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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 20:04

 

    Comment rester silencieuse face à la politique indigne du dirigeant français ? La présidente de région, Ségolène Royal, multiplie les interventions pour condamner les propos « dangereux » et l’absence d’une réelle politique sécuritaire.

 Comme elle avait pu dénoncer l’absence d’une réelle politique économique de la France, laissée à l’abandon du grand capitalisme français, il n’y a pas non plus de politique sécuritaire pour la socialiste. En effet, ce ne sont pas les coups médiatiques, la multiplication des lois, sans se soucier de leur application et de leurs résultats, qui peuvent régler les problèmes à long terme. Les éclats de voix, les coups médiatiques, la stigmatisation de populations, « l’agitation frénétique » ne font pas une politique d’où l’échec actuel.

Face aux résultats calamiteux, l’actuel dirigeant, Nicolas Sarkozy, fait de la surenchère dans la violence des propos et la stigmatisation de populations. La recette n’est pas d’aujourd’hui : pour faire diversion il faut trouver un bouc-émissaire. Seulement les propos tenus, les actions menées deviennent « extrêmement choquantes » selon Ségolène Royal de la part de celui qui représente la France mais qui par ses propos « si peu République française » touche à « sa dignité ».

 

Pour autant, il ne s’agit pas de masquer les problèmes, de faire croire qu’il n’y a pas d’insécurités. Cette politique de l’autruche, cette « politique laxiste », Ségolène Royal n’en veut pas : « les Français ont besoin de sécurité, notamment au moment où ils sont durement frappés par la précarité économique ». Elle avait d’ailleurs, lors de la campagne présidentielle de 2007, pris le risque de secouer l’appareil socialiste pour lancer la réflexion sur une politique sécuritaire alternative au Sarkozysme et à l’extrême droite. Dans le cadre d’un ordre juste, elle avait tracé la voie de cette politique conjuguant : application de la loi et insertions. Car selon la socialiste l’un ne va pas sans l’autre. En somme l’Etat doit être ferme pour garantir la sécurité de tous mais aussi impartial contre toutes les formes de délinquances (y compris en col blanc) et doit rechercher à prévenir et à réinsérer. Une réinsertion qui peut passer par un encadrement militaire pour permettre à certains mineurs délinquants de trouver leurs repères, « de se remettre sur les rails » et surtout d‘éviter la prison d‘où ils « ressortent plus enragés que quand ils s’y sont rentrés ». C’est donc une politique de « sécurité durable » que la socialiste souhaiterait voir se mettre en place.

 

Ainsi la présidente de région intervient sur le fond, pour défendre ses idées et tracer une ligne politique . Refusant la voie de la simple image médiatique, Ségolène Royal accepte de bousculer son propre camp pour que la gauche soit en capacité de proposer une réelle alternative. Elle fait entendre sa propre voix, une voix qui finit souvent par l’emporter …

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 20:42

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Les producteurs laitiers subissent actuellement une grave crise. Leurs revenus ont chuté de plus de50% en un an ! Après plusieurs semaines de négociations, une augmentation de 10 % du prix du lait pour 2010 a finalement été convenue, hier, entre certains producteurs et les industriels de la filière laitière.

Ces négociations sont décevantes. Après les chutes de revenus subies l’an passé, une hausse de 10% du prix du lait est nettement insuffisante pour assurer aux producteurs une réelle rémunération de leur travail.

Le démantèlement progressif des quotas qui permettaient de réguler la production et de la moduler sur l’ensemble du territoire est une grave erreur.

Mener une politique de maîtrise de la production laitière est aujourd’hui indispensable pour assurer aux agriculteurs des prix réguliers et rémunérateurs. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront vivre dignement de leur travail.

Blog de Guillaume Garot, jeudi 19 août 2010

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 20:35

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Débat sur "Perdre sa vie à la gagner?" avec Aline Louangvannasy au Lycée Rive gauche de Toulouse (DDM)

Bernard Debrédéputé UMP de la 15ème circonscription de Paris (nord du 16ème arrondissement, porte Dauphine – quartier de Chaillot), a publié dans le journal Le Monde daté du 18 août 2010, une tribune intitulée « Insécurité : attention aux raccourcis faciles ».

Bernard Debré est le frère (faux jumeau) de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel et ancien président de l’Assemblée Nationale, et le fils de Michel Debré, ancien Premier ministre. Il est également urologue et membre du Comité consultatif d’éthique (CCNE), organisme de réflexion éthique, scientifique et philosophique ayant un rôle consultatif ; le Comité a été créé suite aux Assises nationales de la Recherche de 1982 initiées par Jean-Pierre Chevènement et Philippe Lazar alors directeur de l’INSERM.

La tribune de Bernard Debré est aujourd’hui vivement critiquée par la philosophe Aline Louangvannasy, qui publie à son tour une tribune dans Le Monde daté d’aujourd’hui, reprise ci-dessous.

En ouvrant certains débats par des questions ou des mises en garde, Bernard Debré donne l’impression d’adopter une approche modérée et réfléchie. En fait, c’est tout le contraire : il dépeint notre société de manière apocalyptique, pour mieux réciter ensuite la leçon présidentielle apprise par cœur par la Sarkozye.

Un exemple de fausse question-débat : « Le président de la République menace certains de déchéance de la nationalité française. Il faut manier ce concept avec beaucoup de précautions. C'est d'intégration qu'il faut parler d'abord. » pour conclure quatre paragraphes plus bas : « Alors, déchoir de la nationalité française certains criminels, pourquoi pas ? ».

Quant à l’apocalypse, il transparaît dans tout le discours : « c'est une véritable guérilla qui ravage certaines parties du territoire français. Hold-up sanglantsbraquages, affrontements entre bandes rivales ou avec la police. On ne compte plus les tirs à balles réelles sur les voitures de policiers... Dans quelle France vivons-nous ? » ou encore « l'illettrisme gagne du terrain, laissant sur le bas-côté des millions d'enfants et d'adolescents qui vont se faire happer par des bandes de malfrats ; n'êtes-vous pas surpris en voyant des voyous attaquer une banque ou tirer sur la police alors qu'ils ont à peine 15 ans ? ».

Quant aux solutions et constats, ils s’inspirent du président de la République « Aujourd'hui, l'assimilation est en panne. » ou « Et je m'interroge sur la levée de boucliers qu'a entraînée le débat sur l'identité nationale. » ou « Il faut évidemment lutter contre l'immigration clandestine, qui, par définition, est hors la loi (…) Réduisons le flux migratoire et punissons les employeurs illégaux. ». On note aussi le discours proche de celui de Pierre Lellouche sur les Roms et la Roumanie « J'ai proposé, il y a quelques années, des contrats internationaux d'aide au développement qui entraîneraient des devoirs réciproques entre les signataires. (…) Comment accepter, par exemple, que dans tant de pays l'équipement sanitaire soit inexistant alors que tant d'argent y est déversé ? ».

Mais les deux passages les plus parlants, soulignés par la philosophe Aline Louangvannasy, sont encore :

« Notre école doit former tous les Français et pas uniquement ceux dont les familles viennent de l'étranger. »

et « À une certaine époque, ces immigrations ont été intégrées par assimilation. Aujourd'hui, l'assimilation est en panne. »

ce qui en dit long sur le fonds de la pensée du député UMP, le premier passage se passant de commentaire. Quant à l’assimilation, elle implique une absorption et une dissolution dans un tout, ce que n’implique pas l’intégration.

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Bernard Debré, député UMP et urologue

Bien sûr, Bernard Debré marginalise ceux qui critiquent la politique de Nicolas Sarkozy : « des Français de gauche, des altermondialistes, des philosophes coupés des réalités »« une gauche rêveuse et méprisante de notre pays ». Alors que la Sarkozye, elle, c’est « la droite libérale, sociale, humaniste ».

Le plus surprenant, c’est que le constat de Bernard Debré n’émet pas une seule critique sur les 8 dernières années, où la politique de la sécurité de la France a été menée par Nicolas Sarkozy. Et que pas une seule solution réelle soit proposée, en dehors de généralités et d’imprécations (utilisation de l’impératif, de « on doit » « il faut »), par exemple :

« C'est d'intégration qu'il faut parler d'abord ; et pour parler d'intégration, il faut en définir les valeurs ; ensuite il faut faire apprendre ces valeurs de la République dès l'école. »

mais « Notre école est en panne. »

Et Aline Louangvannasy conclut à « l’absence de pensée »….

Frédérick Moulin

-oOo-

lemonde pet

22 août 2010

Quand une philosophe coupée des réalités réplique à un politique dénué de pensée

Si Socrate vivait à notre époque, il serait certainement à nouveau passé en procès, tant la haine d'une certaine opinion publique est virulente à l'égard de l'exercice de la pensée. Nous pouvons d'ailleurs caractériser notre époque comme celle d'un nouvel obscurantisme, tellement la haine de l'autre semble avoir aveuglé une partie de notre classe politique.

Dans sa tribune publiée dans Le Monde daté du mercredi 18 août - intitulée " Insécurité : attention aux raccourcis faciles " - , le député UMP Bernard Debré fustige, parmi d'autres, les " philosophes coupés des réalités ".

S'il existe de bons et de mauvais philosophes, comme il existe de bons et de mauvais hommes politiques, tous ont vocation à penser le monde dans lequel nous vivons. Ce monde réel est construit de mots, de concepts, de valeurs, de discours et de tribunes dans les journaux qui façonnent le monde matériel.

Or la réalité que nous propose M. Debré, en bon élève appliqué, est une réalité apocalyptique digne de films d'action de série B, mis en scène par des hommes politiques irresponsables qui donnent, depuis quelques semaines, dans la surenchère médiatique.

Le monde de M. Debré et de ses amis est donc un monde à feu et à sang dont il faut éradiquer le mal. En bon sophiste, M. Debré nous invite à ne pas tout confondre, à manier la langue avec précaution. Or pour nos gouvernants, dire, c'est faire : il suffit d'affirmer une chose pour considérer qu'elle a été exécutée. Inviter à la modération, c'est donc se poser comme modéré.

Banalité du mal

Ce qui n'empêche pas M. Debré, tout au long de son exposé, d'insister très lourdement et très pédagogiquement sur le triptyque Etranger-Religion-Délinquance. Car, écrit-il, nous ne " saurions nier les faits ". La France est un pays d'immigration dans lequel " l'assimilation est en panne ". La seule utilisation du mot " assimilation ", en lieu et place du mot " intégration ", nécessiterait un commentaire.

Pour répondre à M. Debré, ce dont nous devons avoir peur, ce n'est pas de la réalité de l'insécurité, mais de la réalité de la bêtise. Car, lorsqu'on lit, entre autres préjugés, dans cette tribune qui nous invite à la nuance, que " notre école doit former tous les Français et pas uniquement ceux dont les familles viennent de l'étranger ", c'est bien de pure bêtise dont il s'agit, retour d'un refoulé que M. Debré ne peut contenir.

Loin d'être anodine, la bêtise à laquelle nous devons faire face est haineuse, dangereuse, pleine de bonne conscience dénuée de tout humanisme, une bêtise qui s'exonère du fait de penser les conséquences humaines, bien réelles, de ses affirmations.

Cette absence de pensée, celle-là même qu'Hannah Arendt décrivait sous le nom de " banalité du mal "dans son compte rendu du procès du haut dignitaire nazi Adolf Eichmann.

Aline Louangvannasy

Professeure de philosophie

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 19:15

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Thierry Guerrier, journaliste sur Europe 1 et sur France 5

Thierry Guerrier recevait donc Ségolène Royal sur Europe 1 à 8h20 vendredi 20 août 2010. De fait, les interviews de cette tranche horaire sur la radio sont d’ordinaire effectuées par Jean-Pierre Elkabbach, mais celui-ci étant en vacances, mois d’août oblige, c’est Thierry Guerrier qui avait finalement été choisi pour le remplacer. Cruelle coïncidence, vendredi 20 août était le dernier jour où l’interview était réalisée par ce remplaçant, Jean-Pierre Elkabbach rentrant de vacance ce week-end.

Coïncidence également, Thierry Guerrier effectuait aussi le remplacement d’Yves Calvi en tant qu’animateur de C dans l’air sur France 5. Dans C dans l’airThierry Guerrier avait détonné par rapport au « style » d’animation Calvi : plus directif, il coupait la parole aux intervenants, et menait les débats là où il le souhaitait, quand Yves Calvi, bien qu’aimant creuser les sujets et parfois provoquer la controverse, reformulait et synthétisait les débats pour apporter une réelle plus-value à l’émission. En bref, alors que les conclusions d’Yves Calvi enrichissaient toujours les invités et les téléspectateurs, les questions de Thierry Guerrier tombaient parois un peu à plat.

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Yves Calvi et Thierry Guerrier, animateurs de C dans l'air sur France 5

Avec Ségolène Royal, les défauts de Thierry Guerrier se sont accentués. En 10 minutes d’interview, le journaliste a coupé la parole à Ségolène Royal de façon répétée à 9 reprises, a tenté de l’interrompre à 4 reprises, et ne lui a pas laissé l’opportunité d’ajouter un seul mot à l’issue d’une phrase.

Le point le plus grave, c’est que sur plusieurs thèmes, Thierry Guerrier n’a pas laissé Ségolène Royal développer son propos, la question suivante traitant systématiquement d’un thème différent. Ca a été le cas sur les hausses de prix au cours de l’été, sur le commentaire sur la croissance française comparée à celle du Royaume-uni et de l’Allemagne, sur les 12 lois sécuritaires que Nicolas Sarkozy a fait voter en 2002 (Ségolène Royal n’a pu en citer complètement qu’une seule !), sur les propositions en matières de sécurité auxquelles Ségolène « ne renonce pas », mais sur les quelles on ne saura jamais ce qu’elle avait voulu ajouter (« auxquelles je ne renonce pas car… » puis M. Guerrier lui a coupé la parole). Ca a encore été le cas sur la mise en garde de Ségolène Royal contre les retours de bâton possibles pour les entreprises françaises (« Alors moi je vais vous dire une chose… » qu’on ne connaîtra jamais), sur les centre éducatifs fermés, et sur le PS qui est au travail.

Autre point franchement pénible : le fait que Thierry Guerrier balaie en trois mots non étayés par des faits un raisonnement patiemment construit de Ségolène Royal : ainsi, les hausses des prix d’EDF (+3,4%), de la SNCF (+2,5% après +3,4% en 2009) et du gaz (+10%) sont balayés par un « globalement, Ségolène Royal, globalement, y’a une certaine stabilité des prix ». Ainsi aussi, pour la hausse du PIB de 0,6% au 2ème trimestre 2010, pour laquelle Ségolène souligne : « les Anglais font deux fois mieux (…) et les Allemands 4 fois mieux » ; pour cette hausse pour le moins médiocre donc, Thierry Guerrier conclut en dehors de toute logique : « c’est pas une preuve de la réussite du gouvernement, cette meilleure croissance au 2ème trimestre ? ».

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"Une aventure de Crisetine Lagarde", dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Cela a été d’autant plus pénible que Thierry Guerrier avait tendance à hausser la voix en lui coupant la parole, et que la voix de Ségolène Royal était atténuée par la liaison téléphonique. Les petites interjections dont Thierry Guerrier a ponctué le discours de Ségolène Royal n’ont pas été du meilleur effet non plus : le journaliste donnait l’impression de vouloir évacuer les propos de son invitée au plus vite : 8 fois « ouais… », 6 fois « hmm… », 3 fois « mais… », et 2 fois « et… », soit un total de 19 interjections.

Pour finir, dernier détail agaçant, Thierry Guerrier superposait les contractions et les ellipses, ce qu’il ne faisait pas sur le plateau de C dans l’air. Ce qui donne par exemple, traduit phonétiquement : « Vous savez qu’y’a pas d’solution miracle ».

Face à cette adversité inattendue, Ségolène Royal est restée calme, se contentant une seule fois vers la fin, en poursuivant après avoir été interrompue une fois de plus : « notamment en effet des Français qui souffrent l’insécurité et de la précarité, surtout, attendez, surtout que cette agitation frénétique (…) ». Et à la fin, comme Thierry Guerrier l’avait encore interrompue pour lui demander si elle avait renoncé au primaires, Ségolène Royal précisait : « moi je ne règle pas ces questions là en deux minutes », puis comme il revenait à la charge, elle concluait, très calme : « je vous le dirai le moment venu ».

Ci-dessous la transcription en bleu des moments où le journaliste coupe la parole à Ségolène Royal.

Frédérick Moulin

-oOo-

Thierry Guerrier : bonjour Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Thierry Guerrier : merci de faire votre rentrée sur Europe 1 alors que vos vacances ne sont pas tout à fait finies, mais il est vrai que c’est le président de la République qui précipite lui-même un peu le calendrier politique en convoquant ce matin à Brégançon une partie de son gouvernement. Pour vous aussi, c’est une urgence le redressement des finances publiques ?

Ségolène Royal : bien sûr, c’est une urgence pour tous les Français, non seulement le redressement des finances publiques, qui sont en effet en grande difficulté, mais aussi surtout la mise en place d’actions de relance économique et d’actions économiques justes. Moi ce que je souhaite c’est que le président de la République se rende compte une bonne fois pour toute que la France a besoin de réformes, et de réformes justes. Or que voit-on en cette rentrée scolaire ? D’abord que le bouclier fiscal est maintenu pour les grandes fortunes, et que parallèlement les retraites sont menacées, les familles n’ont jamais autant été endettées qu’aujourd’hui, et les prix de la consommation au quotidien augmentent, je voudrais citer par exemple par exemple la hausse des tarifs d’EDF de 3,4% en moyenne, ce qui est un vrai scandale. Je rappelle que l’ancien PDG, Pierre Gadonneix, qui avait annoncé une hausse de 20% sur 3 ou 4 ans, avait été débarqué d’EDF pour avoir fait cette annonce ; aujourd’hui, on est sur des bases très proches et les Français sont pris en otage par ces augmentations de prix. Nous avons au 1erjuillet une hausse de tarif de la SNCF de 2,5%, et ça avait déjà augmenté de 3,4 % en 2009 ; une hausse du prix du gaz au 1er avril de près de 10% ; et on a eu au cours de l’été [Ségolène Royal est interrompue par Thierry Guerrier], on a eu au cours de l’été [à nouveau, Ségolène Royal est interrompue], pardon ?

Thierry Guerrier : [interrompant à plusieurs reprises Ségolène Royal] globalement, globalement Ségolène Royal, y’a une certaine, globalement, y’a une certaine stabilité des prix, là le gouvernement aujourd’hui est face à une autre difficulté, qui est une éventuelle mauvaise note financière pour la France, et il veut essayer de rassurer les marchés. Qu’est-ce que vous feriez aujourd’hui si vous étiez, demain par exemple,  à la place de Christine Lagarde, pour éviter que se creusent trop les déficits publics, au ministère des Finances ?

Ségolène Royal : d’abord, je ne rognerais pas sur le pouvoir d’achat des Français. Je crois que c’est par la consommation que l’on peut assurer une relance économique, et je viens de démontrer que le gouvernement fait tout le contraire. Ensuite, je crois qu’il faut relancer et aider les PME, qui sont à l’origine d’ailleurs du regain, du petit regain du taux de croissance en France, de 0,6%, mais observons que les Anglais font 2 fois mieux – 1,1% – et les Allemands 4 fois mieux avec 2,2%, parce que ce…[Thierry Guerrier coupe la parole à Ségolène Royal]

Thierry Guerrier : c’est pas une preuve de la réussite du gouvernement, cette meilleure croissance au 2ème trimestre ?

Ségolène Royal : non, je crois que c’est surtout une réussite des petites et moyennes entreprises, qui se battent pourtant dans des conditions extrêmement difficiles et je crois que la France aurait tout à gagner à accélérer la mutation écologique, parce que c’est dans les domaines de cette mutation écologique, de la création des nouveaux emplois, des nouveaux métiers, des énergies nouvelles, des véhicules électriques, que la France pourrait puiser les ressorts d’une nouvelle croissance écologique.

Thierry Guerrier : la pression des agences de notation, qui suscite la réunion d’aujourd’hui notamment, elle va donner un argument supplémentaire au gouvernement pour repousser l’âge légal de la retraite ?

Ségolène Royal : je ne crois pas, au contraire. Je pense qu’un pays qui doit être fort économiquement doit être soudé socialement. Et toutes les mesures, et toutes les réformes qui sont injustes, qui ne sont pas comprises par les Français, qui sont farouchement rejetées, parce qu’elles ne prennent pas en considération la nécessité, par exemple, de faire financer les retraites à égalité par le travail et à égalité par le capital, voilà quelque chose qui serait utile ; la nécessité aussi comme je l’ai dit tout à l’heure de remettre de la justice sociale, c’est-à-dire de remettre en cause le bouclier fiscal qui est maintenu pour les grandes fortunes. Et tant que Nicolas Sarkozy ne remettra pas ce bouclier fiscal en cause, les salariés refuseront d’adhérer à des réformes qui ne sont pas justes, et qui frappent aujourd’hui les classes moyennes et les catégories les plus défavorisées. Nicolas Sarkozy avait promis, souvenez-vous, de « travailler plus pour gagner plus » : avec la réforme des retraites, pour la même durée de travail, les retraites vont baisser, et donc les Français vont travailler plus pour gagner moins, alors qu’il y a des solutions. Aujourd’hui il faudrait mettre le capital davantage à contribution, il faudrait prendre en compte la pénibilité du travail, pour tenir compte de l’âge de la retraite. Donc il y a des solutions intelligentes qui pourraient être mises en place, et qui ne le sont pas parce que le gouvernement de Nicolas Sarkozy est arc-bouté sur les promesses qu’il a faites aux plus fortunés.

Thierry Guerrier : un mot encore sur l’aspect économique et social, il touche pas au bouclier fiscal, le gouvernement , mais y va pas non plus augmenter les impôts, c’est plutôt une bonne nouvelle ?

Ségolène Royal : ce n’est pas exact. Vous savez qu’aujourd’hui les communes et les mairies sont très, très inquiètes par l’augmentation de la taxe d’habitation, qui va frapper les Français là en cette rentrée, puisque la suppression de la taxe professionnelle va conduire à une réforme de la fiscalité locale et à une augmentation très importante de la taxe d’habitation. Donc ce n’est pas vrai, les Français ne sont pas épargnés en cette rentrée. J’ajoute, vous avez vu, que, au cœur de l’été, comme si il fallait agir au cœur de l’été pour passer inaperçu, le 3 août dernier, a été annoncée la suppression du crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt pour l’accès à la propriété, qui était une des promesses phares de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Ajoutez à cela la suppression du cumul entre l’aide personnalisée au logement pour les étudiants et la demi-part fiscale pour les parents, ce sont là aussi les catégories moyennes qui sont très durement frappées en cette rentrée, donc je crois qu’on a là une espèce de pagaille dans la politique économique et sociale, il faut y remettre de l’ordre [Thierry Guerrier tente de couper la parole à Ségolène Royal], de la clarté, de la transparence, et surtout de la justice.

Thierry Guerrier : est-ce que vous avez l’sentiment comme d’autres à gauche que cette réunion d’c’matin à Brégançon, c’est pour en finir aussi avec la polémique sur l’insécurité ? Depuis Grenoble et la proposition d’Nicolas Sarkozy d’durcir la déchéance nationale, on ne vous a pas encore entendue.

Ségolène Royal : vous savez, je crois que tous ces problèmes de sécurité sont très difficiles, et la polémique, la surenchère, cette agitation frénétique, qui est à la fois inefficace et même dangereuse, on sait ce que recherche Nicolas Sarkozy : il veut diviser la France en deux camps, c’est-à-dire ceux qui seraient d’accord avec lui et donc qui seraient pour la sécurité, et ceux qui ne seraient pas d’accord avec lui, et qui seraient pour les délinquants. Donc moi je ne vais pas tomber dans ce piège de la polémique, je voudrais rappeler simplement des faits extrêmement précis. Nicolas Sarkozy, il est en charge de la sécurité depuis 2002, c’est-à-dire depuis 10 ans. En 2002, il a fait voter 12 lois, 12 lois : la loi sur la sécurité intérieure, en août 2002 [Thierry Guerrier interrompt Ségolène Royal], la deuxième loi sur la sécurité, etc, donc ça on peut… [Thierry Guerrier hausse le ton et interrompt définitivement Ségolène Royal]

Thierry Guerrier : ouais, on les a beaucoup évoquées sur l’antenne, mais vous, vous comprenez qu’il se soit senti obligé après Grenoble, après les multiples attaques contre les policiers, de donner un signal fort, d’envoyer un signal fort de l’Etat ?

Ségolène Royal : mais on n’a pas besoin de signal, on a besoin d’une politique juste, d’une politique efficace, d’une politique durable ; on a besoin de ce que j’appelle moi un ordre juste, une sécurité juste, pour qu’elle soit durable. Or qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Il se passe qu’il y a eu 16% d’augmentation des agressions sur les personnes. Savez-vous combien de personnes sont agressées en France aujourd’hui ? 460 000 personnes sont agressées tous les ans, et 64 000 [Thierry Guerrier tente un « mais… »] personnes de plus depuis que Nicolas Sarkozy est en charge [Thierry Guerrier commence « Mais vous-même… »] de la sécurité.

Thierry Guerrier : mais… mais vous-même… vous-même vous savez mieux que quiconque à gauche que y’a pas de solution miracle. Vous avez été brocardée par vos propres camarades quand vous avez fait par exemple la proposition d’encadrer par des militaires les jeunes délinquants. Vous savez qu’y’a pas d’solution miracle, que c’est difficile.

Ségolène Royal : mais il y a des solutions. On ne demande pas des miracles, on demande des solutions efficaces. Et je pense en effet que la gauche doit avoir une politique et avoir des propositions extrêmement fermes et extrêmement claires comme celles effectivement que j’ai faites, et auxquelles je ne renonce pas [Thierry Guerrier coupe fermement la parole à Ségolène Royal et commence « quand le président … »] auxquelles je ne renonce pas car en [Thierry Guerrier coupe définitivement la parole à Ségolène Royal en haussant le ton]

Thierry Guerrier : quand le président… quand le président fait un lien entre délinquance et immigration et qu’il semble exprimer le sentiment d’une partie de l’opinion après les événements de Grenoble, quel est votre sentiment à vous ?

Ségolène Royal : mon sentiment c’est que ces types de déclarations sont à la fois inefficaces et sont surtout extrêmement dangereuses. Elles sont dangereuses parce qu’on voit d’ailleurs les réactions dans tous les pays d’émigration, des réactions extrêmement choquantes, qui trouvent ce propos extrêmement choquant, ce positionnement de la France extrêmement choquant, je crois que ce sont des déclarations qui sont dangereuses parce qu’elles exacerbent les tensions d’une part, et un jour ou l’autre elles vont se retourner violemment contre les Français, contre les entreprises françaises même, et on voit germer dans les pays qui sont aujourd’hui des pays en voie d’expansion, des pays qui connaissent la croissance, des pays qui ont en effet à un moment envoyé leurs travailleurs en France pour contribuer à notre développement économique, qui aujourd’hui s’équipent, qui s’équipent en TGV, qui s’équipent en tramways, qui s’équipent en électricité, qui s’équipent en éoliennes, et qui font appel aujourd’hui aux entreprises françaises, attention [Thierry Guerrier tente un « avec… »], attention avec ces déclarations de Nicolas Sarkozy, attention avec ces déclarations qui sont si peu présidentielles et si peu « République Française », qu’un jour ou l’autre, et même assez rapidement si elles perdurent, que ça ne se retourne pas contre les entreprises françaises qui travaillent avec des pays qui en ont assez de voir stigmatisés leurs ressortissants qui contribuent à la politique économique française et au développement de la France. [Thierry Guerrier essaie d’interrompre Ségolène Royal une deuxième fois ] Alors moi je vais vous dire une chose… [Thierry Guerrier coupe définitivement la parole à la présidente de la Région Poitou-Charentes]

Thierry Guerrier : avec… avec la s… avec la sécurité, ‘ttendez, j’voudrais vous poser une question à propos d’2012, parce qu’on a le sentiment qu’le président là, a lancé un des thèmes de la présidentielle, et vous n’avez pas l’impression que le PS est un peu à la remorque du coup dans cette compétition ?

Ségolène Royal : il faut en effet que le Parti socialiste soit à la hauteur des attentes des Français, et notamment en effet des Français qui souffrent de l’insécurité [Thierry Guerrier interrompt Ségolène Royal « mais de quelle façon ? »] et de la précarité, surtout [2ème interruption « parce que pour l’instant »], attendez, surtout que cette agitation frénétique de Nicolas Sarkozy vise à masquer son échec, son échec cuisant, et les reculs en matière de sécurité. Il a supprimé 9 000 postes de policiers et de gendarmes. 3 500 nouvelles suppressions sont annoncées pour les 3 ans qui viennent. Il a réduit les moyens de fonctionnement. Il n’a pas construit les centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants…

Thierry Guerrier : [qui interrompt Ségolène Royal] et vous r’grettez pas qu’on ait peu entendu l’PS cet été sur ces questions ? Par ailleurs les écologistes aujourd’hui ont l’air d’avoir un train d’avance eux aussi avec leurs primaires internes, la candidature d’Eva Joly, c’est pas dangereux, tout ça, pour l’PS ?

Ségolène Royal : je crois que ce n’est pas un positionnement de savoir si c’est dangereux ou pas dangereux, le PS est au travail, il va là ouvrir les universités d’été de La Rochelle, mais [Thierry Guerrier coupe Ségolène Royal…] c’est vrai qu’il faut… [… qui s’interrompt car il continue sur sa lancée, un ton au-dessus]

Thierry Guerrier : il ne faut pas accélérer les primaires par exemple ?

Ségolène Royal : comment ?

Thierry Guerrier : il ne faut pas ac-célérer les primaires, par exemple ?

Ségolène Royal : ce qui est important c’est que les primaires soient réussies. Et que soit présenté aux Français un projet qui leur permette de comprendre que la France mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a, et un projet qui réponde aux problèmes que les Français vivent aujourd’hui et en effet des problèmes d’insécurité et des problèmes de précarité… [Thierry Guerrier l’interrompt]

Thierry Guerrier : et vous, vous n’avez pas r’noncé aux primaires ?

Ségolène Royal : vous savez moi je ne règle pas ces questions-là en 2 minutes au détour d’une question. Je crois que ce qui est très important c’est que les socialistes soient unis, qu’il y ait un dispositif gagnant qui se mette en place, et surtout qu’il y ait un projet qui permette à la France de se redresser, d’être à nouveau tirée vers le haut, parce qu’avec Nicolas Sarkozy la France est tirée vers le bas et beaucoup de ceux qui ont voté pour lui ne se reconnaissent pas dans cette façon de faire.[Thierry Guerrier enchaîne immédiatement derrière ce mot]

Thierry Guerrier : vous n’savez pas encore si vous s’rez candidate ou non à ces primaires ?

Ségolène Royal : je vous le dirais le moment venu.

Thierry Guerrier : merci Ségolène Royal.

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:55

SR sur Europe 1 le 20 aout 2010

Ségolène Royal faisait sa rentrée politique hier matin à 8h20 sur Europe 1, dans une interview accordée à Thierry Guerrier. La présidente de la Région Poitou-Charentes a déroulé, dans le temps qui lui était imparti, une dizaine de minutes, un discours construit sur des fondations solides, bien articulé, clair et débouchant sur des propositions concrètes : le discours d’une femme politique déterminée, défendant ses positions et faisant mouche sur les défauts de la cuirasse de son adversaire, Nicolas Sarkozy. Le discours d’une femme avec laquelle il faudra compter sur l’échiquier politique pour les deux années nous séparant de l’élection présidentielle, et qui a préféré souligner la nécessité « que les socialistes soient unis » – il faut dire que Ségolène Royal parle en connaissance de cause – plutôt que de répondre à la question de son éventuelle candidature aux primaires.

La candidate à la présidence de la République en 2007 a su parler posément et garder tout son calme face à un journaliste, Thierry Guerrier, qui n’a cessé de lui couper la parole, de la provoquer ou même de prendre le contre-pied de ce qu’elle disait, avec beaucoup de désinvolture dans le langage et en ponctuant les propos de Ségolène Royal de mots d’assentiment rapide, comme pour évacuer au plus vite les propos de son invitée (voir l’article Thierry Guerrier, le journaliste d’Europe 1 qui a coupé la parole de Ségolène Royal à 13 reprises).

Une date d’interview judicieusement choisie

Premier élément de réussite du discours : le choix de la date de l’interview accordée à Europe 1.Après un silence de trois semaines, consécutif à sa réaction sur Europe1.fr, le 30 juillet 2010, au discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal a choisi de faire sa rentrée politique le jour où le président Sarkozy organise une réunion ministérielle à Brégançon pour parler budget, croissance et déficits.

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Dessin de Plantu

Une réunion qui a pris comme prétexte la publication par l’agence de notation Moody’s d’un rapport qui ne contient aucun élément notoirement nouveau, puisqu’il constate que la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont « bien positionnés en tant que Aaa », bien que « la distance les séparant de l’abaissement de leur note se soit sensiblement réduite », ce que, crise oblige, personne n’ignore.  Bref, Nicolas Sarkozy a déguisé cette publication de routine en « menace » de dégradation de la note de Moody’s, la presse lui a emboîté le pas, le président en aprofité pour annoncer qu’il allait supprimer des niches fiscales – augmenter les impôts – pour 10 Md€ supplémentaires, et également pour commencer discrètement à abaisser sa prévision irréaliste et irréalisable de croissance du PIB pour 2011 de 2,5% à 2%.

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Cécile Duflot et Eva Joly, aux Journées d'été de Nantes (AFP/Frank Perry)

Le timing de l’interview de Ségolène Royal était synchrone avec l’opération de com’ de Brégançon de la Sarkozye, il l’était également avec les Journées d’été des écologistes, ouvertes jeudi à Nantes, et où le duo composé de la députée européenne d’Europe Ecologie Eva Joly et de la secrétaire générale des Verts a tenu la vedette. Le tout une semaine avant l’ouverture de l’université d’été du PS à La Rochelle, alors que la secrétaire générale du Parti a été très peu présente dans les médias ces derniers temps, même quand Christian Estrosi a attaqué la gestion de la sécurité à Lille : le PS a répondu par des communiqués, Martine Aubry n’est pas intervenue directement.

Bilan des actions de Nicolas Sarkozy, propositions de Ségolène Royal

Deuxième élément de réussite du discours : le débat de fonds, articulant le bilan de l’action de Nicolas Sarkozy et les propositions de la présidente de la Région Poitou-Charentes, avec une sémantique séparant avec force les deux, autour de trois thèmes : la politique économique, la sécurité à laquelle Nicolas Sarkozy joint l’immigration, et les retraites.

La politique économique

Concernant la politique économique, Ségolène Royal a proposé, dans un pays « soudé socialement »« une nouvelle croissance écologique » et la relance et l’aide des « PME », qui permettent « la création de nouveaux emplois », condition nécessaire d’une reprise de la « consommation », seul moyen d’ « assurer une relance économique ».

Elle a opposé cette vision des choses à la volonté du gouvernement, souvent rappelée par Thierry Guerrier, de « rassurer les marchés » et de répondre à la « pression des agences de notation » en amorçant « le redressement des finances publiques » et la réduction des « déficits publics », par une augmentation de fait des impôts – taxe d’habitation, « suppression du cumul entre l’aide personnalisée au logement et la demi-part fiscale pour les parents », ou encore « suppression du crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt pour l’accès à la propriété. ».

Elle a également opposé « le bouclier fiscal » et une taxation du capital « à égalité » avec celle du travail.

L’offensive de la présidente de la Région Poitou-Charentes a ensuite porté sur les chiffres, qu’il s’agisse des hausses de prix de l’électricité (+3,4%), de la SNCF (+2,5% après +3,4% en 2009) ou du gaz (+10%), qui sont autant de frein à la reprise de la consommation, ou qu’il s’agisse de la croissance française au 2ème trimestre 2010 (+0,6%), deux fois inférieure à la croissance anglaise et quatre fois à la croissance allemande, et tirée principalement par les PME, qui se battent pourtant dans des conditions extrêmement difficiles. Les tirs dans cette direction auraient certainement été beaucoup plus fournis si Thierry Guerrier n’avait pas, dans chacun des cas, coupé la parole à Ségolène Royal pour lui poser une autre question.

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Thierry Guerrier, remplaçant de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 en août

Cette partie du discours a beaucoup tourné autour de l’idée de justice : « actions économiques justes », « relance économique juste », « justice ». Ségolène Royal a en effet souligné que la justice, ainsi que « la clarté » et « la transparence » pouvaient seules « remettre de l’ordre », car « on a là une espèce de pagaille dans la politique économique et sociale ».

La politique de sécurité

Concernant la sécurité, alors que Thierry Guerrier passait son temps lui couper la parole, Ségolène Royal a martelé les chiffres de l’échec de la politique de Nicolas Sarkozy : une politique de la sécurité menée « depuis 10 ans » (!), une inflation des lois sécuritaires des 2002 (« 12 lois »), une hausse de 16% des agressions sur les personnes, soient 64 000 personnes agressées de plus depuis 2002 pour un total de 460 000 par an, la suppression de 9 000 postes de policiers et de gendarmes, auxquelles vient se rajouter une annonce de 3 500 suppressions supplémentaires pour les 3 prochaines années, une baisse des moyens de fonctionnement, une absence de construction des centres éducatifs fermés pour mineurs délinquants.

Cette annonce a été doublée de termes soulignant le décalage entre les gesticulations du président et l’absence de résultats « polémique »« surenchère »« agitation frénétique »« inefficace »« dangereuse », « on n’a pas besoin de signal, on a besoin d’une politique », « on ne demande pas de miracle, on demande des solutions efficaces », « réactions choquantes », « propos choquants », « déclarations si peu présidentielles, si peu République Française », « échec cuisant », « reculs en matière de sécurité ».

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Tract PS de la campagne présidentielle de 2007 : "plus juste la France sera plus forte"

Dans le même temps, Ségolène Royal positionnait ses valeurs autour de l’ « ordre juste », la politique de la sécurité qu’elle appelle de ses vœux devant être « juste », « efficace » et « durable », et les propositions « fermes » et « claires »Cependant, elle n’a pas pu développer de piste pour les propositions, étant sans cesse interrompue. Elle s’est tout de même positionnée pour des centres éducatifs fermés pour les mineurs, et il faut rappeler qu’elle avait décrit le 20 avril 2010 sur France Info les axes de ce que serait sa politique de la sécurité : distinction entre  les actes d’incivilité, les délits et la grande criminalité, et traitement en trois phase : prévention, répression, réinsertion.

Par ailleurs, la présidente de la Région Poitou-Charentes a décelé le « piége de la polémique » qui lui était tendu, à elle comme à la gauche, et que nous avions analysé dans un article du 4 août 2010 (La déchéance de la nationalité des « Français d’origine étrangère », un piège tendu par Nicolas Sarkozy à la gauche).

Enfin, Ségolène Royal a pointé du doigt un nouveau défaut majeur de la politique sécuritaire et xénophobe développée par Nicolas Sarkozy depuis la réunion de travail dur les gens du voyage et les Roms, et son discours de Grenoble, fin juillet 2010 : « ce positionnement de la France est extrêmement choquant, je crois que ce sont des déclarations qui sont dangereuses parce qu’elles exacerbent les tensions d’une part, et un jour ou l’autre elles vont se retourner contre les Français, les entreprises françaises même ».

La présidente de la Région Poitou-Charentes estime en effet que « des pays qui ont en effet à un moment envoyé leurs travailleurs en France pour contribuer à notre développement économique » et qui sont « en voie d’expansion » aujourd’hui, donc potentiellement acheteur de notre technologie (TGV, électricité, tramways, éoliennes), pourraient demain nous tourner le dos, car en ayant « assez de voir stigmatisés leurs ressortissants ».

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Deuxième personne à partir de la gauche : Nourredine Amir, expert algérien du CERD

Ce qui est à rapprocher, lors de l’audition récemment à Genève par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) rattaché à l’ONU de la délégation française, des attaques particulièrement vives de l’expert algérien, Nourredine Amir, qui a notamment déclaré : « Je ne savais pas que dans un même pays on pouvait faire la différence entre un citoyen de première et de deuxième catégorie. » ; et demandé les excuses du gouvernement français au peuple algérien pour les horreurs de la guerre d’indépendance.  Et Ségolène Royal de conclure : « attention avec ces déclarations de Nicolas Sarkozy, attention avec ces déclarations qui sont si peu présidentielles et si peu « République Française » qu’un jour (…) ça ne se retourne pas contre les entreprises françaises ».

La réforme des retraites

Concernant les retraites enfin, Ségolène a réaffirmé ses positions : oui à la réforme, mais une réforme comprise par les Français et à laquelle ces derniers adhèrent, ce qui ne sera possible qu’en en supprimant le bouclier fiscal, en rétablissant la justice sociale, en faisant « financer les retraites à égalité par le travail et à égalité par le capital », et en prenant « en compte la pénibilité du travail ».

Promesses non tenues de Nicolas Sarkozy,

valeurs cardinales de Ségolène Royal

Troisième élément de réussite du discours : le rappel des valeurs. D’un côté, Ségolène Royal met en avant deux promesses non tenues de Nicolas Sarkozy : la suppression du crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt d’accession à la propriété, « une des promesses phares » ; et la promesse du« travailler plus pour gagner plus » : avec la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy « les retraites vont baisser, et donc les Français vont travailler plus pour gagner moins ».

D’un autre côté, Ségolène Royal agrémente ses propositions de valeurs positives : « l’ordre juste » est l’élément central, l’adjectif « juste » revenant régulièrement tout au long du discours. D’autres adjectifs véhiculant des valeurs positives accompagnent cette notion de « justice » : « politique efficace », « politique durable », « propositions extrêmement fermes », « propositions extrêmement claires ».

Un style posé et calme et un discours adressé aux classes moyennes

et aux catégories les plus défavorisées

Quatrième élément de réussite du discours : Ségolène Royal s’est exprimée hier de façon calme et posée, comme lors de son interview par Laurence Ferrari dans le JT de TF1 le 29 juin 2010. Le 29 juin, sa tenue était sobre et classique : veste blanche boutonnée, fine chaîne en or autour du cou, avec un petit pendentif, mains sagement croisées et posée devant elle.

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Ségolène Royal au JT de 20h de TF1 le 29 juin 2010

Et, fait nouveau, le discours tenu hier ne s’adressait plus uniquement aux « catégories les plus défavorisées » : il s’adressait aussi aux « classes moyennes » et aux « catégories moyennes », et dans une moindre mesure aux « familles » et aux « salariés »En opposition aux « grandes fortunes » et aux « plus fortunés ».

Enfin, Ségolène Royal conclut : « la France mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a. ».

Frédérick Moulin

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:49

 

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Ségolène Royal faisait sa rentrée politique hier matin à 8h20 sur Europe 1, dans une interview accordée à Thierry Guerrier, qui remplaçait Jean-pierre Elkabbach en ce mois d’août. Pour une meilleure compréhension, le texte a été retravaillé, les contractions et ellipses dans les questions de Thierry Guerrier éliminées, et les morceaux de phrases sans sens dans le discours de Ségolène dues aux interruptions répétées de Thierry Guerrier supprimés.

 

 


Thierry Guerrier : bonjour Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Thierry Guerrier : merci de faire votre rentrée sur Europe 1 alors que vos vacances ne sont pas tout à fait finies, mais il est vrai que c’est le président de la République qui précipite lui-même un peu le calendrier politique en convoquant ce matin à Brégançon une partie de son gouvernement. Pour vous aussi, c’est une urgence le redressement des finances publiques ?

Ségolène Royal : bien sûr, c’est une urgence pour tous les Français, non seulement le redressement des finances publiques, qui sont en effet en grande difficulté, mais aussi surtout la mise en place d’actions de relance économique et d’actions économiques justes. Moi ce que je souhaite c’est que le président de la République se rende compte une bonne fois pour toute que la France a besoin de réformes, et de réformes justes. Or que voit-on en cette rentrée scolaire ? D’abord que le bouclier fiscal est maintenu pour les grandes fortunes, et que parallèlement les retraites sont menacéesles familles n’ont jamais autant été endettées qu’aujourd’hui, et les prix de la consommation au quotidien augmentent, je voudrais citer par exemple par exemple la hausse des tarifs d’EDF de 3,4% en moyenne, ce qui est un vrai scandale. Je rappelle que l’ancien PDG, Pierre Gadonneix, qui avait annoncé une hausse de 20% sur 3 ou 4 ans, avait été débarqué d’EDF pour avoir fait cette annonce ; aujourd’hui, on est sur des bases très proches et les Français sont pris en otage par ces augmentations de prix. Nous avons au 1er juillet une hausse de tarif de la SNCF de 2,5%, et ça avait déjà augmenté de 3,4 % en 2009 ; une hausse du prix du gaz au 1er avril de près de 10% ... 

Thierry Guerrier : globalement, il y a une certaine stabilité des prix, là le gouvernement aujourd’hui est face à une autre difficulté, qui est une éventuelle mauvaise note financière pour la France, et il veut essayer de rassurer les marchés. Qu’est-ce que vous feriez aujourd’hui si vous étiez, demain par exemple,  à la place de Christine Lagarde, pour éviter que se creusent trop les déficits publics, au ministère des Finances ?

Ségolène Royal : d’abord, je ne rognerais pas sur le pouvoir d’achat des Français. Je crois que c’est par la consommation que l’on peut assurer une relance économique, et je viens de démontrer que le gouvernement fait tout le contraire. Ensuite, je crois qu’il faut relancer et aider les PME, qui sont à l’origine d’ailleurs du regain, du petit regain du taux de croissance en France, de 0,6%, mais observons que les Anglais font 2 fois mieux – 1,1% – et les Allemands 4 fois mieux avec 2,2%.

Thierry Guerrier : ce n’est pas une preuve de la réussite du gouvernement, cette meilleure croissance au 2ème trimestre ?

Ségolène Royal : non, je crois que c’est surtout une réussite des petites et moyennes entreprises, qui se battent pourtant dans des conditions extrêmement difficiles et je crois que la France aurait tout à gagner à accélérer la mutation écologique, parce que c’est dans les domaines de cette mutation écologique, de la création des nouveaux emplois, des nouveaux métiers, des énergies nouvelles, des véhicules électriques, que la France pourrait puiser les ressorts d’une nouvelle croissance écologique.

Thierry Guerrier : la pression des agences de notation, qui suscite la réunion d’aujourd’hui notamment, elle va donner un argument supplémentaire au gouvernement pour repousser l’âge légal de la retraite ?

Ségolène Royal : je ne crois pas, au contraire. Je pense qu’un pays qui doit être fort économiquement doit être soudé socialement. Et toutes les mesures, et toutes les réformes qui sont injustes, qui ne sont pas comprises par les Français, qui sont farouchement rejetées, parce qu’elles ne prennent pas en considération la nécessité, par exemple, de faire financer les retraites à égalité par le travail et à égalité par le capital, voilà quelque chose qui serait utile ; la nécessité aussi comme je l’ai dit tout à l’heure de remettre de la justice sociale, c’est-à-dire de remettre en cause le bouclier fiscal qui est maintenu pour les grandes fortunes. Et tant que Nicolas Sarkozy ne remettra pas ce bouclier fiscal en cause, les salariés refuseront d’adhérer à des réformes qui ne sont pas justes, et qui frappent aujourd’hui les classes moyennes et les catégories les plus défavorisées. Nicolas Sarkozy avait promis, souvenez-vous, de « travailler plus pour gagner plus » : avec la réforme des retraites, pour la même durée de travail, les retraites vont baisser, et donc les Français vont travailler plus pour gagner moins, alors qu’il y a des solutions. Aujourd’hui il faudrait mettre le capital davantage à contribution, il faudrait prendre en compte la pénibilité du travail, pour tenir compte de l’âge de la retraite. Donc il y a des solutions intelligentes qui pourraient être mises en place, et qui ne le sont pas parce que le gouvernement de Nicolas Sarkozy est arc-bouté sur les promesses qu’il a faites aux plus fortunés.

Thierry Guerrier : un mot encore sur l’aspect économique et social, il ne touche pas au bouclier fiscal, le gouvernement , mais il ne va pas non plus augmenter les impôts, c’est plutôt une bonne nouvelle ?

Ségolène Royal : ce n’est pas exact. Vous savez qu’aujourd’hui les communes et les mairies sont très, très inquiètes par l’augmentation de la taxe d’habitation, qui va frapper les Français là en cette rentrée, puisque la suppression de la taxe professionnelle va conduire à une réforme de la fiscalité locale et à une augmentation très importante de la taxe d’habitation. Donc ce n’est pas vrai, les Français ne sont pas épargnés en cette rentrée. J’ajoute, vous avez vu, que, au cœur de l’été, comme si il fallait agir au cœur de l’été pour passer inaperçu, le 3 août dernier, a été annoncée la suppression du crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt pour l’accès à la propriété, qui était une des promesses phares de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Ajoutez à cela la suppression du cumul entre l’aide personnalisée au logement pour les étudiants et la demi-part fiscale pour les parents, ce sont là aussi les catégories moyennes qui sont très durement frappées en cette rentrée, donc je crois qu’on a là une espèce de pagaille dans la politique économique et sociale, il faut y remettre de l’ordre, de la clarté, de la transparence, et surtout de la justice.

Thierry Guerrier : est-ce que vous avez le sentiment comme d’autres à gauche que cette réunion de ce matin à Brégançon, c’est pour en finir aussi avec la polémique sur l’insécurité ? Depuis Grenoble et la proposition d’Nicolas Sarkozy de durcir la déchéance nationale, on ne vous a pas encore entendue.

Ségolène Royal : vous savez, je crois que tous ces problèmes de sécurité sont très difficiles, et la polémique, la surenchère, cette agitation frénétique, qui est à la fois inefficace et même dangereuse, on sait ce que recherche Nicolas Sarkozy : il veut diviser la France en deux camps, c’est-à-dire ceux qui seraient d’accord avec lui et donc qui seraient pour la sécurité, et ceux qui ne seraient pas d’accord avec lui, et qui seraient pour les délinquants. Donc moi je ne vais pas tomber dans ce piège de la polémique, je voudrais rappeler simplement des faits extrêmement précis. Nicolas Sarkozy, il est en charge de la sécurité depuis 2002, c’est-à-dire depuis 10 ans. En 2002, il a fait voter 12 lois, 12 lois : la loi sur la sécurité intérieure, en août 2002, la deuxième loi sur la sécurité, etc.

Thierry Guerrier : on les a beaucoup évoquées sur l’antenne, mais vous, vous comprenez qu’il se soit senti obligé après Grenoble, après les multiples attaques contre les policiers, de donner un signal fort, d’envoyer un signal fort de l’Etat ?

Ségolène Royal : mais on n’a pas besoin de signal, on a besoin d’une politique juste, d’une politique efficace, d’une politique durable ; on a besoin de ce que j’appelle moi un ordre juste, une sécurité juste, pour qu’elle soit durable. Or qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Il se passe qu’il y a eu 16% d’augmentation des agressions sur les personnes. Savez-vous combien de personnes sont agressées en France aujourd’hui ? 460 000 personnes sont agressées tous les ans, et 64 000 personnes de plus depuis que Nicolas Sarkozy est en charge  de la sécurité.

Thierry Guerrier : mais vous-même… vous-même vous savez mieux que quiconque à gauche qu’il n’y a pas de solution miracle. Vous avez été brocardée par vos propres camarades quand vous avez fait par exemple la proposition d’encadrer par des militaires les jeunes délinquants. Vous savez qu’il n’y a pas de solution miracle, que c’est difficile.

Ségolène Royal : mais il y a des solutions. On ne demande pas des miracles, on demande des solutions efficaces. Et je pense en effet que la gauche doit avoir une politique et avoir des propositions extrêmement fermes et extrêmement claires comme celles effectivement que j’ai faites, et auxquelles je ne renonce pas.

Thierry Guerrier : quand le président fait un lien entre délinquance et immigration et qu’il semble exprimer le sentiment d’une partie de l’opinion après les événements de Grenoble, quel est votre sentiment à vous ?

Ségolène Royal : mon sentiment c’est que ces types de déclarations sont à la fois inefficaces et sont surtout extrêmement dangereuses. Elles sont dangereuses parce qu’on voit d’ailleurs les réactions dans tous les pays d’émigration, des réactions extrêmement choquantes, qui trouvent ce propos extrêmement choquant, ce positionnement de la France extrêmement choquant, je crois que ce sont des déclarations qui sont dangereuses parce qu’elles exacerbent les tensions d’une part, et un jour ou l’autre elles vont se retourner violemment contre les Français, contre les entreprises françaises même, et on voit germer dans les pays qui sont aujourd’hui des pays en voie d’expansion, des pays qui connaissent la croissance, des pays qui ont en effet à un moment envoyé leurs travailleurs en France pour contribuer à notre développement économique, qui aujourd’hui s’équipent, qui s’équipent en TGV, qui s’équipent en tramways, qui s’équipent en électricité, qui s’équipent en éoliennes, et qui font appel aujourd’hui aux entreprises françaises, attention, attention avec ces déclarations de Nicolas Sarkozy, attention avec ces déclarations qui sont si peu présidentielles et si peu « République Française », qu’un jour ou l’autre, et même assez rapidement si elles perdurent, que ça ne se retourne pas contre les entreprises françaises qui travaillent avec des pays qui en ont assez de voir stigmatisés leurs ressortissants qui contribuent à la politique économique française et au développement de la France.

Thierry Guerrier : avec la sécurité, attendez, je voudrais vous poser une question à propos de 2012, parce qu’on a le sentiment que le président là, a lancé un des thèmes de la présidentielle, et vous n’avez pas l’impression que le PS est un peu à la remorque du coup dans cette compétition ?

Ségolène Royal : il faut en effet que le Parti socialiste soit à la hauteur des attentes des Français, et notamment en effet des Français qui souffrent de l’insécurité et de la précarité, surtout, attendez, surtout que cette agitation frénétique de Nicolas Sarkozy vise à masquer son échec, son échec cuisant, et les reculs en matière de sécurité. Il a supprimé 9 000 postes de policiers et de gendarmes. 3 500 nouvelles suppressions sont annoncées pour les 3 ans qui viennent. Il a réduit les moyens de fonctionnement. Il n’a pas construit les centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants…

Thierry Guerrier : et vous ne regrettez pas qu’on ait peu entendu le PS cet été sur ces questions ? Par ailleurs les écologistes aujourd’hui ont l’air d’avoir un train d’avance eux aussi avec leurs primaires internes, la candidature d’Eva Joly, ce n’est pas dangereux, tout ça, pour le PS ?

Ségolène Royal : je crois que ce n’est pas un positionnement de savoir si c’est dangereux ou pas dangereux, le PS est au travail, il va là ouvrir les universités d’été de La Rochelle.

Thierry Guerrier : il ne faut pas accélérer les primaires par exemple ?

Ségolène Royal : comment ?

Thierry Guerrier : il ne faut pas accélérer les primaires, par exemple ?

Ségolène Royal : ce qui est important c’est que les primaires soient réussies. Et que soit présenté aux Français un projet qui leur permette de comprendre que la France mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a, et un projet qui réponde aux problèmes que les Français vivent aujourd’hui et en effet des problèmes d’insécurité et des problèmes de précarité…

Thierry Guerrier : et vous, vous n’avez pas renoncé aux primaires ?

Ségolène Royal : vous savez moi je ne règle pas ces questions-là en 2 minutes au détour d’une question. Je crois que ce qui est très important c’est que les socialistes soient unis, qu’il y ait un dispositif gagnant qui se mette en place, et surtout qu’il y ait un projet qui permette à la France de se redresser, d’être à nouveau tirée vers le haut, parce qu’avec Nicolas Sarkozy la France est tirée vers le bas et beaucoup de ceux qui ont voté pour lui ne se reconnaissent pas dans cette façon de faire.

Thierry Guerrier : vous ne savez pas encore si vous serez candidate ou non à ces primaires ?

Ségolène Royal : je vous le dirais le moment venu.

Thierry Guerrier : merci Ségolène Royal.

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 17:12

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Le 12 avril 2010, Luc Bronner, journaliste du quotidien Le Monde où il couvre les banlieues – quartiers sensibles, jeunes – était l’invité de l’émission de Génération 88.2 « Générations Citoyens », créée après les émeutes de novembre 2005, avec rappeurs des Ulis Fik’s et P. Kaer des Ulis, et Almamy Kanouté, tête de liste aux régionales d’Emergences, un mouvement regroupant des personnalités du monde associatif et des acteurs de terrain des quartiers. Le journaliste, prix Albert Londres 2007, présentait son livre « La loi du ghetto ».

Comme l’explique le site web de la radio :

« Génération citoyens, c’est l’émission de débat politique et société qui déboîte. Tous les dimanches de 19h à 20h, Chloé et Raphäl provoquent des rencontres que vous n’entendrez nulle part ailleurs. Benoit Hamon qui discute avec Ina Sane, Jean-Pierre Chevènement qui débat avec Menelik, ou encore le maire UMP de Neuilly-sur-Seine qui échange avec un habitant du 19e. »

Hier, la première partie traitait de 3 thèmes : le métier de journaliste dans les quartiers ; qu’est-ce que le ghetto ; et le cannabis, le shit, la cocaïne et l’héroïne dans les quartiers.

Aujourd'hui, la seconde partie de l’émission aborde de 2 thèmes : la « débrouille » ; et la « crise de l’adolescence », les parents et l’école.

Demain, la dernière partie de l’émission conclura sur le « désert politique » ; les Etats-Unis d’Obama et la France ; l’engagement politique des habitants des quartiers ; et le fait que les habitants de banlieue sont les premières victimes de l’insécurité.

-oOo-

Raphäl : vous parlez aussi de ça dans votre livre, vous parlez trafic, vous parlez aussi de la débrouille, tous ces lascars qui vendent des parfums, des polos, des sandwiches, de cannettes à 1 euro, des cosmétiques, des lecteurs MP3, il y a un gars que vous interrogez qui résume bien, il dit : « On n’est pas au MEDEF, mais on est aussi des petits patrons. ».

Luc Bronner : oui, c’est toujours quelque chose qui m’a surpris et passionné en allant dans les quartiers. C’est le désir d’entreprendre, de croiser plein de petits entrepreneurs alors qu’ils sont souvent dans la débrouille avec pas grand-chose, et qu’ils ne sont pas du tout dans les clichés qu’on donne sur les quartiers assistés, au contraire. On est souvent, moi je trouve, dans des visions presque ultralibérales, de la société, du côté des jeunes notamment avec un désir le cas échéant de gagner de l’argent tout de suite, rapidement, mais pas du tout assistés dans leurs façons de concevoir leur avenir et la société. Donc on se débrouille, parce qu’il faut bien vivre, et que voilà quand on a 16, 18 ans, 20 ans dans un quartier, on a envie de sortir, de vivre, de s’acheter des baskets et tout le reste. Donc il y a un peu de débrouille qui peut être considérée comme étant illégale mais qui est pas très différente de la débrouille qui existe dans d’autres milieux sociaux, simplement c’est un peu plus visible dans les quartiers qu’ailleurs.

Raphäl : évidemment il y a plein de jeunes et de gens dans les quartiers qui font tout un tas de choses, qui montent leur entreprise, leur boîte, pour qui ça fonctionne bien.

P. Kaer : oui, tout à fait, j’dirai que même, on a beaucoup d’exemple de trafiquants ou d’anciens trafiquants, qui à un moment de leur vie en ont eu marre et ont arrêté le trafic et se sont reconvertis dans d’autres business, des business légaux, et qui ont très, très bien réussi ; c’est paradoxal mais ça a été une école pour euxEst-ce que la rue s’est substituée à l’école ? C’est une question qu’il faut se poser. Je pense qu’il faut trouver des solutions à ça, quoi.

Raphäl : autre sujet que vous abordez dans ce bouquin, « La loi du ghetto », donnez-moi s’il vous plait une explication à cette phrase ; vous dites : « La crise des banlieues, dans sa forme la plus visible, la plus spectaculaire, est donc d’abord une crise d’adolescence. ». Ça, c’est dans une des parties que vous avez appelées « hormones ».

Luc Bronner : « hormones ». Oui parce qu’on a tendance sur les banlieues à vouloir avoir des explications géopolitiques parfois quasiment en disant : on est sur la guerre des civilisations entre l’islam et l’Europe, entre l’Orient, l’Occident, enfin on part souvent dans des explications très générales, très politiques. Il y a une explication qu’on évoque peu et qui me paraît centrale, c’est tout simplement la crise d’adolescence. Au fond, on le voit sur les jeunes qui sont dans une phase un peu tendue, qui vont jeter des pierres, c’est souvent des gamins qui ont entre douze et dix-huit ans, ils sont en pleine crise d’adolescence, simplement ils ont peut-être pas les adultes présents au bon moment pour les réguler et les remettre à leur place. Par ailleurs, ils sont très nombreux, c’est un facteur qu’on oublie aussi, c’est-à-dire que dans les quartiers, il y a parfois 40 ou 45% de la population qui a moins de vingt ans, donc la crise des banlieues, oui, dans une certaine mesure, c’est d’abord une crise adolescente, qui se traduit par plein de symptômes et de difficultés. Ça veut pas dire que c’est plus facile à résoudre, parce que derrière la crise d’adolescence, il y a aussi la question de l’effacement des adultes.

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À Tremblay-en-France, on en parlait à l’instant, les sources locales me disent qu’il y a 20, 30 adolescents qui sont en rupture, qui sont en situation très difficile, par rapport à 8 000 habitants dans le quartier35 000 habitants dans la ville. C’est des chiffres que je redonne volontiers parce que ça permet de se rendre compte des grands équilibres. Et ma question c’est : comment se fait-il que les 8 000 habitants n’arrivent pas à reprendre la main face à ces quelques dizaines de jeunes ? Comment se fait-il que les parents soient en difficulté, en tout cas ne soient pas en capacité de reprendre la main, de reprendre le pouvoir face à cette jeunesse-là ? Voilà, je trouve que poser la question de l’adolescence, c’est du coup poser la question de la responsabilité des adultes quels qu’ils soient, père, mère, grand-frère.

Raphäl : vous donnez une réponse, vous dites : faiblesse des contre-pouvoirs parentaux déstabilisés par le chômage, la non-maîtrise de la langue, la difficulté à surveiller des familles nombreuses, la fragilité des mères isolées aussi.

Luc Bronner : tout ça se cumule, avec un autre aspect qui est plus politique, c’est-à-dire que depuis des années on tape sur la démission parentale, en ayant le sentiment que ça expliquerait tout. Moi j’ai quasiment jamais rencontré de parent ayant démissionné, par contre j’ai rencontré beaucoup de parents en très grande difficulté face à leurs adolescents et on sait qu’élever des adolescents c’est pas facile, c’est une période de la vie où on n’est pas simple à gérer, donc plus que la démission, c’est la difficulté. Et c’est vrai par exemple que quand on est une mère isolée face à plusieurs enfants, plusieurs adolescents, qu’il y a des problèmes de place dans l’appartement, enfin ce que je dis c’est des banalités, c’est connu depuis longtemps, on débouche sur ce que vous disiez tout à l’heure, sur le fait qu’à un moment donné c’est le code de la rue qui va prendre le dessus sur le reste, voilà, avec toutes les conséquences qu’on peut connaître par la suite.

Fik’s  : après il y a une chose qui s’appelle l’adolescence comme on a dit, et ça que ce soit dans le XVIe, au Congo, on peut rien y faire, les jeunes veulent faire leurs expériences. Moi ce que je sais, c’est que dans les quartiers, il y a énormément de gens qui se battent sincèrement pour que ça change, sincèrement, mais vraiment avec des convictions, et pas juste pour passer à la télé, et on est bien placés pour en parler avec P. Kaer parce qu’on a des jeunes frères, des frères qui sont plus jeunes que nous, donc qui sont vraiment dans l’âge très, très difficile. Et voilà, le fait qu’ils voient que nous on essaie par notre musique, ou que d’autres essaient par leurs engagements sociaux de faire évoluer le quartier, eh ben, à un moment donné, eux, quelque part, on leur servira d’exemple, mais à un moment donné, on pourra pas remplacer l’école, nous.

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Dessin de Plantu

C’est pas nous qui avons décidé d’être 35 dans une classe, et de se mettre au fond de la classe et d’écrire, et d’écrire nos textes de rap et d’envoyer des textos plutôt que de suivre le cours. Ca, c’est à l’Etat de s’en chargerNous ce qu’on peut faire, c’est ceux qui traînent en bas, essayer de leur parler, et de leur faire comprendre que ce qu’ils sont en train de faire, ça va être nocif à leur avenir, voilà, c’est tout, après on a pas de solution miracle et l’être humain il est comme il est, à 16 ans, 17 ans, ça va être difficile d’empêcher des gens, quel que soit leur quartier, d’essayer de leur prendre les joints, ou d’essayer de leur prendre l’alcool, ça va être très difficile. Le problème c’est que quand ça arrive aux jeunes de quartiers, voilà, on a l’impression que c’est le truc de fou.

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La suite et la fin demain : le « désert politique » ; les Etats-Unis d’Obama et la France ; l’engagement politique des habitants des quartiers ; et les habitants de banlieue, premières victimes de l’insécurité.

Frédérick Moulin

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:52

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Les salariés de Volkswagen, à Wolfsburg, manifestent contre la retraite à 67 ans, en janvier 2007 (Petrer Steffen/EPA)

Le Monde a publié dans son édition du 17 août 2010 un article sur la contestation de la réforme de la retraite à taux plein à 67 ans programmée en Allemagne.

En 2007, le ministre du Travail du Parti social-démocrate (SPD) Franz Müntefering fait voter au sein de la Grande coalition SPD/CDU-CSU d’alors une réforme des retraites, faisant passer l’âge de la retraite à taux plein progressivement de 65 ans à 67 ans entre 2012 et 2029, à raison d’un mois par année de 2012 à 2023, et de deux mois par année de 2024 à 2029. Cependant, une « clause de rendez-vous » a été instaurée à partir de 2010, pour étudier la possibilité pour le marché de l’emploi des seniors de supporter la mise en place de la réforme. Avec la crise et 300 000 chômeurs supplémentaires depuis décembre, et un taux d’emploi des 60-64 ans tombé à 9,9% (1,6% pour les professions pénibles comme les couvreurs), le président du SPD, Sigmar Gabriel, s’est engouffré dans cette brèche, demandant de retarder de 5 ans l’entrée en vigueur de la réforme. Florian Pronold, expert des questions sociales du SPD, a pour sa part estimé qu’ « il sera impossible de mettre en application la loi sur la retraite à 67 ans en raison de la forte augmentation du chômage liée à la crise ».

Il faut dire que le SPD, en rédigeant cette loi, a perdu une part significative de son électorat. On considère aussi que la réforme des retraites  a fait perdre au SPD l’élection au Bundestag de 2009, remportée par Angela Merkel, qui s’était alliée au parti pivot centriste, le FDP. Malgré cela, les positions de MM. Gabriel et Pronold ne sont pas partagées par l’ensemble des dirigeants du SPD. Mais elles ont obtenu le soutien des syndicats, dont IG Metall, des Verts, et du parti de gauche radicale Die Linke (« La Gauche »).

Un exemple à méditer pour le Parti socialiste français qui souhaite se réserver la possibilité d'allonger la durée de cotisation à l'horizon 2025... aujourd'hui et en 2025.

De leur côté, les directeurs de deux grands instituts économiques de renom, appuyant les recommandations de la … Commissions européenne Barroso, se sont prononcés pour la mise en place d’une retraite à taux plein à … 70 ans.

Il n’en reste pas moins que la réforme proposée est injuste, la flexibilité en est quasi-absente, rigide, et risque même de ne pas suffire à couvrir les besoins de financements des caisses de retraite, comme le montrent les réclamations des instituts économiques d’un départ à 70 ans….

Elle prévoit, outre le report de l’âge de départ à la retraite à taux plein, une hausse (très contenue) du taux de cotisation, et une baisse (conséquente) du niveau de vie garanti.

Dès 2003, le chancelier Schröder avait réduit le taux des pensions de 70% à 67% du salaire moyen.

Les possibilités de partir à la retraite avant l’âge requis seront limitées à 2 cas : les personnes ayant eu de longues carrières et celles souffrant d’un handicap partiel. Cependant, même ces dérogations seront strictement encadrées : pas de départ à la retraite possible, après 2029, avant 62 ans ; et pas de départ à la retraite à taux plein avant 65 ans. Plus grave : aucune pénibilité n’est prise en compte.

Les personnes les plus pénalisées seront celles qui ne seront pas parvenues à se maintenir en situation d’emploi en fin de vie active. Ainsi, en 2007, moins d’un tiers des nouveaux retraités avaient un emploi stable durant les 3 dernières années qui ont précédé leur départ à la retraite, et autant avaient connu une période plus ou moins longue de chômage. Conséquence : la part des actifs liquidant leur pension de vieillesse en subissant une décote était passée de 12% en 2000 à 60% en 2008.

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La cause de la débâcle du régime de retraite – une subvention de l’Etat fédéral de 80,8 Md€ sera nécessaire en 2010 pour combler le déficit sera nécessaire – est connue : plus que l’allongement de la durée de vie, qui joue ce pendant un rôle – la durée de paiement des pension s’est accrue de 7 ans en 40 ans, portant la durée couverte à 17 ans – c’est la baisse de la natalité qui est montrée du doigt. L’Allemagne est la lanterne rouge de l’Europe. Avec un indice de fécondité de 1,34 enfant par femmela population a dores et déjà commencé à décroître ( -0,23% en 2009, soit – 200 000 habitants à 81,8 millions d’habitants).

Les mesures lancées par Angela Merkel il y a 3 ans – objectif d’une place de crèche pour 3 enfants en 2013, salaire parental – n’ont eu qu’un effet l’année de la mise en place, en 2007, la construction de crèches ayant été insuffisante, et le salaire parental ayant été écorné par les restrictions budgétaires et étant exprimé en pourcentage du dernier salaire perçu, les femmes ont repoussé le choix d’un enfant pour avoir un meilleur salaire comme base de calcul. Par ailleurs, le modèle dominant reste très conservateur, et une femme avec deux enfants arrête presque toujours de travailler, pression et préjugés sociaux obligent. On voit l’importance de la mise ne place d’un service public de la petite enfance efficace et encadré par des personnels qualifiés et correctement rémunérés, en Allemagne, comme en France.

De nouveaux comportements sont donc apparus : d’une part, les jeunes de 15-25 ans épargnent de plus en plus, notamment pour leur retraite (et les salariés y sont incités, de façon générale), et s’attendent à une hausse des cotisations. D’autre part, la proportion de seniors qui se déclarent prêts à travailler à temps partiel, probablement pour compléter leurs revenus, a fortement augmenté : les 60-80 ans souhaitant travailler sont passés de 1% en 2000 à 25 % en 2010. Par ailleurs, les revenus des retraités du bas de l’échelle se dégradent selon la VdK, la principale association sociale en Allemagne, et il faut selon elle craindre une croissance de la « misère des seniors ».

Structurellement, la solution pour l’Allemagne ne semble pouvoir venir que d’un  redressement des sa natalité ou de la croissance de sa population : il lui faudra de la volonté politique pourchoisir entre une immigration massive pour occuper les postes vacants et s’occuper d’une population vieillissante, et une politique résolument nataliste qui bousculera la façon de penser de la société. Aujourd’hui, un Allemand sur cinq a des origines, la plus forte proportion jamais enregistrée outre-Rhin.

L’OCDE déclare :

« À mesure que la reprise économique progressera, le recours aux migrants internationaux comme solution possible aux problèmes engendrés par le vieillissement de la population redeviendra une priorité de l’action publique. »

Daniel Cohn-Bendit ajoutait dans Le Monde il y a 2 jours :

« Dans les prochaines années, l’Europe aura besoin d’immigration en raison de son évolution démographique et de son vieillissement. »

Frédérick Moulin

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:36

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Le journaliste du Monde Luc Bronner dans les quartiers

Après l’interview accordée par Bruno Laforestrie, PDG de Génération 88.2, la radio des quartiers diffusée sur l’Ile-de-France, au journaliste du Monde Luc Bronner (édition datée du 13 août 2010), l’interview de Luc Bronner par les animateurs de Génération 88.2 le 12 avril 2010 permet d’avoir le point de vue éclairé d’un journaliste qui connaît bien les quartiers, ainsi que celui, tiré de la vie quotidienne, de 2 rappeurs et d’un candidat aux élections régionales, tous trois habitants de banlieue, sur la vie dans les quartiers et en banlieue.

Luc Bronner, 36 ans, est journaliste au journal Le Monde, où il couvre les banlieues, dont il a su gagner la confiance. Comme le note Marianne2.fr« Luc Bronner est l’un des rares journalistes à pouvoir enquêter en banlieue ».

 Il a reçu en 2007 le prix Albert Londres, qui couronne chaque année depuis 1932  le meilleur « Grand Reporter de la presse écrite » française, pour ses enquêtes sur les jeunes et les quartiers sensibles. Il a publié un livre « La loi du ghetto – enquête dans les banlieues françaises » début 2010 et est l’auteur ou le co-auteur de nombreux articles du journal Le Monde ces derniers temps.

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Prix Albert Londres 2007, décerné à un journaliste de la presse et à 3 journalistes de l'audiovisuel : à droite, Luc Bronner (Le Monde)

Luc Bronner dénonçait déjà, dans un entretien accordé à Marianne.fr le 25 avril 2010 après la punlication de son livre « La loi du ghetto », biens des défauts de la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement Fillon, aujoud’hui mis au grand jour :

« J’utilise le terme de ghetto en me basant sur des facteurs objectifs : (…) les moyens très particuliers que met la police sur les zones sensibles avec des hélicoptères, des drones, des policiers habillés comme des Robocop, ce qui ne serait toléré nulle part ailleurs. »

« Ce qui est problématique c’est [que Nicolas Sarkozy] est au pouvoir sous des formes différentes depuis de nombreuses années et qu’on se rend compte que rien n’a changé là-dessus. Sur les questions de sécurité et ghettoïsation.

Pour moi c’était important de le souligner par rapport à un discours gouvernemental, incarné par exemple par Fadela Amara, qui est de la com’ pour faire court. Or, la réalité est autre que ce qu’ils nous racontent. »

Quand on demande à Luc Bronner si le communautarisme ne monte pas en France, il répond :

« Je préfère parler de ségrégation ethnique. Quand on parle de communautarisme, on a tendance à rejeter la faute sur la population qui fait communauté. C’est une nuance très importante. Il ne faut pas nier le mouvement communautariste, mais il ne faut pas non plus oublier que les gens sont victimes de cette séparation des populations. Il y a des chiffres très parlants sur la composition sociale de certains quartiers. On peut aussi constater de visu qu’il y a des quartiers vidés presque intégralement de leur population blanche.

On parle de politique de mixité sociale, tout en sachant que nous, classes moyennes et supérieures, nous n’avons pas envie de l’appliquer à nous-mêmes. C’est une forme d’hypocrisie complète. ».

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Barack Obama lorsqu'il était "community organizer" dans les quartiers sud de Chicago

Le journaliste du Monde suggère de s’inspirer du modèle américain « mobiliser, organiser les communautés ; donner du pouvoir à des élites locales, qui prendraient le rôle de médiateurs, d’éducateurs, d’éducateurs, de contre-pouvoirs, d’agitateurs », obliger les pouvoirs publics à bouger, en bref, faire ce que Barack Obama a fait dans les années 1980 en tant que « community organizer » dans les quartiers sud de Chicago. Mais le modèle américain est-il applicable en France ?

Il propose aussi une participation et une mobilisation citoyenne pour la politique de la ville « Les gens sont anesthésiés. (…) Il faut que la politique de la ville vienne des habitants, pas d’en haut. »

Le 12 avril 2010, Luc Bronner était l’invité de l’émission de Génération 88.2 « Générations Citoyens », créée après les émeutes de novembre 2005, avec rappeurs des Ulis Fik’s et P. Kaer, etAlmamy Kanouté, tête de liste aux régionales d’Emergences, un mouvement regroupant des personnalités du monde associatif et des acteurs de terrain des quartiers. Le journaliste présentait son livre « La loi du ghetto ».

Comme l’explique le site web de la radio :

« Génération citoyens, c’est l’émission de débat politique et société qui déboîte. Tous les dimanches de 19h à 20h, Chloé et Raphäl provoquent des rencontres que vous n’entendrez nulle part ailleurs. Benoit Hamon qui discute avec Ina Sane, Jean-Pierre Chevènement qui débat avec Menelik, ou encore le maire UMP de Neuilly-sur-Seine qui échange avec un habitant du 19e. »

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Raphäl, animateur de "Générations citoyens" sur Générations 88.2

Pour des raisons pratiques, seuls les extraits les plus intéressants de l’émission ont été repris ci-dessous ; l’émission a été découpée en trois morceaux : le premier traite de 3 thèmes : le métier de journaliste dans les quartiers ; qu’est-ce que le ghetto ; et le cannabis, le shit, la cocaïne et l’héroïne dans les quartiers. Les deux autres parties aborderont le petit « trafic » de marchandises diverses ; la crise de l’adolescence, les parents et l’école ; le « désert politique » ; les Etats-Unis d’Obama et la France ; l’engagement politique des habitants des quartiers ; et les habitants de banlieue, premières victimes de l’insécurité.

-oOo-

Raphäl : nous recevons le journaliste Luc Bronner, auteur de « La loi du ghetto » qui vient de sortir chez Calmann-Lévy et les rappeurs des Ulis Fik’s et P. Kaer qui ont sorti leur album « Kartier Général », merci d’être avec nous. (…) Luc Bronner vous avez 36 ans, on peut vous lire dans le quotidien de référence Le Monde, où vous couvrez les banlieues, c’est écrit en quatrième de couverture du livre ; qu’est-ce qui vous motive autant à travailler sur les quartiers populaires ?

Luc Bronner : j’ai le sentiment qu’il n’y a pas de question plus importante aujourd’hui en France que la question des banlieues au sens large, je pense qu’on a sur ces territoires à la fois l’avenir du pays, et pas mal de questions de fond qui sont très larges, qui vont de questions d’identité, de question économique, d’immigration, de sécurité, d’imagination, de questions culturelles aussi. Donc je trouve que journalistiquement il y a finalement très peu de sujets aussi intéressants que les banlieues et notamment les quartiers populaires.

Raphäl : c’est le point névralgique de tout ce qui va se passer dans notre pays ?

Luc Bronner : oui pour moi c’est un concentré de la société française avec ses forces et ses faiblesses et c’est aussi un lieu qui est, je trouve, est assez peu couvert médiatiquement ; peu et mal, j’insiste sur le peu, parce que je pense que si on traitait collectivement ces questions-là sur la durée, mécaniquement on traiterait mieux, si on ne traitait pas uniquement en dents de scie comme on le fait aujourd’hui, avec un traitement très fort en période d’émeute ou de violences urbaines, et faible le reste du temps, je pense que si on avait un traitement continu, on aurait déjà un traitement de meilleure qualité.

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Voiture brûlée le 31 décembre 2008 à Strasbourg (Jean-Marc Loos/Reuters)

Raphäl : votre bouquin, Luc Bronner, s’appelle « La loi du ghetto », alors comme ça, moi ça m’a pas fait flipper comme titre de livre mais en fait en discutant avec d’autres gens, on ma dit : « Oh, mais le « ghetto », quand même c’est un peu fort comme mot. » Nous on a l’habitude de l’utiliser dans les quartiers, mais quelle est [votre définition] Luc Bronner ?

Luc Bronner : pour moi le ghetto c’est le marqueur d’une séparation, et de l’existence de ségrégations aujourd’hui en France, avec des territoires qui sont organisés différemment sur lesquels s’appliquent des règles qui ne sont pas les mêmes que sur le reste du territoire. En choisissant volontairement d’utiliser un mot qui dans les élites françaises, intellectuelles, médiatiques, politiques, est un mot qui jusqu’à présent a toujours été refusé, c’est aussi une façon de lancer un cri d’alarme, en disant, finalement, on est dans une situation qui est grave, avec des ségrégations sociales, ethniques, urbaines qui sont très marquées aujourd’hui, et le sentiment au final assez terrible que ça laisse indifférent la plupart des élites françaises en dehors des périodes de crise, mais que pour l’essentiel, il y a un désintérêt, il y a une distance par rapport à ces territoires.

Raphäl : qu’est-ce que ça vous fait que ce bouquin s’appelle comme ça, « La loi du ghetto », que quelqu’un comme Luc Bronner puisse utiliser ce mot ?

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De gauche à droite : Fik's et P. Kaer, couverture de leur nouvel album "Le Kartier Général"

Fik’s : nous le ghetto c’est ce qu’on vit (…) nous quand on parle de ghetto en fait c’est sur des choses concrètes, physiques, morales, qu’on ressent vraiment au quotidien, tu vois là par exemple actuellement y’a pas de ligne de bus sur la ville des Ulis, pour les gens qui connaissent la situation géographique de la ville des Ulis, quand on parle de ghetto, c’est pas pour dire qu’on se compare à Soweto ou aux favelas de Rio, aux Ulis, quand tu n’as pas de bus, tu es bloqué dans ton quartier, et tu peux pas voyager, tu ne peux rien faire. Alors c’est bien y’a une médiathèque, y’a des choses, mais tout est fait pour qu’on reste entre nous, et qu’on s’exporte pas, tu vois.

Et quand on parle de ghetto, faut savoir que d’un quartier à un autre en banlieue parisienne, faut passer par Paris, dans le même département tu vois. Ne serait-ce que pour aller faire tes papiers à la préfecture d’Evry, quand t’as grandi aux Ulis, tu dois monter à Paris en RER et redescendre sur Evry, donc tout ça pour nous, avant même que ce soit au niveau des conditions de délabrement des bâtiments, quoi, qu’est-ce, déjà mentalement on nous a mis dans des coins enclavés et déjà dès le départ quand on parle de ghetto, ça peut choquer des gens qui connaissent pas les quartiers, mais pour nous, quand on parle de ghetto, on en rigole, on fait des rimes en musique, parce que déjà, dans notre situation, même physiquement pour sortir du quartier, c’est compliqué, ne serait-ce que par les transports en commun.

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Raphäl : « La loi du Ghetto » un bouquin très intéressant, qui verse pas dans la généralisation. Vous partez toujours d’un lieu, d’une situation, des faits pour raconter ce qui s’y passe et toujours points de vue multiples, avec des intervenants crédibles, du terrain. Vous décortiquez avec minutie les codes du quotidien des quartiers populaires. Un exemple, on va en balayer quelques uns comme ça, le business, en parlant du shit, vous écrivez : « les quartiers tolèrent cette activité, la police aussi en réalité, quoiqu’en disent les ministres de l’Intérieur successifs. Une tolérance évidente en réalité si l’on observe l’immense décalage entre les connaissances accumulées sur les réseaux et le faible nombre d’interventions ». Alors après l’affaire de Tremblay-en-France [après une vaste opération de police anti-drogue un bus de voyageurs a été incendié et un second caillassé fin mars 2010, NdlR], le démantèlement d’un réseau, et « Mon voisin est un dealer », un reportage d’investigation diffusé le même jour sur TF1, ça sonne à mon oreille, c’est quoi votre réaction ?

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Le premier bus a été caillassé puis incendié, peu avant 20 heures, par une dizaine de personnes le 31 mars 2010 (AFP/JD)

Luc Bronner : oui parce que, il y a un chiffre qu’on ne donne jamais, qui pour moi est essentiel si on veut comprendre la question du cannabis, et des stupéfiants plus largement, le marché du cannabis en France représente environ 800 millions d’euros par an. 800 millions d’euros, il faut le compareravec ce que représente la politique de la Ville, de Fadela Amara, c’est beaucoup plus, annuellement, par exemple, sur les crédits, ce qu’on appelle la réussite éducative, qui est donc du soutien scolaire, on est plutôt autour de 80 millions d’euros, qui n’est qu’une partie de la politique de la Ville, je précise. En tout cas on comprend que la crise sociale est telle dans les quartiers, je rappelle qu’il y a un tiers de la population qui vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté dans les zones urbaines sensibles, ce qui est terrifiant. La misère est tellement importante que finalement, le marché des stupéfiant, c’est le marché noir du XXIe siècle, c’est quelque chose qui est absolument indispensable pour la survie de la population.

Si on ne tient pas compte de ce facteur, et si on a uniquement une lecture policière, ce qui est le cas dugouvernement actuel, ils font tomber régulièrement des réseaux, mais ces réseaux renaissent quasiment instantanément, et c’est le cas à Tremblay-en-France, ils ont fait tomber un réseau, il y a au moins une dizaine de cages d’escalier qui sont des points de deal aujourd’hui à Tremblay, et les réseaux renaissent immédiatement, parce que le facteur premier, la cause du trafic de stupéfiants, n’a pas évolué.

Raphäl : vous avez pensé quoi de ce reportage de ce reportage – excusez-moi, c’est l’actualité , hein ? Ca a été diffusé sur TF1, la semaine dernière.

Luc Bronner : ça va peut-être vous surprendre je n’ai pas pensé du mal du reportage dans la mesure où il montre une part de la réalité, et une part de la réalité dans certains quartiers, c’est le poids qu’on pu acquérir des trafiquants de drogue. En l’occurrence, une partie des gens qui ont été interpelés ensuite font, non pas du trafic de cannabis, mais du trafic d’héroïne et de cocaïne, ce qui est pour moi assez différent dans les conséquences pour les consommateurs, pour les toxicomanes.

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Donc ça c’est un premier point, le deuxième point, c’est que je pense que dans le travail de journaliste il faut continuer à montrer ce qui va pas, et en l’occurrence, il y a un aspect politique que personne n’a souligné, c’est que TF1 en prime time diffuse un reportage qui montre que la politique sécuritaire de Sarkozy échoue, et pour une chaîne de télévision qui a toujours été associée à Sarkozy, je trouve qu’il y a là une dimension politique qui est intéressante. Le problème majeur c’est que TF1 ne fait que ça. Si TF1 par ailleurs, à travers toutes ses enquêtes, ses reportages, montrait aussi le reste de la vie dans les quartiers, moi je signerais dès demain, en disant finalement ça fait partie de leur mission de raconter cette partie là de la société des quartiers, de la vie des quartiers. Le problème c’est qu’ils ne le font pas. Ca fait moins d’audience, et puis politiquement c’est peut-être moins intéressant.

P. Kaer : on croit que dans un quartier il y a plusieurs tonnes [de cannabis] qui sortent, j’sais pas combien, tu vois, des chiffres mirobolants, alors que si tu prends 800 millions, ça a l’air énorme mais tu répartis sur tous les quartiers, sur toutes les villes de France, c’est des gens qui ont tort de faire ce qu’ils font, mais qui parfois n’ont pas le choix de faire ce qu’ils font, parce qu’ils ont pas de travail, parce que leurs parents ne travaillent pas, j’leur donne pas, tu vois, des raisons, mais j’veux dire que comme l’avez dit tout à l’heure, effectivement, c’est pour certains une nécessité, et tellement c’est évident, que même les maires, même la police, même les pouvoirs publics parfois ferment les yeux, parce qu’ils se disent, ils achètent une paix sociale. Ils achètent une paix sociale, c’est-à-dire, pour pas que ça se soulève dans les quartiers trop fort, pour pas que les gens recommencent à voler avec violence, il vaut mieux qu’ils fassent leur argent par le trafic. Dès le plus jeune âge, dans les quartiers, les jeunes, ce qu’ils voient, c’est comment se faire de l’argent rapidement, et rapidement, oublier d’aller à l’école, et éviter d’aller plus loin dans les études, alors que quelqu’un qui travaille à 2 500 euros 3 000 euros en étant cadre, à 40 ans, il est beaucoup mieux que le dealer qui a fini en prison ou qui est retourné dans son pays parce qu’il est recherché en France et qu’il vit pas la vie qu’il voudrait.

La suite demain (2/3) : le petit « trafic » de marchandises diverses ; et la crise de l’adolescence, les parents et l’école.

Frédérick Moulin

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 18:34

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Bruno Laforestrie, PDG de la radio Générations 88.2 (Patrice Normand/Temps Machine pour Le Monde)

Bruno Laforestrie, 37 ans, PDG de la radio Générations 88.2, a accordé un entretien au journaliste Luc Bronner du journal Le Monde, dans l’édition du journal datée du 13 août 2010. Cet entretien passionnant mérite d’être replacé dans son contexte : Bruno Laforestrie, la radio Génération 88.2, et le journaliste du Monde Luc Bronner.

Bruno Laforestrie fonde en 1996, à 23 ans, Hi Media avec 2 associés, qui se lance dans la production et la régie publicitaire : en 2010, Hi Media est leader européen de la régie publicitaire par internet. Cependant, en 2002, Bruno Laforestrie revend ses parts dans Hi Media, et se consacre à ce qui lui tient vraiment à cœur : le métier d’éditeur (musical), tout en vivant « sa passion pour le rap ».

Le père de Bruno Laforestrie, René Laforestrie, docteur en psychologie, a créé en 1992 une radio associative pour établir des liens entre les personnes âgées de l’hôpital gériatrique Charles Foix d’Ivry et les jeunes de l’extérieur, E-FM Inter générations ; E-FM comme l’espace FM. La petite radio, qui dès 1993 est investie par les DJ, les groupes de rap des quartiers, est tout naturellement reprise en 2002 par Bruno Laforestrie ; elle fusionne avec Paris Jazz et émet toute la journée.

2002, c’est aussi le sursaut de Hip-Hop Citoyens, orchestré par Princesse Aniès, face à l’arrivée de Le Pen au deuxième tour. En novembre 2005, les émeutes dans les banlieues donnent naissance à l’émission hebdomadaire « Générations Citoyens », une émission de débat politique qui renoue avec les racines de la radio : là où en 1992 elle cherchait à établir des liens entre personnes âgées hospitalisées et jeunes à l’extérieur, elle fait se rencontrer les jeunes des banlieues d’une part – les « quartiers » - qu’ils soient rappeurs, animateurs, membres du milieu associatif, professeurs ou candidats aux élections, et d’autre part des personnalités politiques comme Benoît Hamon, le maire UMP de Neuilly, Jean-Marie Bockel, ou Olivier Besancenot, ou des journalistes comme Luc Bronner du journal Le Monde.

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En 2008, Générations 88.2 inaugure 4 nouvelles radios web thématiques, Rap français, Rap US, R&B Soul et Reggae, et son 3ème site internet, qui devient le premier site internet de radio locale en France. La radio émet sur toute l’Ile-de France, Neuilly-sur-Seine est la 8ème ville ou la radio est la plus écoutée, et la radio se classe 5ème sur 13 radios locales en Ile-de-France au 2ème trimestre 2010, battant même sur RFI et France Musique, qui sont des radios thématiques et non locales.

Le 26 avril 2007, l’association des amis de Ségolène Royal organise une rencontre de soutien des entrepreneurs au pacte présidentiel. Parmi ceux présents principalement des patrons de PME dont un certain nombre de pionniers de l’internet en France, parmi lesquels Bruno Laforestrie, satisfaits que Ségolène ait fait des PME, de l’innovation et d’internet ses priorités.

Par ailleurs, le 7 janvier 2010, Bruno Laforestrie signe l’Appel pour une République multiculturelle et postraciale, suivi de 100 propositions pluricitoyennes, et il participe à la réflexion sur la proposition n° 72, « Valoriser l’entrepreneuriat équitable ». Cet appel, rédigé par 5 auteurs dont Lilian Thuram et l’historien et chercheur au CNRS Pascal Blanchard, est également signé par de très nombreuses personnalités, dont Clémentine Autain, la navigatrice Maud Fontenoy, Jean-Paul Huchon, Nicolas Hulot, Marc Jolivet, George-Pau Langevin, députée socialiste en charge de la Justice au sein du groupe, Pascal Obispo, Valérie Pécresse, Christiane Taubira, Fodé Sylla, Benoît Thieulin, et Rama Yade.

Mais les activités de Bruno Laforestrie ne se limitent pas là. Il a soutenu la création, après le succès de Hip-Hop Citoyens en 2002, en réaction à la présence de Le Pen au second tour, de Paris Hip-Hop en 2005, dont il est aujourd’hui président. La 5ème édition s’est déroulée du 22 juin au 4 juillet 2010, et a réuni 300 artistes à Paris autour de 15 événements. Le 29 juin 2010, l’ambassadeur des Etats-Unis, Charles Rivkin, a inauguré le premier Paris Hip-Hop Campus au WIP-La Vilette : « France vs. US : une nouvelle école de la réussite ! », qui a permis de confronter les expériences américaines et françaises du hip-hop en présence de représentants du monde associatif, artistique, médiatique et institutionnel.

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Luc Bronner

Luc Bronner, enfin, 36 ans, est journaliste au journal Le Monde, où il couvre les banlieues, dont il a su gagner la confiance en en arpentant les quartiers, enchaînant des dizaines et des dizaines de visites pendant des années, à toutes les heures de la journée. Comme le note Marianne2.fr, « Luc Bronner est l’un des rares journalistes à pouvoir enquêter en banlieue ».

 Il a reçu en 2007 le prix Albert-Londres, qui couronne chaque année depuis 1932  le meilleur « Grand Reporter de la presse écrite » française, pour ses enquêtes sur les jeunes et les quartiers sensibles. Il a publié un livre « La loi du ghetto – enquête dans les banlieues françaises » début 2010. Il est l’auteur ou le co-auteur de nombreux articles du journal Le Monde ces derniers temps, comme : « Sarkozy prend les Français pour des imbéciles » (titre en première page, 17 août 2010), un entretien avec Daniel Cohn Bendit, Pourquoi la surenchère sécuritaire de Nicolas Sarkozy mène à une impasse (première page, 18 août 2012), De l'insécurité des sondeurs face à la mesure des politiques de sécurité (15 août 2010).

Frédérick Moulin

-oOo-

 

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13 août 2010

" Le ghetto français, ce ne sont pas les quartiers, mais la vieille élite "

Pour Bruno Laforestrie, PDG de Générations 88.2, la société française " a peur de sa jeunesse "

ENTRETIEN

Bruno Laforestrie, 37 ans, est une " tête chercheuse ", parmi les pionniers d'Internet, aujourd'hui patron de la radio Générations 88.2, un média très influent en banlieue parisienne.

De son poste d'observation, il dresse le portrait de nouvelles générations pour lesquelles la " diversité ethnique " est devenue naturelle, à l'inverse des élites traditionnelles, pétrifiées face au nouveau visage de la jeunesse.

D'où, selon lui, les polémiques récurrentes sur l'immigration, les banlieues et l'insécurité. " C'est le signe d'une société crispée, qui a peur d'elle-même, peur de sa jeunesse ", souligne-t-il.

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Un immeuble HLM près du quartier d'Endoume à Marseille (Patrick Tourneboeuf/Tendance Floue)

Les conflits d'intérêts entre les classes d'âge sont nombreux, mais la question générationnelle n'émerge pas. Pourquoi ?

Il faut d'abord s'entendre sur le constat d'un conflit d'intérêts majeur. Sur le plan économique d'abord : notre société se caractérise par la concentration du patrimoine dans les mains des plus de 60 ans, d'un côté, et l'endettement public pour les nouvelles générations, de l'autre.

Sur le plan des élites ensuite : le pouvoir politique, économique et culturel reste aux mains des plus vieux, notamment des baby-boomers. Notre système intellectuel et politique demeure ainsi formaté par les clivages des années 1950 et 1960. Avec une conception dogmatique de l'opposition droite-gauche pour penser la société.

Or, je pense qu'il faut s'attendre à une explosion de la " dynamite générationnelle " dans les prochaines années parce que le conflit d'intérêts entre générations est trop flagrant. Les partis politiques n'ont pas pris conscience de cette évolution.

Quelles sont les différences entre les générations au pouvoir et les nouvelles élites ?

Deux mouvements se conjuguent pour donner aux nouvelles générations un profil différent. D'abord, la tendance au recentrage sur la sphère privée, amplifiée par la désillusion vis-à-vis de ces idéologies qui structurent les générations précédentes. Le deuxième mouvement est lié à Internet et aux possibilités d'interconnexion à travers les réseaux sociaux. D'où la possibilité, paradoxale, d'être replié sur le privé, sur sa tribu, sur sa communauté et complètement ouvert sur le monde, sur le global.

Les élites actuelles comprennent-elles l'évolution en cours ?

Les élites françaises ont subi deux chocs ces vingt dernières années. Le premier lié à l'émergence de nouveaux entrepreneurs issus notamment des nouvelles technologies qui bousculent les réseaux traditionnels.

Le second, plus profond encore, est lié au changement de visage culturel de la France : aujourd'hui, pour des raisons démographiques, c'est la jeunesse urbaine qui est dominante culturellement. Or, celui qui domine le soft power est en position de force.

L'image des jeunes des quartiers n'a pourtant jamais été aussi mauvaise.

Oui. Cette génération urbaine, que l'on a tendance à tort à réduire à la jeunesse des quartiers, est d'abord perçue comme une menace. On l'a encore vu avec les discours de Nicolas Sarkozy à propos des violences de Grenoble.

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Nicolas Sarkozy lors de son discours à la préfecture de l'Isère à Grenoble le 30 juillet 2010

C'est la lecture policière qui est privilégiée alors qu'on sait bien que, dans un Etat démocratique, les problèmes de société - pauvreté, intégration... - ne se règlent pas avec la police.

C'est sur la culture de rue qu'il faudrait agir en profondeur : s'occuper des milliers de gamins qui n'ont plus de repères en leur proposant quelque chose avant et après l'école, comme l'éducation populaire avait su le faire au siècle dernier.

Comment se traduit cette domination de la banlieue ?

C'est moins spectaculaire que des émeutes ou des descentes policières, mais cela témoigne d'un mouvement beaucoup plus profond. Regardez la publicité qui reprend les codes du graph et des banlieues. Regardez les tenues vestimentaires des adolescents, quelles que soient leurs origines. Ou leurs préférences musicales : les musiques urbaines représentent aujourd'hui une part très importante de la consommation culturelle. Pour les 15-25 ans, par exemple, jusqu'à 50 % des téléchargements sur Internet correspondent à du rap ou du R'n'B. Prenez le public de NTM au Parc des Princes : des jeunes de banlieue, des chauffeurs-livreurs mais aussi des banquiers ou des publicitaires !

Même chose pour le langage : le vocabulaire de la banlieue a envahi les cours de récréation, y compris dans les centres-villes... La jeunesse urbaine ne domine pas la culture officielle, mais celle de la rue, celle des grandes masses.

Dans ces générations, la diversité ethnique est un enjeu ?

La notion de mixité ethnique ou culturelle est complètement naturelle. On l'entend d'ailleurs à travers les termes utilisés : ces générations n'ont plus aucune difficulté à parler de Blancs, de Noirs, de Maghrébins et ne restent pas sur les expressions craintives sur les " jeunes issus de l'immigration ".

Pour les nouvelles générations, la question ethnique est dédramatisée parce que la diversité est une évidence. La mixité sociale, en revanche, reste une idée lointaine parce que l'entre-soi et la ségrégation sont très puissants.

Comment évoluent les partis ?

Le PS ne s'est pas encore remis de la génération Mitterrand. A l'époque, il avait fait son marché chez les énarques - ils sont toujours là. Quant à l'instrumentalisation réciproque du PS et de SOS-Racisme, on sait bien qu'elle n'a pas porté ses fruits sur le renouvellement de la gauche.

Côté UMP, il y a eu l'intuition, ces dernières années, de l'existence d'une fibre entrepreneuriale chez les jeunes des quartiers. Mais l'UMP s'est explosée à travers les débats sécuritaires et identitaires.

D'autres pays ont-ils mieux perçu le mouvement ?

Pour le reste du monde, le ghetto français, ce ne sont pas les quartiers ou les nouvelles générations de la diversité, mais bien la vieille France, cette vieille élite repliée sur les réseaux traditionnels.

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Barack Obama et la vieille élite française (dessin de Martin Vidberg, www.martinvidberg.com)

Aux Etats-Unis, en particulier, le mouvement urbain est très puissant. Obama a gagné les élections en s'appuyant sur la Silicon Valley et sur le monde de l'entertainment, en y incluant les grandes figures du hip-hop. Il a aussi compris comment utiliser les réseaux sociaux. Pas pour faire de la propagande à l'ancienne. Mais en pensant la campagne comme les " flashmob " ou ces apéros géants qui font si peur à nos élites.

Propos recueillis par Luc Bronner

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