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AXE DEUXIEME - CITOYENNETE ECONOMIQUE ET DEMOCRATIE SOCIALE


Le « social » apparaît souvent comme un mot magique, incantation superbe et magnifique, qui seule peut rassembler les socialistes et/ou la gauche à l’image de la « rénovation » du PS, toujours invoquée, peu réalisée. Or, la crise financière aura mis en évidence les dérives d’un marché qui était devenu illimité[25] et, partant, incontrôlable. Cela devient en quelque sorte le discours obligé du moment. En effet, le keynésianisme semble revenu au goût du jour, quand on le donnait pour moribond voici peu. A nous de déterminer ce qui relève du discours rhétorique et d’un réel volontarisme politique.

Si l’on admet que la France a un rôle majeur à jouer car elle seule parmi les pays occidentaux porte en elle l'exigence d'égalité[26], si l’on admet également[27] que la question que doit se poser le PS , est celle de l’égalité, seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits alors qu’actuellement les partis de gouvernement s’appuient sur des bases électorales de 10 à 15% des inscrits, on pose la seule question qui vaille : la reconquête des catégories populaires passe par une véritable égalité qui ne soit pas de façade et un discours qui ne soit pas seulement incantatoire. Insécurité sociale[28], souffrances sociales liées à l’injustice sociale du système actuel , etc… C’est en fait la question de la justice sociale qui est de plus en plus prégnante. Justice sociale et égalité peuvent se concevoir chez Ségolène Royal comme une véritable « démocratie sociale »[29]. Il nous faudra réfléchir sur la «  racine de cette faiblesse intellectuelle de la gauche face à la puissance des thèses ultra-libérales[30] » qui a pu amener Lionel Jospin et son ministre Dominique Strauss-Kahn au ministère des finances, à très fortement défiscaliser les stock-options… Comme nous avons vu que la démocratie participative supposait une appropriation ou une réappropriation de son propre devenir, en d’autres termes recouvrait l’aspiration de chacun à exercer un contrôle sur sa vie (empowerment ), il s’agit également de replacer la répartition des richesses dans le processus démocratique [31].

I) REDEFINIR UNE GAUCHE DE GOUVERNEMENT APTE A PORTER UNE VERITABLE « DEMOCRATIE SOCIALE »

A) Du « divorce » de 2002 à l’abstention de 2010 : ne plus se satisfaire d’élections « sans le peuple »

Les chiffres de l’élection présidentielle de 2002 sont connus[32] : seuls 12% des ouvriers ont voté Lionel Jospin contre 14% pour Jacques.Chirac et 26% pour Jean-Marie Le Pen. 24 % des cadres ont voté pour L. Jospin au premier tour contre 13 % pour J.Chirac et 8% pour JM Le Pen. Si entre 1995 et 2002, L.Jospin a maintenu son score chez les cadres, il l’a divisé par deux chez les ouvriers.

Ainsi, Rémi Lefebvre note-t-il que « les socialistes apparaissent à la fois déconnectés des fractions déclinantes de la vieille classe ouvrière, des usines frappées de plein fouet par les restructurations et les délocalisations, et des fractions montantes du nouveau prolétariat précaire des services …». Le PS a du mal à comprendre «  l’insécurité sociale grandissante, la montée de la précarité qui n’est pas seulement sociale mais aussi existentielle, le sentiment d’abandon de pans entiers de la société » . Rémi Lefebvre évoque même le cas d’un militant d’origine populaire à Lille lors d’une assemblée générale post électorale : “ Un atelier sans ouvrier, cela ne peut rien produire de bon. ”

Le PS de 2010 n’a que peu évolué face à la « deshérence » des catégories populaires et ouvrières dans la société française et leur  « retrait de l’espace public ». La forte abstention des ouvriers présentée en 2002 comme renforçant ce phénomène n’ a pas cessé. Le projet socialiste de 2002 rédigé sous l’égide de Martine Aubry se situait dans la lignée des mesures dites « sociétales » (parité, PACS, etc … ) fort louables, mais se trouvait méconnaître les inégalités sociales « devant le processus d’individuation et l’aspiration de nombreuses catégories populaires à plus de protection alors que la stabilité des statuts professionnels et les structures d’encadrement traditionnelles » s’affaiblissaient .

Comment ne pas relier ce refus de la conflictualité sociale par un parti de notables et l’accroissement de la distance sociale et symbolique ! C’est ici que se noue la spécificité de Ségolène Royal  : réduire cette distance sociale devenue insoutenable et dévastatrice ; elle seule en effet a ce lien particulier avec les catégories populaires. Si nous considérons le premier tour des régionales et ses 53,5 % d’abstention, il apparaît que cette élection « s’est faite sans le peuple » : 23,5 millions d’électeurs ne se sont pas déplacés. Si nous y ajoutons 49 % d’abstention au second tour et surtout plus de 70 % dans les quartiers populaires, le constat n’est guère réjouissant. Dans certaines banlieues sensibles, on observe des taux de participation qui tournent autour des 25 %, comme à Vaulx-en-Velin, Sarcelles, ou Clichy-sous- Bois. Ainsi, en banlieue parisienne, comme dans certaines zones très marquées par la crise telles que la Lorraine sidérurgique, les banlieues du Rhône ou de Seine-Saint-Denis, les votes exprimés n’ont représenté que 5 % de la population[33]. Comme pour les élections européennes, , les territoires qui n’ont pas voté sont ceux où vivent les classes populaires. « Tant que les partis de gouvernement ne sont pas prêts à remettre en question cette donne qui leur est absolument défavorable, les élections sans le peuple sont en passe de devenir le modèle [34] ».

La donne reste la même, que nous parlions de l’échec le plus douloureux de l’histoire de la gauche (2002) ou du retour en grâce de mars 2010. La gauche atteint des résultats exceptionnels dans les centres urbains aisés : il nous incombe d’éviter que l’avenir de la gauche passe par l’abstention. Le retour au pouvoir du PS ne peut être le fruit d’une démocratie quasi-censitaire à laquelle plus de la moitié de la population ne participe plus. On notera que Georges Frêche et Ségolène Royal réussissent, mieux que tous les autres socialistes, à mobiliser l'électorat populaire, « épuisé par le système Sarkozy [35]» . En Poitou-Charentes, c’est clairement sur cette catégorie de population que Royal creuse l’écart par rapport à ses concurrents du premier tour : 46% de vote chez les employés (84% pour l’ensemble de la gauche) et 37% chez les ouvriers (65%). Au second tour, la performance est encore plus remarquable. Le score est sans appel : 58% chez les ouvriers et 85% chez les employés. Que dire des 61% de Ségolène Royal en Poitou-Charentes face aux 51% atteints dans le Nord ?

Certes, la question de la participation dans les zones urbaines sensibles reste une tendance lourde : le taux de participation dans les ZUS de Poitou-Charentes est encore trop faible, mais y est largement supérieur à la moyenne nationale ; on y dénote en outre un vote FN plus bas. La question est de savoir comment amplifier ce mouvement et inverser la tendance générale ; il s’agit en fait d’éviter, pour reprendre les mots de Gaël Brustier[36], que l’alternance de gauche envisageable pour 2012 ne contienne aucune alternative politique réelle. Pour lui, il s’agit d’une « abstention volontariste », qui contiendrait des éléments de l’« insurrection civique » évoquée par JL Mélenchon, sans avoir cependant une dimension d’ordre historique.

A noter la superposition d’un second phénomène, analysé par Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin [37] : au delà de la fameuse crise des banlieues, dont la visibilité est plus aisée, se cache en réalité une crise beaucoup plus grave et profonde[38] . Ainsi, une bonne partie de l’électorat de gauche, classes populaires et classes moyennes déclassées, ne vit ni dans les centre-ville boboïsés ni dans les quartiers. Du fait de la hausse des prix de l’immobilier, ils vivent dans le monde rural et les zones pavillonnaires péri-urbaines. Les deux auteurs insistent sur le fait que cette population prolétaire fixée à la campagne est de plus en plus abandonnée, voire méprisée par la gauche et par les médias[39]. Or, le pavillon périurrbain vécu selon Emmanuel Todd comme un « abri-antiglobalisation » peut devenir un piège social en exposant à la fragilité financière des populations qui étaient déjà en situation de fragilité économique (emploi précaire, surendettement...). Celles-ci vivent alors en situation de relégation territoriale et sociale. Lequel du désintérêt vis à vis de la chose politique ou de la colère populaire interpellera le plus la gauche et le PS ?

C’est ici que se greffe l’originalité de la démarche de Ségolène Royal. Sa prise de position – alors conspuée, nous y reviendrons – contre la taxe carbone gouvernementale, relève de cette prise de conscience. La dite taxe carbone eût atteint à titre principal ces ouvriers et employés qui, ayant dû s’éloigner des villes pour payer moins cher leur logement, consacrent un budget fort élevé à leurs déplacements. «  De quel droit, dit-elle, un gouvernement va-t-il assommer d’impôts des familles alors qu’elles n’auront même pas le libre choix de rouler propre » ? De même quand elle soutient les familles déjà touchées par la tempête Xynthia face à l’impéritie des fameuses zones noires . C’est encore cette ligne directrice qui caractérise son action quand elle souhaite allouer des chèques-contraception aux lycéennes qui disposent pas de planning familial près de chez elles.

Ségolène Royal a déjà emporté en Poitou-Charentes le vote d’un électorat de zones rurales qui initialement ne votait pas à gauche. Evoquer la « politique par la preuve » n’est pas un vain mot ; la région Poitou-Charentes est un « laboratoire d’idées » qui s’efforce de créer des dynamiques que d’aucuns ont voulu faire passer pour mineures. Elles relèvent bien plutôt d’une analyse précise de la situation de populations reléguées qui s’étaient aussi éloignées de la chose politique.

B) Reconstruire après la crise financière suppose de repenser une vision d’ensemble, au delà d’un constat partagé

Jacques Julliard[40] , chantre de la « deuxième gauche », reconnaît qu’elle représente une voie désormais dépassée[41] ; Elle a échoué, et plus précisément failli , du fait de ses compromissions et de ses renoncements. Selon le rapport sur le nouveau modèle de développement présenté par le PS le 19 avril 2010[42] , la gauche de gouvernement « n'a pas suffisamment engagé le changement profond de modèle de société qui était nécessaire ». Ainsi a-t-elle « même parfois faibli sur ses valeurs[43]», ou encore la social-démocratie européenne a-t-elle « parfois cédé du terrain à l’idéologie de ses adversaires (dans le texte du 27 avril)[44] ». Il apparaît que le constat de Jacques Julliard serait largement partagé : «  domination du secteur financier sur le secteur industriel, et du secteur économique sur le secteur politique et diplomatique », « financiarisation de l’économie … accompagnée d’une désindustrialisation délibérée et de la destruction d’emplois par millions » - Guillaume Bachelay[45] , secrétaire national du PS à l’industrialisation appelant , à la construction d’un « socialisme post-libéral [46]» et à la reconnaissance par les « sociaux-libéraux » de leur responsabilité dans la désindustrialisation[47].

L’heure est désormais aux "écluses sociales ou environnementales" aux frontières de l'Europe, « une entorse à sa tradition libre-échangiste, qui le rapproche à la fois de Nicolas Sarkozy, devenu le héraut d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe, mais aussi du Front de gauche » selon Le Monde[48]. De la même manière que, face à Luc Ferry [49] évoquant un « néo-keynésianisme social, vert et continental  devenu depuis l’effondrement du libéralisme économique le nouveau paradigme dominant », Henri Weber[50] oppose une confusion entre rhétorique et politique - car seule «  la gauche … entend se donner les moyens financiers et politiques de son nouveau cours » - nous devons nous (re)définir face à l’urgence sociale et écologique. Il nous faut réfléchir à ce qui fait notre spécificité non seulement vis-à-vis de la droite, mais également au sein de la gauche, afin que demain, la gauche de gouvernement ne puisse plus être accusée d’avoir « trahi ».

C) QUELLES ETAPES POUR CETTE RECONSTRUCTION ?

1) La consécration de nombre d’idées émises par Ségolène Royal

Comme l’a écrit J.L. Bianco sur son blog à propos du rapport du PS sur le nouveau modèle de développement «Certaines mesures qui étaient déjà présentes dans le pacte présidentiel de Ségolène Royal en 2007 ou dans le projet des socialistes sont justifiées [51]: … « Il manque encore une véritable vision d’ensemble pour laquelle l’appel lancé par Martine Aubry sur une société du «  care » ne saurait suffire ».

Le projet de Nouveau modèle économique, social et écologique reprend nombre d’idées du projet écologique et social inauguré par Ségolène Royal. Ségolène Royal, dans sa contribution « Combattre et Proposer » déposée en vue du Congrès de Reims évoquait déjà une «révolution fiscale», avec prélèvement à la source et fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, sans oublier la suppression des niches fiscales. A noter les "quatre révolutions du texte": "mettre l'économie au service de l'homme, faire la révolution écologique, mettre en place un Etat préventif et la révolution démocratique jusqu'au bout". Quant on songe au point 2 du projet présenté par le PS en avril 2010 «  Comment produire ? Valoriser le travail et préserver l’environnement », il est très clair que l’on retrouve des thèmes chers à Ségolène Royal. Ainsi l’évocation des  « vertus de la fiscalité pour accélérer les indispensables changements de comportement environnementaux… laquelle ne peut être « acceptable que si elle tient compte …. des facultés contributives des ménages ». L’exemple de la fameuse "social-écologie" est particulièrement parlant ; il évoquera à tous le débat qui opposa Ségolène Royal à Daniel Cohn-Bendit lors de l’émission « A vous de juger » , sur France 2 le jeudi 25 mars 2010, et plus largement des prises de position bien antérieures.

En bref, si les idées de Ségolène Royal ont irrigué le PS (et au-delà) - l’objectif n’est pas ici d’en dresser le complet catalogue - elle les applique d’ores et déjà en région Poitou-Charentes, fidèle à sa pratique de «  la politique par la preuve », nous y reviendrons.


2 ) Cependant, Ségolène Royal est porteuse d’un projet d’engagement plus radical

Pour Malek Boutih, le texte du PS sur le nouveau modèle de développement « a pour objectif la préservation des équilibres … Pour lui, au vu de la situation économique et sociale,la « gauche du parti qui  «  aurait eu intérêt à amender le texte … ne l’a pas fait (et) … s’est dissoute dans la majorité... » . Selon Marianne.fr[52] , la « gauche du parti », elle, préfère expliquer qu’elle a obtenu satisfaction sur de nombreux points dont, notamment, la notion de « care » et de « société du bien-être » chère à Martine Aubry qui en aurait été largement expurgée... or, la dite notion est encore bien présente.

Quelques points sont à soulever : Le mot« nationalisation », lui, n’apparaît qu’une seule fois. Tout au plus sommes –nous , pour reprendre les mots de Laurent Mauduit,[53]. face à « une forme de social-libéralisme mâtiné, comme le disait (DSK) lui-même, d’une forme de «socialisme de la production ». En octobre 2008, Ségolène Royal avait indiqué lors du "Grand Jury" RTL/"Le Figaro"/LCI. [...] qu’il fallait « procéder à des nationalisations partielles (...) pour contraindre les banques à revenir dans leur coeur de métier: l'aide économique aux entreprises ». Elle avait ironisé sur le plan de l’époque : « C'est un plan d'urgence et l'on a découvert qu'il y avait finalement beaucoup, beaucoup d'argent pour venir en aide aux coupables de la crise et très, très peu d'argent pour venir en aide aux victimes de la crise ». Il se trouve que Jacques Julliard, entré en dissidence selon le mot de Médiapart[54], appelait, dans ses fameuses «  thèses pour repartir du pied gauche »[55] à recouvrer la maîtrise du crédit, au moyen de la nationalisation, au moins partielle, du système bancaire[56].

Et le mot « ouvrier » n’ a tout simplement pas sa place dans le texte d’avril 2010 relatif au nouveau modèle de développement. Si nous retenons cette idée de venir en aide prioritairement aux victimes de la crise, le texte deJacques Julliard précité garde tout son intérêt : «  la gauche ne pouvant être représentée, lors de l’élection présidentielle, par un représentant de l’establishment financier, l’avenir est à un grand rassemblement populaire, ouvert à toutes les forces hostiles au néocapitalisme, du centrisme à l’extrême gauche, décidé à installer un nouveau rapport de forces au sein de la société ».

Nous avons évoqué déjà cette question du grand rassemblement populaire. Elle nous semble centrale, elle l’est dans la stratégie de Ségolène Royal qui depuis longtemps déjà a appelé à dépasser les anciens clivages (en accueillant sur sa liste un ex- communiste, des dirigeants syndicaux d’ Heuliez ou New Fabris ). Ainsi s’exprimait-elle à l’occasion du 1er mai 2010 : « En Poitou-Charentes, avec mes équipes, je ne me résigne jamais aux destructions d'activités et d'emplois, aux délocalisations et à la disparition de savoir-faire précieux[57] : de la défense d'Heuliez à la reconversion écologique du site de New Fabris en passant par le soutien apporté aux coopératives de production. Ce combat pour la dignité des salariés se traduit, des paroles aux actes, par la présence de trois ouvriers sur ma listequi sont aujourd’hui élus Conseillers régionaux et qui apportent une expérience précieuse dans notre combat quotidien pour l’emploi et pour la dignité du travail ».

Nous l’avons vue mettre en œuvre un laboratoire des nouvelles pratiques politiques en Poitou-Charentes. Dans cet ordre d’idées, la critique de Bernard Maris[58] prend tout son sens : « dans le programme de Martine Aubry, dit-il, il manque le mot...« associatif», nous y reviendrons également.

II) ETRE AU PLUS PRES DES ASPIRATIONS POPULAIRES DE JUSTICE SOCIALE

Nous sommes parvenus à un stade où l’accroissement de l’injustice sociale et la persistance des inégalités, quand ce n’est pas leur ostentatoire accentuation, atteignent un point insupportable. Les rémunérations faramineuses, les bonus immérités, et autres stock options sont d’autant plus insupportables aux yeux de la population qu’elle est touchée par le chômage, les délocalisations . L’insécurité sociale semble la donne.

Dès la campagne de 2007, Ségolène Royal avait défendu une autre vision de la fameuse « valeur travail[59] » et la réorientation de la gauche vers la question du travail, de façon à retrouver le « social » et non plus seulement gérer le « sociétal ». Si l’on admet avec Alain Supiot que « le capitalisme repose sur trois fictions : … traiter les hommes, donc le travail , la nature …. comme des marchandises - comme si c’étaient des produits, alors qu’ils n’en sont pas » et que «  ces fictions ne sont tenables que si l’on a des dispositifs juridiques qui protègent les hommes (et) qui protègent la nature …  », l’on comprend mieux le discours de Ségolène Royal qui entend remettre l’homme au centre de l’économie et permettre la dignité du travail. Nous commencerons par donner quelques exemples en ce sens , avant de mieux cerner une vision d’ensemble applicable.


A) QUELQUES EXEMPLES ou la politique par la preuve : ECOLOGIE SOCIALE, ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

Comment donner vie aux aspirations populaires de justice sociale ? C’est donc cela, mais aussi des mesures visant à lutter contre les inégalités entre hommes et femmes et contre les discriminations, que Ségolène Royal entreprend de mettre en place lorsqu’elle propose d’instaurer de l’ordre juste dans l’économie. Comment vivifier toutes ces idées ?

1) Ecologie sociale

Nous désignons ici la volonté de défendre une écologie à dimension sociale : fiscalité écologique juste, qui encourage en priorité les transports propres plutôt qu’une fiscalité punitive qui décourage les consommateurs ; un plaidoyer pour la « croissance verte »[60] que Ségolène Royal met en œuvre dans sa région depuis 6 ans, que ce soit à travers la voiture électrique Heuliez, le plan photovoltaïque ou encore le lycée Kyoto , etc ... La « social-écologie » figure désormais dans le projet de développement présenté par le PS en avril 2010 ; Que de termes et de notions portés par Ségolène Royal dans le débat public et aujourd’hui repris de part et d’autre ! Le recul marqué par le processus du « Grenelle »[61] amène tout autant à marquer l’intérêt d’une politique « par la preuve », au-delà de la « mode verte ». Car à travers la croissance verte, l’ambition de Ségolène Royal est de faire de la France une véritable « puissance écologique ».

a) Taxe carbone

Nous reviendrons sur le cas -emblématique - de la taxe carbone . Ségolène Royal seule avait osé – la première - mettre en exergue, dès l’été 2009, l’injustice de la taxe-carbone conçue par le gouvernement, avant d’être suivie ensuite par tout le PS . Lequel PS se trouvait tétanisé face aux Verts du fait de l’échec enregistré aux élections européennes, craignant plus que tout de se voir taxé d’inconscience verte ! Laurence Rossignol, qui y est chargée de l’environnement, avait bien précisé que les positions de Ségolène Royal n’engageaient en rien le PS … Il fut donc amusant, après l’invalidation de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, d’entendre Marine Aubry dire que « les motifs de cette annulation confirment la position prise par le Parti socialiste » !!!

Il est vrai que le PS avait bien fini par mettre en avant le thème de l’injustice et de l’inefficacité écologique, mais seulement ENSUITE, après notamment l’invective de Jack Lang accusant Ségolène Royal de se livrer à une opération «  populiste et opportuniste ». Sans parler de la diabolisation engagée alors par les Verts, Cécile Duflot, entonnant à La Rochelle – à propos de la critique émise par Ségolène Royal - l’air du on est avec nous ou contre nous ou encore insinuant la démagogie[62].

Ségolène Royal a su dire que nombre de Français se sentaient injustement touchés ; elle s’est souvenue que l’égalité fiscale était - au-delà du principe d’égalité devant les charges publiques - un principe de gauche. Je rappellerai que la ligne de clivage artificiellement créée à Reims portait sur la volonté d’alliance au centre et sur le reproche fait à Ségolène de n’être pas assez à gauche ! La démarche de Ségolène Royal a porté ses fruits et démontré a-contrario eta-posteriori sa validité.

 

J’ajouterai quelques mots sur la question des thématiques écologiques. Nous sommes à un moment charnière ; la majorité des scientifiques s’accordent à dire que nous sommes sans doute la dernière génération à pouvoir sauvegarder un équilibre climatique minimal, la dernière qui, sans inverser la hausse des températures, peut encore la limiter.

Il importe cependant de ne pas bâtir la défense de l’environnement de façon tabouisée ou quasiment religieuse. Les concepts qui ont été développés en vue de protéger l’environnement peuvent être discutés (et donc améliorés).

Le fameux concept de « développement durable » participe d’une recherche d’équilibre entre les 3 dimensions : environnementale/économique/sociale - ce pourquoi Ségolène Royal a eu raison de mettre en avant la question de l’injustice sociale engendrée par la taxe carbone[63].

Mais 2 lectures du développement durable s’affrontent (puisque la dimension écologique n’en est qu’un des 3 aspects ) :

- faisons-nous en réalité face à la prédominance, au sein du développement durable, des impératifs du développement par rapport à ceux de la protection de l’environnement

- ou disposons-nous là d’un un principe parfaitement équilibré, dont la substance même est la conciliation ?

Ainsi la confusion sémantique au sein du « développement durable » entre les concepts de politique de l’environnement et de politiques économiques et commerciales, etc… est savamment entretenue par le gouvernement actuel - les politiques environnementales restant subordonnées aux intérêts industriels et économiques.


b) Ségolène Royal a posé les bases de ce que devrait être une fiscalité verte. Dans sa Tribune, publiée dans Le Monde du 8 janvier 2010, elle appelle à ne pas envisager l’écologie comme une écologie punitive[64]. Après avoir évoqué la connivence consistant à exonérer de l'impôt les grandes firmes à l'origine des principales pollutions industrielles , elle y présentait la taxe carbone comme « un impôt injuste pour toutes celles et tous ceux qui n'ont ni le choix ni les moyens de prendre les transports en commun, d'acquérir un véhicule électrique ou de changer de chaudière ». Pour elle, l’écologie doit se défendre par l'impulsion, par l'orientation et l'envie de participer à un projet de civilisation.

Il est possible, nous dit-elle, d'opposer une conviction : la révolution verte ne se fera pas contre le peuple, mais avec lui et pour lui. La révolution verte, c'est le développement des éco- industries, d'une agriculture biologique, l'extension des énergies propres, la recherche d'une plus grande sobriété, l'investissement dans les éco-industries mais aussi la création de principes budgétaires justes et efficaces appliquant réellement le principe pollueur-payeur.

Elle pose trois principes intangibles devant présider à la création d'une fiscalité verte.

- Elle doit d'abord être efficace. Et doit pour cela non seulement s'appuyer sur le libre choix laissé au contribuable, mais aussi intervenir postérieurement à une offre de qualité en transports en commun et voitures propres.

- Elle doit ensuite être juste. Non à un impôt sur les déplacements du périurbain et des zones rurales. Non à un impôt sur les plus modestes[65].

- Elle doit enfin être accompagnée d'actions concrètes, concernant l'isolation des logements et plus largement la réduction de la consommation d'énergie.


c) Croissance verte : une politique applicable au territoire national

La « révolution fiscale » et la « révolution écologique » qui prendrait en compte l’ensemble des aspects environnementaux ne sont pas une nouveauté pour Ségolène Royal ! En bref, à l’heure où le PS entend redevenir « social  » et se découvre « vert », il importe de savoir comment opérer la dite jonction . Pour la première fois en France, une Région, Poitou-Charentes en l’occurrence, participe au capital d'une société (Heuliez) – société qui s'engage dans la production de véhicules électriques et la croissance verte et pour la survie de laquelle elle s’est fortement investie. Ceux qui n’y voient qu’activisme devraient consulter le résultat des élections régionales à Cerizay, ville d’implantation d’Heuliez : 50,68% des voix , en présence de huit listes au total.

La Région Poitou-Charentes s'est en effet engagée depuis 2004 dans une politique forte de développement de la croissance verte. La croissance verte dépasse le simple cadre des emplois dans les filières environnementales, qui en sont toutefois une partie ; elle est une nouvelle façon de concevoir le développement économique, respectueuse des hommes et des milieux naturels. Ainsi souhaite –t-elle faire émerger une autre vision, un autre chemin que notre pays peut prendre, … avec la construction de la social-écologie pour allier croissance, respect de l’environnement, et progrès humain. Ce ne sont pas des mots. Elle a mis en place cette politique dans sa région, en Poitou-Charentes », avec déjà des milliers d’emplois dans la croissance verte[66].


2) Economie sociale et solidaire

Ségolène Royal a depuis longtemps déjà entrepris de lutter dans sa région contre la désindustrialisation, pour la protection des plus faibles et la défense des services publics, etc ...   : de même l’appel à un Etat préventif qui mettrait en place la fameuse « sécurité sociale professionnelle », idée déjà ancienne et fort partagée, n’est pas pour elle un pieux appel de plus. La région Poitou-Charentes a ainsi mis en place la sécurité sociale professionnelle à destination d’ouvriers licenciés en assurant le paiement de 90% du salaire pendant dix-huit mois - ceci tout en donnant une formation professionnelle non seulement pour ne pas abandonner les salariés mais aussi pour anticiper les mutations industrielles de demain. Son projet pour le Poitou-Charentes comporte 10 000 contrats de sécurité sociale professionnelle pour accéder à la formation sans rupture du contrat de travail, 8 000 bourses régionales pour les créateurs d'entreprise d'ici quatre ans, le doublement du nombre de sociétés coopératives et le triplement du nombre d'entreprises innovantes.

Nous développerons plus avant la question de l’économie sociale et solidaire, que Ségolène Royal pratique depuis longtemps déjà. Pour elle, « l'économie solidaire, autour des sociétés coopératives de production (SCOP) et des sociétés coopératives d'intérêt collectif (SCIC) notamment, répond à un besoin croissant des salariés : celui de prendre en main leur destinée et de s'impliquer pour la réussite d'un projet. La Région s'est engagée, ces dernières années, aux côtés de l’Union Régionale des SCOP pour développer le statut coopératif de production.

Très concrètement, il s'agit d'accompagner la création de SCOP , de développer le tutorat, de promouvoir les SCOP auprès des jeunes et de soutenir certains projets de création ou de reprise d'entreprises ».

Ainsi, « l'économie solidaire et le statut coopératif permettent de redonner de l'élan et du souffle à des entreprises. Ce secteur a plus que jamais sa place, à chaque fois que les outils traditionnels ne permettent pas d'avancer et que les salariés veulent reprendre en main leur avenir. » Ainsi l’ambition de Ségolène Royal et de son équipe sont bien d’ amplifier le développement de l’économie sociale et solidaire en région Poitou-Charentes et d’en promouvoir les valeurs dans l’ensemble de l’économie régionale[67]. L’idée de recréer une économie dont le profit ne peut être la finalité unique passe ici par « un triangle vertueux entre l’emploi, la cohésion sociale et la démocratie participative »[68].


B) REPENSER JUSTICE SOCIALE ET LUTTE CONTRE LES INEGALITES


1) Egalité, dignité et solidarité [69]

Philippe CHANIAL dans son intervention aux journées de réflexion organisées par l’Institut Edgar Quinet[70], présente une conception de l’égalité qui « est plus que l’égalité, c’est avant tout ce qui définit une société bonne – et pas seulement juste - , une société qui rend possible une certaine qualité de la vie personnelle, une certaine qualité des liens sociaux, à la fois d’un point de vue politique et moral[71]. Il propose une « conception exigeante de l’individu  … comme personne autonome ; comme citoyen ; comme associé solidaire » .

Philippe Chanial prend l’exemple du plaidoyer de Jean Jaurès pour les assurances sociales. Jaurès ne défend pas seulement le principe de la cotisation ouvrière mais celui de la cotisation obligatoire. C’est le principe même de la mutualité (« assurance de tous par tous, de chacun pour tous ») qu’il s’agit, par l’obligation (l’obligation de donner, de contribuer), de rendre universel. Et c'est justement par la cotisation que le travailleur - indissociablement donateur et donataire - pourra affirmer son égale dignité, échapper à l'humiliation … Ainsi, pour Jaurès, « l’assuré n’est pas seulement un cotisant ou un ayant-droit, il est aussi et indissociablement …. un individu dont l’autonomie est garantie par cette protection collective qui résulte en partie de sa propre contribution (« la vieillesse sera fière ») ; un citoyen, participant à l’administration et au gouvernement de ces caisses ; et enfin un associé solidaire qui s’oblige à verser dans la caisse commune pour peut-être n’y jamais puiser ». P.Chanial voit ici une mise en application de toute une conception de l’égalité.

Cet exemple démontre selon P.Chanial que, quand Jaurès, en s’appuyant sur Proudhon, affirme que « l’égalité et la justice c’est « l’universelle fierté humaine dans l’universelle solidarité humaine »[72] , nous ne sommes pas dans ce qui serait un « catéchisme socialiste ».

L’analyse de P.Chanial nous ouvre un large horizon : pour Jaurès, nous dit-il, « l’assurance sociale n’est pas seulement au principe de la solidarité de tous envers chacun ou de l’égale dignité ou fierté de chacun. Elle est aussi au principe de l’égale citoyenneté de tous ». En citant la loi sur les retraites ouvrières, l’assurance, nous ne sommes pas dans la réforme philanthropique ou la simple technique de protection sociale. Il s’agit de « l'avènement de la citoyenneté économique et de la démocratie sociale »


2) Justice sociale et dynamique d’action

Ségolène Royal ayant elle-même participé aux journées de réflexion organisées par l’Institut Edgar Quinet en janvier 2008[73], nous livrons ici les grandes lignes de son intervention. Elle insiste sur le fait que nommer l’exigence de lutte contre les inégalités sociales ne suffit pas. Alors que la droite a parlé d’obsession du nivellement, la lutte contre les inégalités est à repenser dans une dynamique d’action.

En premier lieu, la lutte contre les inégalités n’est pas seulement la lutte contre les exclusions ; elle doit aussi intégrer les classes moyennes. Et de citer à l’appui les électeurs des communes périphériques des villes. Il s’agit de lutter contre ce que la Fondation Jean Jaurès a appelé le « descenseur social »

En deuxième lieu, il ne faut pas voir ici de remise en cause du droit à la réussite individuelle. La gauche entend rendre ce droit à la réussite personnelle universel. L’objectif n’est pas le nivellement mais l’ épanouissement de la personne. Elle cite Jean Jaurès dont elle ne peut que constater la très grande modernité – non sans noter que tous les socialistes le citent aujourd’hui ! : « la valeur de toute institution est relative à l’individu humain » : c’est l’individu humain (les deux mots accolés) affirmant sa volonté de se libérer, de vivre , de grandir qui donne vertu et vie aux institutions – voilà le socialisme ! L’objectif principal est de rechercher l’émancipation de cet « individu humain » , face à l’aliénation, face au manque d’éducation , de travail, de qualité de vie, de salaire, de culture.

 

L’action politique doit permettre de compenser ces carences pour réaliser l’émancipation de chacun et donner à ceux qui n’ont pas le capital de départ - épargne , patrimoine , capital culturel , etc … Ces personnes n’ont que leur famille (d’où l’importance des politiques familiales), l’école (gratuite ) qui garantit la réussite individuelle des élèves – l’école étant le lieu où se transmet le capital de ceux qui n’ont rien. Ils ont aussi la sécurité sociale ( capital de ceux qui n’en ont pas - que la droite laisse filer ! ) , l’accès au service public de la petite enfance (d’où l’importance de la politique de la petite enfance , etc … L’idée est d’EGALISER autant que faire se peut le patrimoine de départ. Nous faisons face aujourd’hui au rétrécissement du champ des possibilités ( montée des précarités , risque de chômage qui ne recule pas, cadres pressurés, jeunesse pessimiste …) . Or, le rôle des réseaux, des relations est devenu trop important pour que deux jeunes ayant le même diplôme puissent s’insérer dans la société et aient les mêmes chances d’accéder au même emploi.

 

Troisième point : la justice sociale n’est pas un frein à la création de richesses mais au contraire un facteur de croissance. Etre motivé au travail permet de créer des perspectives. Avoir des perspectives réduit la violence, la criminalité, permet de rebondir, de progresser. La justice suppose de s’assurer que tous les talents puissent s’épanouir. Une femme qui gagne 30% de moins dans son travail n’est pas motivée, un jeune qui verra l’emploi fermé à cause à cause de son nom ou de son quartier ne sera pas motivé.

La justice sociale et la lutte contre les inégalités n’inhibent pas la croissance ; la justice, aux antipodes de la politique fiscale de la droite, permet plutôt de se projeter dans l’avenir, et justement d’avoir l’ esprit d’entreprendre et le goût du risque (avoir envie de se former, de pouvoir accéder au crédit, de créer , etc … )

 

En conclusion, Ségolène Royal appelait à revenir aux sources de ce qui fait notre engagement. Elle mettait même en exergue les inégalités auxquelles la gauche ne s’était pas attaquée : les inégalités entre universités et grandes écoles, les inégalités subsistant aux dépens des jeunes issus des catégories populaires, les inégalités entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui les subissent (d’où l’urgence de repenser le lien politique et la façon de faire de la politique), les inégalités entre les grandes entreprises et les petites, là ou le dialogue social est quasi inexistant.

 

Le chantier de ces luttes pour la justice sociale et contre ces inégalités trouve, selon elle, son creuset dans la façon d’exercer les mandats locaux. Les maires, présidents de conseils généraux, de région etc … ont montré sur le terrain que la lutte contre les inégalités est facteur de croissance économique. Et de donner l’exemple du Poitou-Charentes avec le micro-crédit et les bourses tremplin : en trois ans ce sont 5000 petites entreprises qui ont été créées.

 

« Ainsi la gauche peut devenir et va devenir la force motrice de la croissance française en s’attaquant aux inégalités qui rongent notre pays ». Pour Ségolène Royal, « l’injustice sociale freine et pervertit le développement (étroitesse du marché intérieur, corruption endémique, boulevard ouvert aux trafics et aux mafias, instabilité politique et, si la démocratie déçoit socialement, tentation autoritaire). Un ordre économique injuste n’est qu’un chaos et une poudrière. Enivré de cupidité à court terme, le système néolibéral n’a pas seulement trébuché sur ses propres vices : il a semé dans le vaste monde des désespoirs et des ressentiments qui menacent la sécurité collective[74]».

 

3) Urgence d’une alternative de gauche à la mondialisation ultralibérale

Ségolène Royal a prononcé le 8 avril 2010 une allocution publique à l'université Candido Mendes de Rio de Janeiro[75] sur le thème de la « mondialisation et son alternative de gauche. » devant un parterre d’étudiants et de professeurs[76]. Elle revient sur les deux événements que sont l’investiture de Barack Obama et le Forum social mondial de Bélem qui ont soulevé une « immense mobilisation populaire et l’espérance », d’ « un autre monde possible, une alternative à gauche pour imposer le respect de l’être humain et de son environnement ». Face à la « la crise globale qui ébranle la planète, disqualifie les donneurs de leçons, qui moquaient les mises en garde des altermondialistes et nous vantaient les charmes de l’Etat minimal, de l’abaissement des protections sociales, du productivisme prédateur et des prouesses des traders », elle dénonce un système qui conduit aux « émeutes de la faim, dans les rues de Bombay, de Dakar ou du Caire », un système dans lequel les salariés sont  « broyés par les mâchoires de fer du capitalisme financier ».

Dans le même esprit, elle propose dans son ouvrage Obama, Lula, Forum Social, dix leçons convergentes[77], des pistes novatrices et des parti-pris volontaires qui dessinent d'autres possibles et ébauchent un modèle alternatif de développement. En effet, la crise globale qui ébranle la planète disqualifie les dogmes de la révolution néo-conservatrice. Elle nous fait connaître un diagnostic partagé dans les deux Amériques quant à « la nocivité et la dangerosité d’un système fondé, comme l’a souligné Barack Obama, sur « une conception étriquée de l’intérêt individuel et du profit à court terme ».

Elle propose de faire de l’efficacité économique et de la justice sociale un couple inséparable ; de retrouver une puissance publique assumant la plénitude de ses responsabilités (un « Etat anticipateur, porteur d’une vision à long terme de l’intérêt général ») ; d’accélérer la croissance verte, « gisement d’emplois et de qualité de vie de demain » ; de définir les domaines vitaux à soustraire aux diktats exclusifs du profit à courte vue , à savoir définir et protéger les biens publics mondiaux (il apparaît en effet que « la privatisation effrénée des services publics et la marchandisation croissante de tous les domaines de l’existence n’ont eu nulle part les effets vertueux que promettaient leurs partisans.» ). Elle pose enfin la démocratie participative comme une condition de l’efficacité politique, en entendant s’appuyer « sur la plus belle des forces : la force citoyenne[78]. Qui émerge partout sur la planète, interpelle, questionne, revendique, propose ».

4) Les enseignements de la crise grecque : Union européenne , FMI et justice sociale

Nous eussions pu tout autant évoquer en titre la « crise européenne » de ce printemps 2010. « Après bien des atermoiements », note Ségolène Royal[79], l'Europe s'est dotée d'un vaste plan de secours de 750 milliards . Elle évoque « un rempart érigé à la dernière minute pour protéger l'Union des prédateurs financiers » ….par un accord final qui ne contient « pas un mot, pas une ligne sur la lutte contre les spéculateurs, et aucune mesure coercitive contre les banques ». Il est bon de rappeler qu’après la Crise de 1929, le Président Roosevelt avait imposé une séparation étanche entre banques d’investissement et banques de dépôt[80]. Elle appelle à une profonde réforme du système financier[81]..

Les prêts consentis par les pays européens le sont à des taux élevés. Charmante solidarité européenne ! Le Fonds Monétaire international applique un taux plus bas mais « n'a pas changé, après les cures d'austérité imposées en Afrique et en Amérique Latine : en Grèce comme ailleurs, il applique la même méthode …  : abaissement des salaires, démantèlement de la protection sociale, augmentation des taxes... ». Petit tour d’horizon de la « purge » imposée aux Grecs (30 milliards d'économies sur 3 ans) : baisse des salaires, augmentation des taxes, notamment de 21 à 23% sur l'alcool, le tabac et les carburants, allongement de la durée du travail et de la durée des cotisations ; suppression du 13ème et du 14ème mois, les indemnités chômage devant aussi être revues à la baisse ; diminution des investissements dans le secteur public ( santé, éducation ). A noter que le salaire minimum brut est de 727 euros en Grèce et de 1343 en France.

Laurent Mauduit pose, sur Mediapart.fr, la question suivante : DSK s’est-il disqualifié pour représenter les socialistes ?[82]. Et d’ajouter que « l’interpellation est aujourd’hui taboue dans les rangs socialistes, mais (que) le PS prendrait un gros risque à l’éluder, lui qui cherche à convaincre l’opinion de son nouvel ancrage à gauche ». Il serait difficile de ne pas admettre que c’est là « un plan très violent que le FMI [83] et la Commission européenne ont mis au point», dont nombre d’économistes craignent en outre l’effet récessif[84]. Des économistes grecs[85] ont appelé récemment à un autre plan qui passerait par la relance de l'économie réelle et la restauration de l'État et non par une option néolibérale qui défend une redistribution dramatique du revenu aux dépens des salariés et des catégories les plus pauvres de la population. Comment éluder la question posée, simplissime et pourtant douloureuse : «  Où est le socialisme dans tout cela ? C’est le grand retour des «Chicago boys». Et de mettre en relation avec une interview donnée au Monde le 4 mai 2010 [86] dans laquelle DSK se dit «admiratif de l’extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou » . Plus que la terminologie barriste, c’est la référence au « choix » qui est encore la plus belle !

Comment éluder une seconde question, peut-être pire encore : un homme de droite à la tête du FMI aurait-il pris d’autres mesures , aurait-il fait d’autres choix ? La réponse est sans aucun doute négative, il importe de réfléchir à nos fondamentaux. Les collaborateurs de DSK, selon Marianne2.fr[87], s’efforcent de ménager toutes les pistes et portes (de sortie), le présentant tantôt comme un simple « accompagnateur » du plan grec, tantôt comme un véritable décideur « à la tête du FMI 92514_qu-est-ce-que-le-segolenisme.html#_ftn88">[88]» . A noter également que Martine Aubry et DSK, d’après une source Public Sénat (article du Post.fr du 6 mai 2010 ), ont d’ores et déjà une stratégie commune : «  DSK ne pourra pas gagner sans le travail que fait Aubry pour le parti. Et Aubry ne pourra pas gagner sans la crédibilité de DSK. … Et (ce partisan de la première secrétaire) de croire à la possibilité d’un « ticket à l’américaine » Aubry-DSK, … « A un moment il faudra se répartir les rôles. Aubry Présidente et Strauss-Kahn président de l’Europe par exemple ». Nous sommes bien loin d’une politique de participation citoyenne ! Jean-François Kahn notait sur son bloc-notes du 6 mai 2010 : l’extrême rigueur que l’Europe et le FMI ont imposée à la Grèce est applaudie par ceux-là même, en particulier les sociaux-démocrates français et les amis de DSK, qui proclament, en même temps, qu’une semblable politique de rigueur appliquée en France serait totalement inadéquate, car elle casserait dangereusement toute possibilité de reprise économique. Pourquoi ce qui est vrai ici serait faux là-bas ? J’ajouterais, et inversement !

Alain Touraine a fort bien résumé le dilemme dans un entretien paru dans La Croix[89] : « Les gens ont le sentiment qu’ils vont devoir payer pour des erreurs dont ils ne sont pas responsables. En outre, il est difficile de demander des efforts à une population avant d’avoir demandé des efforts à ceux qui sont encore privilégiés, les plus riches, voire à ceux qui sont responsables de la situation[90]. Et seulement après cela, il sera possible de demander des efforts au peuple. … . La justice, dans le cas de la crise financière et des efforts qui vont suivre, c’est …. qu’on ne laisse pas les plus riches s’enrichir encore, exporter leur argent à l’étranger, etc…. » En bref, la question est de savoir si les citoyens « ont un contrôle réel sur les politiques appliquées ».

Ségolène Royal a appelé depuis longtemps déjà aux Etats-Unis d’Europe[91] : « Pour résister aux attaques spéculatives, pour que l'Europe soit autre chose qu'un marché soumis à toutes les tempêtes, économiques, sociales, politiques, elle doit aller plus que jamais dans le sens de son destin. Et plus que jamais, son destin, ce sont les Etats Unis d'Europe que j'ai appelés déjà de mes vœux ». Je précise que l’on peut partager cette idée et avoir voté non au référendum de 2005, ce qui est mon cas. Car il y a là un discours cohérent - les souverainistes font également preuve de cohérence, je le reconnais , mais qui est en outre conforme à la tradition internationaliste de la gauche et réaliste économiquement en prévision du monde multipolaire qui s’annonce (dans lequel nous devons constituer un grand ensemble).

Jean-Claude Barbier dans une Tribune au Monde[92] présente une vision d’ensemble extrêmement juste : « La "crise grecque", nous dit-il, est l'autre nom de la crise de ce qu'il est convenu d'appeler "l'Europe sociale". Elle présente un avantage paradoxal : elle politise, à l'échelle de l'Europe, les questions de la justice sociale, en les faisant sortir de leur cadre purement national ». Et d’ajouter que « plutôt que de continuer d'entonner un discours creux sur la "solidarité européenne, c’est «  au premier chef parmi nos concitoyens européens, (vers) ceux et celles qui sont trop pauvres, ou trop peu dotés de ressources diverses, comme l'éducation, la culture, pour avoir pu profiter de la construction européenne » qu’il faut se tourner. Il évoque une urgence de culture commune, j’y verrais l’urgence d’un aggiornamento culturel. «  Ces concitoyens, condamnés à l'immobilité par l'inégalité criante de leurs ressources n'ont pas profité de l'euro : ils ne voyagent pas » et   souffrent « du classement comme "populistes", par les élites, de toutes les manifestations d'inquiétude et de frustrations des citoyens européens qui n'ont profité d'aucune de ces quatre fameuses "libertés fondamentales de circulation" : la circulation des marchandises, des personnes, des capitaux et des services ».

Il semble clair que le fil conducteur de toute une pensée applicable à la justice sociale est le respect du peuple. Bien au-delà d’une « société du care », Ségolène Royal s’oppose, nous le savons, à la taxe carbone (voir plus haut), et aux décisions de l’Etat en matière de zonage suite à la tempête Xynthia. Elle lance alors : «  Nous avons subi une catastrophe terrible. Un deuxième coup nous arrive sur la tête, en apprenant le zonage qui avait été décidé de façon unilatérale et autoritaire par l’Etat ! ». Après la suppression de la prime aux familles les plus modestes, elle met en exergue ce point névralgique et interroge : «  Aujourd’hui, il y a 12 millions de familles qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois. Est-ce que c’est vraiment le moment de leur supprimer 150 euros ? ».

A noter encore cette compréhension des préoccupations populaires quand, face à une réforme déjà biaisée des retraites[93], elle tient, bien avant les prises de position des officiels du PS[94], un discours ferme. Ainsi, sur France Inter, le 16 avril 2010 : « Tant que tous les paramètres ne seront pas mis sur la table, il est hors de question de toucher à ce qui est une sécurité fondamentale de millions de Français. (…) Ma conviction profonde est qu’il y a d’autres solutions que de remettre en cause la retraite à 60 ans[95]. (…) Une société a besoin de repères et l’on n’a pas de raison de toucher aux acquis sociaux dès lors que l’on n’a pas fait l’effort de rechercher la justice dans les prélèvements et de relancer la croissance économique ». Ainsi a-t-elle lancé une consultation populaire sur les retraites et la fiscalité, consultation ouverte par Désirs d'avenir. « Les Français doivent prendre la parole sur ce qui les concerne, écrit-elle le 17 mai 2010, il n’est pas acceptable que cette parole soit confisquée par le gouvernement . Désirs d’avenir veut être la voix des sans-voix. Venez participer, prenez la parole ! Et plus nous serons nombreux, plus cette parole sera entendue [96]».

En bref, tous les procès d’ « ancrage à gauche » que l’on nous fit semblent bien dérisoires ! Ségolène Royal présente à la fois un projet de gauche réaliste et un idéal d’émancipation populaire (et non « démagogue-populiste » ) [97]

 

C) QUELLE VISION D’ENSEMBLE ?

Nous nous souvenons que, selon Jean-Louis Bianco, le projet de modèle de développement présenté par le PS à la presse, tout en reprenant nombre de propositions antérieures de Ségolène Royal, manque d’une vision d’ensemble, à laquelle la société du « care » ne pourrait suffire.

1) Au-delà du « care »

Le « care », qui puise ses racines dans la théorie féministe nord-américaine[98], et notamment dans les travaux de Joan Tronto[99], peut se traduire par « soin » ou « sollicitude » - même si, le plus souvent, le choix a été fait de conserver le terme anglais. L’idée serait de séparer le « care » de sa nature (prétendûment) féminine pour le porter dans le champ politique. Le care peut être défini [100] «  comme une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer, et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible ».

Il s’agit de «  déconstruire les frontières morales qui contribuent à exclure les femmes, les noirs, les immigrés, les domestiques, les pauvres, les handicapés, de la pleine appartenance aux sociétés contemporaines : toutes personnes ou groupes déclarés inaptes parce que prodiguant des soins ou dépendant des soins »[101]. Quand bien même on nous dira que Joan Tronto propose une morale non pas féministe, mais universaliste[102], il apparaît clairement ici que le fondement de la théorie du care relève du féminisme différentialiste et non universaliste[103], et plus généralement, procède d’un raisonnement d’ordre différentialiste[104]. Certes, Fabienne Brugère[105], semble-t-il inspiratrice[106] de Martine Aubry et de Christian Paul, Président du laboratoire des idées du PS, insiste sur l’idée que le souci des vies vulnérables doit devenir l’affaire de chacun et que les hommes ont à sortir du marquage sexué de la sollicitude. Aussi louable que soit l’intention, et aussi pertinent que soit l’appel à l’égalité réelle qu’elle y voit, il faut être conscient du choix qui est fait de raisonner sur un fondement sexué et une « nature » féminine.

Alors que la logique du care, semblait permettre de réintroduire le sentiment, la pitié et la compassion dans les débats sur la justice, il s’agit de la débarrasser du sentiment et de la pitié pour la politiser pleinement. On ne saurait aller trop loin dans cette direction, sous peine de tomber dans la « compassion catholique cathodique » ou cette solution schizophrène de « ce que le président Bush appelle le capitalisme compassionnel [107]»[108].

En effet, la vie civique dépend plus du respect mutuel que de la compassion. Il est en effet plus facile d’éprouver de la pitié et d’apporter du soin que d’ appliquer à ses concitoyens des normes impersonnelles qui leur donnent le droit d’être respectés[109]. En bref, cette « compassion », pour jouer un rôle politique, doit d’abord être « débarrassée de son dolorisme d’inspiration chrétienne ». Mieux vaut parler alors, comme dans le cas brésilien de l’engagement associatif[110] , d’actions solidaires inconditionnelles qui manifestent cette capacité des militants et des habitants à instituer au quotidien un monde commun. Nous revenons en fait à la problématique d’une « une culture démocratique participative ». Or, il est bon de rappeler[111] qu’ « une telle culture solidaire et participative fut au coeur du mouvement ouvrier  «  et que les sociétés de secours mutuel ont voulu opposer à la concurrence libérale « une culture de la compassion fraternelle ».

Que n’aurait-on dit si Ségolène Royal s’était de la même façon réclamée de la société du « care », de la logique du « soin » ! Elle eût assurément, elle, été accusée de « dolorisme chrétien » ou de folie à la fois mystique et libérale-compatible  ! Personne ne se moque de Martine Aubry comme bonne dame charitable anglo-saxonne … Peut-on pour le moins avancer que la vision politique française serait quelque peu hermétique à l’inspiration anglo-saxonne du « care » ? Il est vrai que nous y voyons facilement un appel à l’entraide interpersonnelle qui évacuerait le rôle normatif et protecteur de l’Etat.

Société du « care », que Martine Aubry tente de traduire par « soin mutuel » ou même société du « bien-être et du respect » nous dit-elle encore. Que de références calculées et entremêlées en un gigantesque maelström ! Mais le mélange des concepts ne fait pas une politique. Quand bien même s’agit-il de faire selon Marianne2.fr[112] du « marketing catégoriel » à destination des séniors[113] , qu’on imagine sensibles à l’accolement des notions de bien-être et de respect strictement entendu ! Ou encore d’opposer le « bien-être » au « tout avoir » pour ne plus apparaître aux yeux des écologistes comme des consommateurs productivistes forcenés …

Ségolène Royal avait très tôt mis en avant la notion de respect et le concept de fraternité. Marianne 2 cite François Kalfon, le secrétaire national délégué général aux études d'opinion de la rue de Solférino :« L’idée, c’est de trouver le bon équilibre entre protection collective et responsabilité individuelle. Ce qu’avait réussi à faire Ségolène Royal, avec les défauts qu’on lui connaît... » . S’agirait-il d’évoquer le concept de « fraternité » en le personnalisant à l’aune du vocabulaire de la Première Secrétaire ? Nous ne reprocherons pas à Martine Aubry de chercher de nouveaux principes fondateurs , ce qui est indispensable. Nous noterons simplement que, si des éléments méritent assurément d’être retenus, ils ne sauraient suffire.

En effet, qui voudrait s’opposer à la volonté de « se focaliser sur la fragilité des vies réelles  et un monde de plus en plus interdépendant[114]» ? Qui ne veut s’adresser aux « plus vulnérables ? ». Qui rejetterait le concept d’altruisme , dont nous sommes ici très proches, hors de tout féminisme différentialiste ? Quoi qu’il en soit, nous sommes loin de voir «  redynamiser la pensée sociale progressiste » , pour reprendre le titre d’un article du Monde généreusement appliqué à Martine Aubry  ! Ce dynamisme peut bien plus se trouver aux sources du socialisme républicain. En effet, un altruisme républicain, au sens de la synthèse jauressienne, évite à la fois dérive compassionnelle et dérive utilitariste[115].

2) Le socialisme républicain[116]

Nous nous souvenons que Manuel Valls appelait la gauche à couper les ponts avec le « vieux socialisme »[117]. Philippe Chanial nous propose au contraire[118] de relire le socialisme des origines, le « socialisme républicain », à l’aune de notre temps. Non pas seulement pour penser en socialiste, mais pour pouvoir vivre tout de suite la vie socialiste et « célébrer les noces de l’individualisme bien compris et de la République sociale »[119]. Ce sont ses textes auxquels nous faisons ici référence. Il évoque ainsi « le fil rompu du socialisme républicain français », en vue de réhabiliter, contre le seul matérialisme issu de Marx, et au-delà de la définition du socialisme à travers les seuls modes de production, un certain « idéalisme historique ». Il revivifie dès lors le « socialisme intégral » de Benoît Malon (1841-1893)[120], ou « l’individualisme intégral » d’Eugène Fournière (1857-1914). Ainsi " la délicate essence du socialisme ", tel que le défendaient notamment Proudhon, Fourier, Leroux puis Benoît Malon, Jean Jaurès, Marcel Mauss ou Eugène Fournière nous intéresse aujourd’hui par sa critique morale du capitalisme, son refus de réduire l'homme à un animal économique[121] et l'économie au marché[122]. Nous pouvons en effet refuser l’alternative entre synthèse « libérale et sociale » et menace « nationale-populiste », même si, par exemple, Aain Bergounioux[123] tient à ne pas «  limiter (le débat) au fait « de savoir si le socialisme ne s’est pas trop compromis avec le libéralisme économique ».

Pour Philippe Chanial, au delà de ce que d’aucuns verraient comme « moralisme, sentimentalisme, ou irénisme »  cette délicate essence du socialisme se manifeste également par sa valorisation des formes de coopération et de solidarité les plus concrètes évoquées plus haut  . … ce socialisme établit en effet une articulation étroite entre (une) morale anti- utilitariste et une politique de l’association qui … prétend inscrire dans la sphère économique elle-même … (une) morale de la solidarité et l’exigence républicaine d’auto-gouvernement ».

L’économie solidaire et la démocratie participative apparaissent comme les héritières de ce socialisme de l'association, résolument pluraliste et expérimental, pour qui la démocratie s'identifiait à l' « autogouvernement des citoyens associés ». Ce socialisme est moral, associationniste, mais aussi individualiste. Philippe Chanial s’appuie sur Eugène Fournière, pour repenser ce que serait un individualisme social où se dessine un socialisme résolument relationnel, alternatif à l’atomisme libéral. Une liberté vue comme refus de toute forme de domination et de servitude (plutôt qu’une liberté absolue de choix personnel) correspond à l’ idéal républicain qu’il nous faut redécouvrir, à travers l’idéal d’autonomie politique et d’auto- gouvernement, à travers une pluralité d’espaces d’engagement civique et de solidarité mutuelle, fondement d’une République sociale.En bref, refonder le lien social, concilier universelle solidarité humaine et libre épanouissement de l’individu, redécouvrir l’individualisme socialiste de Jaurès[124] et Fournière, redéfinir l’idéal républicain[125]. Le « socialisme républicain » appellerait dès lors à lutter pour un idéal d’égalité[126] - égalité qui ne se limiterait pas à simplement donner à chacun les moyens de tirer son épingle du jeu dans un environnement concurrentiel ! C’est nous inviter à faire tout autrement République… une République de la fraternité ?

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