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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 04:07

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Siège de la BCE à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne

La zone euro est devenue la zone « allemande » : les opérateurs de marchés prennent comme référence les taux des obligations allemandes dans la zone, tous les autres pays subissant une décote ou « spread » - « étendue », « écart » (voir l’article L'asphyxie de son système bancaire met l'Espagne au bord du gouffre financier).

Une première alerte avait eu lieu mercredi 16 juin 2010, avec une tension du spread sur les obligations à 10 ans de l’Espagne de plus de 2,1% ou 210 points de base. Les taux allemands s’établissaient alors à 2,67% pour des taux espagnols à 4,80%. Le Financial Times révélait que l’Espagne avait emprunté 85,6 Md€ pour le seul mois de mai, soit 16,5% de l’ensemble des prêts délivrés en mai : un montant record dans l’histoire de la zone euro.

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Crise immobilière en Espagne : El Quiñon, ville fantôme à 40 kilomètres de Madrid : prévue pour accueillir 40 000 habitants, elle n’en abrite plus que 1 000 (Mario Fourmy/REA)

En effet, la crise de l’immobilier avait entraîné la chute de plusieurs caisse d’épargnes régionales espagnoles et avait entamé la confiance des investisseurs, asséchant complètement le refinancement interbancaire de l’ensemble des banques espagnoles : ces dernières avaient alors dû se retourner vers la BCE en dernier ressort pour se refinancer.

Le 16 juin 2010, la tension était également importante sur les taux portugais et irlandais (spread par rapport à l’Allemagne de 290 points de base), et maximale sur les taux grecs : 650 points de base, deux agences de notation sur trois ayant classé les obligations grecques en « junk bonds » ou « obligations pourries ».

Loin d’être terminé

Un montant record de prêts à 12 mois de 442 Md€ à 1% accordés à plus de 1 000 banques de la zone euro arrive à échéance jeudi 1er juillet 2010. Ce taux est particulièrement avantageux pour les banques espagnoles, car le Trésor espagnol  a levé 5,2 Md€ à 12 mois à 2,3% le 15 juin 2010, contre 1,59% un mois plus tôt.

Mais le Financial Times souligne que la BCE n’a pas l’intention de renouveler cette opération pour 12 mois, prétextant les « distorsions de marché » qu’un taux de refinancement si bas maintenu dans la durée ne manquerait pas, selon elle, de causer.

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Liquidités de la zone euro (agrégat M3 incluant le marché interbancaire) : le niveau est historiquement bas (source : BCE, en Md€)

L’ensemble des banques de la zone euro s’en trouve fragilisé, mais tout particulièrement les banques espagnoles, du fait de la défiance des investisseurs vis-à-vis de l’Espagne et de l’assèchement du marché interbancaire consécutif pour les banques de ce pays. Les spreads sur les obligations à 10 ans par comparaison avec l’Allemagne ont encore augmenté entre le 16 juin et le 29 juin 2010. Le taux allemand a diminué de 12 points de base à 2,55% ; tandis que le taux grec équivalent augmentait de 127 points de base à 10,44%, approchant le spread de 800 point de base constaté au pire de la crise grecque ; le spread espagnol était quasiment stable.

La BCE essaie de jouer la montre, et propose une ouverture de crédits illimités à trois mois … « au moins jusqu’à la fin de l’année ». Mais le compte n’y est pas : les six premiers mois de refinancement ne seraient pas assurés en 2011.

Certains banquiers soulignent que la BCE ne remplit pas son rôle de banque centrale, qui est d’assurer le refinancement des banques ; d’autres remarquent que la BCE est trop rigide, à s’accrocher à un type unique d’échéance, 3 mois, qui ne répond pas à l’ensemble des besoins des banques.

Barclays Capital à Londres estime qu’au moins 150 des 442 Md€ (environ un tiers) de prêts à 12 mois arrivant à échéance ne devraient pas pouvoir être prolongés par des prêts à 3 mois, ce qui forcerait les banques à restreindre encore la masse de crédits accordés à leurs clients. Dans un contexte de crise qui se prolonge – en France, le nombre de chômeurs a augmenté en mai pour le 24ème mois consécutif – et alors que les principaux pays de l’Union préparent des plans de rigueur, une restriction encore plus grande du crédit ne ferait qu’aggraver la situation.

Dans la zone euro, les prêts au secteur privé ont crû d’un petit 0,2% sur un an en mai, contre 0,1% en avril. Les prêts aux ménages ont augmenté un peu plus vite, alors que les prêts aux entreprises continuaient de chuter, mais à moindre rythme.

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Banque d'Espagne

L’été sera chaud pour les banques espagnoles, et pour l’économie de ce pays en général. Les prochaines (mauvaises) surprises pourraient venir du Portugal et d’Irlande.

Frédérick Moulin

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 01:08

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Dessin de Plantu

On avait un Palais, et on nous présente une nouvelle abolition des privilèges de l’Ancien Régime. En plus petit. Une mini-abolition. Le souffle des Lumières s’est éteint.

Or donc :

« Las, Sire, le peuple a faim, et la colère gronde contre les frasques de votre Cour ! ».

« Soit, nous n’irons plus chasser le sanglier en nos terres de Chambord et ne donnerons plus de fête au Palais à la mi-juillet.

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La chasse présidentielle de Chambord

Nos ministres devront s’établir dans les logis que nous leur attribuerons, et ils ne percevront point de rente pour se loger ailleurs.

Dorénavant, ils ne devront guère suivre l’exemple de Fouquet et par trop puiser dans la royale cassette, ou il leur en cuira.

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Portrait de Nicolas Fouquet, par Edouard Lacretelle

Le nombre des secrétaires de mes ministres sera diminué à 20 pour les plus importants, et à 4 pour les autres.

Nous retirerons à nos baillis 10 000 carosses et 7 000 logis prêtés par la couronne. »

« Pensez-vous qu’il nous faille craindre quelque jacquerie, Sire, bien que votre Majesté promulgue tous ces édifiants édits ? »

« Que nenni, nous songeons d’ailleurs à nous défaire de ces deux vieilles caravelles qui nous appartiennent pour nous procurer un nouveau vaisseau sorti de nos manufactures, pour la modique somme de 180 millions de livres tournoi. Parce que nous le valons bien ! »

Arrêtons là. Il est temps que la jacquerie se transforme en révolution pour qu’enfin, comme l’a répété Ségolène Royal hier soir dans le journal télévisé de TF1, soit établie la « république du respect » et « l’ordre républicain » !

F.M.

-oOo-

lemonde pet

 30 juin 2010


René Dosière (PS) : " Un contre-feu aux affaires soulevées récemment "

René Dosière est député (app. PS) de l'Aisne. Il mène depuis dix ans un combat opiniâtre pour collecter des informations sur les budgets de l'Elysée et les dépenses des ministères. Son travail a permis de lever un coin du voile sur le train de vie de l'exécutif (L'Argent caché de l'Elysée, Seuil, 2007).

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Dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)


Comment analysez-vous les mesures d'économie annoncées par Nicolas Sarkozy ?

Cela donne un sentiment d'improvisation et ressemble à un contre-feu aux affaires soulevées récemment. Au moins en ce qui concerne le gouvernement, parce que, pour ce qui est des administrations, la lettre précise bien que va être maintenue la politique de réduction des effectifs menée depuis 2007. L'objectif proclamé est fort, on parle d'" impératif moral ", mais le résultat manque de cohérence.

Pour les ministères, il s'agit plus d'un rappel aux règles que de mesures nouvelles...

Oui. Quasiment chaque paragraphe semble répondre à un des cas qui se sont posés récemment avec tel ou tel ministre. L'assujettissement à l'impôt des logements de fonction, cela devait normalement être la règle. Ce qui est une nouveauté, c'est que l'Etat ne prenne plus en charge la location de logements dans le privé. En revanche, c'est extraordinaire que le chef de l'Etat soit amené à préciser par écrit que les ministres devront acquitter sur leurs deniers personnels leurs frais privés. Et que, sinon, ce sera désormais sanctionné. C'est reconnaître que cette règle de base est aujourd'hui violée et que ces manquements sont restés impunis. Cela veut dire que les ministres avaient pris l'habitude de faire financer leurs dépenses privées par l'argent public. Quel aveu ! C'est ahurissant.

S'agissant des cabinets ministériels, la lettre du président à son premier ministre ne fait que rappeler la règle que ce dernier avait fixée à son arrivée, en 2007, et qui n'a pas été respectée. Pourquoi le serait-elle maintenant ? Quand on dit que les budgets des cabinets vont être réduits de 10 %, c'est bien mais, en 2009, les dépenses de personnel avaient augmenté de 21 %. Le compte n'y est pas.

Et en ce qui concerne l'Elysée ?

Je note surtout que la présidence de la République s'exonère pratiquement des mesures d'économie, à l'exception de la garden-party - on touche là au symbole - et des chasses présidentielles. Curieusement, c'est Nicolas Sarkozy qui avait rétabli ces chasses présidentielles que Jacques Chirac avait déjà supprimées en 1995 pour ne plus y autoriser que des battues de régulation. C'est exactement la formule qui est à nouveau employée.

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Un Airbus A330-200 d'Air France, identique au nouvel avion présidentiel, qui sera en outre luxueusement aménagé

Quant à la cession des deux avions moyens courriers actuellement utilisés par la présidence pour compenser le coût de l'avion présidentiel qui sera livré dans quelques semaines, l'annonce en avait déjà été faite au moment de la commande. De plus, ce n'est pas à la même hauteur puisque le nouvel avion représente un coût de l'ordre de 180 millions d'euros, que ne compensera pas la revente des deux Airbus A319.

Propos recueillis par Patrick Roger


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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 00:57

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Après un vote massif des actionnaires « internes » du Monde en leur faveur vendredi, en raison à la fois de l’assurance d’une plus grande indépendance, du projet collectif et cohérent présenté par le trio, et de l’apport des expériences de la gestion et des moyens des trois partenaires, l’offre Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse (« BNP ») a emporté la partie hier après-midi.

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Ainsi qu’il l’avait suggéré vendredi, Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance, a voté pour l’offre « BNP ».

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Le conseil de surveillance de la structure de tête du groupe, Le Monde et Partenaires associés, a voté pour le trio par 11 voix pour et 9 abstentions ; tandis que celui du Monde SA votait dans le même sens par 13 voix pour et 5 contre.

Le trio « BNP » est donc entré en négociations exclusives pour la reprise et la recapitalisation du journal, afin d’étudier plus en détail les modalités de l’opération.

France Télécom, détenu à 27% par l’Etat et le FSI, et son directeur général, Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, n’ont pas mis la main sur Le Monde interactif (LeMonde.fr, LePost.fr). Prisa (El Païs) et son richissime propriétaire, Ignacio de Polanco, déjà propriétaires de 15% du Monde SA, ne sont pas montés au capital du Monde (reprise des 17% de Lagardère dans Le Monde SA et investissement de 45 M€).

Claude Perdriel a retiré son offre avant de voter pour l’offre « BNP » ; il a été applaudi.

La Sarkozie a perdu cette guerre, mais son emprise sur les médias – hélas – reste forte.

F.M.

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lemonde pet pour lemondefr pet | 28.06.10 | 19h22

Reprise du "Monde" : le trio Bergé-Pigasse-Niel l'emporte au conseil de surveillance

Le conseil de surveillance du Monde et Partenaires associés (LMPA), structure de tête du groupe Le Monde, s'est prononcé lundi 28 juin par 11 voix sur 20, et 9 abstentions, en faveur de l'offre déposée par le trio d'hommes d'affaires Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse ("BNP"), suivant en cela le choix fait par les sociétés de personnels vendredi 25 juin, à une très large majorité.

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Composition du conseil de surveillance de LMPA

Ces actionnaires dits "internes" représentaient 9 voix sur 20 au conseil. Les deux votes décisifs ont été ceux de Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance, et de Claude Perdriel. Le patron duNouvel Observateur, qui défendait une offre concurrente avec France Télécom et le groupe espagnol Prisa, a annoncé au début du conseil qu'il retirait son offre, afin de se conformer au vote des sociétés de personnel, et qu'il voterait en faveur du l'offre concurrente. Il a été fortement applaudi.

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Le conseil de surveillance de Le Monde SA (LMSA), dont LMPA est actionnaire à 60,40 % et où siègent les groupes Lagardère et Prisa, a ensuite voté à son tour pour l'offre "BNP" par 13 voix pour et 5 voix contre.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 00:07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrivée à la tête du PS dans une élection entachée de soupçons de fraudes, Martine Aubry a d’abord rencontré des difficultés pour s’imposer. Mais maîtresse des arbitrages dans la répartition des postes, elle a pu unir la vieille garde du PS et les nouveaux venus, notamment à la gauche du PS, et faire taire certaines discordances. Nous « travaillons collectifs » devenant le mot d’ordre imposé à tous les cadres petits ou grands du PS. Il suffit de les interroger, inévitablement l’expression surgit de toutes les bouches « le PS s’est remis au travail ».

La victoire aux régionales semblait apporter la preuve d’un renouveau, d’une renaissance du PS après un trop long temps d’obscurantisme.

 

Sauf que, sur le terrain, la situation n’est pas du tout celle qu’on voudrait faire entendre dans les médias …

Avec un nombre de militants en forte chute et des élections calamiteuses lors des dernières conventions, le PS se vide et ne semble pas réellement en capacité d’offrir une image d’alternance crédible malgré un président très affaibli par l’échec de sa politique et les affaires à répétition. La dernière convention, sur les Primaires et la rénovation, devait éveiller l’intérêt et l’adhésion des militants, elle n’a pas plus fait recette que la précédente. Avec notamment  16 % seulement de participation à Paris, le Parti socialiste compte ses élus mais il ne dispose plus d’une force militante pour porter sa voix dans la vie réelle, dans les familles et au travail.

On avait trop vite oublié que les régionales ont été gagnées par l’abstention, notamment dans les quartiers populaires. L’incapacité à créer une dynamique au PS sonne l’échec de Martine Aubry. On peut en effet redouter qu’en cas d’une candidature en 2012 elle ne devienne Madame 5% score qu’avait obtenu Gaston Defferre en 1969, avant que la SFIO mute en PS.

 

Alors mort le PS ? Pas sûr car le PS dispose toujours d’une carte maîtresse. Certes femme trop libre pour être adoptée par une partie des cadres du PS, Ségolène Royal aura besoin d’un Nouveau Parti Socialiste pour porter la gauche à la victoire. C’était l’enjeu du Congrès de Reims. Après l’échec de Martine Aubry une voie Royal s’ouvre.

A moins que les partisans de l’échec ne l’emportent. 2012 deviendrait un nouveau1969 imposant une mutation totale du Parti.

Dans l’autre hypothèse, Ségolène Royal a la capacité de redonner à ce Parti sa force par la dynamique qu’elle sait porter et son ancrage dans les couches populaires. Pour un Etat impartial, une politique volontariste, un virage réellement écologiste, un Etat plus juste et une démocratie plus active, Ségolène Royal peut incarner la force tranquille pour le changement dont nous avons besoin face à Nicolas Sarkozy. Reste son seul souci: l’appareil du Parti socialiste. Pour ne pas revivre 2007, malgré la dynamique créée, il faudra rassembler, au PS et au-delà du PS. C’est tout le travail qui s’impose aujourd’hui à Ségolène Royal. Une partie difficile à mener mais décisive pour porter la gauche à la victoire et mettre fin au sarkozysme.

 

Philippe Allard

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 19:54

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"Madoff-Sarkozy, le match!", texte et dessin de Martin Vidberg

 

 

 

L'affaire Woerth-Bettencourt et l'administration fiscale sarkozyste

 

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"Rapport confidentiel sur les fraudes fiscales acceptables" : "La loi est la même pour tous, elle doit être appliquée avec rigueur" a expliqué François Baroin, ministre du Budget (dessin de Martin Vidberg, www.martinvidberg.com)

 

 

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"Liliane Bettencourt veut se mettre en règle" (dessin de Plantu)

 

 

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"Communication de crise", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

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"La grande évasion fiscale", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

 

L'affaire Boutin

 

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Dessin de Plantu

 

 

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"Sacrée Christine Boutin!", dessin et texte de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

 

Les affaires et le train de vie des ministres


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Dessin de Plantu

 

 

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Médiapart révèle en mars 2010 qu'Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la coopération s'est rendu à une conférence internationale pour Haïti à la Martinique en louant un jet privé pour 116 500 € (dessin de Plantu)

 

 

 

Une affaire vieille comme le père Noël

 

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"Interdit aux moins de 10 ans", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

F.M.
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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 13:17

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Quand on lit les discours de Ségolène Royal, de Victor Hugo ou de Barack Obama, les points communs sautent aux yeux : un véritable souffle qui anime le discours, la vision que ces trois personnalités trempées ont pour leur pays, les pays voisins et le monde, et les valeurs fortes et fondamentales qu’elles défendent.

On comprend mieux, dès lors, ce qui a amené Ségolène Royal à reprendre la vision ample et généreuse de l’Europe que défendait Victor Hugo, qui s’est concrétisée rapidement, en 1849, dans les « Etats-Unis d’Europe » ; particulièrement quand la construction européenne fait du sur-place depuis de trop nombreuses années comme actuellement, et que les pays européens ne jouent pas « collectif » en ces moments de crise et de rigueur. Cette crise et cette rigueur sont encore aggravées par le démantèlement de la puissance publique et des protections, dans une Europe majoritairement dirigée par la droite.

Victor Hugo construit sa vision de l’Europe à partir du moment où il débute sa carrière politique, au début des années 1840. Bien que certains aspects de sa pensée soient marqués par son époque ou le contexte politique (coup d’Etat du 2 décembre 1851 ; guerre de 1870 avec la Prusse), les intuitions de Victor Hugo ont souvent une surprenante actualité : rien ne nous touche plus, nous ségolénistes, que la fraternité qu’il évoque à de nombreuses reprises.

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Carte du cours du Rhin

Au cœur de l’Europe, selon Victor Hugo, se trouve le Rhin, et donc la France et l’Allemagne, même après 1870. Deux pays menacent l’Europe : la Russie et l’Angleterre. Car la Russie, c’est « l’esprit guerrier », et l’Angleterre, « l’esprit commercial », qui doivent être corrigés, pour obtenir la civilisation, respectivement par « la sociabilité » et « le désintéressement ».

Victor Hugo dessine les contours de l’Europe : l’Allemagne, avec une zone d’influence « s’appuyant à la Baltique, à l’Adriatique et à la mer Noire » et la France, s’adossant « à la Méditerranée et à l’océan » ; de la Suède à la Grèce, et entre la Russie et l’Angleterre.

L’écrivain a deux intuitions qui se sont concrétisées : la constitution de l’Europe centrale, peu évidente à l’époque ; et l’importance des Etats-Unis d’Amérique, avec lesquels il envisage pour les Etats-Unis d’Europe un lien par-delà l’océan : c’est l’Alliance atlantique que Victor Hugo entrevoit.

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L’arrêt des guerres et le suffrage universel des peuples, la « fraternité des nations » et la chute des despotismes (dessin de Plantu)

Au niveau des valeurs, Victor Hugo conçoit l’Europe comme un espace démocratique et républicain, après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Il prédit bon nombre des progrès de la démocratie sur le continent : l’arrêt des guerres et le suffrage universel des peuplesla « fraternité des nations » et la chute des despotismes, le développement du commerce transatlantique, la liberté de circulation des hommes et des biens, la suppression du service militaire, l’abolition de la peine de mort, la liberté de parole et de conscience, …

Des extraits des paroles sublimes de l’écrivain sur l’Europe et les Etats-Unis d’Europe vous en apprendrons plus que de longs discours.

Bonne lecture !

Frédérick Moulin

-oOo-

 

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Dans Le Rhin, lettres à un ami, lettre XIV, 1842 :

Le Rhin, « c'est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial, digne à la fois d'être français et allemand. Il y a toute l'histoire de l'Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l'Allemagne. ».

 « César, Charlemagne et Napoléon sont  les trois énormes bornes milliaires, ou plus millénaires, qu'on retrouve toujours sur son [celui du Rhin, NdlR] chemin. »

 Dans Le Rhin, lettres à un ami, Conclusion IX, 1842 :

« Que reste-t-il donc de tout ce vieux monde ? Qui est-ce qui est encore debout en Europe ? Deux nations seulement : la France et l’Allemagne.

Eh bien, cela pourrait suffire. La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. L’Allemagne est le cœur ; la France est la tête. L’Allemagne et la France sont essentiellement la civilisation. L’Allemagne sent ; la France pense.

Le sentiment et la pensée, c’est tout l’homme civilisé.

Il y a entre les deux peuples connexion intime, consanguinité incontestable. Ils sortent des mêmes sources ; ils ont lutté ensemble contre les romains ; ils sont frères dans le passé, frères dans le présent, frères dans l’avenir.

Leur mode de formation a été le même. Ils ne sont pas des insulaires, ils ne sont pas des conquérants ; ils sont les vrais fils du sol européen. »

« Il faut, pour que l’univers soit en équilibre, qu’il y ait en Europe, comme la double clef de voûte du continent, deux grands états du Rhin, tous deux fécondés et étroitement unis par ce fleuve régénérateur ; l’un septentrional et oriental, l’Allemagne, s’appuyant à la Baltique, à l’Adriatique et à la mer Noire, avec la Suède, le Danemark, la Grèce et les principautés du Danube pour arcs-boutants ; l’autre, méridional et occidental, la France, s’appuyant à la Méditerranée et à l’océan, avec l’Italie et l’Espagne pour contreforts. »

« Quand l’Europe centrale sera constituée, et elle le sera un jour, l’intérêt de tous sera évident ; la France, adossée à l’Allemagne, fera front à l’Angleterre, qui est, comme nous l’avons déjà dit, l’esprit de commerce, et la rejettera dans l’océan ; l’Allemagne, adossée à la France, fera front à la Russie, qui, nous l’avons dit de même, est l’esprit de conquête, et la rejettera dans l’Asie. […]

Résumons. L’union de l’Allemagne et de la France, ce serait le frein de l’Angleterre et de la Russie, le salut de l’Europe, la paix du monde. »

Dans « Un jour viendra » - extrait du discours prononcé le 21 août 1849 lors du Congrès international de la paix à Paris :

« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi !

Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu'elle serait impossible et qu'elle paraîtrait absurde aujourd'hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie.

Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.

Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées.

Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France ! (Applaudissements)

Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être ! (Rires et bravos)

Un jour viendra où l'on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d'Amérique, les États-Unis d'Europe (Applaudissements), placés en face l'un de l'autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu !

Et ce jour là, il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener, car nous vivons dans un temps rapide, nous vivons dans le courant d’événements et d’idées le plus impétueux qui ait encore entraîné les peuples, et, à l’époque où nous sommes, une année fait parfois l’ouvrage d’un siècle.

Et Français, Anglais, Belges, Allemands, Russes, Slaves, Européens, Américains, qu’avons-nous à faire pour arriver le plus tôt possible à ce grand jour ? Nous aimer.

Nous aimer ! Dans cette œuvre immense de la pacification, c’est la meilleure manière d’aider Dieu !

Grâce aux chemins de fer, l’Europe bientôt ne sera pas plus grande que ne l’était la France au Moyen Âge ! Grâce aux navires à vapeur, on traverse aujourd’hui l’Océan plus aisément qu’on ne traversait autrefois la Méditerranée ! Avant peu, l’homme parcourra la terre comme les dieux d’Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera le globe et étreindra le monde.  »

Deux ans plus tard, le 17 juillet 1851, à l'Assemblée législative, où il a été élu, il s'écrie :

« La France a posé au milieu du vieux continent monarchique la première assise de cet immense édifice de l'avenir, qui s'appellera un jour les États-Unis d'Europe. »

Montalembert, qui l'a écouté, s'écrie : « Les États-Unis d'Europe ! C'est trop ! Hugo est fou. »

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Victor Hugo dans le jardin de sa maison de Hauteville House à Guernesey

En exil dans sa maison de Hauteville House à Guernesey, Victor Hugo note :

« Aujourd'hui 14 juillet 1870, à une heure de l'après-midi, mon jardinier Tourtel m'assistant en présence de mon fils Charles, petit Georges et petite Jeanne étant là, j'ai planté dans mon jardin le gland d'où sortira le chêne que je baptise : "Chêne des Etats-Unis d'Europe". » 

Dans une lettre à Paul Meurice, il écrit :

«  Il ne peut sortir de cette guerre que la fin des guerres et que les Etats-Unis d'Europe. Vous les verrez. Je ne les verrai pas. Pourquoi ? C'est parce que je les ai prédits. J'ai le premier, le 17 juillet 1851, prononcé (au milieu des huées) ce mot : "les Etats-Unis d'Europe". Donc j'en serai exclu. Jamais les Moïses ne virent les Chanaans ».



Le 13 septembre 1870, de retour en France, Victor Hugo note :

« Julie m'écrit de Guernesey que le gland planté par moi le 14 juillet a germé. Le chêne des Etats-Unis d'Europe est sorti de terre le 5 septembre, jour de ma rentrée à Paris ».

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Le "chêne des Etats-Unis d'Europe" de nos jours

Dans Paris – guide de l’exposition universelle de 1869 :

« Elle s'appellera l'Europe, au vingtième siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité. »

Victor Hugo écrit, un an après la guerre contre l’Allemagne, en 1871 :

« Les malentendus s'évanouiront. Nous aimons cette Germanie dont le nom signifie fraternité. Les questions de frontière disparaîtront. La solution de tous les problèmes, aujourd'hui, est dans ce mot immense, les États-Unis d'Europe. »

 Dans « L’avenir de l’Europe », lettre aux membres du Congrès de la Paix, à Lugano, 20 septembre 1872 :

 « Nous aurons ces grands Etats-Unis d’Europe, qui couronneront le vieux monde comme les Etats-Unis d’Amérique couronnent le nouveau. Nous aurons l’esprit de conquête transfiguré en esprit de découverte ; nous aurons la généreuse fraternité des nations au lieu de la fraternité féroce des empereurs ; nous aurons la patrie sans la frontière, le budget sans le parasitisme, le commerce sans la douane, la circulation sans la barrière, l’éducation sans l’abrutissement, la jeunesse sans la caserne, le courage sans le combat, la justice sans l’échafaud, la vie sans le meurtre, la forêt sans le tigre, la charrue sans le glaive, la parole sans le baillon, la conscience sans le joug, la vérité sans le dogme, Dieu sans le prêtre, le ciel sans l’enfer, l’amour sans la haine. L’effroyable ligature de la civilisation sera défaite ; l’isthme affreux qui sépare ces deux mers : Humanité et Félicité, sera coupé. Il y aura sur le monde un flot de lumière. Et qu’est-ce que c’est que toute cette lumière ? C’est la liberté. Et qu’est-ce que c’est que toute cette liberté ? C’est la paix. »

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L'Union Européenne à 27


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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 16:00

 

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Ségolène Royal déplore les propos sur le coût du renouvellement des manuels scolaires tenus par Luc Chatel qui sont méprisants pour les familles. Elle demande le retrait de cette charge nouvelle.

Le renouvellement des manuels scolaires en classe de seconde a été décidé par le gouvernement mais, balayant d’un revers de main la question du financement de cette décision, le Ministre de l’Education Nationale s’est contenté de rappeler l’existence de l’Allocation de Rentrée Scolaire et des bourses au lycée.

Toutes les personnes côtoyant les réalités scolaires et sociales savent parfaitement l’insuffisance de ces aides. Une fois de plus, le gouvernement prend une décision qui va peser sur le budget des familles à la rentrée.

Ségolène Royal demande que le gouvernement assume ses responsabilités: soit il reporte cette réforme, soit il augmente l’Allocation de Rentrée Scolaire 2010 pour faire face à l’achat de ces nouveaux manuels scolaires.

Blog de Jean-Louis Bianco, 22 juin 2010

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 13:48

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Mathieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel

Le « drôle d’attelage » selon les termes du président Sarkozy (voir l'article Sarkozy pris la main dans «le Monde»), à savoir le trio « de gauche » Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse, a emporté la première manche de la bataille de conquête du Monde ; Xavier Niel – l’ « homme du peep show » comme l’appelle Nicolas Sarkozy, n’a pas démérité. Et la victoire semble à portée de main lundi au conseil de surveillance du Monde.

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Structure actionariale du groupe Le Monde (Le Monde)

Les actionnaires « internes » ont massivement voté vendredi pour le trio Pierre-Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse, avec des scores compris entre 80% et 100%, à l’exception de l’Association Hubert Beuve Méry, qui a voté pour l’offre concurrente. Le « drôle d’attelage » a été plébiscité tant par les sociétés représentants les personnels du groupe (employés et cadres du Monde, salariés des Publications de la Vie Catholique, du Courrier international, du Monde interactif, et Eric Fottorino, président du directoire) que par la Société des rédacteurs du Monde (actionnaire de référence du Monde) et la Société des lecteurs du Monde.

Pourquoi ? D’abord pour l’assurance d’une plus grande indépendance du journal avec le « trio de gauche ». L’initiative de Pierre Bergé de créer une fondation regroupant les actionnaires internes et détenant une minorité de blocage a plu : «  Cette proposition est importante, elle reconnaît notre histoire. Une telle fondation pourrait refonder un socle d'indépendance. » soulignait Eric Fottorino.

Ensuite pour le projet commun présenté par Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse : Eric Fottorino résumait clairement la situation : « Y a-t-il une cohérence suffisante dans le projet Perdriel ? Ma réponse est non. C'est un arrangement entre trois parties, mais pas un accord. Au contraire, dans l'offre Bergé-Niel-Pigasse, il y a trois personnes qui disent clairement vouloir la même chose. ».

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Un arrangement entre trois parties pour le trio Perdriel-Prisa-France Télécom en effet ! Un dépeçage, presque, par France Télécom, dirigé par l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, et ses deux compères : selon  un article détaillant les offres dans le Monde daté du 23 juin 2010France Télécom investirait 20 M€ sur un total de 100 M€ mais n’aurait « aucun droit de gouvernance an dehors de l’activité numérique ».  À cela il faudrait rajouter l’acquisition des 34% du Monde interactif (MIA) détenus aujourd’hui par Lagardère par France Télécom. Autant dire, pour simplifier, que l’activité numérique irait à France Télécom, dont le premier actionnaire est encore l’ensemble Etat-FSI à plus de 27%, alors que le reste échoirait aux deux autres partenaires. Cette cession du Monde interactif à une entreprise dirigée par un ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde et dont le principal actionnaire est l’Etat sarkozyste n’a rien d’anodin : outre LeMonde.fr, la filiale des activités numériques du Monde a aussi lancé, en 2007, LePost.fr 

Quant à Claude Perdriel et Prisa, la volonté de travailler ensemble n’est pas clairement affichée. Pire, alors que M. Perdriel met 45 M€ sur la table, Prisa (El Païs) ne met que 35 M€, mais va racheter les 17% du Monde détenus par LagardèreQuestion à cent sous : à quelle part du capital du Monde correspondront les 35 M€ de Prisa ? M. Perdriel ne sera-t-il pas, au final, deuxième actionnaire du Monde ? Et Prisa n’est pas dirigé par un aimable philanthrope sans le sous : son dirigeant, Ignacio de Polanco, a succédé à son père à sa mort en 2007 : Jesus de Polanco était en 2006 la 287ème fortune mondiale, avec plus de 3 Md€.

À l’inverse, le trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse a présenté un projet commun. Le Monde serait dirigé par une société en commandite par actions, « Le Monde libre » (tout un programme !) dans lequel chacun des trois associés possèderait un tiers du capital et des droits de vote.

Plus même : les membres du trio « de gauche » apporterait « leur ambition entrepreneuriale, leur expérience de la gestion et les moyens qui ont fait défaut depuis des années pour développer pleinement Le Monde sur tous ses supports, papier ou numérique » estimait  le conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde (SRM).

En effet, les trois hommes ont des expériences complémentaires : Pierre Bergé a dirigé le Théâtre de l’Athénée à la fin des années 1970 puis l’Opéra Bastille de 1988 à 1994 ; il a été actionnaire d’une chaîne du câble quand elle avait encore un réel contenu éditorial, Pink TV, et possède le magazine Têtu. En outre, ses engagements sont nombreux et son carnet d’adresses étoffé. Il continue de prendre en charge les locaux occupés par Désirs d’avenir boulevard Raspail, à travers l’Association des Amis de Ségolène Royal, qu’il a créée en 2008.

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Xavier Niel possède le fournisseur d’accès à internet Free (tout un programme aussi : invention de l’offre « triple play » et du concept de « box ») et a investi dans de nombreuses start-up comme Médiapart, Bakchich ou Deezer. Enfin, la quatrième licence UMTS de 3ème génération a été accordée à Free par l’ARCEP le 13 janvier 2010. Immédiatement, on voit les synergies potentielles avec le Monde interactif, et l’intérêt des deux parties à s’allier.

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Enfin, Mathieu Pigasse est co-directeur général délégué de la prestigieuse banque d’affaire Lazard France ; on le surnomme le « banquier de gauche ». Proche de Dominique Strauss-Kahn dont il a été conseiller technique en 1998, ex-directeur adjoint du cabinet du ministre Laurent Fabius nommé en 1999, il a conseillé Ségolène Royal en 2007. Le monde des spectacles et de la presse et de l’édition ne lui est pas inconnu : administrateur du Théâtre du Châtelet, son grand-oncle a créé la collection Le Masque, son père fut le secrétaire de la rédaction de La Manche Libre, son frère est directeur de la rédaction de Public. En 2009, Mathieu Pigasse achète Les Inrockuptibles. Il aide Pink TV et soutient financièrement Rue89 et Médiapart.

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La deuxième et dernière manche se jouera lundi devant le conseil de surveillance du Monde, où sont également présents les partenaires externesClaude Perdriel ayant annoncé son intention de ne pas aller contre l’avis de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), qui a voté à 90,84% contre son offre, il semble peu probable que le conseil de surveillance aille à l’encontre d’un avis quasi-unanime des actionnaires internes en faveur du trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse.

Le « drôle d’attelage » de Nicolas Sarkozy a remporté une manche et est bien placé pour gagner la bataille. Un « trio de gauche » qui soutient Médiapart, Bakchich, Rue89, qui détient un savoir faire dans la presse et les activités numériques, et qui comprend un banquier, pourrait reprendre le groupe Le Monde (Le Monde, LeMonde.fr, LePost.fr, …).

Un îlot de verdure et d'indépendance pour la presse dans le désert sarkozyste ?

F.M.


-oOo-

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27 juin 2010


Le Monde : le choix massif des sociétés de personnels

Les salariés des différents journaux du groupe ont voté en faveur du trio constitué par MM. Bergé, Niel et Pigasse

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Le siège du Monde, boulevard Auguste Blanqui dans le 13ème arrondissement

Les sociétés de personnels du groupe Le Monde se sont prononcées, vendredi 25 juin, pour l'offre de recapitalisation présentée par le trio composé de Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. La Société des rédacteurs du Monde (SRM) a voté à 90,84 % pour cette proposition de reprise, suivant ainsi l'avis exprimé par son conseil de gérance. Celui-ci s'était prononcé vendredi matin pour le trio Bergé-Niel-Pigasse par 11 voix pour et une abstention.

Les autres sociétés de personnels sont allées dans le même sens. La Société des cadres a voté à 94,9 % pour le trio et celle des employés à 100 %. Les salariés des Publications de La Vie catholique (PVC) ont fait le même choix à 92,66 % et ceux de Courrier international à 80 %. Au Monde interactif, qui s'occupe des activités numériques, la Société des personnels a voté elle aussi pour l'offre Bergé-Niel-Pigasse à 82,5 %.

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Parmi les autres actionnaires dits " internes ", qui doivent constituer le pôle garant de l'indépendance dans la nouvelle architecture du groupe Le Monde, la Société des lecteurs a voté pour l'offre Bergé-Niel-Pigasse à 85 %. Seule l'Association Hubert Beuve-Méry, présidée par la sociologue Monique Dagnaud, a pris position pour l'offre concurrente, présentée par Claude Perdriel, propriétaire duNouvel Observateur, par le groupe espagnol Prisa (El Pais) et par France Télécom.

La Société des rédacteurs du Monde (SRM), qui compte environ 360 journalistes, actuels ou retraités, du Monde, s'est réunie en assemblée générale vendredi après-midi pour débattre des deux offres, après avoir auditionné les candidats la veille. Le vote a eu lieu à l'issue des débats, animés par Gilles van Kote et Adrien de Tricornot, respectivement président et vice-président de la SRM. Les divers intervenants ont souligné pour la plupart qu'" aucune offre n'était celle dont on pouvait rêver ", mais que celle présentée par le trio Bergé-Niel-Pigasse présentait " les garanties les plus fortes en matière d'indépendance ". André Fontaine, ancien directeur du Monde, a constaté l'absence de divisions dans la rédaction : " J'ai vécu beaucoup de crises dans l'histoire de ce journal, mais c'est la moins négative du point de vue du consensus interne ", a-t-il souligné.

De leur côté, les sociétés des cadres et des employés ont expliqué, dans un communiqué, qu'elles s'étaient exprimées " en faveur d'une offre qui assurera la pérennité financière du groupe Le Monde tout en sauvegardant son indépendance éditoriale ".

Vendredi matin, Eric Fottorino, président du directoire, s'est exprimé devant les salariés du groupe pour émettre " un avis ". " Il ne s'agit pas d'une recommandation de vote ni d'une consigne de vote, a-t-il prévenu. Il y a vingt-cinq ans, quand j'ai poussé pour la première fois la porte du journal, rue des Italiens, je ne pensais pas qu'il m'incomberait un jour cette responsabilité énorme de nous mener tous ensemble vers un actionnaire majoritaire. A l'époque, nous venions de vendre notre immeuble pour faire face à des difficultés. Nous avons une histoire brillante, faite d'indépendance, mais aussi une histoire sombre, une histoire parallèle, qui fait que cette maison n'a jamais su gérer correctement son développement ni sa diversification. "

Le directeur du Monde a ensuite exposé les enjeux : " C'est l'heure du choix. À qui allons-nous donner la clé du Monde, sans vendre notre indépendance éditoriale ? Je mesure l'émotion de chacun d'entre vous, des plus anciens aux plus jeunes. L'indépendance est un état d'esprit. Une rédaction n'est pas un bloc, elle est parcourue de courants, de tendances. L'indépendance est avant tout dans les têtes. "

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Eric Fottorino, président du directoire du Monde

Eric Fottorino a constaté que les deux projets concurrents étaient " solides ". Il a rendu hommage à Claude Perdriel, en soulignant qu'il ne doutait pas de son indépendance à l'égard de tous les pouvoirs politiques. " Le risque est des deux côtés. D'un point de vue financier, ces offres se ressemblent beaucoup. Le choix se situe davantage dans l'esprit que dans la lettre des choses. Il y a une candidature qui nous ressemble, qui émane d'hommes de presse, qui sont du même métier que nous. Mais il faut se méfier des effets d'optique. Y a-t-il une cohérence suffisante dans le projet Perdriel ? Ma réponse est non. C'est un arrangement entre trois parties, mais pas un accord. Au contraire, dans l'offre Bergé-Niel-Pigasse, il y a trois personnes qui disent clairement vouloir la même chose. "

Le directeur du Monde a évoqué ensuite la proposition faite par Pierre Bergé d'apporter aux actionnaires internes une minorité de blocage à travers une fondation : " Cette proposition est importante, elle reconnaît notre histoire. Une telle fondation pourrait refonder un socle d'indépendance. "

Pour sa part, Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance, a rappelé les étapes qui ont mené à cette recapitalisation. " Tout au long de l'année 2008 et 2009, nous avons visité toute une série d'investisseurs potentiels pour savoir s'ils étaient prêts à monter au capital sans bouleverser les équilibres internes. Nous n'avons pas trouvé d'investisseurs n'acceptant pas de jouer un rôle actif dans le groupe. En janvier 2010, nous avons pris contact avec les groupes Benedetti et Prisa. En parallèle, j'ai discuté avec les 25 détenteurs d'obligations remboursables en actions, pour un montant de 69 millions d'euros exigibles en 2012 et 2014. J'ai obtenu leur accord de réduire de 50 % cette dette s'ils avaient une garantie de remboursement par un nouvel investisseur dans Le Monde. Ensuite est venue l'offre de Claude Perdriel et celle du trio Bergé-Niel-Pigasse. Benedetti a renoncé parce qu'il cherchait la rentabilité et estimait qu'il y avait trop d'incertitudes. Il y a une échéance de trésorerie à passer le 10 juillet, qui implique que nous ayons choisi d'entrer en négociation exclusive avec un repreneur le 28 juin. Autrement, le risque est celui d'être placé en règlement judiciaire. "

Interrogé sur son attitude lors du conseil de surveillance du lundi 28 juin, qui doit décider du candidat à la reprise du groupe, Louis Schweitzer a répondu : " Mon rôle consistera à recueillir les voix du conseil de surveillance. J'exprimerai aussi mon opinion. D'après les contacts que j'ai pu avoir avec les membres du conseil de surveillance, j'ai l'impression qu'ils considèrent tous que les votes d'aujourd'hui, en particulier le vote de la SRM, sont absolument déterminants. Je peux imaginer que, dans une situation confuse, chacun s'exprime en fonction de sa propre réflexion. Dans une situation claire, j'espère qu'il y aura convergence. ".

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Claude Perdriel

A plusieurs reprises, Claude Perdriel a affirmé qu'il retirerait son offre si elle n'obtenait pas le soutien de la Société des rédacteurs. Vendredi soir, il annonçait qu'il maintenait son offre pendant une semaine, " à la demande des administrateurs du conseil de surveillance ". France Télécom a affirmé dans un communiqué qu'elle " réexaminera dès lundi, à l'issue du conseil de surveillance du Monde, la suite à donner à sa démarche ".

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 18:56

 

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50ème anniversaire du traité de Rome : quand l'Europe parlait d'une seule voix... (dessin de Pierre Kroll)

 

 

 

La Grèce, l'Union Européenne et la crise

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Mars 2010 : Angela Merkel brise un tabou en envisageant l'exclusion d'un pays de la zone euro (dessin de Plantu)

 

 

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"En contrepartie de l’aide financière, mais pas sociale, accordée par le FMI et l’Europe, la Grèce est contrainte à un plan d’austérité particulièrement sévère pour ramener le pays sous les 3% de déficit avant 2014", texte et dessin de Martin Vidberg

 

 

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Début mai 2010 : premier plan d'aide de l'Union Européenne et du FMI : la Grèce doit se serrer la ceinture (dessin de Plantu)

 

 

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"Spécial Minceur avec Angela Merkel", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

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Mai 2010 : la crise grecque s'aggrave et "force" la France à la rigueur (dessin de Plantu)

 

 

 

Les crises en Europe et les spéculateurs


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À chaque pays européen sa crise : "rien de bon en Europe", dessins de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

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Dessin de Plantu

 

 

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L'Union Européenne et les spéculateurs (dessin de Plantu)

 

 

 

Les institutions européennes en crise

 

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Elections des députés au Parlement européen : taux d'abstention record (dessin de Martin Vidberg)

 

 

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Herman Van Rompuy, premier président européen nommé, et Catherine Ashton, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité : ""L'Europe, finalement, c'est ROYAL!" (dessin de Céno)

 

 

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Herman Van Rompuy, "un super président de l'Europe", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

 

 

 

La Turquie et l'Union Européenne

 

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Pour la première fois depuis l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, en 2005, le premier ministre turc Erdogan est en visite officielle en France les 6 et 7 avril 2010 (dessin de Plantu)

 

 

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Dessin de Plantu pour "Aujourd'hui la Turquie"

 

 

 

L'Europe à l'époque de Victor Hugo

 

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Carte de l'Europe caricaturée (1870)

F.M.
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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 11:36

 

Paul Virilio doit donner une conférence sur la crise et l’accélération du temps le 4 juillet 2010 à l’Assemblée Générale de Désirs d’avenir qui se tient à Rochefort. La spéculation automatique ultra sophistiquée associée au trading algorithmique  ou trading à haute fréquence (High Frequency Trading) y figurera certainement en bonne  place.

De quoi s’agit-il ? Ségolène Royal l’évoquait le 21 juin dernier dans son  intervention devant le Conseil de l'Internationale socialiste à New York – dont elle est Vice-Présidente – à New York :

« Les 6 et 7 mai derniers, on a frôlé la débâcle généralisée des marchés financiers, aggravée par les ratés du système de spéculation automatique ultra-sophistiqué qui travaille au millionième de seconde et que plus personne ne maîtrise. Le prochain krach financier pourrait bien être un accident systémique intégral affectant ce High Frequency Trading (Trading à haute fréquence) qui a traité, en 2009, 73% des actions échangées sur le marché américain et devrait, en Europe, en traiter bientôt 60%. »

132_crack.1273222194.jpg"Un trader aurait très malencontreusement passé un ordre pour vendre des milliards d’actions Procter & Gamble à la place de petits millions. Le Dow Jones a décroché subitement de 10% entraînant un mini-krach. On se rassure en se disant que, depuis la crise des subprimes, les marchés financiers sont contrôlés, régulés, surveillés par de nos gouvernements. Il faut vraiment un truc grave et imprévisible, comme une faute de frappe, pour dérégler un système financier complètement sécurisé." (texte et dessin humoristiques de Martin Vidberg, www.martinvidberg.com)

Depuis, en 1987, la fin de la Corbeille au Palais Brongniart et l’abolition du statut des agents de change, l’informatisation du traitement des ordres (1986-1989) a fait passer la Bourse de Paris d’un lieu d’échange physique à un lieu d’échange informatique.

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La corbeille au Palais Brongniart (Bourse de Paris)

Depuis quelques années, le système a encore progressé dans l’intégration, l’automatisation et l’informatisation des opérations de bourse : c’est le Trading à haute fréquence ou trading algorithmique. Des superordinateurs aussi puissants que ceux de la Défense nationale, grâce à des algorithmes – programmes de calcul -  complexes impliquant beaucoup de mathématique financière, traitent les opérations financières à la vitesse de la lumière.

Comme le soulignait Paul Virilio dans son entretien avec Libération le 25 mai 2010 :

« Le 6 mai 2010 est une date clé : c’est la date où la finance vient d’emboutir le mur du temps. Le mur de Wall Street est devenu le mur du temps. […]

Nous ne sommes plus dans le temps humain, mais dans le temps machine. »

Les zones d’ombres sont nombreuses : du fait des coûteux moyens ultrasophistiqués – matériel, logiciels, modèles mathématiques – nécessaires au trading algorithmique, en 2008 seule 2% des firmes de trading américaines utilisaient cette technique, mais généraient près de 22 milliards de dollars de bénéfice. De plus, la part des opérations traitées par trading algorithmique captée par les « dark pools », les plates-formes électroniques opaques, passeraient de 4,1% à 7% en 2010.

Les risques sont multiformes : le risque d’erreurs augmente quand l’accès aux opérations des clients via des machines n’est pas filtré : les accidents se multiplient. En 2003, une société de trading américaine est devenue insolvable en 16 secondes du fait de l’erreur d’un de ses employés sur une seule opération.

De plus, l’accès équitable au marché n’est plus assuré : seuls les gros intervenants peuvent négocier de larges volumes de titres à la vitesse de la lumière.

Autrement plus grave, des pratiques inéquitables se sont développées : les flash orders. Les clients peuvent, contre commissions, « regarder » brièvement (via des ordinateurs et des algorithmes, à cette vitesse) les ordres avant qu’ils ne soient mis sur le marché par des plates-formes rivales, et ainsi arbitrer en se plaçant à son tour sur le marché avant même que l’ordre initial n’y soit arrivé. C’est un moyen facile de gagner de petits montants sur d’énormes quantités d’opérations, ce qui dégage des gains spéculatifs substantiels au bout du compte (voir l’exemple graphique ci-dessous « Un avantage de 30 millisecondes »). En fait, il s’agit presque de délits d’initiés institutionnalisés ; certains opérateurs américains ont abandonné la pratique (Nasdaq OMX et Bats) mais pas tous.

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"Un avantage de 30 millisecondes" : dans le trading à haute fréquence, les ordinateurs achètent et vendent des actions à la vitesse de l'éclair. Certains marchés, comme le Nasdaq, offrent souvent à ces "traders" un aperçu rapide aux ordres pendant 30 millisecondes - 0,03 secondes - avant qu'ils ne soient montrés aux autres. Cela permet d'acheter très rapidement des actions dont ils savent que la demande sera forte peu après. Chaque opération permet de gagner quelques cents, parfois des millions de fois par jour. Un fonds commun de placement peu rapide passe un ordre d'achat pour 5 000 actions de la compagnie XYZ. Pendant 30 millisecondes, l'ordre est acheminé vers les traders à haute fréquence avant d'être communiqué à l'ensemble de la place financière. À H+50 millisecondes, les traders à haute fréquence, sachant qu'un ordre arrive, innondent le marché d'ordres d'achat, raflant toutes les actions de XYZ à 21,00 $. À H+300 millisecondes, l'ordre du fonds commun de placement est exécuté ; les traders à haute fréquence vendent leurs actions à 21,01 $, empochant 1 cent par action, soit un total de 50 $ dans ce cas (The New York Times)

Le Prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugmans’interroge sur l’utilité « sociale » du trading algorithmique : « La Bourse est censée allouer le capital aux utilisations les plus productives, comme par exemple aider les sociétés qui ont de bonnes idées à lever des fonds. ». Mais l'économiste remarque que les courtiers qui donnent leurs ordres « un trentième de seconde plus vite que les autres » ne contribuent guère à « l'amélioration de cette fonction sociale ».

Le risque d’accroître les bulles spéculatives - donc les krachs - n’est pas encore établi, mais le mini-krach du 6 mai 2010 a marqué les esprits.

Les régulateurs, tant américains qu’européens, ont lancé une phase de consultation début 2010. L’accès équitable aux marchés et les « dark pools » focalisent l’attention. Mais comme le remarque Paul Virilio :

« La régulation devient impossible car on a fui dans l’accélération du réel. On a censuré le réel en quelque sorte. Et même si le gendarme de la Bourse dépose plainte, que peut-il ? Il est question de mettre en place des coupe-circuits, mais cela montre bien que nous ne sommes plus dans le temps humain, mais dans le temps machine. »

En effet, si la seule parade consiste à installer des coupe-circuits, c’est qu’on se prépare à agir quand il sera déjà trop tard, quand une anomalie significative aura été détectée et déjà enregistrée. C’est en amont, au niveau de la régulation financière qu’il faut agir vigoureusement contre cette spéculation folle et déshumanisée.

Ségolène Royal concluait son propos devant l’Internationale socialiste sur ce point en martelant :

« Jamais la déconnexion de la finance et de la réalité n'a été poussée si loin. Jamais les noces vénéneuses de la mathématique financière et de la révolution informatique, sous l'égide de la cupidité maximale, n'ont fait courir au monde autant de dangers. »

Il est temps de réguler ces activités débridées d’une finance de plus en plus déconnectée de l’économie réelle.

Frédérick Moulin

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"Algo-trading" : les Bourses sous l'emprise des machines ?

 

L'essor vertigineux du trading algorithmique

Qu'est-il donc arrivé le jeudi 6 mai 2010 à la Bourse de New York ? En quelques minutes, l'indice phare Dow Jones a chuté de plus de 9 %. Un vent de panique s'est emparé des marchés et 1 000 milliards de dollars se sont envolés. Si plusieurs causes sont évoquées, l'une d'elles, l'algotrading, est mise en avant. Peu connue, cette technique boursière a pourtant assuré en 2009 70 % du volume des 10 milliards d'échanges quotidiens réalisés sur les différentes places boursières aux Etats-Unis, selon Tabb Group, une société américaine de conseil et de recherche sur la finance.

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Traders de la Bourse de New York le 6 mai 2010 après le plongeon des marchés : sur l'écran : "Flash spécial  : la responsabilité du plongeon du marché imputée à une erreur de trading sur une des principales valeurs" ; sur la courbe, on voit nettement le "plongeon" sur la droite (Ruth Fremson/The New York Times)

L'algotrading, contraction de "trading algorithmique" (aussi appelé "high frequency trading", "trading à haute fréquence") ne cesse de gagner en importance. Cette pratique repose sur "des machines capables d'exécuter des ordres à toute vitesse et de tirer ainsi profit des écarts de prix minimes sur les valeurs […]. Ces outils d'un nouveau genre arbitrent, fractionnent, achètent et vendent. Leur dieu est le même que celui du trader à tête d'homme : le temps. A la différence que leur échelle de temps est le millième de seconde et que, en guise de cerveau, ils disposent de formules algorithmiques" (Mathieu Rosemain, Les Echos, 14 avril 2010). Le phénomène est  à relier au "turbo-capitalisme" identifié par le sociologue Paul Virilio dans une interview à Libération (25 mai 2010) devenu, pour certains, emblématique de cette "finance folle" qui a gagné la planète.

Son histoire est récente. Né aux Etats-Unis à la suite de l'informatisation des ordres sur les marchés financiers dans les années 1970, le trading algorithmique a pris son essor au début des années 2000, quand la décimalisation a modifié la taille des ordres en fractionnant leur valeur, passée d'un minimum de 1/16 de dollar (0,062 5 dollar) à 0,01 dollar. Cela a changé la microstructure du marché en créant des différences plus petites entre prix offerts et prix proposés, favorables aux opérations automatisées.

Une décennie plus tard, le boom de l'algotrading est spectaculaire. Aux Etats-Unis, plus de 75 % des institutions financières et 95 % des traders institutionnels utilisent des stratégies de trading algorithmique. Selon la société Celent, le trading à haute fréquence constitue près de 42 % des volumes d'actions traités et atteindra 54 % au dernier trimestre 2010. Les plus grosses sociétés américaines de trading algorithmique, comme Getco ou Citadel, traitent parfois de 10 à 20 % des actions de grandes sociétés cotées.

L'Europe est "en retard" en la matière : l'algotrading y est responsable d'un ordre sur quatre, selon le cabinet d'études américain Aite Group. Mais il pourrait monter à 45 % des volumes quotidiens dans deux ans. Celent prévoit surtout un développement en Asie, avec la modernisation notamment de la Bourse de Tokyo. Mais d'autres régions du monde s'intéressent à cette technique, comme l'Amérique latine, attirées par la promesse de plus de liquidité, qui rend les investissements moins coûteux et plus simples.

Les enjeux financiers sont considérables : 2 % des 20 000 firmes de trading américaines utilisent ces techniques et ont réalisé en 2008 un bénéfice de 21,8 milliards de dollars. D'autant qu'une partie des échanges se fait grâce à l'essor des "dark pools". Ces plates-formes électroniques opaques capteraient pas moins de 4,1 % des volumes échangés en valeur en Europe, selon Tabb Group. Les échanges opaques pourraient représenter 7 % des échanges de titres en 2010 et bénéficieraient de l'essor et de la sophistication croissante de l'algotrading.

Les enjeux sont donc considérables et le ticket d'entrée ne cesse de s'élever. Les teneurs du marché comme Getco, les fonds spéculatifs et les Bourses elles-mêmes se livrent à une bataille technologique coûtant des centaines de millions de dollars d'investissements – pour gagner les quelques fractions de seconde qui leur permettront d'empocher des bénéfices juteux. Les opérateurs boursiers ont aussi compris leur intérêt. Progressivement, ils proposent à leurs membres de louer des serveurs à quelques mètres, voire quelques centimètres du cœur des échanges électroniques. C'est ce qu'on appelle la "co-location". On estime qu'à chaque centaine de miles (160 kilomètres) supplémentaire de distance du lieu de l'opération, 1 millième de seconde est ajoutée à celle-ci : ce qui peut faire perdre une opération ou gagner des millions.

Edouard Pflimlin

lemondefr pet

18.06.10 | 19h11


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Un faisceau de risques multiformes

Les risques engendrés par l'algotrading sont multiples. D'abord le risque d'erreurs lors des opérations est accentué lorsque l'accès des clients aux opérations se fait via les machines, sans que cet accès soit filtré. Selon Robert L. D. Colby, ancien vice-directeur de la division trading et marchés de la Securities and Exchange Commission (la SEC, le gendarme de la Bourse américaine), en deux minutes, des centaines de milliers d'ordres valant des milliards de dollars peuvent être donnés. L'accroissement de la vitesse des opérations sans contrôle peut donc générer des pertes considérables. L'indice Dow Jones Industrial Average avait ainsi chuté de 100 points en 2002 quand un courtier de la banque Bear Stearns avait entré par inadvertance un ordre de vente de 4 milliards de dollars au lieu de 4 millions. Vu la vitesse des opérations, plus de 600 millions de dollars d'actions avaient été échangés avant que l'erreur ne soit détectée. En 2003, une société de trading américaine était devenue insolvable en seize secondes quand un de ses employés s'était trompé dans une opération, rapporte la Fed de Chicago dans un document récent.

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Jatin Suryawanshi, directeur général actions chez UBS Stamford, Connecticut, dirige la division trading algorithmique. Il est entouré de 5 écrans. Globalement, c'est la plus grande salle de marché du monde : 1 400 postes, 2 000 ordinateurs, 5 000 écrans et plus de 1 689 000 opérations traitées par jour.

L'algo-trading pose également le problème d'un accès équitable au marché. Cette technique avantage les intervenants de grande envergure qui peuvent négocier numériquement de larges volumes de titres, presque à la vitesse de la lumière. Ce qui pose la question de la formation des prix sur le marché : celle-ci est-elle sincère, dénuée d'intérêt ? Ou au contraire, est-elle biaisée ? Si tel est le cas, on s'écarterait d'un fonctionnement efficient des marchés financiers.

QUELLE UTILITÉ SOCIALE ?

Sans compter que l'algo-trading a permis le développement de pratiques inéquitables. A l'été 2009, une forme particulière de trading à haute fréquence a retenu l'attention : les flash orders. Par cette pratique, les Bourses autorisent certains clients, contre commission, à regarder brièvement les ordres avant qu'ils ne soient placés et orientés vers des plates-formes rivales. Les flash orders, très critiqués par les autorités de régulation boursière, sont accusés de fausser les fondements du marché libre. Deux opérateurs américains, Nasdaq OMX et Bats, ont d'ailleurs décidé de les abandonner.

Aussi, certains s'interrogent sur l'utilité "sociale" du trading algorithmique. Le Prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, s'est ému de la montée en puissance de ces méthodes de spéculation qui, selon lui, ont largement contribué aux profits élevés de la banque d'affaires Goldman Sachs. "Cette méthode constitue une sorte de taxe pour les investisseurs qui n'ont pas accès à ces ordinateurs super-rapides, écrit-il dans le New York Times en août 2009. La Bourse est censée allouer le capital aux utilisations les plus productives, comme par exemple aider les sociétés qui ont de bonnes idées à lever des fonds.". Or, relève l'économiste, les courtiers qui donnent leurs ordres "un trentième de seconde plus vite que les autres" ne contribuent guère à "l'amélioration de cette fonction sociale".

Quant au risque d'accroître les bulles spéculatives et donc, éventuellement, de provoquer des krachs, il n'est pas encore établi. On se rappelle cependant que le krach d'octobre 1987 a été en partie aggravé par le trading informatisé et la stratégie d'assurance de portefeuille, rappelle Paul Wilmott, fondateur d'une revue de finance quantitative, dans une tribune au New York Times. Et plus récemment, le mini-krach du 6 mai a renforcé les inquiétudes sur cette pratique boursière. Si l'on ne sait pas qui a déclenché cette chute boursière, le trading à haute fréquence est mis à l'index par les régulateurs, notamment la SEC. La question d'une meilleure régulation du phénomène est posée.

Edouard Pflimlin

lemondefr pet

18.06.10 | 19h08


 

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