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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 16:46

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Sur la sécurité, mais aussi l'immigration, la situation des Roms, Nicolas Sarkozy "prend les Français pour des cons", estime M. Cohn-Bendit (AFP/Miguel Medina)

Daniel Cohn-Bendit, tête de liste d’Europe Ecologie aux élections européennes de 2009, accorde une interview au journal Le Monde daté d’aujourd’hui.

L’un des deux journalistes recueillant les propos du député européen d’Europe Ecologie est Luc Bronner, chargé par le quotidien de couvrir la banlieue et ses problématiques. Il a récemment publié dans Le Monde une interview très instructive, « Le ghetto français, ce ne sont pas les quartiers, mais la vieille élite ».

M. Cohn Bendit y critique le gouvernement et le président, tout particulièrement sur leur politique sécuritaire et d’exclusion : « j’en veux à Nicolas Sarkozy et à François Fillon (…) ils savent que cette politique est inefficace » ou encore « stupidité et malveillance sont les deux nouvelles mamelles du sarkozysme (…) [Nicolas Sarkozy prend les Français] pour des cons. ».

Mais surtout, M. Cohn-Bendit esquisse les contours de ce que pourrait être une politique de sécurité de gauche, ce que Ségolène Royal avait déjà commencé à faire le 20 avril dernier sur France Info. Certains points communs émergent entre ces deux visions.

Quand Ségolène Royal parle de « la prévention », de « la répression » et de « la réinsertion », M. Cohn-Bendit souligne : « notre réponse devra être sociale, éducative et répressive ». Quand la présidente de la Région Poitou-Charentes appelle de ses vœux le « lancement de grands chantiers pour occuper les jeunes, leur faire passer le permis de conduire », la tête de liste d’Europe Ecologie expose : « sur les banlieues (…) il faut sans doute imaginer un « new deal », un plan d’investissement sur cinq ou dix ans ». Daniel Cohn-Bendit explique aussi : « nos sociétés se sentent aujourd’hui dans une insécurité permanente (…) aussi une insécurité liée à la délinquance, ne le nions pas », quand Ségolène Royal martèle : « dans le domaine de la sécurité la situation est extrêmement grave, et aujourd’hui on n’a plus le temps de se payer de mots. ».

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Ségolène Royal à l'université d'été du PS le 28 août 2009 (Reuters/Stéphane Mahé)

M. Cohn-Bendit donne aussi sa conception d’une politique de l’immigration raisonnée de gauche : une régulation de l’immigration, et dans le même temps, « tous les dix ou quinse ans », une « régularisation en masse des sans-papiers », soulignant que l’Europe vieillissante à la démographie déclinante aura besoin de l’immigration.

Enfin, il émet quelques idées qui devraient guider la philosophie de la gauche, et sa stratégie, que Ségolène Royal défend aussi : « la transformation écologique, l’éthique de la politique », « rénover la culture démocratique », avoir un discours crédible, parler vrai aux Français, ne plus « raser gratis ». Et comme Ségolène Royal, qui souhaite rassembler « de la gauche radicale aux déçus du sarkozysme », M. Cohn-Bendit énonce de façon plus restrictive : « Europe Ecologie doit être la passerelle réformiste et réaliste entre le Front de gauche, les socialistes et le centre républicain opposé à Nicolas Sarkozy ».

F.M.

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lemonde pet

17 août 2010

" M. Sarkozy prend les Français pour des imbéciles "

Daniel Cohn-Bendit, leader d'Europe Ecologie et député européen, réagit à l'offensive sécuritaire du chef de l'Etat

ENTRETIEN

A la veille des Journées d'été du rassemblement des écologistes (Verts et Europe Ecologie) qui s'ouvrent jeudi 19 août à Nantes, Daniel Cohn-Bendit réagit à la surenchère sécuritaire dans laquelle se sont engagés Nicolas Sarkozy et son gouvernement. " C'est un populisme de l'exclusion pour rassembler la droite dure sur le dos des minorités ", accuse le chef de file d'Europe Ecologie en dénonçant " un positionnement pervers ". Mais la gauche, ajoute-t-il, ne peut se contenter d'une posture de protestation.

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Daniel Cohn-Bendit en mars 2010 (AFP/Thomas Coex)

Comment jugez-vous les propositions de Nicolas Sarkozy sur la sécurité ?

Je dirais que stupidité et malveillance sont les deux nouvelles mamelles du sarkozysme. Stupidité parce que tout le monde sait que quelqu'un qui tue un policier est déjà condamné à la perpétuité. Croit-on vraiment que son problème, avant de passer l'acte, sera de savoir s'il sera déchu ou pas de la nationalité française ? Imaginons qu'il est déchu. S'il n'est que français, quel pays va le prendre ? Aucun. Donc, quand il sortira de prison, il sera apatride. Comme il y a une convention internationale qui interdit de créer des apatrides, c'est irréalisable juridiquement. Si je suis poli, je dis que Nicolas Sarkozy prend les Français pour des imbéciles. Le fond de ma pensée est qu'il les prend pour des cons.

Cette politique est aussi malveillante. Parce qu'elle produit en permanence de l'exclusion. C'est un populisme de l'exclusion pour rassembler la droite dure, la France profonde, sur le dos des minorités. Le ministre de l'intérieur va-t-il demander que la mère, de souche totalement française, qui a tué ses quatre enfants soit déchue de sa nationalité ?

Le chef de l'Etat justifie ses propositions par l'échec des politiques d'intégration depuis cinquante ans. Est-ce fondé ?

Oui, la question de l'échec de l'intégration doit être abordée. Mais il faut remettre les choses dans l'ordre : c'est la désintégration de la société qui crée les problèmes d'intégration, et non la criminalité extrême. Là où le positionnement de Nicolas Sarkozy et du gouvernement Fillon est pervers, c'est qu'il rend la société aveugle. Pour la droite, puisque Sarkozy prétend avoir des solutions, plus personne ne réfléchit sur le sujet. Pour la gauche, qui se réfugie dans sa posture de vierge outragée et qui n'est plus obligée de se poser ces questions parce que l'action du gouvernement est tellement détestable que la posture de protestation semble suffire.

Qu'est-ce que la gauche peut proposer ?

Elle doit d'abord expliquer que la réponse devra s'inscrire dans la durée. Dans ce domaine, il n'y a pas de baguette magique, contrairement à ce que veut faire croire M. Sarkozy depuis huit ans. Son bilan le démontre : depuis huit ans, il trouve de nouvelles solutions censées apporter des réponses définitives mais le résultat est nul. Notre réponse devra être sociale, éducative et répressive.

A nous de lancer ce débat. Comme sur la dépénalisation du cannabis. Comme sur les " salles de shoot ", dont toutes les expériences européennes montrent l'efficacité. Fermer ces salles, c'est de la non-assistance à personne en danger, c'est criminel. Comme sur les banlieues, pour lesquelles il faut sans doute imaginer un " new deal ", un plan d'investissement sur cinq ou dix ans. Comme pour les Roms, où on doit travailler à l'échelle européenne pour créer un statut leur permettant de voyager, de s'insérer et de s'organiser pour lutter contre les mafieux.

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Evacuation d'un camp de Roms le samedi 14 août à Montreuil (AFP/Miguel Médina)

En passant, sur ce dernier sujet, je suggère aux bien-pensants qui soutiennent Nicolas Sarkozy d'aller voir les conditions de vie des Roms en Roumanie et en Bulgarie. Je voudrais que le docteur Kouchner ou le philosophe André Glucksmann, par exemple, aillent constater l'état de racisme et de ségrégation dans ces pays. Est-il humainement responsable d'expulser dans ces pays ? Leur réponse m'intéresserait.

Pourquoi la gauche est-elle aussi gênée sur la sécurité ?

L'embarras de la gauche, c'est que l'argument sécuritaire, fondé sur le rejet, l'exclusion, voire la stigmatisation de boucs émissaires, tend à être majoritaire dans l'opinion. Mais au lieu d'affronter cette majorité, au lieu d'assumer la réalité, de dire la vérité et d'ouvrir des débats qui dérangent sur la sécurité, la gauche préfère rester dans l'évitement.

Du même coup, elle n'ose pas affronter certains problèmes d'actualité. Oui, parmi les Roms, il y a des organisations criminelles qui instrumentalisent des enfants pour la mendicité, oui, il y a des réseaux mafieux. Oui, dans certaines banlieues, il existe des réseaux mafieux, minoritaires mais très néfastes pour la population. Mais les réponses de Sarkozy ne permettront pas de résoudre ces problèmes.

Le chef de l'Etat n'est-il pas en phase avec la crispation sécuritaire et identitaire de beaucoup de sociétés européennes ?

C'est exact. Nos sociétés se sentent aujourd'hui dans une insécurité permanente. Une insécurité économique et sociale mais aussi une insécurité liée à la délinquance, ne le nions pas. Dans beaucoup de pays, face aux difficultés économiques, la droite joue sur l'exclusion pour garder, pour conquérir une majorité. Je tiens à préciser que, pour l'instant, la droite allemande ne joue pas cette carte-là : elle a compris que cette carte se retourne toujours contre celui qui l'utilise parce que cette politique est complètement inefficace.

C'est pour cela que j'en veux à Nicolas Sarkozy et à François Fillon. Ce ne sont pas des imbéciles, ils savent que cette politique est inefficace. Ils jouent avec cela parce qu'ils ne savent plus quoi faire sur les autres sujets et expliquer aux Français, par exemple, pourquoi la croissance économique au deuxième trimestre est de 0,6 % en France, contre 2,2 % en Allemagne. Qu'on dise qu'il y a un problème de sécurité, oui. Mais qu'on l'instrumentalise pour masquer son impuissance politique, non.

La gauche n'est pas plus à l'aise sur la question de l'immigration.

Dans les prochaines années, l'Europe aura besoin d'immigration en raison de son évolution démographique et de son vieillissement. Tout le monde le dit, même l'OCDE, qui n'est pas vraiment une organisation d'extrême gauche. Nous avons donc besoin de règles européennes pour réguler les entrées sur le continent européen. Au fond, nous avons construit une maison commune qui s'appelle l'Europe. Mais nous avons oublié les portes. Des portes peuvent être ouvertes ou fermées - il faut en définir collectivement les règles. Dans le même temps, comme le font les Américains, tous les dix ou quinze ans, malgré une politique d'immigration très dure, il faut aussi des processus de régularisation en masse des sans-papiers.

Y a-t-il aujourd'hui une majorité en Europe pour faire évoluer l'ensemble de ces règles ?

Le grand problème, à droite comme à gauche, est d'avoir peur de la réalité. Pour la droite, le tabou est d'accepter que les régularisations des sans-papiers sont inévitables. Parce qu'en laissant des sans-papiers, on crée des inégalités, donc des difficultés sociales, donc de la criminalité. La droite ne veut pas voir cette réalité. De son côté, la gauche doit accepter que l'immigration doit être régulée et qu'il faut donc accepter de définir comment on entre en Europe et comment on en sort. Les Verts européens ont de nombreuses propositions qu'il serait intéressant de confronter publiquement avec Brice Hortefeux.

La gauche ne s'est-elle pas laissé enfermer sur la question des sans-papiers en délaissant les questions d'intégration ?

La gauche s'est laissé enfermer sur la question de la régulation, c'est-à-dire de l'entrée sur le continent européen. Elle s'est aussi laissé enfermer dans un débat sur l'immigration sans parvenir à imposer le sujet de l'école. Or l'intégration, c'est l'école. A la gauche de réfléchir aux réformes de l'éducation pour l'adapter à la nouvelle structure de nos populations.

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Le drame de la situation actuelle, c'est que la politique de Nicolas Sarkozy nous rend aveugle. On doit évidemment la condamner. Mais le risque, c'est qu'il nous empêche de nous poser les bonnes questions pour trouver des solutions et que chacun reste dans son jeu de rôle. Vu de gauche, les bonnes âmes, c'est nous, et les méchants, c'est la droite. Vu de droite, la gauche bien-pensante occulte des problèmes essentiels de notre société. Les politiques se renvoient ainsi la balle en permanence. Il faut un débat ouvert parce que les citoyens français sont divisés. Tant qu'on n'aura pas compris la complexité du problème, on n'arrivera pas à trouver des solutions.

Allez-vous participer à l'université d'été des Verts ?

Oui. Après réflexion, je n'ai pas voulu provoquer une rupture qui serait une erreur. Pour nous, à Europe Ecologie, la question est de savoir quelle est la force réelle du noyau dur des Verts qui ne veut pas de nous. Il faut le mesurer pour savoir, d'ici au mois de novembre, si nous pouvons continuer notre aventure commune.

Avez-vous envie de poursuivre cette aventure ?

C'est une nécessité. Les écologistes sont absolument nécessaires pour donner une certaine crédibilité dans les propositions de la gauche. Cela concerne aussi bien les contenus (la transformation écologique, l'éthique de la politique) que les discours : on ne peut plus essayer de faire croire aux Français que nous allons raser gratis.

Europe Ecologie doit être la passerelle réformiste et réaliste entre le Front de gauche, les socialistes et le centre républicain opposé à Sarkozy. Et, surtout, pour reconquérir une hégémonie culturelle. Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter publiquement avec la droite. Rénover la culture démocratique doit être un de nos leitmotivs.

Propos recueillis par Luc Bronner et Gérard Courtois

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 16:39

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Le 20 avril 2010, Catherine Pottier recevait Ségolène Royal dans son émission L’invité de 18h15 sur France Info. Ségolène a jeté les bases d’une politique de sécurité de gauche, selon 3 axes – les actes d’incivilité, la délinquance, et la grande criminalité. Chacun de ces actes doit être développée en trois volets : prévention, répression, et réinsertion :

« Ségolène Royal : le président de la République vient de faire un déplacement en Seine-Saint-Denis et de réaffirmer par un vocabulaire qu’il a qualifié « de combat » sa lutte contre l’insécurité. Moi je crois que le droit à la vie, à la liberté, à la sureté de la personne humaine, comme c’est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, est un rôle fondamental que l’Etat doit assumer et je trouve que dans le domaine de la sécurité la situation est extrêmement grave, et aujourd’hui on n’a plus le temps de se payer de mots, d’ailleurs déjà entendus depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, mais on a besoin non pas d’un vocabulaire de combat, mais d’une action de combat contre la délinquance.

Catherine Pothier : alors je rebondis, Ségolène Royal, si vous étiez aux commandes de ce pays, quelle serait votre politique en matière de sécurité ?

S.R. : d’abord, il faut distinguer les différentes causes d’insécurité. Il faut lutter à la fois contre les causes de l’insécurité, et contre les effets de l’insécurité. Il faut distinguer moi je crois trois niveaux d’insécurité : d’abord les actes d’incivilité, ensuite la délinquance, et ensuite la grande criminalité. Et sur chacun de ces éléments, il faut à la fois de la prévention, de la répression, et de la réinsertion.

Sur les actes d’incivilité, souvent de très jeunes enfants, de plus en plus jeunes aujourd’hui, il faut une réponse immédiate à chaque acte d’incivilité, et une articulation très forte entre les adultes du quartier, les adultes de l’école et les parents.

Sur les actes de délinquance, ce que l’on observe aujourd’hui, c’est que ni la police, ni la justice n’ont les moyens d’agir efficacement contre la délinquance. Pourquoi ? J’ai rencontré récemment un policier qui se disait découragé d’avoir arrêté des délinquants qui sont immédiatement relâchés. Pourquoi sont-ils immédiatement relâchés ? Parce que les centres d’éducation renforcée, promis par Nicolas Sarkozy, n’ont pas été construits. Donc si on désespère à la fois la justice et la police pour réprimer la délinquance c’est un vrai problème.

Et en ce qui concerne, toujours sur la délinquance, sur ces trois volets, c’est assez simple. Sur la prévention, il faut absolument renforcer à la fois l’éducation, c’est-à-dire l’encadrement des jeunes, aider les parents, et notamment les mères seules à éduquer les adolescents, et lutter contre une des causes majeures de la délinquance des jeunes qui est le chômage. Donc il faut réfléchir ensemble à des actions, par exemple, de lancement de grands chantiers pour occuper les jeunes, leur faire passer le permis de conduire, leur redonner le sens de leur utilité dans la société parce que c’est vrai que sur la délinquance la prison n’est pas la solution, donc il faut une répression équilibrée, une répression juste, et ensuite une réinsertion.

Et enfin sur la grande criminalité, parce que là, restons un instant sur ce sujet-là. Est-ce que la police a aujourd’hui les moyens de lutter contre la grande criminalité ? La réponse est non, donc je demande que la police ait les moyens de lutter contre la grande criminalité. Il y a eu en trois ans, sur les années budgétaires 2008-2009-2010, 9 000 suppressions d’emplois de policiers et de gendarmes. Sur le seul département de la Seine-Saint-Denis, où le président de la République vient de se rendre, il y a une demande réitérée de 400 policiers qui manquent dans ce département. Donc il faut à la fois lancer un plan de recrutement de policiers et de gendarmes, et de formation de policiers et de gendarmes adaptés à la lutte contre la grande criminalité.

C.P. : et sur l’absentéisme scolaire, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy on le sait veut suspendre les allocations familiales, est-ce une bonne chose ?

S.R. : écoutez, aller affamer les petits frères et les petites sœurs des adolescents délinquants, souvent élevés d’ailleurs par des mères seules, est-ce que c’est la bonne solution ? Franchement, je ne le crois pas, et cette proposition qui est répétée en permanence par Nicolas Sarkozy ne règle absolument pas la gravité de la situation de l’insécurité en France. En revanche, que, lorsqu’il y a de l’absentéisme scolaire, les allocations familiales soient versées à l’établissement scolaire pour être certain que les allocations familiales sont bien utilisées dans l’intérêt des enfants, ça c’est une proposition que j’ai toujours faite et que je continue, bien évidemment à défendre. »

F.M.

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 18:21

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17 personnalités Françaises et étrangères, dont Ségolène Royal, publient aujourd’hui dans la revue La Règle du Jeu de Bernard-Henri Lévy, une tribune de soutien pour Sakineh Mohammadi-Ashtiani, une Iranienne initialement accusée, en 2006, « d’adultère » avec deux hommes après le décès de son mari – « crime » avoué sous la torture – puis punie par 99 coups de fouet administrés sous les yeux de son fils, et à qui on a imputé plus tard, pour justifier une lapidation aux yeux de la communauté internationale, le fait « qu'un homme avec qui elle était intime avait tué son mari en sa présence », rapporte LeMonde.fr aujourd’hui. « Ils mentent » confiait Sakineh au Guardian, via son avocat il y a quelques temps.

Le président Lula sert d’intermédiaire avec la Turquie entre le monde occidental et Téhéran ces derniers mois, et a tissé des liens de confiance avec l’Iran, privilégiant l’option diplomatique sur le dossier nucléaire – lors du dernier vote de la quatrième série de sanctions contre l’Iran au Conseil de sécurité, le Brésil et la Turquie ont voté contre. Aussi l’appel à la clémence du président Lula le 31 juillet en plein meeting électoral en faveur et en présence de sa dauphine Dilma Roussef, que Ségolène Royal doit aller soutenir dans sa course à la présidence prochainement, a-t-il surpris. C’était la première fois que le chef de l’Etat brésilien intercédait en la faveur d’un citoyen iranien en s’appuyant sur les liens de confiance liés avec le régime de Téhéran.

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Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et le président brésilien Lula, le 17 mai 2010 à Téhéran (Reuters/Morteza Nikoubazl)

Le président Lula a déclaré :

« Je voudrais appeler mon ami Ahmadinejad, le Guide suprême [Ali Khamenei] et le gouvernement de l'Iran à permettre au Brésil d'accorder l'asile politique à cette femme. ». J’ai du « respect pour les lois d'un pays » ami.

« Si mon amitié et ma considération pour le président et le peuple iraniens valent quelque chose, et si cette femme cause de l'embarras, nous pourrions l'accueillir volontiers au Brésil. J'imagine ce qui se passerait si un jour il y avait un pays où on lapiderait un homme parce qu'il aurait menti. Rien ne permet à un Etat d'ôter la vie à quelqu'un. Seul Dieu donne la vie et lui seul peut la retirer. »

Parallèlement, une pétition « Aidez-nous à libérer Sakineh » est en ligne, et elle a recueilli à ce jour environ 180 000 signatures, dont 62 000 anonymes. Des personnalités du monde entier ont signé cette pétition, dont l’ancien président du Brésil Fernando Enrique Cardoso (1995-2003), Michael Bloomberg, le maire de New-York, Richard Branson, Chico Buarque, Michael Douglas, Peter Gabriel, Hugh Jackman, Annie Lennox, Yoko Ono, Gwyneth Paltrow, Salman Rushdie, Sting, et Catherine Zeta-Jones.

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Pour signer la pétition (en français), cliquez ici.

Pour accéder à la page d’accueil du site de la pétition (en français), cliquez ici.

Pour lire l’article d’Armin Arefi du 9 août traitant du droit des femmes en Iran et reprenant une interview de Sakineh au Guardian via son avocat avant que ce dernier ne doive fuir l’Iran, sa femme devenant otage du régime iranien, cliquez ici.

Pour lire l’article du Guardian, cliquez ici.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la tribune de soutien.

F.M.

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16 août 2010

Il faut empêcher la lapidation de Sakineh

Sakineh Mohammadi Ashtiani attendait dans la prison de Tabriz, à l’ouest de l’Iran, où elle croupit depuis cinq ans, la réponse à une demande de réexamen de son cas – prévue, initialement, pour le 15 août.

Son “crime” (qu’elle n’a avoué, rappelons-le, que sous la torture et qui consisterait, selon ses accusateurs, à avoir eu deux relations amoureuses hors mariage) avait déjà été puni par 99 coups de fouet administrés en présence de l’un de ses deux enfants.

Mais voilà qu’une nouvelle et nébuleuse accusation a débouché, il y a quelques mois, sur une condamnation à mort – et pas n’importe quelle mort puisqu’il devrait s’agir d’une mort par lapidation!

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Photo AP/Markus Schreiber

L’opinion internationale, touchée par l’horreur de cette menace qui pèse sur Sakineh, attendait avec elle la révision d’un verdict aussi inique que barbare – quand,  le 11 août dernier au soir, se produisit l’un de ces coups de théâtre dont l’Iran commence à être coutumière : le régime diffusait à la télévision, dans une émission de grande écoute, les prétendus « aveux » de la jeune femme qui, couverte par un tchador noir qui ne laissait voir que son nez et l’un de ses yeux, tenant une feuille de papier entre les doigts comme si elle récitait une leçon mal apprise, une voix off en farsi couvrant sa propre voix qui s’exprimait dans sa langue maternelle, l’azéri, confessait sa supposée “complicité” dans le meurtre de son mari.

Son actuel avocat, Hutan Kian, a affirmé que cette déclaration, contraire à toute vraisemblance, a été arrachée, à nouveau, sous la torture et rapporte que les enfants de Sakineh sont, quant à eux, « complètement traumatisés » par l’émission.

Outre le fait que l’on peut avoir des doutes sur l’identité de la femme qui est apparue ce soir-là, sur les écrans, dissimulée sous un tchador étonnamment couvrant, ces propos vont, par ailleurs, clairement à l’encontre de ceux rapportés par le Guardian, la semaine dernière, et où Sakineh expliquait que les autorités iraniennes l’avaient déjà, en 2006, lavée de cette accusation infâme; qu’elles mentaient donc sciemment en revenant ainsi sur une charge abandonnée depuis longtemps et ce dans le seul but de semer la confusion dans les médias et de les préparer à une exécution à la sauvette; et que la “justice” ne s’obstinait sur son cas que « parce qu’elle est une femme » et qu’elle vit « dans un pays où les femmes sont privées de leurs droits les plus élémentaires. »

Que Sakineh soit privée de ses droits les plus élémentaires, cela ressort du fait qu’elle n’a même pas eu droit, dans cette affaire, à un jugement limpide, dans une langue qu’elle puisse comprendre (« quand le juge a prononcé la sentence, a-t-elle déclaré au Guardian, je n’ai même pas réalisé que j’allais être lapidée à mort car j’ignorais ce que signifiait le mot “rajam”; ils m’ont demandé de signer la sentence, ce que j’ai fait, et quand je suis retournée en prison et que mes codétenues m’ont avertie que j’allais être lapidée, je me suis immédiatement évanouie»); cela est confirmé par les mésaventures de son ancien avocat, Mohammad Mostafaei, celui-là même qui a attiré l’attention internationale sur son cas et qui s’est vu, pour cela, menacé d’emprisonnement (il n’a dû son salut qu’à la fuite en Turquie où il attend un visa pour la Norvège – mais non sans que son épouse, Fereshteh Halimi, ait été retenue en otage et emprisonnée); et cela est attesté, enfin, par le fait que, nonobstant l’horreur de la chose même, et quitte à entrer dans les détails les plus scabreux, une mise à mort par lapidation n’est possible en “droit” iranien que lorsque la famille de  la victime en fait la demande (ce qui, dans le cas de Sakineh et de sa famille, n’est, évidemment, pas le cas!).

Mais par delà ces considérations dans lesquelles nous n’avons ni le goût ni peut-être, désormais, vraiment le temps d’entrer, il est urgent d’intervenir pour empêcher une mise à mort dont les observateurs de la scène iranienne ont tout lieu de redouter l’imminence.

Il est urgent de répondre à l’appel des enfants de Sakineh, Fasride et Sajjad Mohammadi Ashtiani, nous adjurant de ne pas fermer les yeux sur une mise en scène aussi grossière et de ne pas laisser leur « cauchemar devenir réalité ».

Il est urgent d’exiger des autorités, pour Sakineh, le renoncement à toute  forme d’exécution, une remise en liberté sans délai et la reconnaissance de son innocence.

Des dizaines de femmes sont, chaque année, en Iran, condamnées au fouet, à la lapidation ou à d’autres peines dont la barbarie glace, tout autant, les sangs: il est urgent, au-delà même du cas de Sakineh, que l’ONU rappelle au régime des Mollahs les promesses faites, en 2002 et en 2008, quant à l’abolition de ce type de châtiments.

La vie d’une femme est jeu.

La liberté et la dignité de milliers d’autres se jouent également là.

Et il s’agit enfin de l’honneur d’un grand pays, doté d’une culture aussi magnifique qu’immémoriale, et qui ne peut se voir résumer, sous les yeux du monde, au visage ensanglanté, réduit en bouillie, d’une femme lapidée.

Pitié pour Sakineh.

Pitié pour l’Iran.

Signataires : Elisabeth Badinter, Juliette Binoche, Rachida Dati, Sussan Deyhim, Mia Farrow, Bob Geldof, Ayaan Hirsi Ali, Milan Kundera, Bernard-Henri Lévy, Patrick Modiano, Taslima Nasrin, Yann Richard, Ségolene Royal, Marjane Satrapi, Jorge Semprun, Wole Soyinka, Simone Veil, Jody Williams (prix Nobel de la paix 1997) 

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 18:27

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Rencontre des nationaliste nippons et européens à Tokyo le 12 août 2010 : Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch (Jérémie Souteyrat)

Le 6 juillet dernier, le gouvernement répondait aux questions des députés au Palais Bourbon. Les questions se succédaient en pleine polémique sur « l’affaire » Woerth-Bettencourt. Vient la troisième question adressée au ministre du Travail, Eric Woerth, par un député PS – Alain Vidalies, des Landes. François Baroin, ministre du Budget, prend alors la parole et dénonce violemment l’attitude du Parti socialiste :

« Est-ce que vous vous rendez compte du mal que vous faites à la démocratie que vous représentez ici ? Est-ce que vous vous rendez compte que vous êtes en train de tracer le sillon des extrêmes et de l’extrême-droite ? Comment vous pouvez piétiner comme ça des éléments fondamentaux de liberté individuelle ? (…) Comment vous pouvez continuer sur ce chemin là ? Vous êtes un parti de gouvernement, vous avez exercé des responsabilités. (…) Alors je vous en conjure Mesdames et Messieurs les députés socialistes, et je vous le demande au nom d’une certaine idée que nous avons en partage de la démocratie, de la République, ne faites pas le jeu de l’extrême droite ! »

 

Outrés, la plupart des députés socialistes quitteront alors l’hémicycle, seuls quelques uns restant comme Jack Lang et Julien Dray.

Après les annonces sécuritaires et xénophobes de Nicolas Sarkozy, de son ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, les 28 et 30 juillet 2010, puis dans les jours qui ont suivi, et suite à une enquête du journal Le Monde auprès des cadres du Front National, on peut se demander si ceux qui tracent le sillon de l’extrême-droite et piétinent des éléments fondamentaux de liberté individuelle ne sont ceux qui avaient honteusement invectivé les députés PS le 6 juillet : la Sarkozye dans son ensemble, et en premier lieu son grand timonier, Nicolas Sarkozy.

Alors que Noël Mamère, député Vert de Gironde et maire de Bègles déclarait en parlant de Nicolas Sarkozy: « M. Le Pen et sa fille n’ont plus besoin de parler, la copie parle à leur place. », nous écrivions déjà le 1er août dernier : « Nicolas Sarkozy devrait faire attention : les électeurs du Front national ont toujours préféré l’original à la copie, surtout quand la "copie" n’a pas tenu les promesses faites en 2007. »

Les faits semblent confirmer notre point de vue. Le Monde a interrogé les cadres du parti frontiste, les secrétaires départementaux et les responsables régionaux, dans le Nord, le Pas-de-Calais, les Bouches-du-Rhône, en Seine-et-Marne, dans le Haut-Rhin, le Haute-Savoie et les Pyrénées-Orientales notamment, ceux qui, de fait, sont au contact du terrain et des électeurs frontistes. Déjà, le simple fait que Le Monde ait lancé une enquête d’une telle ampleur auprès des cadres d’un parti longtemps mis au ban du monde politique français est symptomatique.

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Les résultats de l’enquête sont édifiants. En premier lieu, tous sont d’accord pour dire que les déclarations sécuritaires et xénophobes de Nicolas Sarkozy servent les intérêts du Front national et rendent crédibles les thèses frontistes, tracent « le sillon de l’extrême-droite », comme le dit si bien François Baroin. Les cadres du parti de Jean-Marie Le Pen expliquent :

« Sarkozy sert de brise-glace au Front et il n’en est pas conscient. ». « Cela donne une légitimité à nos arguments ». « Cela prouve que notre programme n’est pas si mauvais que ça, puisque le président de la République vient piocher dedans. ». « À chaque fois qu’il fait des déclarations comme ça, il fait tomber les tabous. D’ici deux à trois ans la « lepénisation des esprits » sera terminée, tout le monde sera d’accord avec nous », ajoute enfin Eric Dillies, du Nord.

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Eric Dillies, cadre du FN pour le département du Nord

Car pour les responsables départementaux et régionaux du Front national, le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy ne convaincra personne :

Eric Dillies souligne : « Sarkozy n’a plus beaucoup de crédibilité en la matière. Ca va renforcer les positions du Front. ». Pour Steeve Briois, responsable frontiste du Pas-de-Calais et qui a aidé Marine Le Pen à s’implanter à Hénin-Beaumont : « Il est trop tard. Sur la sécurité, ce sont des mesures plus ou moins gadget visant uniquement à essayer qu’il n’y ait pas de départ massif des électeurs de l’UMP vers le Front national. ». « La confiance est complètement rompue. », ajoute Laurent Comas des Bouches-du-Rhône.

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Les cadres du parti frontiste estiment que Nicolas Sarkozy ne pourra pas tenir les promesses qu’il a faites, et attendent une irritation grandissante des électeurs auxquels Nicolas Sarkozy adresse son message sécuritaire. Pourquoi ? À cause de « la contestation du pouvoir dans la République par des moyens détournés » – à savoir la Constitution française et le droit et les conventions européens – selon Louis Aliot, ancien secrétaire général du Front National, proche de Marine Le Pen.

Car les promesses populistes de 2007 n’ont pas été tenues, comme « travailler plus pour gagner plus ». Martine Binder, responsable du Haut-Rhin, souligne que « les gens en ont marre. Ils se sont fait avoir en 2007. Cela ne remarchera pas. Depuis les régionales, les gens ne sont plus réticents à dire qu’ils votent FN, à prendre des tracts. ».

Pour les cadres frontistes, on assiste à la fin du « cordon sanitaire » mis en place autour du Front national par le reste du monde politique. Steeve Briois martèle : « Pendant des années, notre mouvement a été mis au ban parce qu’il avait osé braver les interdits sur l’immigration. Maintenant, on vient nous dire à demi-mots que nos arguments étaient valables. S’ils reprennent officiellement les mêmes opinions que nous il n’y a plus de raison de nous écarter. ». Et Eric Dillies d’ajouter : « Pendant trente ans, on nous a expliqué que Le Pen était le mal absolu et, aujourd’hui, quand Nicolas Sarkozy reprend nos thèmes, on dit que c’est bien. Les gens ne sont pas bêtes au point de ne pas voir la ficelle. Sarkozy est en train de donner un blanc-seing au FN. ».

Certains vont plus loin, et voient déjà le paysage politique se recomposer. Marie-Christine Arnautu, conseillère régionale d’Ile-de-France, estime qu’au-delà des électeurs déçus du sarkozysme, ce sont, ici ou là, des élus locaux de l’UMP qui se rapprochent dès à présent du Front national. Elle note que le cas de René Galinier, un habitant âgé de l’Hérault incarcéré pour avoir tiré sur deux cambrioleuses à son domicile au début du mois, avaient rapproché des élus UMP et des dirigeants du FN.

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Logo de la Ligue du Nord, qui demande l'autonomie de la plaine du Pô, la Padanie

L’étape suivante, selon Louis Aliot, est la recomposition du paysage politique autour du Front National : « Il faut qu’on maintienne la pression pour faire imploser la droite. La recomposition se fera autour de nous, de nos idées. ». L’idée est de reprendre la recette qui a fait la réussite de la Ligue du Nord, parti populiste et xénophobe, en Italie : avec la banalisation des idées est venue l’élection de députés et de sénateurs de la Ligue, puis l’entrée au gouvernement Silvio Berlusconi IV mené par le parti du Premier ministre – Peuple de la Liberté – en 2008, le gain de nombreuses provinces (l’échelon administratif correspondant à nos départements) : 7 en 2009 en plus des 6 déjà acquises sur 110 ; et l’arrivée à la tête de certaines des 20 régions, comme le riche Piémont et la Vénétie en 2010. Les élections régionales de 2010 ont d’ailleurs été marquées par une progression de la droite masquant un rééquilibrage en faveur de la Ligue du Nord et en défaveur du parti Peuple de la Liberté de Silvio Berlusconi : c’est désormais la Ligue qui domine en Italie du Nord.

C’est là la stratégie de Marine Le Pen depuis les régionales de 2010 : décrocher les pans les plus droitiers de l’UMP. « Il faut rassurer, il faut expliquer notre programme pour démontrer que demain nous serons capables d’exercer le pouvoir », conclut Louis Aliot.

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Louis Aliot, ancien secrétaire général du Front National, proche de Marine Le Pen

Il faut bien reconnaître que depuis quelques années, et particulièrement depuis un mois, la droite sarkozyste pioche certaines de ses idées dans le cœur du programme électoral de 2007 du Front National, ou dans les propositions et déclarations de ce parti et de ses représentants. Nous l’avions déjà relevé pour la déchéance de la nationalité, la non-automaticité de l’acquisition de la nationalité française à 18 ans pour un mineur délinquant né de parents étrangers, et les droits et aides sociaux octroyés aux immigrés en « situation irrégulière » (lire l’article Nicolas Sarkozy bafoue, discrimine, et part à la chasse aux voix des électeurs du Front national : mais où s'arrêtera-t-il?).

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Affiche d'Act Up et du 9ème collectif de sans-papiers

Mais déjà en 2009, Nicolas Sarkozy avait abordé le thème frontiste de l’islam et du « communautarisme ». Dans une tribune dans Le Monde daté du 9 décembre 2009, Nicolas Sarkozy soulignait : « Chacun doit savoir se garder de toute ostentation, de toute provocation. (…) Chacun doit pratiquer son culte avec une humble discrétion qui témoigne (…) du respect fraternel qu’il éprouve pour celui avec qui il veut vivre. », quand Marine Le Pen réclamait que « l’avancée des signes ostensibles »  de l’islam soient stoppés et appelait de ses vœux « des mosquées modestes ».

De même, Jean-Marie Le Pen constatait que « les Français ressentent douloureusement le fait d’être bousculés dans leur identité nationale », quand Nicolas Sarkozy rappelait : « le sentiment de perdre son identité peut être une cause de profonde souffrance ».

Dans Le Monde daté du 3 août 2010, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po, publiait une tribune, « La droite menacée d’un séisme en 2012 », où il prévoyait déjà ce que les cadres du Front national disent haut et fort aujourd’hui, et où il ne ménageait pas la gauche en appelant à faire gagner l’UMP en 2012 pour éviter un effondrement du système politique français.

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Dominique Reynié, professeur à Sciences Po

Cependant, certains de ses constats permettaient de faire avancer la réflexion :

« Une dislocation sans précédent de la droite de gouvernement, dans un contexte de crise exaspérant l’opinion, offrirait au FN et à sa nouvelle patronne l’opportunité inédite, et rêvée, d’accueillir une flopée d’électeurs exaspérés, de sympathisants découragés, de militants humiliés et de nombreux élus sonnés, enfonçant encore plus la droite de gouvernement dans des difficultés qui pourraient devenir insurmontables pour longtemps. (…)

Conduit par Marine Le Pen (…) le Front national jouera la carte de la « vraie droite », regardant l’UMP comme jadis le RPR regardait les centristes. (…)

Renaissance d’un parti centriste plus fort qu’aujourd’hui, récupérant une partie des forces passées à l’UMP en 2002, et nouvelle poussée de l’extrême droite scelleraient ainsi le sort de l’UMP dans le cadre d’une recomposition ne lui permettant plus de concevoir son avenir autrement que comme une force parmi d’autres dans une coalition à laquelle le FN finirait par prendre une part active, voire déterminante. »

Mais l’analyse partisane de Dominique Reynié a ses limites : il ne conçoit d’avenir qu’à droite. Car quel est l’enjeu, de fait ? La (re)conquête de l’électorat populaire. Suivra-t-il à nouveau Nicolas Sarkozy ou le représentant de l’UMP ? ou le Front national rajeuni et rendu plus « présentable » de Marine Le Pen ? ou bien existe-t-il une autre voie ? Là se trouve l’enjeu.

Or une seule personnalité à gauche a le charisme, l’expérience d’une élection présidentielle, et surtout la proximité nécessaire avec les milieux populaires, c’est Ségolène Royal. Jean-Jack Queyranne le rappelait le 13 août dans LeProgrès.fr : « Elle a affronté Sarkozy en 2007, c'est elle qui connaît le mieux les attentes de la société française. Elle a du charisme et trouve un écho populaire. Elle a une véritable audience. L'essentiel, c'est que l'on puisse avoir un véritable débat devant les Français. ».

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2ème Fête de la Fraternité à Montpellier en septembre 2009 (Razak/Désirs d'avenir)

D’où l’enjeu important qu’est la Fête de la Fraternité organisée le 18 septembre à Arcueil, rappelé dans le communiqué de Désirs d’avenir annonçant l’événement :

« Arcueil représente le type même d'une ville populaire. (…) Arcueil témoigne ainsi d’une diversité urbaine et sociale que l’on retrouve dans tant de nos villes qui contribuent aujourd’hui à faire le visage de la France. (…) Sa diversité sociale s’enrichit d’une diversité culturelle. (…) Arcueil est la preuve flagrante que la diversité est toujours harmonieuse quand elle se conjugue avec la fraternité. (…)

Pour toutes ces raisons, Arcueil a le visage de la France. (…) C’est la France où la fraternité n’est pas qu’un mot, mais une réalité et un combat quotidiens. (…) C’est la France qu’à Désirs d’Avenir nous avons décidé de regarder dans les yeux.

Nous devrons être nombreux à Arcueil pour montrer qu’une autre France est possible et que nous refusons de nous taire et de subir.  »

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Ségolène Royal au meeting du stade Charléty, le 1er mai 2007 à Paris, côté scène (Life.com)

Car la voie que les médias, sourds et aveugles, ont choisi d’ignorer, c’est la voie Royal. La reconquête des milieux populaires, « de la gauche radicale aux déçus du sarkozysme », seule Ségolène Royal à gauche peut la réaliser en faisant barrage à l’extrême-droite et à la droite extrême de Nicolas Sarkozy.

Jeudi 12 août 2010, Exprimeo.fr titrait : « Ségolène Royal et la rentrée sur l’ordre juste ». Et d’ajouter : « Ségolène Royal préparerait sa rentrée sur le thème de l’ordre juste », alors que le PS disait vouloir « suivre son propre calendrier ».

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Le public métissé du meeting du stade Charléty, le 1er mai 2007 à Paris, côté stade (Life.com)

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Vue d'ensemble du meeting du stade Charléty, le 1er mai 2007 à Paris

Sur ce thème, comme sur bien d’autres, comme la fraternité, Ségolène Royal représente un des seuls espoirs de faire barrage en 2012 à l’extrême-droite ragaillardie par les propos récents de M. Sarkozy, et à la droite extrême que représente désormais l’UMP sarkozyste.

Frédérick Moulin

Sources : Le Monde daté du dimanche 15 août 2010, Le Monde daté du 3 août 2010, LeMonde.fr, Wikipédia, Désirs d'avenir

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 19:19

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"Ségolène guidant le peuple" de Martin Vidberg, d'après "La Liberté guidant le peuple" d'Eugène Delacroix

Jean-Jack Queyranne était un des premiers signataires du texte de la motion E du Congrès de Reims du PS en novembre 2008, motion qui avait présenté comme candidate au poste de première secrétaire du parti Ségolène Royal.

Dans un entretien accordé au journal Le Progrès daté du vendredi 13 août 2010 , Jean-Jack Queyranne confirme soutenir Ségolène Royal, car outre le fait qu’elle a l’expérience d’une élection présidentielle, « c'est elle qui connaît le mieux les attentes de la société française. Elle a du charisme et trouve un écho populaire ».

F.M.

-oOo-

 

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vendredi 13 août 2010

« Le PS doit se forger une ligne politique pour 2012 »

En visite dans les Alpes, Jean-Jack Queyranne, le président socialiste de la Région, tire à boulets rouges sur la politique sécuritaire de l'UMP et confirme soutenir Royal pour la présidentielle

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Gérard Collomb se dit prêt à participer aux primaires du PS pour la présidentielle. Comment appréciez-vous sa démarche ?

Je suis un chaud partisan des primaires. On créera une dynamique de candidatures pour choisir celui ou celle qui affrontera Nicolas Sarkozy. Gérard Collomb déclare qu'il sera candidat en attendant Dominique Strauss-Kahn. On verra bien…

Et vous, votre candidat est toujours le même ?

Moi, je reste partisan de Ségolène Royal. Elle a affronté Sarkozy en 2007, c'est elle qui connaît le mieux les attentes de la société française. Elle a du charisme et trouve un écho populaire. Elle a une véritable audience. L'essentiel, c'est que l'on puisse avoir un véritable débat devant les Français, avec, j'espère, une participation de, un, deux, voire trois millions de personnes à ces primaires.

Quel regard portez-vous sur la gouvernance Aubry au PS ?

Le PS s'est remis au travail, mais à présent, il lui reste à se forger une véritable ligne politique pour 2012 sur des thèmes essentiels : les finances publiques, la fiscalité, la répartition des richesses, l'éducation et même la sécurité.

Justement, les dernières annonces de Nicolas Sarkozy semblent appréciées par les Français…

Nicolas Sarkozy se présente comme le premier flic de France depuis huit ans. Il a parlé de culture du résultat et on constate une aggravation des violences. Je pense qu'au départ, il y a une erreur fondamentale. On a délaissé l'occupation du terrain, réduit les moyens et ce qui a eu pour conséquence de faire grimper la délinquance et donc, Nicolas Sarkozy fait de la surenchère et de la provocation. Le PS n'est pas tombé dans le piège de la polémique. Le PS, maintenant, doit se forger des réponses qui associent prévention, dissuasion, et répression et ne pas se contenter de dénoncer.

Les réponses du PS sont encore peu audibles sur ce sujet…

Moi, j'ai les idées claires, comme disait Tony Blair, il faut être dur avec la délinquance et dur avec les causes de la délinquance. On a beaucoup abandonné y compris dans les quartiers.

Le projet de déchéance de la nationalité vous inspire quoi ?

On n'avait pas vu ça depuis Vichy. Et c'est, de surcroît, une notion inconstitutionnelle. On assiste à une dérive dangereuse, et surtout, inefficace. C'est un domaine sur lequel il faut trouver un consensus plutôt que d'en faire un objet électoral. C'est aussi l'occasion de faire oublier la situation économique et l'affaire Woerth-Bettencourt.

Au niveau régional, le fonctionnement avec les Verts semble compliqué…

Les principales décisions ont été votées, les désaccords sont connus, y compris sur le dossier des JO d'Annecy. Nous avons été élus pour gouverner ensemble, il ne faut pas donner de coups de canif dans un accord régional, nous avons des obligations réciproques. Moi, je ferai tout pour que l'on puisse résoudre les différents sujets, c'est notre intérêt. Les antagonismes sont rares.

Quels sont les gros dossiers de cette rentrée pour la Région ?

La situation économique et l'emploi, la reprise est là mais doit être consolidée, la recherche et l'innovation, sur lesquelles il faut mettre le paquet, y compris les bio et les nanotechnologies. Du côté de l'apprentissage, grâce au concours des branches professionnelles, le niveau des apprentis sera le même. Et nous discuterons à mi-parcours, de la convention avec la SNCF avec une exigence de qualité.

Propos recueillis par Geoffrey Mercier

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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:26

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Au sein des 283 partis politiques (partis et « micropartis ») recensés par la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP), 211 ayant vu leurs comptes certifiés sans réserve, les accords de financement entre partis se traduisent bien différemment à gauche, ou dans la droite sarkozyste : à gauche, il s’agit d’accords électoraux, tandis qu’à droite, les montages et les financements à l’éthique douteuse se multiplient.

Le Nouveau Centre, Tahiti et Fetia api

Dans la droite sarkozyste, indubitablement, le Nouveau Centre d’Hervé Morin occupe la première place des montages complexes et … exotiques. Car le financement du Nouveau Centre, en 2008, passait par… Tahiti !

En 2008, 1 194 060 € de recettes du Nouveau Centre proviennent de contributions reçues d’autres formations politiques, soit 79% des recettes du parti et même 92% des recettes hors le « bénéfice net » de 221 687 €, qui a servi à renflouer partiellement une situation catastrophique : les pertes accumulées au bilan, de -477 389 €, ont ainsi pu être ramenées à -255 702 €.

Les contributions reçues d’autres partis ont deux sources : l’UMP, pour 200 000 € (voir l’article Bilan sur les partis et les micropartis politiques en France - solidarité et éthique : gauche 2 - droite 0), et surtout une contribution de 994 060 € du petit parti polynésien autonomiste Fetia api.

La CNCCFP précise dans son rapport : « Ce parti politique bénéficie dans le cadre d’une convention de reversement de l’essentiel de l’aide publique perçue par le parti Fetia api. »

Cette situation découle directement des événements qui ont marqué le centre droit en France en 2007. L’UDF subit alors une scission entre le MoDem de François Bayrou et le Nouveau Centre d’Hervé Morin, juste avant les élections législatives. Le Nouveau Centre présente 80 candidats mais ses scores sont insuffisants pour obtenir un financement public. En effet, il faut pour cela présenter un candidat qui réalise un score supérieur ou égal à 1% des voix dans au moins cinquante circonscriptions, condition que le Nouveau Centre n’arrive pas à remplir. Il n’y aura donc pas de financement public non plus pour les 17 députés élus (44 394 € par député auraient été accordés au parti si la condition avait été remplie, soit pour 17 députés un total de 754 698 €).

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Hervé Morin, président du Nouveau Centre et ministre de la Défense (AFP)

Le Nouveau Centre, dans la majorité présidentielle, essaie alors de faire modifier cette loi sur le financement public des partis qui lui est défavorable… mais il se heurte à l’opposition du Parti socialiste et du MoDem.

Il se tourne alors vers l’outre-mer, et la Polynésie, où les conditions de financement public des partis politiques sont différentes : il suffit d’obtenir 1% des voix sur l’ensemble du territoire pour avoir droit à une aide publique. Fetia api remplit cette condition, ayant obtenu 1021 voix aux législatives de 2007. Le Nouveau Centre signe donc une convention de reversement avec le petit parti polynésien autonomiste, et rattache ses 23 parlementaires nationaux à Fetia api en novembre 2008. Grâce à cette manœuvre, Fetia api touche 1 024 196 € de financement public au titre de la deuxième fraction (liée au nombre de parlementaires) en 2008 ; il reverse 994 195 € au Nouveau Centre, ne conservant qu’un peu moins de 30 000 € pour lui.

Mais, au titre de cette fraction, c’est inespéré : n’ayant aucun élu, Fetia api ne pouvait prétendre à aucune aide publique. Ces 30 000 € sont d’autant plus appréciables pour Fetia api que le parti a été sanctionné par la CNCCFP pour non respect de la parité sur la première fraction, liée au nombre de voix obtenues : le parti a présenté 2 candidates et zéro candidat ; la CNCCFP a donc divisé le nombre de voix et par conséquent le financement public au titre de la première fraction par 2 : 854 € au lieu de 1 708 €.

Au total, le Nouveau Centre a trouvé 994 195 € de financement dans l’opération, et Fetia api 30 000 €. D’ailleurs, en 2008, Fetia api dégage un « bénéfice » de … 32 689 €, mis en réserves.

Ce qui achève de balayer les scrupules de Philip Schyle, président de Feti api, qui s’interrogeait fin 2007 sur « la légalité de la procédure. Il n’y a pas de difficulté particulière, mais c’est vrai qu’au départ j’étais un peu rétif. Je trouvais bizarre qu’un parti national puisse être financé de cette manière ». M. Schyle est maintenant apaisé…

 

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Infographie Le Monde : principaux (micro-)partis de la droite sarkozyste

 

  L’UMP cueille les fruits de son jardin marseillais

L’UMP a deux micropartis « amis » à Marseille, où les rôles sont clairement définis entre l’Union républicaine et d’action communautaire (URAC) de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, et Cap sur l’avenir 13 de Renaud Muselier, adjoint du maire de la cité phocéenne. La Provence, dans son édition du 26 juillet 2010, explique :

« En matière de financement, l’URAC s’intéresse plutôt aux dons des particuliers, alors que « Cap sur l’avenir 13 » s’appuie sur les élus en récupérant une partie de leurs indemnités. « Quand l’UMP est arrivée, chacun a gardé sa structure de financement, raconte le sénateur marseillais Bruno Gilles, un des principaux animateurs de « Cap sur l’avenir 13 ». Cela nous permet d’avoir une petite aide locale, Paris intervenant rarement en dehors des élections nationales. »

En 2008, l’URAC a apporté la plus grosse contribution provenant d’une formation politique à l’UMP : 120 000 €. Certes, les dons des particuliers obtenus par l’URAC s’élèvent à 81 000 €, mais le fait marquant est la recette « exceptionnelle » qu’est la dévolution de l’excédent des comptes de campagne de 2007 : 137 095 €. Qui est à mettre en face du don à l’UMP de 120 000 € : en 2008, l’URAC a surtout remonté le surplus de la campagne locale de l’année précédente à la « maison mère ». Les dons des personnes physiques (81 000 €) ont surtout été mis en réserve (« bénéfice » de 64 898 €), ce qui a porté ce poste à 377 590 €, à rapprocher de valeurs mobilières de placement (SICAVs monétaires, …) mobilisables sous 24 heures pour 382 828 €. Une poire pour la soif et pour les prochaines échéances électorales. Le total dons des personnes physiques + dévolution représente 98% des recettes du microparti (222 303 €).

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Jean-Claude Gaudin, président de l'URAC et maire de Marseille, dont l'adjoint, Renaud Muselier, dirige Cap sur l'avenir 13 (AFP)

De même pour Cap sur l’avenir 13 en 2008 : certes, les contributions des élus, avec 431 682 €, représentent la majeure partie – 75% – du total des recettes du microparti, 574 627 €. Mais Cap sur l’avenir 13 collecte aussi les dons des particuliers – il n’y a pas de « cotisation des adhérents », comme pour l’URAC – à hauteur de … 142 945 €, soit 25% des recettes ! Mieux que l’URAC ! L’aide apportée à l’UMP est négligeable en 2008 (10 000 €), les charges se répartissant surtout entre les aides financières aux candidats, pour 229 942 € (40% du total), les « autres charges externes », soient les dépenses de fonctionnent de ce microparti d’élus, hors propagande et communication, pour 168 693 € (29%), et le « bénéfice » dégagé pour 108 897 € (19%). Le bénéfice a été porté en réserve, leur faisant faire un bond de 12 768 € à 121 665 €, à mettre en face d’un total rapidement mobilisable (disponibilités + valeurs mobilières de placement) de 98 595 €. Une autre poire pour la soif.

Ainsi, un particulier peut en toute légalité donner, par an, 7 500 € à l’UMP, 7 500 € à Cap sur l’avenir 13 et 7 500 € à l’URAC. 22 500 € pour financer les activités politiques de la Sarkozye. La Provence rapporte les paroles de François Logerot, président de la CNCCFP et premier président honoraire de la Cour des Comptes : « La multiplication n’est certainement pas conforme à l’intention de départ. On peut estimer qu’il s’agit d’un détournement de l’esprit de la loi. ». L’UMP et la Sarkozye cueillent les fruits de leur jardin marseillais en toute quiétude et gardent des poires pour la soif…

Des oranges bleu UMP pour les deux Charles

Charles Pasqua et Charles Millon ont un point en commun, outre leur appartenance à la majorité présidentielle : une intense activité judiciaire.

Charles Pasqua a collectionné les affaires au long de sa carrière politique, même s’il a été relaxé dans plusieurs dossiers : affaire du siège de GEC-Alsthom, de la Sofremi, du casino d’Annemasse, de la fondation Hamon, des ventes d’armes à l’Angola, affaire Thinet, et volet français de l’affaire pétrole contre nourriture.

Pour les affaires de la Sofremi (complicité d’abus de bien social) et du Casino d’Annemasse (financement illégal du Rassemblement pour la France), le juge Courroye s’est dessaisi au profit de la Cour de justice de la République en juin 2004. Le 23 juillet 2010, la peine d’un an de prison avec sursis pour ces deux affaires confondues a été confirmée après le rejet du pourvoi par la Cour de cassation. Entre temps le Rassemblement pour la France, créé par Charles Pasqua et Philippe de Villiers en 1999, est devenu le Rassemblement pour la France et pour l’indépendance de l’Europe, présidé par le seul Charles Pasqua depuis le départ de Philippe de Villiers en 2000.

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Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France et l'indépendance de l'Europe (AFP/Olivier Laban-Mattéi)

L’UMP a été généreux avec Charles Pasqua dans ses déboires judiciaires : en 2008, elle lui a apporté une contribution de 160 000 € sur un total de recettes de 185 726 €, soit 86% du total, les élus du Rassemblement contribuant à hauteur de 9%. Car le parti de Charles Pasqua a des frais de fonctionnement incompressibles : loyers, salaires, et charges sociales, autres charges externes. Le don de l’UMP a quand même permis à au Rassemblement de financer un microparti, à hauteur de 20 000 € en 2008 : Idée Force, présidé par l’UMP Philippe Pémezec, maire du Plessis Robinson, vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine chargé de la sécurité et de la prévention, et souffrant aussi de déboires avec les autorités judiciaires.

Le Conseil constitutionnel a en effet invalidé son élection en tant que député de la 12ème circonscription des Hauts-de-Seine en juin 2007, et l’a déclaré inéligible pour un an, son compte de campagne ayant été rejeté – local de campagne « sur le domaine public de la commune du Plessis Robinson » sans perception par celle-ci de redevance domaniale, et publication puis distribution par M. Pémezec d’un livre de M. Pémezec sur « un maire au chevet de sa banlieue » dans les 3 jours précédent le premier tour de l’élection.

Charles Millon, pour sa part, a été condamné en avril 2010 par le Tribunal de grande instance de Lyon pour « prise illégale d’intérêt » à trois mois de prison avec sursis pour l’embauche de personnel de maison aux frais de la région Rhône-Alpes de 1989 à 1998, lorsqu’il en était président et qu'il était l'allié du Front National. Son microparti, Droite libérale-chrétienne, a arrêté son activité le 21 avril 2008, « date de fin de l’agrément suite à la demande du président du parti » précise la CNCCFP. À cette date, des emprunts auprès des établissements de crédit apparaissaient au passif du bilan du microparti pour 123 813 €, à mettre en face de la contribution en 2008 de l’UMP de 123 496 €. « L’UMP a réglé les dettes bancaires du parti de Charles Millon », constate la CNCCFP.

Des accords électoraux à gauche

À gauche, pas de montant suspect significatif et a fortiori de mouvements à l’éthique douteuse comme constatés à droite.

Le principal mouvement concerne le financement du Parti radical de gauche (PRG) par le Parti socialiste. En 2008, le PS a versé 418 225 € au PRG, soit 20% des recettes du PRG. Régis Juanico, le trésorier du PS, explique : « C’est un accord électoral, lorsque nous présentons des candidats communs, les petits partis ont moins d’élus et voient leur dotation publique baisser. Il s’agit donc de compenser le manque à gagner. ». En 2010, le PRG recevra 150 000 € du PS.

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Infographie Le Monde : principaux partis de la gauche

En 2008, Les Verts financent, eux, Régions et peuples solidaires, qui fédère des partis régionalistes et autonomistes : il s’agit d’un accord électoral de soutien réciproque : soutien des Verts par les régionalistes et autonomistes dans des circonscriptions, et vice-versa dans d’autres. Sur un budget de 117 200 €, les contributions reçues des autres partis s’élèvent à 108 867 € pour Régions et peuples solidaires, dont 65 120 € reçus des Verts.

Le Parti communiste finance, lui, le parti de Jean-Pierre Brard, ancien maire de Montreuil et député de la 7ème circonscription de Seine Saint-Denis : le Comité des citoyens montreuillois. En 2008, le PC a versé à ce parti 57 267 €, qui a un budget de 66 009 €, ce qui a permis au budget d’être équilibré. Jean-Pierre Brard est en effet membre de la Convention pour une alternative progressiste (CAP), mais est inscrit au groupe parlementaire de la Gauche démocrate et républicaine, qui constitue la base de calcul du financement public du PC. Rappelons que l’Etat verse, uniquement pour la deuxième fraction, 44 394 € par parlementaire du parti : il s’agit donc d’un accord électoral, la CAP étant par ailleurs formé notamment d’anciens élus du PC.

Accords électoraux à gauche et chez Les Verts d’un côté, pompes à finances qui détournent l’esprit de la loi et financement des (micro-)partis de personnalités politiques condamnées par la justice dans la droite sarkozyste de l’autre, la différence est nette. Ségolène Royal constatait : « Le système Sarkozy est aujourd’hui corrompu ». Marianne, la semaine dernière, allait plus loin en titrant sur une photo de Nicolas Sarkozy : « Le voyou de la république ». La Sarkozye n’a pas eu à aller chercher un exemple à suivre bien loin.

Frédérick Moulin

CNCCFP- Publication générale des comptes des partis et groupements politiques au titre de l'exercice 2008, Journal Officiel du samedi 19 décembre 2009

 

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 19:10

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Nicolas Sarkozy et les (CD-)Roms, dessin de Martin Vidberg

La 77ème réunion du Comité sur l’Elimination de la Discrimination Raciale (CERD) de l’ONU, qui se tient du 2 au 27 août 2010 au Palais Wilson à Genève, a examiné le dossier de la France les 11 et 12 août 2010, dans le cadre de sa revue périodique habituelle par pays.

La France y a été « clouée au pilori » par le Comité, comme le rapportaient de nombreux titres de la presse hier.

Le Comité est l’organisme chargé de vérifier la correcte application de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, signée par 173 pays, dont la France, qui l’a également ratifiée. Il est composé de 18 membres élus pour 4 ans, représentant toutes les régions du monde, les différentes formes de civilisation et de législation. La France (Régis de Gouttes), les Etats-Unis, l’Irlande, la Roumanie, le Royaume-Uni, et les grands pays émergents sont représentés (Brésil, Russie, Inde, Chine). Les membres du Comité sont des experts indépendants, choisi pour leur impartialité et leur haut niveau de moralité, rappelle l’ONU.

Actuellement, l’un des 3 vice-présidents du Comité est l’Américain Pierre-Richard Prosper, qui est également rapporteur de l’audition de la France.

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Le Palais Wilson à Genève, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme et du CERD, et siège de la SdN de 1920 à 1936

Le Comité devait faire le point sur l’application des recommandations qu’il avait faites dans son dernier rapport de 2005, qui portaient notamment sur les discriminations relevées alors envers les Roms, les « gens du voyage », et les « populations issues de l’immigration ». Comme l’écrit Rfi.fr, « la France a eu du temps pour répondre aux attentes de l’ONU ». De fait, elle a publié en mars 2009 un rapport de 88 pages pour alimenter les débats. La France a envoyé à Genève des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, du ministère de l’Immigration – Frédérique Doublet, et du ministère de l’Environnement selon l’ONU. Le Monde croît savoir par ailleurs qu’un représentant du ministère de la Justice était présent. Jacques Pellet, représentant permanent de la France auprès de l’ONU à Genève, dirigeait la délégation française.

Très vite, il est apparu que les réponses apportées par la France aux interrogations légitimes du Comité dans le rapport élaboré était très insuffisantes, et que la délégation envoyée par la France, surprise par la vigueur des critiques, se défendant bec et ongles, n’apportait pas de réponses complémentaires totalement satisfaisantes, ce que les experts du Comité n’ont pas manqué de relever. Par ailleurs, le Comité a montré une grande connaissance des dossiers et a développé de nombreuses analyses très pertinentes : les frasques du président Sarkozy rapportées par la presse internationale ces derniers temps ont certainement beaucoup contribué à la situation.

M. Prosper s’est félicité de la mise en place de nombreux outils de lutte contre le racisme en France, comme les Commissions pour la promotion de l’égalité des chances et de la citoyenneté (Copec), les pôles anti-discrimination au sein de chaque tribunal de grande instance, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, et le renforcement des pouvoirs de la Halde. Mais le rapporteur du Comité a souligné que « les problèmes n’étaient pas que techniques », que « le cœur et l’esprit des Français étaient également concernés tout comme la vision qu’ils avaient de leur avenir », relate le compte-rendu du CERD.

De même, M. Prosper a applaudi l’annonce-surprise par la délégation française d’un projet de plan d’action national pour combattre le racisme – ce qui, dans le contexte actuel, apparaît vu de France pour le moins suspect et cynique – mais a ajouté « qu’identifier les problèmes et s’attaquer aux attitudes des gens représenterait un véritable défi ».

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Pierre-Richard Prosper, vice-président américain du CERD et rapporteur de l'audition de la France

De fait, le compte-rendu du CERD montre que l’expert et rapporteur américain, après la présentation de l’argumentaire de la délégation française, a été très critique vis-à-vis de la France, même s’il s’est défendu de vouloir être « sévère » :

« M. Prosper a dit qu’il y a 47 ans ce mois-ci, Martin Luther King Jr. se trouvait à Washington pour attirer l’attention sur la détresse d’un peuple, et les sentiments qu’il exprimait alors étaient partagés par les membres de certaines communautés en France. La France était un grand pays, riche de son histoire, de sa vie intellectuelle et de ses biens matériels, et l’influence et la portée de la parole de la France étaient profondes. Des millions de personnes avaient accepté l’invitation de la France à tirer avantage de tout ce qu’elle pouvait offrir, et ils avaient fait leurs bagages pour prendre part au triptyque « liberté, égalité, fraternité ».

Mais quand ils sont arrivés, ils ont fait l’expérience de la frustration, leurs espoirs et leurs rêves ont été reniés, sans possibilité pour eux de gravir l’échelle sociale à cause de leur couleur de peau, de leur religion, de leur nom, ou même de leur adresse. Ils ont été entravés par une ségrégation de fait.

Alors que de nombreux immigrés s’intégraient et réussissaient, il y avait encore le sentiment que la couche supérieure de la société, dans les domaines politiques et économiques par exemple, restaient remarquablement non diversifiée, aboutissant à une société à deux ou trois niveaux.  Il y avait une contradiction entre l’image exportée à l’étranger et la réalité sur le terrain. Qui était français ? Qu’est-ce que cela signifiait d’être français ? Il semblait y avoir un manque de volonté politique de changer cette situation et de permettre aux gens d’atteindre leur plein potentiel. »

M. Prosper a également évoqué les « efforts politiques » pour priver certains Français d’origine étrangère de leur nouvelle nationalité. Il a de plus rappelé sur France 2 au JT de 20h jeudi : « La lutte contre la discrimination [nécessite de] la volonté politique, et en France nous savons qu’il y a un problème. »

Mais M. Prosper n’a pas été le seul à émettre des critiques sur le rapport et la présentation de la délégation française. L’expert togolais Kokou Ewomsan a affirmé que la France était confrontée à une « recrudescence notable du racisme et de la xénophobie ». Au total, en refusant de reconnaître le droit des minorités, la France pratique une politique « chaotique » a estimé Fatimata-Binta Victoria Dah, experte du Burkina Faso et vice-présidente du CERD. Elle a ajouté, visiblement émue, qu’il était « difficile de parler de la France que l’on connaît trop bien et que l’on reconnaît peu ».

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De gauche à droite : Fatimata-Binta Victoria Dah, experte du Burkina Faso et vice-présidente du CERD ;  Nourredine Amir, expert algérien du CERD, et deux anciens membres du CERD

Concernant les gens du voyage, l’expert nigérien Waliakoye Saidou a martelé : « le carnet de circulation nous effraie, nous rappelle l’époque de Pétain ». Un expert du Comité a également « noté que la liberté de circulation était garantie en France, alors pourquoi des Français appartenant à une minorité ont-ils besoin de porter un carnet de libre circulation pour circuler librement à l’intérieur du pays ? », rapporte le compte-rendu du CERD.

À propos des Roms, l’expert algérien Nourredine Amir a souligné : « Comment comprendre que les Roms (…) puissent être extradés comme s’ils n’appartenaient pas à l’Union Européenne ? Je ne savais pas que dans un même pays on pouvait faire la différence entre un citoyen de première et de deuxième catégorie. ». Il faut dire que le rapport français de mars 2009 présenté au CERD comportait une lacune remarquée : pas un mot n’y figurait sur les discriminations dont sont victimes les Roms. Jacques Pellet a tenté de combler oralement le vide du rapport, en accusant les autres, montrant du doigt le manque d’effort d’intégration des populations en Roumanie notamment, tout en reconnaissant que la politique du gouvernement français rencontrait d’ « importantes difficultés » sur le territoire national.

Enfin, en ce qui concerne la déchéance de la nationalité, l’expert turc Gün Kut a déclaré : « Je ne comprends pas ce que c’est qu’un Français d’origine étrangère et je me demande si cela est compatible avec la Constitution » ; reflétant ainsi les interrogations de plusieurs membres du Comité.

Les réponses apportées par la délégation française ont été cyniques. Concernant les carnets de circulation des gens du voyage, la délégation a indiqué que la présentation obligatoire tous les 3 mois du document au commissariat ou à la gendarmerie « existait car ces gens étaient dans une situation différente, n’ayant pas de point d’attache permanent ou de domicile. Ces mesures sont la contrepartie de la liberté de circulation dont ces personnes jouissent et leur permettent de prouver leur identité. Ces documents permettent également aux autorités d’effectuer des contrôles et des vérification », indique le compte-rendu. La réponse du Comité ne s’est pas faite attendre : « Un expert du Comité a demandé s’il ne serait pas plus judicieux d’émettre une carte d’identité nationale pour tout le monde, plutôt que de demander au gens du voyage de porter des carnets de circulation qui doivent être tamponnés tous les 3 mois. ».

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Un carnet de circulation

Concernant les expulsions de Roms ressortissants de l’Union Européenne, la délégation française a déclaré : « Dans l’Union Européenne, tout Etat membre peut mettre fin au droit de séjour de tout ressortissant de l’Union sur son territoire si le ressortissant est sans emploi, n’a pas de ressource propre, et est un poids pour le système de protection sociale du pays. » Intéressant terme que celui choisi en anglais pour « poids » : « drain », ce qui draine, ce qui vide, qui cause une hémorragie… Elle s’est cependant bien gardée de dire que tout était fait en France pour que les Roms n’aient pas d’emploi, tout en rappelant quelques lignes plus haut dans le compte-rendu que la France avait opté à l’entrée de la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union (en 2007) pour « une période de transitions de 7 ans » avec des restrictions. En fait, les Roms ne peuvent pendant ces 7 années exercer que 150 métiers, choisis car étant ceux pour lesquels la main-d’œuvre manque en France, donc les plus durs et les plus dégradants, et ils doivent, pour pouvoir travailler, s’acquitter d’une taxe de 900 euros – ce qui est presque impossible quand on ne possède rien et que personne ne vous prêtera un cent. Et même si malgré tout un travail était décroché, les Roms seraient ostracisés pour le logement, pour l’éducation de leurs enfants, pour la santé….

La délégation française affirme : « Toutes les mesures de raccompagnement dans leur pays [des Roms] ont été organisées dans le cadre d’un programme de retour volontaire avec assistance humanitaire. La délégation souligne que ces décisions de retour volontaire étaient individuelles, traitées au cas par cas et après étude de dossier. Un assistance a pu aussi être apportée à la réintégration dans le pays d’origine. ». Ce qui est étonnant car le Conseil de l’Europe à travers ses diverses émanations ne cesse de répéter depuis des années que les retours ne sont pas si « volontaires » que ça après des pressions policières, que des cas de retrait de passeport par la police ont été relevés pour obliger les Roms à rentrer chez eux, les passeports étant restitués dans le pays de destination, et que ces programmes étaient totalement inefficaces, car en fait aucune aide française à la réinsertion dans le pays d’accueil n’était prévue, et que donc les Roms revenaient en France, les chiffres de la population Roms restant ainsi stables.

D’ailleurs, « un membre du Comité a souligné que renvoyer les Roms dans leur pays d’origine n’était pas une solution et que les pays avaient besoin de trouver une solution globale au problème en Europe ».

Plus globalement, Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, qui n’était pas présent à Genève, a utilisé la tactique, éprouvée en Sarkozye, d’attaquer pour mieux se défendre : « Moi j’vais vous dire, enfin, d’abord, la France a toujours été le pays des droits de l’homme, nous sommes une démocratie, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, voilà (…) je veux pas polémiquer, mais je dirais que la France est une démocratie, et c’est pas le cas de bon nombre d’Etats. », visant par là les membres du Comité, qui, rappelons-le à M. Lellouche, sont des experts indépendants, choisi pour leur impartialité et leur haut niveau de moralité selon l’ONU. La moralité ne se juge pas à la nationalité : il peut très bien y avoir des Nigériens ou des Algériens justes, démocrates et à la moralité exemplaire, comme il peut y avoir des Français voyous.

Car le problème, c’est bien Nicolas Sarkozy et ses amis, qui se moquent des condamnations et des conventions du Conseil de l’Europe, sèment la zizanie en Europe, sont descendus en flammes par la presse américaine, et vont très probablement se voir adresser des « recommandations » étoffées par le CEDR – le rapport sera publié le 27 août – et l’ONU, se mettant au ban de la communauté internationale : les Togolais, Nigériens, Burkinabés ou Turcs pourraient bientôt nous donner des leçons de morale, d’ordre juste.

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Malik Salemkour, vice-ptésident de la LDH

D’où la conclusion de Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme : « Aujourd’hui la France a été montrée du doigt par la communauté internationale, elle est tombée de son piédestal, elle n’est plus une démocratie exemplaire. Nous sommes satisfaits que des experts internationaux partagent notre inquiétude. Cela veut dire que notre diagnostic n'est pas teinté d'anti-sarkozysme ou d'angélisme. Ces dérives inquiètent aussi la communauté internationale ».

Frédérick Moulin

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 15:04

Sarkozy vélo 13 avril 2009.jpg     Christine Lagarde aura beau déployer son plus beau sourire et chanter le succès du taux de croissance de 0,6 % au troisième trimestre de cette année, la note est fausse, les chiffres ne sont pas bons pour l’économie française.

 

Certes la France obtient un taux de croissance de 0,6 %, on pourrait s’en réjouir, mais ce résultat, en réalité, est loin d‘un succès.

D’une part, la France obtient un résultat très éloigné de celui de l’Allemagne. Avec un taux de croissance de 2,2 % ce trimestre, l’Allemagne est en effet très loin devant. D’autre part, la France avec un déficit commercial de 3,4 milliards en août plonge et ne profite pas de la reprise mondiale.

Aux commandes depuis plus de trois ans, celui qui devait permettre à la France de se redresser a, au contraire, accru l’écart avec notre principal partenaire économique. On peut donc parler de l’échec d’une politique économique.

 

Cet échec était prévisible ! Son adversaire politique, Ségolène Royal, dénonce depuis trois ans l’absence d’une réelle politique industrielle de la France en faveur de l’innovation.

D’ailleurs, pour mieux montrer l’efficacité d’une autre politique, la socialiste a mené dans sa région une politique d’investissements dans l’innovation obtenant des résultats notables avec une gestion rigoureuse des fonds publics. Dépassant le cadre strict de ses fonctions, la présidente de région a mené cette politique d’innovation qu’elle a notamment particulièrement axée sur la mutation écologique.

Trois ans après l’élection présidentielle, difficile de ne pas faire une comparaison entre les deux politiques ! Il avait été si facile pour l’UMP de dénoncer l’incompétence de la socialiste, les résultats indiquent plutôt l’inverse !

 

Après l’échec de sa politique sur la sécurité, Nicolas Sarkozy a lancé une guerre aux délinquants : va-t-il après l’échec de sa politique économique lancer une guerre aux industriels français ? Va-t-il nous annoncer dans un effet d’annonce, comme il en est coutumier, après le grave déficit commercial de la France : la suppression de la nationalité aux industriels qui ne réussissent pas à vendre plus ?

 

Philippe Allard

 

 

 

 

 

 

 

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 18:57

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Dessin de Martin Vidberg

Ces derniers jours tout a été dit ou presque. Je vous soumets quelques points qui me paraissent essentiels :

1) Comment croire une seconde que cette mesure aurait un effet dissuasif ? Le problème est le même que pour la peine de mort.

2) Si on suivait cette logique, pourquoi seulement les Français « d’origine étrangère » ? Le crime serait moins grave s’il était commis par des Français « d’origine française » ?

3) Une remarque : aucun de mes quatre grands-parents n’était Français. Des millions de Français ont au moins un grand-parent étrangerNous sommes donc tous « d’origine étrangère ».

« De près, de loin », le blog personnel de Jean-Louis Bianco, 10 août 2010

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 18:47

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Dans sa contribution à la convention du Parti socialiste sur le nouveau modèle de développement« Pour la croissance verte et la social-écologie »Ségolène Royal citait, parmi les « filières vertes d’excellence » à développer, les « réseaux intelligents » électriques et le « stockage de l’énergie » :

« Réseaux intelligents et stockage de l'énergie

L’enjeu est d’améliorer la qualité de la production régionale d’énergie renouvelable et celle du réseau électrique régional, notamment en réponse aux besoins créés par le développement des véhicules électriques.

Dans l’optique d’un développement massif des énergies renouvelables, incontournable pour atteindre les objectifs fixés par l’Union Européenne, il importe en effet d’anticiper afin de réduire les perturbations du réseau électrique liées à la production d’énergie renouvelable de manière intermittente (photovoltaïque, éolien, …). »

En effet, on assiste à une quadruple évolution :

-d’une part, notre modèle de développement encourage la consommation électrique. Nos téléphones portables, nos ordinateurs, nos téléviseurs consomment de l’électricité. Chaque nouveau gadget est électrique : l’iPhone, l’iPad, la dernière console de jeux et de loisir à la mode (Wii et autres). Certains équipements tendent à basculer ou ont basculé vers le tout-électrique : les TER, les TGV, les voitures individuelles, les petits véhicules utilitaires, et peut-être demain les motos, les camions. Même là où l’erreur du tout-électrique a été détectée, l’habitude de l’électrique reste coriace : en 2008, les trois quarts des logements construits étaient encore équipés de chauffage électrique ;

-d’autre part, la consommation électrique d’un appareil fabriqué il y a quelques années a certes tendance à être inférieure pour un appareil de même type fabriqué aujourd’hui, mais dans le même temps, les nouveaux besoins créent de nouvelles consommations (équipement en ordinateurs de ménages français par exemple) et la population française croît, entraînant mécaniquement une hausse de la consommation électrique française globale. Celle-ci est passée de 450 TWh en 2001 à 495 TWh en 2008, soit une hausse de 10%, ramenée à 8% en 2009 du fait de la crise ;

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Source : Réseau de Transport d'Electricité (RTE)

-dans le même temps, la production d’électricité baisse (-5,5% en 2009), car le parc nucléaire ne croît plus depuis 1999 (production électrique d’origine nucléaire en baisse de 6,8% en 2009, EPR de Flamanville en construction et EPR de Penly en projet), et la production hydroélectrique chute (-9,2% en 2009). Ces deux baisses (-34,5 TWh) ne sont pas compensées par la production d’électricité éolienne (+5,6 TWh), malgré une hausse de 40% ;

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Source : RTE

-enfin, la part qui est appelée à croître de l’électricité renouvelable risque de se traduire par une production de plus en plus « heurtée » : les sources d’énergie renouvelable solaire (jour/nuit) et éolienne (vent fort/peu ou pas de vent) produisent une électricité de puissance non constante, qui doit pouvoir être compensée en temps réel par la production nucléaire ou thermique classiqueou bien stockée puis réinjectée, ce que les techniques actuelles ne permettent pas.

Cette triple évolution entraîne une baisse nette des exportations d’électricité depuis 2006, ainsi qu’une difficulté à faire face aux pics de consommation journaliers de plus en plus importants : de moins de 80 MW en 2001, on est passés à 89 MW fin 2007, et 92,4 MW le 7 janvier 2009, en hausse constante.

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Source : RTE

Face à cette problématique, les réseaux électriques intelligents et le stockage de l’énergie électrique sont des domaines de recherches qui deviendront fondamentaux dans les années à venir.

Frédérick Moulin

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12 août 2010

Optons pour les réseaux électriques intelligents

L'Europe doit se mobiliser et agir au plus vite

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Colette Lewiner

On assiste aujourd'hui à de forts changements des marchés de l'électricité liés aux évolutions réglementaires, sociétales et environnementales et aux avancées technologiques. La transformation des réseaux électriques en réseaux intelligents constitue la clé de voûte de cette mutation. Au risque de se voir distancée par les Etats Unis, l'Europe doit donc sans délai s'en saisir et agir.

A chaque millionième de seconde, le système électrique équilibre la production et la consommation, grâce à une gestion fine des réseaux. Mais l'accroissement de la part des énergies renouvelables dans le " mix énergétique ", les changements des modes de consommationl'accroissement probable de la consommation alliée à la très grande difficulté de construire de nouvelles lignes rendent indispensable une gestion " plus intelligente " des réseaux.

Fonctionnant de manière bidirectionnelle alors que les réseaux actuels sont unidirectionnels, ces réseaux intelligents répondront à une aspiration grandissante de nos citoyens d'être des " consomacteurs " pour utiliser leur énergie de manière plus efficace, en émettant moins de CO2. Cette gestion des flux est aussi indispensable pour intégrer sur le réseau la production provenant des énergies renouvelables (éolien et solaire), en général de petite taille et décentralisée. En somme, l'électricité ne se propagera plus seulement des grosses centrales de production vers un consommateur passif, mais dans des directions adaptées aux flux plus complexes de demain.

Énergies renouvelables

La deuxième caractéristique du réseau intelligent est qu'il sera numérique. Cela permettra d'accélérer les échanges d'informations, de collecter davantage de données et de les utiliser pour améliorer la gestion du réseau et le service aux clients. Cette gestion plus fine du réseau devient d'ailleurs indispensable pour gérer une proportion plus importante et peu prédictible d'énergies renouvelables.

La troisième caractéristique consistera à adapter les systèmes informatiques à l'augmentation considérable du nombre de données recueillies sur le réseau et à définir des protocoles permettant aux nombreux équipements de communiquer entre eux.

Le premier pas vers un réseau de distribution intelligent est en général la pose chez les particuliers de compteurs intelligents permettant de relever la consommation fréquemment. Ainsi, en 2003, sous la pression des consommateurs, le gouvernement suédois a rendu obligatoire le déploiement généralisé de compteurs communicants : en juillet 2009, environ 6 millions d'appareils ont été installés, permettant la facturation mensuelle exacte des consommations.

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Compteurs français classique à gauche, prototype de compteur intelligent ERDF (réseau électrique français) à droite

Les compteurs intelligents permettent une meilleure maîtrise de sa consommation et de ses factures. Une étude de Capgemini sur les pays de l'Europe des quinze a montré que, dans un scénario volontariste, les compteurs intelligents pourraient permettre à l'horizon 2020 d'économiser 200 terawattheures par an (TWh, mille milliards de wattheures), soit la consommation résidentielle cumulée de l'Espagne et de l'Allemagne, et d'éviter l'émission de 100 millions de tonnes de CO2.

Encore faut-il réunir les conditions de ce développement. On en retiendra trois principales. D'abord le courage politique d'accepter une hausse du prix de l'électricité, inévitable pour assurer le retour sur investissement du déploiement de réseaux intelligents. Ensuite, des efforts de recherche, par exemple sur le stockage de l'électricité ou sur les innovations technologiques et économiques pour effacer les pointes de consommation. Enfin, la normalisation des protocoles de communication en amont et en aval, permettant aux nombreux équipements sur le réseau d'échanger des données, comme permettre aux appareils ménagers équipant la maison intelligente de dialoguer entre eux.

La bonne échelle pour toutes ces actions, et notamment la normalisation, est le niveau communautaire. Les pays européens doivent mettre en commun leurs moyens financiers et technologiques et associer les régulateurs à la démarche. Certes, l'Union européenne ne reste pas l'arme au pied.

Des sommes importantes sont mobilisables (par exemple 250 millions d'euros du grand emprunt sont destinés aux réseaux numériques), mais elles sont dispersées, gérées dans des programmes communautaires différents et à des échelles (nationale, européenne) différentes.

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Aujourd'hui, les Etats-Unis vont plus vite et plus loin que le Vieux Continent. Le gouvernement américain a débloqué 4,5 milliards de dollars à la conception de prototypes et à l'amélioration des technologies. De même, des groupes de travail ont été mis en place par le département américain de l'énergie sur la question des protocoles de communication.

Sans mobilisation européenne sur le sujet, les équipementiers américains gagneront un double avantage compétitif : celui de disposer de technologies expérimentées, et celui d'imposer leurs normes. Le marché européen aurait grand tort de laisser s'installer un tel déséquilibre.

Colette Lewiner

Directrice internationale de l'activité Energie, Utilities et Chimie chez Capgemini

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