juillet 2010 (The A. G. Papandreou Foundation)

« Des militants du parti socialiste « devinaient » que Royal ne pouvait s’imaginer sur la scène internationale en train de négocier des traités gaziers avec Poutine ; car de bons conseillers ne suffiraient pas à compenser son manque d’expérience. », expliquait Dominique Strauss-Kahn à l’ambassadeur américain Craig Stapleton en mai 2006, selon un câble ‘confidentiel’ envoyé par ce dernier au Secrétariat d’Etat à Washington.

Incontestablement, Ségolène Royal a changé depuis 2006. Elle a mûri son projet, notamment  dans sa Région Poitou-Charentes et avec Désirs d’avenir, et a comblé ses 'handicaps' supposés : les relations internationales et l’économie.

Sa présence sur la scène internationale, notamment, est fréquente, et de haut niveau : Michelle Bachelet au Chili, Cristina Kirchner en Argentine ; Lula et Dilma Rousseff au Brésil ; le symposium de Symi, orchestré par George Papandreou ; et la vice-présidence de l’Internationale Socialiste pour ne citer que quelques exemples.

Comme Ségolène Royal le tapait elle-même sur son clavier le 15 décembre 2010 dans un ‘chat’ avec les français sur LeMonde.fr :

« J'ai beaucoup travaillé, je me suis beaucoup déplacée pour écouter les Français, j'ai échangé au niveau international pour comprendre le monde, j'ai bâti une région laboratoire pour la croissance verte et les valeurs démocratiques, j'ai rassemblé des équipes, inventé les universités populaires avec Désirs d'avenir, etc. En un mot, je fais mon travail et j'avance. »

C’est donc sans surprise, bénéficiant du travail accompli ces dernières années, qu’elle a annoncé un déplacement en Finlande du 6 au 8 février 2011, à l’invitation de Jutta Urpilainen, présidente du Parti social-démocrate de Finlande (SDP, Suomen Sosialidemokraattinen Puolue), pour le lancement des élections législatives du 17 avril 2011.

Ségolène Royal a en effet déjà eu l‘occasion de rencontrer Jutta Urpilainen lors du 13ème Symposium de Symi, qui s’est déroulé dans l’île de Poros du 12 au 15 juillet 2010. Le Symposium de Symi, créé en 1998 et dirigé depuis par George Papandréou, Premier ministre grec et président de l’Internationale Socialiste, rassemble chaque été des intellectuels de premier plan, des personnalités politiques, des prix Nobel, des chefs d’entreprise, des diplomates, des scientifiques et des militants (altermondialistes, …) pour discuter des problèmes les plus importants de notre temps.

Sur le 13ème Symposium de Symi, voir  notamment l’article publié en juillet 2010 ici.

Jutta Urpilainen exposait son point de vue lors du 13ème Symposium de Symi :

 


Jutta Urpilainen – traduction française pour Militants de l'Espoir à Gauche avec Ségolène Royal par F.M & F.M.

« Je m’appelle Jutta Urpilainen et je suis la dirigeante du Parti social-démocrate de Finlande. C’est la première fois que je participe au Symposium de Symi en Grèce, et franchement, c’est un grand privilège que de participer à ce symposium. C’est un concept formidable, parce qu’ici nous pouvons discuter avec les dirigeants et spécialistes du monde entier de problèmes comme la crise financière, qui est une question très, très importante et difficile dans le monde entier en ce moment.

Mais bien sûr, c’est aussi une opportunité pour nous tous de discuter, de nous amuser, et de nous constituer un réseau de nouveaux amis parmi les dirigeants expérimentés, car bien sûr je fais partie des jeunes dirigeants. Je trouve que M. Papandréou a réalisé un remarquable travail d’organisation pour ce symposium pour les dirigeants et je lui apporte tous mes vœux de réussite dans sa très importante et très difficile fonction de premier ministre de la Grèce actuellement. »

Transcription originale en anglais par Militants de l'Espoir à Gauche avec Ségolène Royal

Diplômée en 2002 en sciences de l’éducation de l’université de Jyväskylä, qui est issue du premier Institut de formation des Maîtres de langue finnoise créé en 1863, elle exerce en tant qu’enseignante jusqu’à son élection à l’Eduskunta, le parlement monocaméral finlandais, le 16 mars 2003. Elle est depuis députée SDP de la circonscription de Vaasa, qui borde le golfe de Botnie, à l’ouest de la Finlande et à 420 kilomètres d’Helsinki, une circonscription officiellement billingue finnois (71,5% de la population)-suédois (24,9% des habitants). Vaasa s’appelait Nikolainkaupunki, la ville de Nicolas, en l’honneur de Nicolas Ier, tsar de toutes les Russies, jusqu’en 1917 où le renversement de Nicolas II amena l’indépendance de la Finlande de la Russie, le 6 décembre 1917. Vaasa, un exemple de l’influence continue au cours des siècles des deux grands voisins de la Finlande, la Suède et la Russie.

Jutta Urpilainen a débuté précocement en politique, et son ascension a été rapide. Fille du député finlandais Kari Urpilainen, elle s’engage dans le mouvement de jeunesse du SDP, et représente la Finlande au comité de direction de l’ECOSY (European Community Organisation of Socialist Youth, Jeunes Socialistes Européens). En 2001, elle est présidente de JEF-Finlande (Eurooppanuoret) une association pour les jeunes Finlandais intéressés pour échanger leurs idées et bonnes pratiques afin d’influencer les affaires européennes, afin de rapprocher l’Union européenne de la jeunesse finlandaise.

La même année, à 26 ans, elle est élue au Conseil municipal de Kokkola, où elle vit toujours, à 120 Kilomètre au nord de la ville de Vasaa, sur la côte du golfe de Botnie. À 28 ans, en 2003, elle devient députée, succédant à son père ; en 2007, elle est réélue dans une circonscription difficile pour le SDP où ce parti ne remporte que deux sièges sur 17, soit 11,7%, bien loin de la moyenne nationale qui est de 21,4% des voix et 22,5% des sièges, et dans une élection qui fera perdre au SDP sa place au gouvernement.

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L’Eduskunta, le parlement monocaméral de la Finlande (Jarkko Kostiainen)

À l’Eduskunta, Jutta Urpilainen est vice-présidente du Conseil consultatif de l’Institut des affaires internationales de Finlande, et membre de la Commission des Affaires étrangères et du Conseil des délégués parlementaires à la Banque de Finlande. Au cours de ses deux mandats, elle a participé à de nombreuse commissions, dont la Commission de la Culture, celle de l’Avenir, celle des Lois, et celle des Finances.

En 2008, elle se présente au poste de présidente du SDP, et est élue au second tour par 218 voix contre 132 pour Erkki Tuomioja, ancien ministre des Affaires étrangères (2000-2007). Jutta Urpilainen est alors la première femme à accéder à la présidence du SDP ; on la disait déjà avant son élection « joyeuse », « charismatique », « courageuse », « douée »,« cultivée » ;  réputée appartenir à l’aile gauche du parti, elle martèle : « Nous allons réaliser les rêves des gens ».

Elle succède à Eero Heinäluoma, ministre des Finances de Matti Vanhanen (Parti du Centre) de septembre 2005 jusqu’en avril 2007 et jusqu’à la sortie du gouvernement du SDP du fait de ses résultats aux élections législatives de mars 2007 : M. Heinäluoma, qui portait le poids de la défaite du SDP aux élections de 2007 – les plus mauvais résultats depuis 1962 – ne s’était pas représenté. Eero Heinäluoma n’a pas disparu de la scène politique finlandaise : redevenu député, il est depuis 2010 chef du groupe SDP et de la principale force d’opposition à l’Eduskunta.

Un mot sur les élections législatives finlandaises. En Finlande, l’Eduskunta, le parlement monocaméral, est élu pour 4 ans. Les Finlandais votent en même temps pour une liste, ce qui permet de répartir le nombre de sièges, et pour un candidat, ce qui permet de fixer l’ordre de préférence au sein de chaque parti. Par ailleurs il est possible de voter en avance, pendant une semaine, avant le premier tour. Lors des dernières élections de 2007, 29% des électeurs ont choisi cette solution. Un exemple à méditer.

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Venue pour le lancement de la campagne des législatives en Finlande, Ségolène Royal aura comme un air de déjà vu. Le SDP a réalisé en 2007 un score historiquement bas, est donc sorti du gouvernement, et est devenu le challenger. Une différence tout de même : en 2008, le SDP a enregistré une seconde défaite historique, aux municipales, avec 21,2% des voix, le plus mauvais score du parti depuis 1960. Mais la crise économique a très durement touché la Finlande, fortement exportatrice, avec de grands groupes puissants comme Koné (ascenseurs), UPM-Kymene et Stora Enso (industrie papetière), ou Nokia, et la récession a été particulièrement sévère en 2009 (contraction du PIB de 8%), avec une reprise en 2010, mais sans retrouver le niveau de 2008 : des déficits budgétaires sont apparus là où des excédents existaient. Un retour de balancier pourrait donc se produire en faveur du SDP.

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Eero Heinäluoma au XXIIIème Congrès de l'Internationale Socialiste à Athènes le 30 juin 2008 (Valentina Ustambasidi)

En dehors du Symposium de Symi, Jutta Urpilainen et Ségolène Royal ont un autre point commun : leurs partis respectifs appartiennent tous deux à l’Internationale Socialiste. De fait, si Ségolène Royal est vice-présidente de l’Internationale Socialiste, Eero Heinäluoma l’est aussi. Il est ainsi notamment intervenu lors du XXIIIème Congrès à Athènes le 30 juin 2008, lors de l’atelier Agir maintenant sur le Changement Climatique.

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Ségolène Royal à la tribune du Conseil de l’Internationale Socialiste aux Nations Unies, à New York, en juin 2010 .... (Latifa Perry)

Jutta Urpilainen, elle, était notamment présente au Conseil de l’Internationale Socialiste aux Nations Unies, à New York, les 21 et 22 juin 2010. Elle est intervenue à la même tribune que Ségolène Royal et sur le même thème, le premier : l’économie mondiale, un thème qui lui tient à cœur, comme elle le soulignait quelques jours plus tard au Symposium de Symi (retrouvez l’intervention de Ségolène Royal ici).

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.... et Jutta Urpilainen à la même tribune, à New York, en juin 2010 (Latifa Perry)

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La délégation finlandaise au Conseil de l’Internationale Socialiste aux Nations Unies, à New York, en juin 2010 (Latifa Perry)

Il faut bien comprendre que le système politique finlandais n’a rien à voir avec celui, par exemple, de la France. Le mode de scrutin de liste à un tour abouti à une élection à la proportionnelle, qui fait qu’aucun parti n’a jamais la majorité absolue à l’Eduskunta : il favorise la formation de coalitions.

Le SDP, par exemple, réalise des scores relativement stables aux élections législatives depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à près d’un quart des votes : entre 23% et 28%, sauf en 1962 (19,5%), en 1991 (22,1%) et en 2007 (21,4%). Si l’on observe les scores réalisés aux élections législatives, on obtient le même résultat.

De fait, le pouvoir est partagé entre 3 partis à l’Eduskunta : le SDP, membre du PSE à Strasbourg, qui réalisait avant la Seconde Guerre Mondiale des scores dépassant les 40%, et qui est notamment soutenu par la classe ouvrière urbaine, les employés et les petits agriculteurs ; le Parti du Centre, membre de l’ADLE à Strasbourg, qui représente traditionnellement les intérêts ruraux et les villes rurales – un seul siège à Helsinki de ce fait en 2007 ; et le Parti de la Coalition nationale, parti conservateur, membre du PPE à Strasbourg, soutenu par la communauté des affaires et par les professions libérales urbaines.

De 1995 à 2007, le SDP a participé au gouvernement, d’abord en tant que force dominante avec le Premier ministre social-démocrate Paavo Lipponen (1995-2003), puis en s’alliant au premier ministre du Parti du Centre, Matti Vanhanen (2003-2007), le but étant toujours de former une coalition représentant la majorité des 200 membres de l’Eduskunta.

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Matti Vanhanen à Bruxelles le 17 juin 2010, la veille de la remise de sa démission à la présidente Tarja Halonen (AFP/Georges Gobet)

Matti Vanhanen a été remplacé en 2010 par Mari Kiviniemi, suite à des scandales financiers de corruption et de trafic d’influence liés au financement de son parti, comme la Première ministre qui l’avait brièvement précédé, Anneli Jäätteenmäki (17 avril 2003-24 juin 2003), elle aussi du Parti du Centre, avait dû être remplacée suite à un scandale politique (utilisation illégale au cours des législatives d’un document secret du ministère des Affaires étrangères prouvant la prise de position de son adversaire SDP, le Premier ministre sortant Paavo Lipponen, pour Washington dans la guerre contre l’Irak dans un pays très attaché à la neutralité).

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Anneli Jäätteenmäki en janvier 2009 (FIIA)

Il semble qu’il existe des pays où, contrairement à la France sarkozyste, les ministres et Premiers ministres démissionnent quand ils sont mêlés de près ou de loin à des scandales politico-financiers…

Le SDP a donné à la Finlande tous ses présidents depuis 29 ans : Mauno Koivisto de 1982 à 1994, Martti Ahtisaari de 1994 à 2000, puis Tarja Halonen depuis 2000. Cette dernière achève actuellement son deuxième et dernier mandat à la tête de la Finlande.

Tarja Halonen a été membre du SDP de 1971 à son élection à la présidence en 2000 – on notera qu’en Finlande la présidente ou le président n’appartient plus à un parti mais au peuple finlandais, contrairement à ce qui se passe en Sarkozye. Née à Helsinki, elle s’engage tôt pour la justice sociale, fait des études de droit social à l’université d’Helsinki, devient avocate et juriste syndicale à la SAK, l’Organisation Centrale des Syndicats Finlandais, le plus grand des syndicats finlandais : elle est la première femme juriste à travailler à la SAK.

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Tarja Halonen dans les locaux de la SAK, en train de répondre à des questions de syndicalistes le 13 mars 1973 (cliquez ICI pour accéder à la vidéo en finnois)

En 1974-1975, elle occupe le poste d’assistante parlementaire du premier ministre Kalevi Sorsa, qui donnera son nom à la fondation du même nom, think tank du SDP ouvert sur l’extérieur fondé en 2005 où Ségolène Royal participera à un séminaire organisé avec le SDP sur le thème « L’Europe après la crise : comment restaurer la confiance ? » mardi 8 février en début d’après-midi avant de regagner la France.

La carrière politique de Tarja Halonen commence réellement en 1977 avec son élection au Conseil municipal d’Helsinki, la capitale, qu’elle ne quittera qu’en 1996. Deux ans plus tard, elle entre au parlement monocaméral finlandais, l’Eduskunta, où elle cessera de siéger avec sa nomination à la présidence de la République en 2000. Elle n’abandonne pas pour autant le militantisme social : en 1980-1981, elle dirige la principale organisation finlandaise représentant les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT), la SETA (Seksuaalinen tasavertaisuus, Egalité Sexuelle). Pendant sa présidence, elle a beaucoup œuvré pour les droits des femmes.

Sous le mandat du premier ministre Harri Holkeri du Parti de la Coalition nationale (1987-1991), au sein d’un Rassemblement national gauche/droite, Tarja Halonen occupe successivement deux portefeuilles ministériels dans la droite ligne de sa formation et de ses convictions : elle devient ministre des Services sociaux, de l’Alcoolisme et de l’Egalité des sexes de 1987 à 1990, puis ministre de la Justice en 1990-1991. Après une parenthèse à droite, elle revient au gouvernement sous le mandat du Premier ministre SDP Paavo Lipponen, et devient ministre des Affaires étrangères de 1995 à 2000, date de son accession à la présidence de la République.

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Beau joueur, Sauli Niinistö, du Parti ce la Coalition nationale, reconnait sa défaite face à sa rivale Tarja Halonen lors de la présidentielle de 2006 en lui baisant la main : malgré une campagne à l'américaine avec de gros moyens et une présidente sortante dite en 'perte de vitesse', Tarja Halonen l'a emporté (AFP)

En 2000, Tarja Halonen est élue présidente de la République au second tour contre Esko Aho, ancien Premier ministre du Parti du Centre de 1991 à 1995, par 51,6% des voix contre 48,4% - elle a recueilli au premier tour 40% des voix contre 34,4% pour Esko Aho. Elle est la première femme à accéder à ce poste en Finlande. En 2006, Tarja Halonen est réélue au second tour par 51,8% des voix contre 48,2% à Sauli Niinistö, ancien ministre des finances du Parti de la Coalition nationale du Premier ministre SDP Paavo Lipponen (1995-2003), et donc un temps collègue de Tarja Halonen – Sauli Niinistö était arrivé second au premier tour, avec 24,1% des voix contre 46,3% à Tarja Halonen, qui améliorait donc sensiblement son score de 2000.

Le poste de président a vu sa définition modifiée au cours des années. Après la chute de l’empire russe, l’indépendance de la Finlande et la courte guerre civile finlandaise qui a suivi, la Finlande a hésité entre une monarchie constitutionnelle et une République. Finalement, la République est née, avec un président qui disposait de nombreux pouvoirs. Le poste de président a été créé en 1919.

Entre 1919 et 1987, le président était élu par un collège électoral, lui même élu au suffrage universel. En 1987, un scrutin hybride a été choisi : un seul tour, deux votes, l’un direct, l’autre indirect (élection d’un collège électoral), et utilisation du collège électoral si ce scrutin à un seul tour ne permettait pas de dégager une majorité pour un candidat ou une candidate. Depuis, la présidente ou le président de la République est élu(e) au suffrage universel à deux tours.

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Depuis 1991, les présidentes et présidents finlandais doivent être nés en Finlande. Enfin, en 2000 la constitution finlandaise a été modifiée : les pouvoirs du chef de l’Etat ont été restreint au profit de l’Eduskunta et du gouvernement. La nouvelle constitution stipule de façon explicite comment les principes du parlementarisme doivent être appliqués, bien que les présidents aient suivi cette règle tacite depuis 1937.

Aujourd’hui, la présidente de la République dispose pouvoirs plus restreints qu’avant la réforme de 2000. Elle nomme le Premier ministre, qui doit ensuite être élu par l’Eduskunta à la majorité des suffrages exprimés. Puis elle nomme les ministres sur proposition du Premier ministre. Avant de nommer et d’élire le Premier ministre, les groupes parlementaires négocient le programme gouvernemental et la composition du gouvernement. La présidente de la République, sur les bases de ces négociations, après avoir entendu le président du Parlement, communique au Parlement le nom du candidat qu’elle a retenu pour le poste de Premier ministre.

Par ailleurs, la présidente de la République décide seule de la démission du gouvernement ou de l’un de ses membres, de l’organisation d’élections législatives anticipées, du droit de grâce, et des questions prévues par la loi sur l’autonomie d’Åland n’ayant pas trait aux finances de la province. La région autonome finlandaise d’Åland est constituée d’un archipel de 6 500 îles dans le golfe de Botnie, entre la Suède et la Finlande.

Enfin, deux extraits à méditer de la constitution finlandaise de 2000 :

« Article 60 – Gouvernement – […] Les ministres doivent être des citoyens finlandais connus pour leur probité et leurs capacités. »

« Article 63 – Autres engagements des ministres - Un membre du gouvernement ne peut pas au cours de l'exercice de ses fonctions ministérielles exercer une fonction publique ou toute autre fonction qui pourrait entraver l'exercice de ses fonctions ministérielles ou mettre en danger la confiance relative à ses activités en tant que membre du gouvernement.

Après sa nomination, tout ministre fournit sans délai au Parlement un compte rendu sur ses activités professionnelles, sur ses parts au sein d'entreprises et sur sa fortune en général, ainsi que sur ses fonctions et autres engagements indépendants de ses fonctions ministérielles qui peuvent avoir de l'importance dans l'appréciation de ses activités en tant que membre du gouvernement. »

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La présidente Tarja Halonen et son mari Pentti Arajärvi en mai 2003 à Saint-Pétersbourg (www.kremlin.ru)

L’arrivée à la présidence de la République de Tarja Halonen en 2000 a été une surprise pour certains, même en Finlande, car la nouvelle présidente n’est pas conformiste, loin s’en faut. Pourtant, au fil des ans, sa popularité ne fera que s’accroître. En 1978, elle a une fille, Anna, d’une relation avec Kari Pekkonen. Puis elle vit en concubinage avec son compagnon, Pentti Arajärvi, pendant une quinzaine d’année avant de l’épouser le 26 août 2000, alors qu’elle avait été élue à la présidence le 6 février de la même année et était entrée en fonction le 1er mars. Les témoins du mariage seront la fille de Tarja Halonen, Anna, et le fils de Pentti Arajärvi, Esko.

Dans les années 1960, elle a quitté l’Eglise Evangélique Luthérienne de Finlande, à laquelle la plupart des Finlandais appartiennent, pour protester contre la politique de taxation des membres de l’Eglise et contre la position de l’Eglise interdisant les femmes prêtres. Depuis, l’Eglise s’est mise à accepter les femmes prêtres, et la présidente a indiqué qu’elle n’avait aucune raison de ne pas renouer avec l’Eglise, mais qu’elle s’obligeait à n’en rien faire de peur que ses actes soient mal interprétés. Dans les années 1990, Tarja Halonen a présidé une organisation chrétienne de travail social, Suomen setlementtiliitto.

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Tony Halme, le député du parti populiste des Vrais Finnois, habillé pour le ring...

Suite à son engagement à la SETA en 1980-1981, Tony Halme, ancien boxeur et lutteur professionnel, député finlandais du parti populiste des Vrais Finnois, se référant à sa jeunesse où il a grandi « dans la rue », déclara en 2003 : « Nous avons une lesbienne comme présidente et moi comme parlementaire. Tout semble possible. ». Bien que Halme ait déclaré qu’il voulait parler de mobilité sociale, l’immense majorité des médias ont interprété ces propos comme une insulte. La présidente de la République finlandaise n’a pas commenté l’événement. Plus tard, Halme a présenté ses excuses et a dit qu’il avait été mal compris.

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Tony Halme, le député du parti populiste des Vrais Finnois, côté ville

Selon la biographie de Tarja Halonen, publiée en 2005, Tarja Halonen est critique vis-à-vis de certains membres de la fonction publique qu’elle ne nomme pas, accusant ces gays ou ces lesbiennes de ne pas faire leur « coming out » et de ne pas militer pour l’égalité sexuelle. Elle accuse ces homosexuels vivant dans l’ombre de profiter des bénéfices acquis par le travail d’autres qui militent, eux, pour l’égalité de sexuelle, sans y contribuer eux-mêmes.

Tarja Halonen est mondialement connue pour son intérêts pour les sujets touchant aux droits de l’homme (et de la femme). En 2006, elle a été pressentie pour la candidature au poste de Secrétaire générale de l’ONU, mais elle a déclaré plus tard vouloir finir son deuxième et dernier mandat de présidente avant de penser à d’autres options. Elle est membre du Conseil des dirigeantes mondiales, un réseau international de présidentes et de Premières ministres actuelles ou passées, dont le but est de mobiliser les dirigeantes du plus haut niveau pour une action collective sur des problèmes d’une importance primordiale pour les femmes et leur développement équitable.

Depuis de nombreuses années, Tarja Halonen est classée par le magazine américain Forbes parmi les 100 femmes les plus influentes du monde. En 2010, elle a été classée 62ème, la première étant Michelle Obama.

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Panel sur le développement durable à Davos le 28 janvier 2011 ; à gauche du Secrétaire général, la présidente Halonen (ONU 2011)

Le 9 août 2010, Tarja Halonen a été nommée co-présidente du Panel de haut-niveau sur le développement durable mis en place par le Secrétaire général de l’ONU, avec Jacob Zuma, le président sud-africain. La dernière réunion du Panel a eu lieu au Forum Economique Mondial de Davos, vendredi 28 janvier 2011, sur le thème suivant : « Redefining Sustainable Development : How can sustainable development become a driver of inclusive growth ? ». Tout un programme.

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Session de travail du Panel à Davos ; à droite de Ban Ki-moon, la présidente Halonen et sur l'écran, le président Zuma (ONU 2011)

Décidément, la visite de Ségolène Royal en Finlande à l’invitation de Jutta Urpilainen promet d’être intéressante, tout comme le dîner qu’elle aura ce soir avec la présidente de la République de Finlande, Tarja Halonen.

Frédérick Moulin

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