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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 02:25

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Dessin de Chimulus

Les nouveaux locaux parisiens du site d'informations Rue89.com, dans le XXème arrondissement, ont été cambriolés dans la nuit de samedi à dimanche.

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Photo de la porte d'entrée fracturée des locaux de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89 via Chimulus) : "Quelqu'un de petite taille..."

Les locaux n’avaient pas de plaque les identifiant dans l’hôtel d’entreprise de la Ville de Paris où ils se trouvaient, en principe, sécurisés, et qui abrite surtout des start-up technologiques. « La seule consolation, comme le faisait observer un intervenant sur Twitter, c'est que « le vrai disque dur des journalistes est dans leur tête ». », indique Rue89 sur son site.

Si ce cambriolage intervient après plusieurs autres chez Mediapart, Le Point et au domicile d’un journaliste du quotidien Le Monde, Pierre Haski, le cofondateur et directeur du site, reste prudent : « Même s'il intervient dans un contexte politique lourd, avec le vol de plusieurs ordinateurs de journalistes enquêtant sur l'affaire Bettencourt, et les polémiques sur la surveillance des journalistes, il n'est pas possible, à ce stade, de dire s'il s'agit d'un simple cambriolage crapuleux, ou d'une tentative de mettre la main sur des données ou simplement de nous intimider », indique-t-il.

Mais Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89, relève tout de même un certain nombre de coïncidences troublantes (voir la vidéo ci-dessous tournée lundi : « Rue89 cambriolé : même pas mal, et déjà au travail ! »).

 

Le site Rue89 a été créé par quatre anciens journalistes de Libération, Pierre Haski, Pascal Riché, Laurent Mauriac et Arnaud Aubron. Il est soutenu financièrement par Matthieu Pigasse, tout comme Mediapart. Mathieu Pigasse, surnommé parfois le « banquier de la gauche » – il  est co-directeur général délégué de Lazard France – a conseillé Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007. En juin 2010, il a pris le contrôle du journal Le Monde avec Pierre Bergé et Xavier Niel.

Patrick Bloche, député socialiste et secrétaire national du PS en charge de médias, a demandé au gouvernement « de prendre toutes les mesures de police et de justice afin d'assurer l'indépendance des rédactions et de garantir la liberté de la presse ».

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Aujourd’hui aura lieu l’UPP « Liberté et responsabilité de la presse et des médias : une utopie réalisable », présentée et animée par Jean-Pierre Mignard, à 18h30, à la Mairie du IVème arrondissement, à Paris, en présence de Ségolène Royal (cliquez ici pour avoir toutes les informations). Patrick Bloche, Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart et Franck Nouchi, rédacteur en chef et éditorialiste au journal Le Monde, feront partie des invités. Retrouvons-les ce soir !

Frédérick Moulin

-oOo-

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23 novembre 2010

Plusieurs ordinateurs volés dans les locaux de Rue89

Le cambriolage du site d'information a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche

Les locaux du site d'information en ligne Rue89 ont été cambriolés, dans la nuit de samedi 20 à dimanche 21 novembre. Une vingtaine d'ordinateurs portables ont été volés, ainsi qu'un rétroprojecteur. Un écran d'ordinateur a été cassé. La porte a été fracturée à l'aide d'un extincteur. Les vols et les dégradations ont été constatés dimanche matin par la rédactrice en chef adjointe, Blandine Grosjean. D'après les caméras de surveillance, les cambrioleurs ont opéré entre 4 et 7 heures.

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Photo des locaux cambriolés de Rue89 dimanche (Audrey Cerdan/Rue89)

Les portables volés étaient, dans leur majorité, utilisés pour les formations dispensées par Rue89. Cependant, trois d'entre eux appartenaient à des journalistes : le directeur de la publication Pierre Haski, le journaliste d'investigation François Krug et la journaliste Zineb Dryef. C'est la troisième fois que le site d'information fait l'objet d'un cambriolage. Les précédents avaient eu lieu en août 2007, et en mars, à la précédente adresse de Rue89, rue des Haies dans le 20e arrondissement. Le site est désormais installé dans un hôtel d'entreprises appartenant à la Ville de Paris, situé rue de l'Est, également dans le 20e.

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Photo des locaux cambriolés de Rue89 dimanche (Audrey Cerdan/Rue89)

Cet événement intervient dans un contexte où plusieurs médias travaillant sur l'affaire Bettencourt ont fait l'objet de cambriolages : le site d'information Mediapart, l'hebdomadaire Le Point et le domicile d'un journaliste du Monde, Gérard Davet. "Je ne veux pas dramatiser, insiste Pierre Haski. Je n'aime pas les théories du complot et je pense qu'il s'agit d'une coïncidence. François Krug est le journaliste qui a le plus travaillé sur l'affaire Bettencourt. Soit il s'agit d'un vol crapuleux, soit d'une tentative d'intimidation. S'il s'agissait de voler des données, c'est absurde : aucun journaliste travaillant sur une affaire sensible ne prendrait le risque de stocker ses informations sur son ordinateur. En tout cas, la police prend ce vol très au sérieux." Trois autres entreprises hébergées à la même adresse ont été visitées, parmi lesquelles le site MyEurop.info.

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Photo des locaux cambriolés de Rue89 dimanche : "Un écran d'ordinateur a été cassé." (Audrey Cerdan/Rue89)

Les ordinateurs volés devaient être utilisés dès lundi 22 novembre pour une formation organisée par Rue89. "Nous étions consternés et effondrés, témoigne Pierre Haski. Mais il y a eu un bel élan de solidarité et beaucoup d'entreprises du Net et de sites comme Slate.fr ont spontanément proposé de nous prêter des ordinateurs."

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Caricature d'Hervé Fell : "Oh! KYSeZ cAfeR ça?" (source : site de Rue89)

Le Parti socialiste a exprimé, dimanche soir, son "inquiétude face à la multiplication des vols dont sont victimes les médias dans notre pays" dans un communiqué signé du secrétaire national chargé des médias, Patrick Bloche. Il demande au gouvernement "de prendre toutes les mesures de police et de justice afin d'assurer l'indépendance des rédactions et de garantir la liberté de la presse".

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"Site d'information et de débat sur l'actualité, indépendant et participatif"

Fondé en mai 2007 par quatre anciens journalistes de Libération, Rue89 emploie 20 salariés à temps plein, dont 15 journalistes. Entièrement gratuit, le site reçoit 1,7 million de visiteurs uniques par mois. Son chiffre d'affaires est de 1,2 million d'euros, réalisé à 60 % grâce à la publicité et 40 % par des prestations extérieures (conception de sites et formations). En juin, Rue89 a lancé un mensuel, diffusé en kiosques à 30 000 exemplaires.

Xavier Ternisien

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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité
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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 03:47

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Le 16 mars 2007, un peu plus d’un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, Reporters sans Frontières (RSF) a envoyé à tous les protagonistes une « lettre ouverte au futur(e) président(e) de la République concernant la liberté de la Presse en France ». Dans cette lettre, RSF leur demandait « de prendre des engagements pour mieux protéger cette liberté à l'avenir » et faisait appel à leur vigilance « concernant Internet et les tentatives de certains de toujours mieux contrôler le Web ». Pour cela, RSF a posé 8 questions aux 12 candidates et candidats. 7 ont répondu, et parmi eux les deux candidats du second tour : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Les réponses, données par les adversaires du second tour, leurs actes par la suite, ainsi que la cohérence entre les réponses données et les actions menées, éclairent crûment la dégringolade de la France dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF (-33 places depuis 2002).

D’emblée, la lettre de Ségolène Royal se démarque nettement de celle de Nicolas Sarkozy. Là où Ségolène Royal est précise, explique, développe et propose, Nicolas Sarkozy reste souvent vague, traite rapidement les points, et même parfois escamote une partie du problème. Ce n’est pas un hasard : Nicolas Sarkozy se positionne en héritier de Jacques Chirac pour la présidentielle, et ne peut donc pas critiquer le bilan de son prédécesseur, qui se reflète dans la dégringolade de la France dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF, de 20 places entre 2002 et 2007.

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Affiche de RSF sur le liberté de la presse en France pendant la campagne présidentielle de 2007

Sans surprise, le contraste le plus saisissant apparaît sur la concentration des médias et sur le pluralisme. Nicolas Sarkozy déclare : « La situation actuelle me semble satisfaisante dans ses grandes lignes », avant d’ajouter rapidement « même si elle n’exclut pas des adaptations. ». Sur cette question fondamentale, Nicolas Sarkozy répond en moins d’un quart de page sans proposition concrète tandis que Ségolène Royal analyse et propose sur une page entière.

1- Si vous êtes élu(e) président(e) de la République, vous engagez-vous à inscrire le droit à la protection des sources dans la loi du 29 juillet 1881 et à l’appliquer à toutes les personnes qui mènent un travail d’information ? Vous engagez-vous à étendre aux domiciles des journalistes les dispositions relatives aux perquisitions dans les entreprises de presse ?

Nicolas Sarkozy se dit « prêt à inscrire le droit de tous les journalistes à la protection de leurs sources dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et à étendre à leur domicile les garanties prévues pour les locaux d’une entreprise de presse. ». Le cœur ne semble pas y être. Ségolène Royal, sur ces points, s’engage « explicitement » et croit « indispensable » d’élargir la protection des sources au domicile des journalistes. Elle va plus loin : elle souhaite étendre la protection qu’elle s’engage à inscrire dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse « aux journalistes en ligne et journalistes blogeurs exerçant sur internet. ». Une capacité de projection dans l’avenir dont Nicolas Sarkozy semble dépourvu.

Pour Nicolas Sarkozy, le cœur n’y est pas, en effet : la loi n°2010-1 du 4 janvier 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes a été adoptée et promulguée, le parcours législatif de la loi aura duré un peu moins de 2 ans, de mars 2008 à janvier 2010. Dix mois se sont écoulés entre l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et le dépôt du texte de la Garde des sceaux à l’Assemblée Nationale. Puis en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale, 1 an s’est écoulé entre un premier rapport en Commission des lois (3 décembre 2008) et le rapport complémentaire (16 décembre 2009). Pourquoi ? À cause de la frénésie législative de Nicolas Sarkozy et à la place de second rang réservée à la loi. Le rapporteur UMP Etienne Blanc l’avoue lui-même : « Son examen en séance publique a finalement fait l’objet d’un report en raison de l’encombrement de l’ordre du jour de notre assemblée. ».

Le processus aura été long, et la loi n’est pas satisfaisante : la gauche la critique et ne la vote pas.

Inscription de la protection des sources dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse

La loi du 4 janvier 2010 inscrit la protection des sources dans l’article 2 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Mais, outre le fait que les blogeurs et les collaborateurs occasionnels de la presse ne sont pas considérés comme des journalistes et ne sont donc pas protégés, le texte prévoit des exceptions : « Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d'intérêt public le justifie. ». Lors de l’examen en commission à l’Assemblée Nationale, la gauche a pointé du doigt ces exceptions.

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La députée socialiste Aurélie Filippetti (François Lafite/filckr)

Aurélie Filippetti, parlant au nom du groupe socialiste, a martelé :

« J’observe par ailleurs que la notion d’impératif prépondérant d’intérêt public, qui émane de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, n’est pas définie dans notre droit interne, ce qui ouvre la voie à toutes les interprétations empiriques par les praticiens. », puis :

« La protection des sources des journalistes est la pierre angulaire de la liberté de la presse, elle-même élément essentiel d’une société démocratique. Il aurait été important d’affirmer très simplement cette protection à l’intérieur de la loi de 1881. Les exceptions prévues par le texte nous paraissent receler certains dangers, en particulier pour les grands reporters. (…) Comme le rappelle de manière constante la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, ce n’est pas l’information elle-même qui doit être d’intérêt général, mais l’exercice de la liberté de la presse, qui est, en soi, d’intérêt général. ».

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Le député écologiste Noël Mamère

Noël Mamère, au nom du groupe Gauche Démocrate et Républicaine (GDR, communistes et verts), a souligné :

« Les exceptions prévues vont fragiliser le travail des journalistes. (…) Tout le problème est de savoir qui détermine ce qu’est l’intérêt général – d’ailleurs fort difficile à déterminer. (…) La presse subit aujourd’hui tout à la fois une dépendance économique, une dépendance politique, une dépendance éditoriale : cela fait beaucoup, surtout dans un pays qui ne cesse de donner des leçons aux autres. ».

Perquisitions dans les locaux d'une entreprise de presse et au domicile d'un journaliste

La loi n°2010-1 du 4 janvier 2002 modifie l’article 56-2 du Code de procédure pénale. L’article réaffirme le rôle du magistrat pour la perquisition et du juge des libertés et de la détention pour statuer – sans possibilité de recours – sur les saisies contestées réalisées (délai de 5 jours). Là aussi, le texte n’a pas trouvé  grâce aux yeux d’Aurélie Filipetti en Commission des lois :

« Le régime de la perquisition et de la saisie des documents n’a pas été modifié par le Sénat. Le magistrat instructeur continuera de s’autoriser à procéder à ce type d’opérations, sans véritables obstacles si ce n’est l’obligation de veiller à ce que ses investigations ne portent pas atteinte aux sources et ne retardent pas de manière injustifiée la divulgation des informations. On peut ainsi craindre que ces recommandations demeurent des vœux pieux, notamment en raison de la durée de cinq jours laissée au juge de la détention et des libertés pour se prononcer, laquelle permettra d’éventer largement les sources. Cette possibilité de perquisitionner dans le respect du secret des sources et de la profession, en dehors de toute mise en cause des journalistes, nous paraît quelque peu hypocrite dans la mesure où le risque d’assécher les sources des journalistes d’investigation perdurera.

Nous regrettons aussi qu’aucune sanction à l’encontre des autorités instigatrices d’une perquisition abusive ni qu’aucune indemnisation des journalistes victimes de telles perquisitions ne figure dans le texte.

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Mieux encadrer la garde à vue des journalistes, "un moyen de pression" pour forcer à la divulgation des sources (la profession/AFP)

Enfin, en matière de garde-à-vue, utilisée bien souvent comme un moyen de pression pour forcer le journaliste à divulguer ses sources, le projet de loi reste en deçà des protections accordées par la loi belge, qui est une référence en l’espèce. »

2- Vous engagez-vous à vous prononcer publiquement contre l’utilisation de la notion de "recel de violation du secret de l’instruction" pour engager des poursuites contre des journalistes ?

Qu’est-ce que le « recel de violation du secret de l’instruction » ? C’est le fait de recevoir et de conserver despièces tirées d'une information en cours, ici pour les besoins d’une enquête journalistique. Les journalistes sont souvent placés devant la quadrature du cercle : « Si le journaliste n'a aucun document c'est un diffamateur, s'il possède des documents et les produits c'est un receleur, s'il possède des preuves et ne les produits pas, il est condamné. » (L.-M. Horeau, Eloge du recel).

Sur cette question, Ségolène Royal s’ « engage à modifier les textes existants », « de manière à ce que l’usage abusif de cette notion contre la presse ne puisse plus être possible », car l’usage de la notion de « recel de violation du secret de l’instruction » « est contraire à la jurisprudence récente »et « a été condamné par la Cour européenne des droits de l’homme ». Nicolas Sarkozy est nettement moins à l’aise : « C’est une question très difficile. ». Il parle de « compléter les diverses chartes déontologiques existantes. ». C’est peu.

La loi du 4 janvier 2010 a ajouté un court paragraphe à l’article 35 sur la « vérité du fait diffamatoire » de la loi de 1881 : « Le prévenu peut produire pour les nécessités de sa défense, sans que cette production puisse donner lieu à des poursuites pour recel, des éléments provenant d'une violation du secret de l'enquête ou de l'instruction ou de tout autre secret professionnel s'ils sont de nature à établir sa bonne foi ou la vérité des faits diffamatoires. ».

L’usage abusif de la notion de « recel de violation du secret de l’instruction » étant toujours possible, contrairement au souhait de Ségolène Royal, lors des débats sur les rapports de la Commission des lois en 2ème lecture, Aurélie Filipetti, représentant le groupe socialiste, s’exclamait :

« On peut bien sûr critiquer la manière dont les journalistes exercent parfois leur métier ; mais la protection des sources n’empêche nullement une personne visée par un article de porter plainte, par exemple pour diffamation ou pour atteinte à la vie privée. En revanche, on a vu se multiplier les mises en cause de journalistes – je pense par exemple aux perquisitions au Canard enchaîné, à la mise en examen de Denis Robert dans l’affaire Clearstream et, bien sûr, à l’affaire Vittorio de Filippis – qui portent atteinte à la liberté d’informer. (…) Nous souhaitons que l’on ne considère jamais le journaliste comme un auxiliaire de police pour les affaires passées, mais que l’on puisse faire exception à la protection des sources dans les cas où cela permettrait d’empêcher, dans l’avenir, la commission d’une infraction ou d’un crime portant atteinte à l’intégrité physique des personnes. »

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Denis Robert, en haut, et son livre d'investigation Clearstream, l'enquête, chez Julliard

Rappelons que Denis Robert, dans l’affaire Clearstream, a dû affronter 31 procès en diffamationN’est-ce pas effectivement « abusif » ?

3- Vous engagez-vous à revoir l’article 226-1 du code pénal en prévoyant une peine mieux proportionnée au préjudice subi par la victime et à chercher le moyen de mettre fin à l’avalanche de plaintes au civil pour des atteintes au droit à l’image ?

Alors que Nicolas Sarkozy brasse de grands principes flous, Ségolène Royal, tout en rappelant qu’il « reste indispensable d’assurer le respect du droit à l’image », fidèle à la méthode participative, précise : « avant de revoir l’article 226-1 du code pénal, je crois indispensable qu’une large concertation ait lieu avec les professionnels de la presse ».

L’article 226-1 du code pénal punit de 45 000 € d’amende toute « atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui » (paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, image dans un lieu privé).

4- Quelle est votre position sur la concentration des médias et quelles propositions faites-vous pour garantir à la fois l’indépendance des rédactions et le pluralisme de l’information en France ? Etes-vous favorable à l’adoption de dispositions interdisant à des groupes vivant massivement des commandes de l’Etat de posséder une majorité - voire une minorité de blocage - dans les médias d’informations générales ?

C’est sur ce thème que l’affrontement entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy est le plus frontal. C’est aussi sur celui-là où Nicolas Sarkozy doit assumer le bilan du quinquennat passé de Jacques Chirac. Ségolène Royal enfonce le clou sur le sujet du quinquennat de Jacques Chirac :

« La loi du 1er août 2000 sur le passage de l'analogique au numérique hertzien conciliait deux objectifs : inciter ces groupes historiques (TF1, M6, Canal +) à adhérer à la TNT (télévision numérique terrestre) et profiter de l'augmentation du nombre de fréquences pour favoriser le pluralisme et l'émergence de nouveaux groupes audiovisuels. Mais, depuis 2002, la majorité actuelle a mis à mal ce projet en renforçant la concentration. »

Première remarque : Nicolas Sarkozy escamote une phrase de la question dans sa lettre et donc n’y répond absolument pas. Ce n’est pas un accident, c’est volontaire. Cette phrase est : « Etes-vous favorable à l’adoption de dispositions interdisant à des groupes vivant massivement des commandes de l’Etat de posséder une majorité - voire une minorité de blocage - dans les médias d’informations générales ? ».

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Nicolas Demorand : "Le Parisien, très certainement à vendre, et qui déclenche pas mal d’intérêt, notamment celui de Serge Dassault [...]" - Ségolène Royal : "Je ne le redirai sans doute pas mieux que vous."

Ségolène Royal, elle, s’exprimait encore clairement sur ce sujet dans C Politique sur France 5 dimanche 3 octobre 2010. À Nicolas Demorand qui lui demandait :

« Le quotidien Le Parisien, qui est très certainement à vendre, et qui déclenche pas mal d’intérêt, notamment celui de Serge Dassault, qui est député UMP, propriétaire du Figaro déjà et de Dassault Aviation, qui [a reçu des commandes récemment, de l’Etat] des commandes de Rafales. Quelle est votre lecture de ce dossier-là ? », Ségolène Royal répondait :

« Je n’ai pas de mot supplémentaire à ajouter dans cette confusion des places, des genres et des intérêts. Quand on est un groupe industriel qui dépend des commandes de l’Etat, prendre le contrôle en plus de plusieurs journaux, ça pose un problème. C’est vrai qu’il faut une loi anti-concentration, et puis il faut des règles sur la propriété du capital des outils de médias, bien sûr. »

Deuxième remarque : Nicolas Sarkozy, prenant prétexte d’une « industrie des médias » « menacée », estime que cette industrie « a donc besoin d’avoir des groupes solides qui la structurent. ». Et il conclut : « Par suite, la situation actuelle me semble satisfaisante dans ses grandes lignes, même si elle n’exclut pas des adaptations. ». Mais l’actuel locataire de l’Elysée reste vague sur ces « adaptations », tout juste renvoie-t-il aux propositions du rapport d’Alain Lancelot de 2005, indiquant mollement : « Je suis prêt à en reprendre certaines. ».

Ségolène Royal, pour sa part, est claire : « Mon objectif sera de faire émerger un nouveau dispositif de contrôle en mesure d’assurer la diversité des contenus et un pluralisme réel qui pourrait s’appuyer sur la définition d’un seuil d’audience à déterminer, à ne pas dépasser pour un groupe audiovisuel (proposition faite par le rapport Lancelot), sans interdire pour autant le développement de groupes français multimédias puissants. ».

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Dessin de Delize

L’une des propositions du rapport Lancelot, assez détaillé, est en effet d’imposer à un groupe audiovisuel un plafond, toutes chaînes et sociétés confondues, de 37,5% de part d’audience pour la télévision, et d’instaurer une règle « Un tiers/deux tiers/trois tiers » : plafond à 100% pour chaque média si le groupe est présent sur un seul média, la télévision par exemple ; plafond aux 2/3 si le groupe est présent sur deux médias (télévision et radio par exemple) ; et plafond au 1/3 si le groupe est présent sur trois médias (télévision, radio et presse nationale par exemple).

Mais la candidate à la présidentielle de 2007 va plus loin et émet plusieurs propositions

Tout d’abord, modifier le mode de nomination du CSA, car lorsque les présidents de la République, du Sénat et de l’Assemblée Nationale sont de la même couleur politique « le pluralisme et l’indépendance ne sont plus garantis ». L’Assemblée Nationale aurait pour tâche de nommer à une majorité des 3/5èmes les membres de cette instance, rebaptisée « Haute Autorité du Pluralisme ». Nicolas Sarkozy, bien évidemment, n’écrit pas un mot à ce sujet ! Dans l’Assemblée Nationale actuelle, la majorité du président de la République n’aurait pas la majorité requise : il lui faudrait 347 voix, ou 231 voix suffiraient pour la contrer. L’UMP et le Nouveau Centre (NC) disposent de 339 voix, et le PS et la GDR 230… à une voix de la minorité de blocage. Ceux qui font la différence : 8 non inscrits, dont 3 Modem (François Bayrou, Jean Lassalle, et Abdoulatifou Aly de Mayotte). Nul doute que sur ce genre de sujet, François Bayrou ne voterait jamais avec la majorité UMP-NC…

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Orange et Netvibes s'associent : Orange apporte ses 130 millions de clients (tuyaux) et Netvibes son catalogue de 200 000 widgets (contenu, petit outil permettant d'obtenir des informations : météo, actualité, carte routière, ...)

Ensuite, Ségolène Royal épingle l’absence de prise en compte des « développements en cours du secteur des médias »dans le dispositif anti-concentration : « développement d’Internet qui se joue des frontières », « importance de la détention des catalogues de contenus » - en cela Ségolène Royal a été visionnaire, la lutte pour les contenus d’Orange pour alimenter ses « tuyaux » étant venue confirmer cet élément, « importance des normes propriétaires » (nouvelles normes DVD non compatibles, consoles, décodeurs, …), « stratégie de développement autour de leur marque des opérateurs privés historiques de télévision et de radio ». Pas un mot sur tous ces thèmes de la part de l’actuel président de la République non plus !

5- Vous engagez-vous à mettre un terme à la création de nouveaux délits de presse et à ne pas multiplier les lois mémorielles qui peuvent, à la longue, avoir des conséquences néfastes pour la liberté d’expression ?

Outre le fait que les deux candidats de 2007 sont d’accord pour ne pas multiplier les lois mémorielles, Ségolène Royal est la seul à rappeler, à juste titre : « La liberté de la presse doit être préservée. Je pense néanmoins que les propos négationnistes sur les génocides ne doivent pas être tolérés. ».

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Nicolas Sarkozy pendant son discours à Grenoble le 30 juillet 2010 (AFP/Philippe Desmazes)

Là où l’on rit – jaune – c’est devant l’aplomb de Nicolas Sarkozy qui affirme : « Je ne veux pas d’une repentance généralisée (…) qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines. La priorité est de nous unir autour de la fierté d’être Français. ». Après le discours de Grenoble le 30 juillet 2010, et la tentation récurrente de Nicolas Sarkozy de diviser les citoyens de ce pays pour ‘régner’, les Français savent qui « dresse les Français les uns contre les autres en Fonction de leurs origines » !

6- Vous engagez-vous à rouvrir un processus consultatif sur l’épineuse question des labels sur Internet ? Vous engagez-vous à refuser la création d’une commission de déontologie pour les contenus en ligne si ses attributions, son fonctionnement et le mode de désignation de ses membres ne sont pas plus clairement définis ?

Nicolas Sarkozy fait deux choses : il supprime la deuxième phrase de la question, héritée des initiatives de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin, sujet sur lequel Ségolène Royal revient longuement. Et il répond en une phrase vague d’une ligne, dont il a le secret : « Il s’agit d’un sujet complexe et je suis donc favorable à ce que la concertation la plus large possible reprenne. ».

De fait, aucune concertation n’a repris, le projet de décret sur la création d’une commission de déontologie pour les contenus en ligne a été suspendu. En mai 2009, la création d’un Conseil National du Numérique (CNN) voulu par Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d'État à la Prospective et au développement de l'économie numérique, a été annoncé. L’association April – Promouvoir et défendre le logiciel libre a rappelé « les principes de gouvernance nécessaires pour le succès d'une telle démarche de concertation multi-acteurs » : « une structure de co-régulation est plus que jamais nécessaire. », a-t-elle écrit, alors que la structure associative à laquelle elle participait, le Forum des Droits sur l’Internet (FDI), devait être incorporée dans le CNN. « Aucune structure administrative ne pourra remplacer une telle structure associative. », a rappelé l’April.

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Cet été, le GESTE (Groupement des Editeurs de Services en Ligne) a écrit à François Fillon pour lui faire part de ses « vives inquiétudes » : « Le fonctionnement passé et actuel du Forum des Droits de l’Internet nous semble bien loin de garantir l’indépendance et la représentativité nécessaire au futur CNN. Lors de nombreuses participations du Geste aux travaux du FDI, il est apparu que bon nombre de conclusions étaient discutées par les commanditaires des études, bien plus que par les apports des différents acteurs du marché concernés, la présidente du FDI n’hésitant pas encore récemment, lors des discussions sur les cookies, à exposer comme majoritaire sa position personnelle en total désaccord avec l’ensemble des associations ayant participé aux travaux du Forum. ».

Les inquiétudes de Ségolène Royal sont donc vérifiées : elle dénonçait « un projet de décret élaboré dans l’ombre », « en catimini », et une commission aux « compétences trop larges, et surtout mal définies », notant de plus que la composition de la commission devrait être « élargie ». Nicolas Sarkozy n’a pas fait en sorte que la concertation reprenne, et les deux défauts fondamentaux de la commission aux yeux de RSF, « son fonctionnement et le mode de désignation de ses membres », se retrouvera demain pour le CNN. La présidente du FDI a décidé toute seule, d’après un article de PC INpact du 15 novembre 2010, de dissoudre le FDI le 7 décembre prochain.

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Isabelle Falque-Pierrotin est la très contestée présidente-elle fait l'unanimité contre elle - du FDI

Ségolène Royal a également proposé de réfléchir au périmètre d’une TVA réduite à 5,5% pour certains services internet d’édition en ligne, comme les abonnements payants de sites en ligne ou la vente des archives, pour en augmenter « l’attractivité ».

7- Vous engagez-vous à revoir les dispositions contenues dans la loi du 13 février 2007 sur la prévention de la délinquance afin d’éviter des recours abusifs à la loi qui pourraient porter préjudice à la libre circulation d’informations sur Internet ?

Ségolène Royal est très claire sur ce point, sur lequel Nicolas Sarkozy pratique la langue de bois. Et pour cause : il a initié cette loi en tant que ministre de l’Intérieur !

La candidate à la présidentielle de 2007 est sans concession : la loi du 13 février 2007 est « un bon exemple de législation bâclée, rédigée dans l’improvisation et pour afficher une posture de fermeté. L’impact juridique réel de cette disposition est controversé. Si, comme le pensent de nombreux juristes, cette disposition législative interdit aux non-journalistes de diffuser des vidéos ou des photos montrant des violences sur personne, même si ces actes sont commis par les forces de police, elle devra être revue. ».

Que dit le texte de la loi du 13 février 2007 ?

« Art. 222-33-3. [du Code pénal] – Est constitutif d’un acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne (…) et est puni des peines prévues par ces articles le fait d’enregistrer sciemment, par quelque moyen que ce soit, sur tout support que ce soit, des images relatives à la commission de ces infractions.

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À l'origine, la loi du 13 février 2007 visait le "happy slapping", qui doit être sanctionné selon les deux candidats... (Philippe Tastet)

Le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Le présent article n’est pas applicable lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice. ».

« L’exercice normal » de la profession de journaliste ne semble en effet pas s’appliquer aux non-journalistes, les blogeurs, ou les contributeurs ponctuels.

8- Vous engagez-vous à demander aux entreprises françaises d’adopter un "code de conduite volontaire", comme celui proposé par le Parlement européen, et à prendre publiquement position en faveur d’un engagement éthique des entreprises du secteur des nouvelles technologies qui travaillent dans des pays ne respectant pas la liberté d’expression ?

L’engagement de Ségolène Royal sur ce point est total :

« Je souscris aux principes énoncés dans la résolution sur la liberté d’expression sur Internet adoptée, en juillet 2006, par le Parlement européen. Il reste désormais à la traduire en actes. L’adoption de "code de conduite volontaire" pour "mettre des limites à l’activité des entreprises dans les pays répressifs" est une première étape. ».

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Dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Dans le même temps, l’hypocrisie de Nicolas Sarkozy est totale, quand on pense à la récente visite du président chinois, Hu Jintao, à Paris, et au fait que le président de la République actuel n’a pas évoqué avec ce dernier le sort du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo : « Quand on reçoit quelqu'un, pour bien le recevoir, ce n'est pas en reprochant aux gens les choses qu'on fait avancer les dossiers. C'est en essayant de les comprendre qu’eux vous comprennent aussi. », avait anticipé Nicolas Sarkozy lors de son passage à Troyes. Il est vrai que des milliards d’euros de contrats commerciaux étaient en jeu ! RSF a publié sur son site le 4 novembre 2010 : « À la différence d’Angela Merkel ou de Barack Obama, le président français n’a même pas félicité l’intellectuel pour l’attribution du prix Nobel. À croire que le président de la République française, Nicolas Sarkozy, ne lit que la presse chinoise et n’a pas été informé que le prix Nobel de la paix 2010 a été attribué à l’intellectuel Liu Xiaobo. ».

En effet, dans sa lettre à RSF en 2007, Nicolas Sarkozy répondait à cette dernière question sur un « code de conduite volontaire » et sur un « engagement éthique des entreprises » :

« Oui. Je pense que rien, et surtout pas le profit, ne justifie qu’on ferme les yeux sur les atteintes aux libertés fondamentales qui restent commises si fréquemment dans le monde. ».

En conclusion, 8 questions, 8 échecs de Nicolas Sarkozy. Demain mardi 23 novembre aura lieu l’UPP « Liberté et responsabilité de la presse et des médias : une utopie réalisable », présentée et animée par Jean-Pierre Mignard, à 18h30, à la Mairie du IVème arrondissement, à Paris, en présence de Ségolène Royal (cliquez ici pour avoir toutes les informations).

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Une occasion de débattre sur ce sujet, un des grands échecs de Nicolas Sarkozy (la France a perdu 13 places au classement mondial de la liberté de la presse de RSF en 3 ans de présidence sarkozyste), avec la candidate à l’élection présidentielle en 2007, Ségolène Royal, et ses invités…

Cliquez sur le document auquel vous souhaitez accéder : 

Lettre de Ségolène Royal à Reporters Sans Frontières du 12 avril 2007

Lettre de Nicolas Sarkozy à Reporters Sans Frontières du 12 avril 2007

Lettre de Reporters sans Frontières du 16 mars 2007

Frédérick Moulin

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:11

logo75nouveau-1-.jpg    Le conseil fédéral, parlement du parti socialiste parisien, se réunissait hier soir pour proposer une liste de candidates et de candidats pour l’élection sénatoriale.

 

  Bafouant toutes les règles démocratiques, en ouvrant le vote sur la liste avant même le débat, ne prenant même pas le temps d’entendre les candidats, les chefs locaux s’étaient mis d’accord pour écarter des places éligibles la candidate Dominique Bertinotti proche de Ségolène Royal.

 

Ce fut un véritable affront pour toutes les militantes et tous les militants parisiens qui œuvrent depuis des mois pour construire l’unité du Parti afin de préparer les futurs échéances nationales.

Mais rien n’y fait le Parti socialiste préfère retomber dans ses vieilles querelles, ses divisions internes.  

 

Une soirée de cuisine électorale !

 

Un à un les leaders locaux du parti montaient à la tribune sous le regard satisfait du premier fédéral Rémi Féraud pour expliquer leur cuisine politique. A aucun moment il ne fut question d’engagement, d’orientation politique, le seul sujet portait sur les règles internes de répartition des postes : je te donne, tu me donnes et tout le monde est satisfait. Peu importe après tout le candidat ou la candidate, il peut être parachuté, il peut même être absent, car la seule chose qui compte : c’est la règle à calcul entre petits chefs locaux pour placer leurs hommes. « Vous n’avez pas à discuter le choix de notre candidate, c’est le choix de notre motion ! » entendait-on. « Mais où est cette candidate ? » Evacuée la question, elle n’est pas là, elle ne daignera même pas se présenter, après tout cela compte si peu puisqu’il s’agit d’un arrangement entre motions, petite magouille entre frères ennemis. La candidate fantôme remplace l’élue de terrain Dominique Bertinotti.

 

Où en est la rénovation du parti ?

 

Ségolène Royal en avait fait l’une de ses propositions au dernier congrès de Reims. Pour sortir de ces petites combinaisons entre fractions qui ruinent ce parti, la socialiste proposait une réelle rénovation de son fonctionnement pour en faire un grand parti ouvert sur la société, un parti démocratique où l’on parle d’engagement politique, de valeurs, de combats et de propositions. Martine Aubry avait repris une partie de cette idée, parlant d’une nécessaire rénovation. Et qu'en est-il maintenant ?

Lors de ce conseil fédéral parisien, c’est tout l’ancien parti qui a refait surface, celui qui a conduit à la tragédie de 2002 : un parti totalement détaché de la société, se repliant sur ses petits jeux internes. Un parti où l’engagement collectif compte moins que les petites combinaisons de motions, un parti toujours prêt à se diviser malgré les attentes de la population pour le changement.

 

 

Philippe Allard

 

 

Suite à ce calamiteux conseil fédéral à Paris, Dominique Bertinotti en appelle directement à Martine Aubry pour que l’unité du parti ne soit pas un jeu de façade !

 

  PARIS, 20 novembre 2010 (AFP) - Dominique Bertinotti, fidèle de SégolèneRoyal et candidate aux sénatoriales de septembre à Paris, en a appelé samedi à Martine Aubry pour obtenir une position éligible sur la liste parisienne.

 

Selon un vote du conseil fédéral parisien vendredi soir, la maire du IVème arrondissement figure en 10ème place, non-éligible, sur cette liste, alors que Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre, de l'aile gauche de Benoît Hamon, devrait être en quatrième position, éligible.

"Toute élaboration de listes de candidats est un geste politique", écrit Mme Bertinotti dans un communiqué.

"Celui actuellement posé par la direction de la fédération de Paris est un mauvais geste, un geste marqué du sceau du congrès de Reims, un geste diviseur, un geste qui nie le chemin parcouru par Ségolène Royal et Martine Aubry depuis La Rochelle", poursuit-elle.

"Forte de l’assentiment de nombreux militants ségolénistes réunis en assemblée générale à Paris début novembre, j’ai déposé ma candidature à un poste de sénatrice en position éligible. Ma candidature est placée sous le double signe du respect et de l’unité des socialistes".

"Avec l’ensemble des militants ségolénistes", "je demande que la première secrétaire du parti agisse pour que l’unité ne se résume pas à un discours mais à des actes", dit encore Mme Bertinotti.

 

La liste de candidats doit être soumise au vote des militants parisiens le 2 décembre.

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 07:09

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Jeudi 18 novembre, Ségolène Royal a inauguré à Cerizay, dans les Deux-Sèvres, la chaîne de montage des préséries de la Mia, la voiture électrique sortie des bureaux d’étude d’Heuliez. Dans quelques jours, les premières préséries sortiront de cette chaîne ; elles sont destinées à valider le véhicule et son process de fabrication. Puis viendront la production en série au printemps prochain, les premières livraisons en juin 2011, et les premières ventes aux particuliers en 2012.

« C’est une voiture très silencieuse et agréable. », a souligné la présidente de la Région Poitou-Charentes après avoir conduit une Mia quelques kilomètres dans Cerizay.

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Ségolène Royal lors de l'essai d'une Mia, jeudi 18 novembre 2010 à Cerizay (AFP, comme la photo précédente)

Le nouveau constructeur automobile français, issu de la reprise d’Heuliez le 30 juin 2010, est détenu à 31% par la région et à 69% par la société allemande Mia Electric GmbH (= Sarl), qui a pour associés l’entrepreneur sarrois Edwin Kohl et des experts en énergie d’Essen, la société Conenergy AG (=SA). Pour la Mia, le châssis est fabriqué par la branche emboutissage d’Heuliez, reprise par le groupe français Baelen Gaillard Industries

Redessinée par l’ancien designer en chef de Volkswagen, Murat Günat, la voiture est présentée en 3 versions.

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La Mia

La Mia trois places peut atteindre 110 km/h, possède une autonomie de 100 km sans recharger la batterie standard de 8 kWh, et offre, avec le siège conducteur placé au centre, une vue dégagée optimale. La batterie se recharge sur le secteur (220 volts) en 2,5 heures ; une recharge rapide de 10 minutes permet d’effectuer un trajet de 8 km.

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Une version existe aussi avec une batterie de 12 kWh, plus puissante, qui permet une autonomie accrue de 30%. Le coût des 100 km est très faible car la Mia est économe en électricité : 1,50 € seulement, soit un coût très inférieur à celui d’une voiture à essence, ce qui n’est pas un mince avantage.

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La Mia L

La Mia L quatre places est plus longue de 32 cm – son volume de chargement passe de 260 à 420 litres par rapport à la Mia - et la banquette 3 places à l’arrière est rabattable pour agrandir l’espace de chargement.

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La Mia utilitaire

Enfin, la Mia utilitaire a un seul siège – celui du conducteur – et son volume de chargement est multiplié par plus de 3 par rapport à la Mia L, à 1500 litres.

La mise en vente de la Mia a débuté le 6 octobre 2010, il y a moins d’un mois et demi, et le succès est déjà au rendez-vous : entre 500 et 1000 commandes auraient déjà été passées selon Le Parisien, 1000 selon d’autres sources.

Quelques succès ont été remportés en France, avec des commandes du Conseil général des Deux-Sèvres présidé par le socialiste Eric Gautier, de la Région Poitou-Charentes, de la mairie de Nice, ville dirigée par Christian Estrosi, ministre sortant de l’Industrie et principal protagoniste de Ségolène Royal dans le dossier de la reprise d’Heuliez, de la communauté de 25 communes du Pays de Matha en Charente Maritimes, et de la ville de Billère, 14 000 habitants, dans les Pyrénées-Atlantiques, dont le maire est le socialiste Jean-Yves Lalanne, vice-président de la communauté d’agglomération de Pau. D’autre part, la Mia est actuellement en lice pour les marchés d’autopartage des villes de Nice et de La Rochelle, dont l’attribution sera rendue publique prochainement. Gageons que ces villes donneront la victoire à la Mia.

L’Allemagne est le second marché-cible de la Mia et le premier marché automobile d’Europe : avec les relations et les réseaux de distribution auxquels les associés de Mia Electric GmbH ont accès, la Mia y rencontre ses plus beaux succès, surtout dans le secteur de l’énergie, qui est celui de Conenergy AG. L’alliance que Ségolène Royal a contracté au nom de la Région Poitou-Charentes avec les associés allemands de Mia Electric GmbH apparaît pleine de promesses.

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Roman Dudenhausen, directeur général de Mia Zlectric GmbH, Georg Müller, président du Conseil d'Administration de MVV Energie AG, et Matthias Brückmann, membre du CA de MVV Energie AG, posant avec une Mia devant le siège de MVV Energie AG

 Le groupe énergétique MVV Energie, basé à Mannheim mais ayant de nombreuses implantations en Allemagne, ainsi qu’en République tchèque, a été séduit : c’est aujourd’hui le plus gros client de la Mia. Fort de ses 3,2 Md€ de chiffre d’affaires annuel et de ses 6000 employés, il proposera la Mia à ses partenaires dans les sphères publiques et privées.

 

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Station de chargement en électricité Future Fleet, projet d'une flotte commune à SAP et MVV Energie AG de 100 voiture électriques

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La Mia à Aix-La-Chapelle, à la première station de rechargement en électricité de la STAWAG en libre-service de la ville

La société des services municipaux d’électricité d’Aix-La-Chapelle, la STAWAG Stadtwerke Aachen AG, qui compte 365 employés et réalise un chiffre d’affaires annuel de 419 M€, a également passé commande ; Aix-La-Chapelle est la 27ème ville d’Allemagne et compte 260 000 habitants.

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Présentation de la Mia sur le stand de N-ERGIE AG lors du Salon des consommateurs le 2 novembre 2010 à Nuremberg (N-ERGIE)

Enfin, N-ERGIE AG, fournisseur régional d’énergie basé à Nuremberg, est également client : le fournisseur régional réalise 1,8 Md€ de chiffre d’affaires, emploie 2600 personnes et se classe parmi les 10 premiers producteurs d’électricité en Allemagne.

Côté prix, la Mia sera vendue 19 900 euros TTC, mais avec le bonus écologique, son prix s’établira en France à environ 16 000 euros TTC selon Mia Electric. La Région Poitou-Charentes attribuera même à ses habitants une aide qui permettra au prix de la Mia de tomber à 13 900 euros TTC.

La Région a d’ailleurs décidé poursuivre son pari dans la voiture électrique et de lancer un fonds de 12 M€ pour son développement : aide à l’acquisition, développement de l’offre (taxi électrique, autopartage, …), développement des stations de recharge et de stockage de l’énergie électrique, développement de solutions de location de voiture ou de batteries de longue durée, développement de nouvelles voitures électriques.

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« La forte demande dont la Mia fait l’objet depuis l’ouverture des ventes est un signal très encourageant, qui confirme le réalisme des objectifs de production que nous nous sommes fixés. Notre ambition est en effet de mettre sur les routes 5000 Mia entre le début de la production de série en juin et la fin de l’année 2011 », a déclaré Roman Dudenhausen, directeur général de Mia Electric GmbH. Si 1000 Mia ont été commandées en un mois et demi, l’objectif de 5000 Mia pour 2011 devrait être tenu. Le constructeur automobile compte vendre 10 000 Mia en 2012, ce qui représente la fourchette basse de l’estimation de la capacité de production de l’usine de Cerizay.

Cette montée en puissance permet aux salariés de l’ex-Heuliez d’être optimistes, aussi bien pour la branche emboutissage, qui produira le châssis de la Mia, que pour la branche voiture électrique, qui produira la voiture électrique. Actuellement, pour la branche voiture électrique – le nouveau constructeur automobile – 158 personnes sont sous contrat dont 50 prises en charge par une convention régionale pour la sécurisation des parcours professionnels : c’est la fameuse Sécurité sociale professionnelle mise en place par Ségolène Royal dans la région, et c’est aussi un exemple parlant de « politique par la preuve ».

Les perspectives sont bonnes pour les ventes de Mia : « Je suis persuadé qu’il va nous falloir augmenter nos capacités de production dès l’an prochain. Le marché a mûri et nous avons six mois d’avance sur nos concurrents », affirme, Laurent Buffeteau, le directeur général de Mia en France, qui prévoit de réembaucher près d’une centaine de personnes d’ici à juin 2011. L’usine de Cerizay devrait produire 40 voitures électriques par jour dès 2011.


Salon de la croissance verte et des éco-industries à Poitiers : sur l'invitation et les affiches, la Mia, en bas, à gauche

La Mia sera prochainement très présente aux grands rendez-vous professionnels, comme le Salon des Maires et des Collectivités Locales qui se tiendra à Paris du 23 au 25 novembre, le Salon de la croissance verte et des éco-industries organisé du 25 au 27 novembre à Poitiers, et le Salon Pollutec, du 30 novembre au 3 décembre à Lyon.

Incontestablement, la Mia, voiture électrique, est en passe de devenir un succès, autour d’un axe franco-allemand qui réussit. C’était aussi autour de cet axe que Victor Hugo voyait se construire les Etats-Unis d’Europe…

Frédérick Moulin

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 18:58

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Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres dans l’ancienne circonscription de Ségolène Royal, ancienne secrétaire nationale du PS chargée de la sécurité, dont les idées avaient été remarquées et intégrées dans « l’ordre juste » par l’ex-candidate à la présidence de la République en 2007, s’est exprimée à deux reprises sur son blog ces derniers jours sur les 22 propositions du PS en matière de sécurité présentées par Martine Aubry.

Proche de Ségolène Royal, elle a estimé que « trop de propositions ressemblent trop à ce que nous avons fait entre 1997 et 2002 ». Elle a appelé à privilégier les « idées nouvelles ». Elle a prévenu : « Proclamer le droit à la sécurité ne suffit pas. Nous devons être capables d’avoir des solutions opérationnelles face à une insécurité qui s’est endurcie. », « La lutte contre la montée de la violence (…) sera un élément essentiel dans la bataille présidentielle à venir. ».

Un court rappel de quelques idées nouvelles émises par Ségolène Royal sur le thème de la sécurité à l’université d'été du PS de La Rochelle le 27 août 2010 : 

 

Frédérick Moulin

 

-oOo-

« Proclamer le droit à la sécurité ne suffit pas »

Interview publiée dans le Parisien le jeudi 18 novembre 2010

Hier, Martine Aubry a dévoilé 22 propositions du PS en matière de sécurité et jugé que « la politique de sécurité conduite par Nicolas Sarkozy est un fiasco ». Ex-porte-parole de Ségolène Royal, Delphine Batho est députée des Deux-Sèvres et spécialiste de ces questions au sein du groupe PS à l’Assemblée.

Comment jugez-vous les propositions de Martine Aubry?

Je reste sur ma faim sur les arbitrages qui ont été effectués par la première secrétaire. Trop de propositions ressemblent trop à ce que nous avons fait entre 1997 et 2002. On s’en tient à des solutions anciennes d’avant le 21 avril !

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"Attention : si on gagne en 2012, nous affronterons une situation extrêmement dure." (dessin de Louison)

À quoi faites-vous allusion ?

À la confirmation des délégués du procureur, par exemple. C’est une mesure qui ne fonctionne pas : dans 70% des cas, ils prononcent de simples rappels à la loi, ce qui n’est pas suffisamment ferme face à la violence de certains mineurs. Si la mise en place d’une police judiciaire de quartier est une bonne idée, le PS n’est pas encore au niveau en matière de sanctions. Attention : si on gagne en 2012, nous affronterons une situation extrêmement dure, d’autant que Nicolas Sarkozy a échoué sur la sécurité. Le PS doit être porteur d’une fermeté de gauche avec des solutions nouvelles et adaptées.

Pourquoi le PS est-il, selon vous, toujours en retard ?

Il aurait fallu écouter les élus locaux jusqu’au bout. Proclamer le droit à la sécurité ne suffit pas. L’affichage non plus. Nous devons être capables d’avoir des solutions opérationnelles face à une insécurité qui s’est endurcie. Il y a encore du travail pour y parvenir.

Blog de Delphine Batho, jeudi 18 novembre 2010

-oOo-

PS : la sécurité en débat…

J’ai lu avec intérêt le Parisien de samedi qui dévoilait certaines des propositions que le PS présentera mercredi sur la sécurité.

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PS : ne pas rester prisonnier des idées anciennes : "Nous devons désormais porter des idées nouvelles et ne pas nous contenter de reprendre celles du texte « Mieux prévenir, mieux punir » " (dessin de Louison)

On y trouve de très bonnes choses, comme la création d’une police de quartier qui était déjà dans notre programme en 2007. Mais  nous devons désormais porter des idées nouvelles et ne pas nous contenter de reprendre celles du texte « Mieux prévenir, mieux punir » adopté avant le 21 avril 2002. Du temps a passé depuis et la violence s’est singulièrement endurcie.

Selon le Parisien, une des idées retenues consisterait à remettre en selle les « délégués du procureur ». Cela m’étonnerait car le bilan de ce dispositif créé en 1998 est très discutable. Certes, il a permis de faire monter le « taux de réponse pénale » à près de 90%. Mais comme le soulignait le rapport de la mission d’information parlementaire sur l’exécution des décisions de justice pénale à laquelle j’ai participé, en réalité 70% des « mesures alternatives » prononcées par les délégués du procureur sont de simples rappels à la loi ! Nous avions souligné combien cette mesure manque parfois de force et de fermeté pour avoir un impact sur le comportement d’un mineur.

J’espère que nous pourrons en débattre au Bureau national ce mardi car nous ne pouvons pas nous permettre de faire preuve d’amateurisme sur la sécurité, un sujet crucial pour les Français et déterminant politiquement face à Nicolas Sarkozy. La lutte contre la montée de la violence doit avoir une place centrale dans le projet de la gauche. Ce sera un élément essentiel dans la bataille présidentielle à venir.

Blog de Delphine Batho, lundi 15 novembre 2010

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 11:43

DSC00389-1-.jpg  Beaucoup commençaient à désespérer et si elle n’y allait pas ! Qui saurait donner ce souffle qu’elle avait réussi à faire surgir dans la campagne de 2007 ? Qui permettrait de redonner au socialisme humaniste de Jaurès une nouvelle force ? Qui aurait la volonté et la crédibilité pour définir le nouveau cap pour une France plus écologique, plus juste, plus innovante, plus démocratique ? Qui pourrait porter ce projet à la fois «enthousiasmant et crédible » unissant idéalisme et réalisme pour un réel changement ? Qui prendrait à bras le corps le dossier de la jeunesse pour en faire l’orientation première pour que plus un jeune ne soit laissé de côté, privé d’avenir ? Qui dans cette planète assaillie par la finance conduirait notre France pour construire un monde plus juste, ouvert à tous les peuples ?

 

Qui d’autre si ce n’est Ségolène Royal ? Personne !

 

Mais lundi soir, Ségolène Royal en intervenant sur i-télé a redonné espoir : « je n’ai pas exclu d’être candidate pour défendre un certain nombre de valeurs », « j’aime beaucoup les campagnes électorales », « j’ai des idées à défendre ».

Pas à pas au fil de cet entretien, elle entrait dans la campagne et faisait naître cet enthousiasme, ce désir de construire, cet espoir de changement.

 

Elle dévoilait sa stratégie pour porter la victoire en créant un vaste rassemblement unissant les socialistes, la gauche, les écologistes et les centristes humanistes. Elle y tient Ségolène Royal et nous aussi à cette recomposition de la vie politique française non sur une simple combinaison d’appareil d’un entre-deux-tours mais sur un projet commun de gouvernement. C’est une constante dans son engagement car la Présidente du Poitou-Charentes sait pouvoir mener une autre politique en s’appuyant sur une large majorité bâtie sur des projets avec des hommes et des femmes engagés.

 

Elle entrait sereinement dans cette campagne pour porter « un projet de société crédible » qui « puisse convaincre une majorité de Français et aussi les enthousiasmer, les soulever, leur redonner un espoir ». Elle esquissait ses orientations privilégiant l’écologie, l’économie, le social. Elle fixait le cap de notre engagement commun, de ce vaste rassemblement, pour ne plus « accepter que les logiques financières décident de tout » et pour replacer  « la personne humaine … au cœur de toutes les décisions politiques ».

 

Ségolène Royal a déclaré qu’elle nous dirait « assez rapidement maintenant » sa décision. Nous, nous avons envie de nous déclarer maintenant. Allez-y ! Allons-y ! Rassemblons ! La France a besoin de vous, la France a besoin de ce changement que vous portez en notre nom pour plus d’humanité et de justice.

 

Philippe Allard

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 03:49

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Ségolène Royal est intervenue en duplex dans l’émission « À vous de juger » animée par Arlette Chabot sur France 2 hier soir, pour réagir à l’entretien accordé par Nicolas Sarkozy à l’Elysée à trois journalistes de TF1, France 2 et Canal+, qui débutait à 20h15. Intervenaient également en duplex François Bayrou, Dominique de Villepin, Marine Le Pen, François Chérèque (CFDT) et Marie-George Buffet. Sur le plateau, quelques invités : François Baroin, Pierre Moscovici, Cécile Duflot et Marc-Philippe Daubresse, centriste proche de Jean-Louis Borloo, défini par Pierre Moscovici comme un centriste « UMP ».

Après l’intervention de Nicolas Sarkozy, la première personnalité politique à intervenir en duplex fut Ségolène Royal. D’emblée, l’ex-candidate à la présidentielle de 2007 a nourri un feu soutenu de critiques étayées contre Nicolas Sarkozy, ce président « gravement inconscient de la gravité de la situation économique, sociale et morale », en « décalage » par rapport à « la gravité de ce que vivent les Français », « affaibli par ses échecs », « discrédité par ses mensonges ». Puis Ségolène Royal a parlé des Français, qui auront des raisons d’être « en colère » et « dégoûtés » contre celui qui « en trois ans » leur a « tout pris » après avoir fait « le contraire de ce qu’il avait promis ». Elle a aussi noté les « lacunes » dans la lutte contre le chômage et le chômage des jeunes, avec seulement deux propositions, dont l’une « existe déjà » dans les régions socialistes et l’autre est « très faible ».

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 Puis elle a répondu aux questions d’Arlette Chabot sur la retraite et l’accélération du travail des socialistes ; enfin elle a promis : « nous rendrons à la France » ses valeurs.

Arlette Chabot, d’abord muette, peut-être surprise par la vigueur de l’assaut, a ensuite multiplié les interruptions et les « recentrages », ce qui n’a pas empêché Ségolène Royal d’exposer ses idées et de conclure. Arlette Chabot a ensuite été moins offensive avec les autres intervenants.

Nicolas Sarkozy a fait l’unanimité des intervenants contre lui, à l’exception de MM. Daubresse et Baroin. Les critiques les plus fréquentes ont porté sur un président centré sur lui-même et en décalage avec les problèmes des Français, ne défendant pas l’intérêt général mais des intérêts particuliers, sur la primauté de la communication sur les idées et l’action, et sur les « mensonges », « approximations » et « inexactitudes » proférées par M. Sarkozy.

Après Ségolène Royal, une des critiques les plus brillantes, venue de la droite anti-sarkozyste et ayant pour thème l’intérêt général, a été celle de Dominique de Villepin, camarade de promotion à l’ENA (promotion Voltaire) de la présidente de la Région Poitou-Charentes, qui conclut en martelant : « La politique, c’est de défendre une vision et une ambition pour la France, et dans cette affaire, nous en sommes loin. ». L’écologiste Cécile Duflot et le président du Modem François Bayrou, ont également réalisé des prestations intéressantes.

Vous trouverez ci-après des extraits de leurs trois interventions.

Pour lire l'extrait de l'intervention de Dominique de Villepin, cliquez ici.

Pour lire l'extrait de l'intervention de Cécile Duflot, cliquez ici.

Pour lire l'extrait de l'intervention de François Bayrou, cliquez ici.

Frédérick Moulin 

 

Arlette Chabot : on entendra un peu plus tard Martine Aubry qui va faire une déclaration tout à l’heure du Parti socialiste, mais d’abord Ségolène Royal. Bonsoir Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonsoir.

Arlette Chabot : est-ce que vous avez trouvé que le président amorçait une nouvelle phase avec la résolution tranquille [« Recherchait, recherchait. », interjette Alain Duhamel] recherchait la résolution tranquille comme disait à l’instant Alain Duhamel, c’est-à-dire on a un président qui se représidentialise ?

Ségolène Royal : je crois surtout que, en l’écoutant ce soir, on comprend la colère des Français, et on se dit que cette colère va encore monter. Pourquoi ? D’abord j’ai trouvé un président gravement inconscient de la gravité justement de la situation économique, sociale et morale en France. Il n’en a parlé à aucun moment et je crois que ce décalage entre cette façon de ne parler que de lui-même, et de passer sous silence la gravité de ce que vivent les Français est la première chose qui me frappe.

La seconde, c’est que j’ai trouvé un président affaibli par ses échecs, et enfin, j’ai trouvé un président qui était discrédité par ses mensonges. Le plus gros mensonge quand même, c’est quand il nous dit qu’il n’a pas pris sa décision pour 2012, alors que tous les ministres nous disent le contraire depuis la formation du gouvernement Fillon, et en particulier Alain Juppé qui n’y est pas allé par quatre chemins, puisqu’il a dit qu’il arrivait dans le gouvernement pour préparer la campagne électorale de Nicolas Sarkozy.

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Ségolène Royal : "En trois ans, Nicolas Sarkozy a fait le contraire de ce qu’il avait promis, il nous a tout pris."

Donc au total, je crois que les Français ce soir vont avoir de nouvelles raisons d’être à la fois en colère, et même dégoûtés, comme il l’ont d’ailleurs manifesté au cours du mouvement social. En trois ans, Nicolas Sarkozy a fait le contraire de ce qu’il avait promis, il nous a tout pris.

Il nous a pris les valeurs de la France. Il nous a pris la grandeur de la France, qui s’est abaissée sur le plan international. Il nous a pris le pouvoir d’achat, après avoir promis qu’il serait le président du pouvoir d’achat. Il nous a pris notre système de retraite, après avoir promis qu’il ne toucherait ni à la retraite à 65 ans, ni à la retraite à 60 ans. Il nous a pris les services publics, il s’est même vanté d’avoir supprimé plus de 130 000 postes d’agents publics, c’est-à-dire dans l’éducation, dans la police et dans la justice en particulier.

Il s’est autosatisfait d’une réforme gravissime, celle des retraites, puisqu’elle n’est, contrairement à ce qu’il a dit, ni financée, ni sécurisée pour l’avenir, et au contraire elle est faite pour encourager la privatisation du système de santé au profit des banques et des assurances. Autrement dit, ceux qui sont rassurés ce soir, ce sont les plus fortunés, puisqu’on a appris qu’il avait l’intention de supprimer l’impôt sur la fortune, et donc ce que je voudrais dire c’est que…

Arlette Chabot : ouais… enfin… ouais. Et le bouclier fiscal aussi , Ségolène Royal, c’est-à-dire faire une reforme, on va en parler avec François Baroin de cette réforme…

Ségolène Royal : attendons de voir… attendons de voir comment c’est mené…

Arlette Chabot : voilà, il y a bouclier fiscal, ISF, et une nouvelle imposition sur le patrimoine, donc c’est un projet global.

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Ségolène Royal : "la grande lacune" "sur la lutte contre le chômage" : seulement deux "propositions"

Ségolène Royal : [coupure liaison son] c’est un projet global… c’est un projet global : on attend de voir. La grande lacune aussi, c’est aucune proposition sur la lutte contre le chômage, elles sont très faibles, il en a fait deux des propositions : une sur le contrat de transition professionnelle, mais je voudrais dire à Monsieur Sarkozy que ça existe déjà, et notamment dans les régions présidées par des socialistes. Dans la région que je préside, nous avons déjà mis en place la Sécurité sociale professionnelle, puisque, par exemple, très concrètement, dans l’entreprise Heuliez qui fabrique les voitures électriques, nous prenons en charge 220 salariés avec 90% du salaire pendant 18 mois en contrepartie d’une formation professionnelle, donc ça, c’est fait.

Et en ce qui concerne la lutte contre le chômage des jeunes, c’est très faible : il a annoncé l’augmentation des contrats par alternance, mais ce qu’il faut, c’est une grande cause nationale pour lutter contre le chômage des jeunes, c’est un pacte de confiance pour l’emploi des jeunes, c’est-à-dire, par exemple, conditionner les aides économiques aux entreprises et les allègements de charges à l’obligation de recruter des jeunes, de les prendre en apprentissage, ou de les prendre en alternance, d’aider les jeunes par des bourses « désir d’entreprendre » [Arlette Chabot coupe Ségolène Royal, cf ci-dessous] à créer leur activité, voilà des solutions opérationnelles.

Arlette Chabot : Ségolène Royal, on va pas refaire … on va pas refaire le débat sur les retraites, Nicolas Sarkozy a dit …

Ségolène Royal : je ne vous parlais pas des retraites, je vous parlais du chômage des jeunes

Arlette Chabot : non, non, mais, attendez j’y arrive, on va pas refaire le débat sur les retraites. Une seule question : Nicolas Sarkozy a dit, et c’est un peu ce que disent les sondages, que les Français ne croient pas que les socialistes reviendront sur le retard, là, de départ de l’âge de la retraite, c’est-à-dire reviendra à 60 ans. Est-ce que vous nous redites en une phrase ce soir : oui, nous reviendrons, et nous remettrons à 60 ans l’âge légal de départ à la retraite ? Une phrase ?

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Ségolène Royal : "Les Français n’y croient pas parce que nos propos ont été déformés." - "Pour tous ceux qui auront cotisé 41 ans, ils pourront partir à 65 ans, et non pas à 67 ans à taux plein, et pour ceux qui ont cotisé 41 ans, oui, parce que ce sont ceux qui ont travaillé dur, qui ont travaillé tôt, ceux-là pourront partir à 60 ans."

Ségolène Royal : les Français n’y croient pas parce que nos propos ont été déformés. Alors d’une phrase, ce que je dis ce soir aux Français, c’est que pour tous ceux qui auront cotisé 41 ans, ils pourront partir à 65 ans, et non pas à 67 ans à taux plein, et pour ceux qui ont cotisé 41 ans, oui, parce que ce sont ceux qui ont travaillé dur, qui ont travaillé tôt, ceux-là pourront partir à 60 ans. Car contrairement aux mensonges qu’a dit Monsieur Sarkozy tout à l’heure, juste un mot, il a encore menti sur ce qui se passe dans les autres pays étrangers. Aucun autre pays d’Europe n’impose à ses salariés à la fois 41 ans de cotisations et un recul de l’âge de la retraite, donc il a encore [« Une phrase. », interrompt Arlette Chabot] menti, et nous serons prêts pour expliquer aux Français ce que nous allons faire avec eux, car qu’est-ce qu’ils veulent aujourd’hui les Français ? Ils veulent…

Arlette Chabot : mais vous serez prêts quand, vous serez prêts quand, Ségolène Royal ?

Ségolène Royal : nous serons prêts bientôt.

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Arlette Chabot : "Nicolas Sarkozy se prépare à un second mandat, au moins à la seconde [« C’est évident, contrairement à ce qu’il a dit. », remarque Ségolène Royal] présidence, même s’il dit qu’il n’a pas pris sa décision [« Il ment. », souligne Ségolène Royal], alors ça c’est vous qui le dites (...)"

Arlette Chabot : parce qu’on a l’impression, pardonnez-moi ce soir, que, effectivement Nicolas Sarkozy se prépare à un second mandat, au moins à la seconde [« C’est évident, contrairement à ce qu’il a dit. », remarque Ségolène Royal] présidence, même s’il dit qu’il n’a pas pris sa décision [« Il ment. », souligne Ségolène Royal], alors ça c’est vous qui le dites, mais en tout cas [« Il ment. », souligne à nouveau Ségolène Royal] du côté du PS, franchement vous êtes pas prêts quoi. Alors vous l’avez dit hier, vous souhaitez peut-être une accélération du calendrier, est-ce que le Parti socialiste aurait pas intérêt à mettre un peu le turbo ?

Ségolène Royal : oui, le Parti socialiste a intérêt à mettre le turbo, mais il le met, il le met. Martine Aubry a remis le Parti socialiste au travail. Nous travaillons …

Arlette Chabot : mais il faut accélérer un peu ou pas ?

Ségolène Royal : il faut accélérer le travail, mais le travail s’accélère de toute façon, parce que, ce que veulent les Français, c’est pouvoir élever leurs enfants dans de bonnes écoles où il n’y a pas de violence. C’est faire en sorte que leurs enfants trouvent ensuite un [« Ça c’est le programme du PS, que… ou… Ségolène Royal. », interrompt Arlette Chabot] travail lorsqu’ils ont une formation. C’est la sécurité. C’est le rétablissement des comptes publics. C’est la lutte contre la dette publique. C’est la défense des services publics. Et c’est un coup de pouce important donné à la créativité des entreprises pour que la croissance reprenne. C’est aussi un coup de pouce très important donné à la croissance verte, à l’excellence environnementale….

Arlette Chabot : … presque l’impression que c’est un programme …

Ségolène Royal : mais bien sûr.

Arlette Chabot : … de Ségolène Royal pour l’élection présidentielle, ça.

Ségolène Royal : mais non, mais nous l’avons, nous l’avons ce programme. Et nous irons devant les Français avec la fierté non seulement de ce projet, mais aussi des valeurs, des valeurs que nous rendrons à la France, des valeurs morales, des valeurs de justice, des valeur de respect, des valeurs d’écoute, des valeurs de démocratie, parce que ce pouvoir sarkozyste a un problème avec la démocratie, un problème avec le respect des partenaires sociaux, et on réforme bien un pays en écoutant les Français et en étant en phase avec eux et non pas en leur imposant des réformes aussi injustes qu’inefficaces.

Arlette Chabot : merci Ségolène Royal, on va retrouver François Bayrou.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 04:18

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Ségolène Royal était l'invité d'Audrey Pulvar sur i>TELE dans "APS", "Audrey Pulvar Soir", hier soir à 19h30.

Elle est longuement revenue sur l'ouverture vers le centre, "une continuité dans mon comportement politique". Elle a aussi proposé aux Français "déçus de ce qui se passe", de "construire ensemble un projet commun où l’on remet la personne humaine au cœur de toutes les décisions politiquespour "que la France se redresse". Elle a donc proposé "une vaste coalition entre la gauche radicale, la gauche altermondialiste, les socialistes bien sûr, les communistes, les écologistes, les centristes humanistes", comme celle expérimentée avec succès en Poitou-Charentes.

L'ancienne ministre a également détecté 3 "anomalies très graves dans ce gouvernement" remanié. "Comment se fait-il que le ministère de la Défense vienne en tête de l’ensemble des ministères ? Nous ne sommes pas un pays en guerre, que je sache.", tout cela "pour soigner l’ego d’un seul homme", Alain Juppé.

"L’autre anomalie, c’est le retrait de l’Energie du ministère de l’Ecologie." Et enfin, "troisième mauvaise nouvelle, c’est la disparition du ministère de la Famille" : "les politiques familiales sont vraiment essentielles dans la construction de la cohésion sociale de la France".

Puis Audrey Pulvar est longuement revenue sur la main tendue aux centriste, qui ne serait pas dans la ligne de Solférino selon elle. Pourtant, Martine Aubry, dans le JT de 20h sur France 2, a tenu un discours très proche de celui de Ségolène Royal sur la grande coalition, comme en phase. Ségolène Royal a exprimé un souhait : "J’espère que les centristes se rappelleront ce qui s’est passé entre les deux tours de l’élection présidentielle, où j’ai tendu la main à François Bayrou en respect du vote électoral."

Puis le sujet des primaires socialistes a été abordé, et Ségolène Royal a répondu à la question d'Audrey Pulvar : "Ça veut dire que vous y allez aux primaires ? Vous allez défendre cette option jusqu’au bout ?" : "Ça je vous le dirai assez rapidement maintenant.", tout en ajoutant assez vite "L’enjeu de l’élection présidentielle, ce n’est pas une ambition personnelle ou un itinéraire personnel, c’est une dynamique collective.", et faisant part de contacts avec Martine et Dominique Strauss-Kahn, en homme et femmes politiques responsable face à une situation grave.

Le but? "Un projet de société crédible puisse convaincre une majorité de Français et aussi les enthousiasmer, les soulever, leur redonner un espoir."

Frédérick Moulin 

 

Audrey Pulvar : Ségolène Royal est sur ce plateau avec nous, bonsoir Madame Royal.

Ségolène Royal : bonsoir.

Audrey Pulvar : merci d’avoir accepté notre invitation. Alors on le disait tout à l’heure, vous avez appelé ce matin les socialistes à tendre la main à tous ceux qui ont été mal traités lors de ce nouveau gouvernement – vous avez notamment cité Bernard Kouchner – et puis, vous avez également cité les centristes, à qui vous aviez déjà fait un appel, on s’en souvient, entre le premier et le second tour des législatives en 2007, vous avez constitué…

Ségolène Royal : et de la présidentielle.

Audrey Pulvar : … et de la présidentielle, vous avez constit… non, mais vous aviez dit qu’il fallait que le Parti socialiste s’unisse partout où c’était possible avec les centristes entre [« Oui. », acquiesce Ségolène Royal] le premier et le second tour des législatives. Vous avez construit une forme de coalition avec les centristes en Poitou-Charentes, mais ce n’est pas le « genre de beauté », on va dire, entre guillemets du Parti socialiste, vous prenez, à nouveau, à contre-courant votre parti.

Ségolène Royal : détrompez-vous. Je pense au contraire que tous les socialistes comme de nombreux Français ont vraiment envie d’une autre politique, ils veulent mettre fin à cette parenthèse, ils veulent mettre fin à cette situation extrêmement grave que vit aujourd’hui notre pays, la grave crise économique et sociale, ils veulent que la politique change. Ils voient qu’avec ce faux remaniement, rien ne va changer et je suis convaincue que demain, lors des prochaines échéances, notamment lors de la prochaine présidentielle, il faudra à la fois unir les socialistes, unir la gauche, unir la gauche et les écologistes, et ensuite tendre la main aux centristes humanistes. Et vous avez bien fait de rappeler que c’est une continuité dans mon comportement politique.

Ségo 3 tendr la main aux centristes humanistes

Ségolène Royal : "tendre la main aux centristes humanistes", "une continuité dans mon comportement politique"

Audrey Pulvar : oui, vous êtes logique avec vous-même, sur ce point-là.

Ségolène Royal : voilà, et je crois que le moment est venu, d’ailleurs Daniel Cohn-Bendit a dit la même chose l’autre jour. Et je suis convaincue que tous les Français qui sont déçus de ce qui se passe, et surtout qui veulent d’autres solutions, construire ensemble un projet commun où l’on remet la personne humaine au cœur de toutes les décisions politiques, sauront s’allier pour faire en sorte que la France se redresse.

Audrey Pulvar : à cette réserve près que Daniel Cohn-Bendit ne se considère ni de droite ni de gauche et qu’au Parti socialiste, il y en a qui inclinent plutôt à faire alliance avec le Parti communiste, voire avec Jean-Luc Mélenchon, c’est pas très compatible avec une éventuelle main tendue aux centristes d’Hervé Morin ou de François Bayrou.

Ségolène Royal : au contraire. Je pense qu’il faudra [« Tout est possible. », interrompt Audrey Pulvar] une vaste coalition. On m’avait fait la même observation au premier tour des élections régionales, où dès le premier tour j’ai organisé une vaste coalition entre la gauche radicale, la gauche altermondialiste, les socialistes bien sûr, les communistes, les écologistes, les centristes humanistes, et les sondages soi-disant se sont écroulés, je ne devais pas être élue à cause de la confusion politique. Et j’ai en fait été élue avec 61% des voix, c’est-à-dire avec tous ceux qui ont voulu mettre ensemble ce qui les rapproche, et oublier peut-être ce qui les divise.

Audrey Pulvar : donc ce qui est possible au niveau régional est selon vous possible au niveau national ?

Ségolène Royal : j’en suis convaincue. Peut-être pas dès le premier tour, mais ce qui est important, c’est de construire un modèle alternatif, une autre société.

Audrey Pulvar : mais ça veut dire quoi aujourd’hui, tendre la main aux centristes, là, d’ici 2012, ça veut dire quoi ?

Ségolène Royal : ça veut dire premièrement prendre acte de la façon dont ils ont été traités. Et au fond ce manque de respect à l’égard des personnalités politiques qui ont comme seul tort d’exercer une libre parole, c’est le même manque de respect qu’ont subi les Français lors de la réforme des retraites, où ils n’ont pas été écoutés, ils n’ont pas été respectés. C’est au fond l’essence même de la politique de cette droite qui est au pouvoir et qui ne sait pas écouter, qui ne sait pas respecter.

Audrey Pulvar : enfin, un remaniement, c’est toujours douloureux, il y a toujours des gens qui se considèrent comme maltraités.

Juppé

Ségolène Royal : "Est-il normal que le ministère de la Défense, pour soigner l’ego d’un seul homme, devienne le premier ministère, avant l’Ecologie, avant l’Economie et les Finances, avant le ministère des Affaires Sociales ?"

Ségolène Royal : mais ce n’est pas de ça dont il s’agit, il s’agit de l’avenir de la France. Et voilà 8 mois que le chef de l’Etat a promis un remaniement, a promis un nouveau souffle, a promis un changement, a promis un tournant social, et aujourd’hui il reprend le même Premier ministre, celui-là même qui nous a imposé une réforme injuste et inefficace du système de retraite contre laquelle se dressent 70% des Français. On voit aussi d’autres anomalies très graves dans ce gouvernement. Est-il normal que le ministère de la Défense, pour soigner l’ego d’un seul homme, devienne le premier ministère, avant l’Ecologie, avant l’Economie et les Finances, avec la grave crise financière, avant le ministère des Affaires Sociales, est-ce que nous sommes…

Audrey Pulvar : quand vous parlez de soigner l’ego d’un seul homme, vous parlez d’Alain Juppé ?

Ségolène Royal : oui. Comment se fait-il que le ministère de la Défense vienne en tête de l’ensemble des ministères ? C’est déjà observé de façon très étrange. J’étais à l’instant en réunion de l’Internationale Socialiste, nos partenaires étrangers s’étonnaient de ce classement, nous ne sommes pas un pays en guerre, que je sache.

Audrey Pulvar : nous sommes engagés en Afghanistan, le désengagement d’Afghanistan est un dossier sensible,…

Ségolène Royal : bien sûr.

Audrey Pulvar : …lourd à gérer on peut imaginer que ça prenne une importance euh… forte, dans la politique gouvernementale, pour les prochaines années.

Ségolène Royal : oui, sans doute, c’est d’une importance forte, mais je crois que ce dont souffrent les Français aujourd’hui, c’est du chômage, du déficit des comptes publics, de la dégradation des mœurs politiques. L’autre anomalie, c’est le retrait de l’Energie du ministère de l’Ecologie. C’est quand même la première fois, j’étais ministre moi il y a 18 ans, déjà à l’époque il y avait eu des débats, et c’est très important que ce soit l’Ecologie qui gère l’Energie. Pourquoi ? Parce que nous luttons contre le réchauffement planétaire, nous devons donc lutter contre les lobbies du pétrole, contre le lobby d’EDF, c’est le ministère de l’Ecologie qui doit assurer le contrôle de la sûreté des installations nucléaires, et ce rattachement, qui est d’ailleurs dénoncé par tous les écologistes et tout le milieu associatif, est une très mauvaise nouvelle. Puis enfin troisième mauvaise nouvelle, c’est la disparition du ministère de la Famille, et ça je trouve que c’est vraiment très regrettable, parce que les politiques familiales sont vraiment essentielles dans la construction de la cohésion sociale de la France.

Audrey Pulvar : vous pensez que Nathalie Kosciusko-Morizet n’aura pas la combativité, les moyens nécessaires pour faire face à ce qu’on appelle le lobby de l’énergie ?

Borloo K

Nathalie Kosciusko-Morizet, nouvelle ministre de l'Ecologie sans l'Energie, contrairement à son prédécesseur Jean-Louis Borloo, n’aura pas les moyens nécessaires pour faire face au lobby de l’énergie

Ségolène Royal : elle n’aura plus le moyen politique, parce que …

Audrey Pulvar : parce que l’Energie échappe à son giron de ministre ?

Ségolène Royal : voilà, exactement, et quand on voit le recul dans le domaine de la fiscalité énergétique, puisque vous avez vu que dans le projet de loi de finance, il y a un grave recul sur les avantages fiscaux donnés par exemple au photovoltaïque, donc on voit bien que le lobby du pétrole est quand même très présent, et je crois que c’est une grave erreur d’avoir ainsi affaibli le ministère de l’environnement, puisque l’avenir de la planète, c’est notre avenir commun, c’est l’avenir de l’humanité.

Audrey Pulvar : on a l’impression, Ségolène Royal, que cette petite musique de l’unité, qui faisait beaucoup recette au sein du Parti socialiste depuis plusieurs mois, et notamment à la faveur de la réforme des retraites est déjà en train de sonner faux. La proposition que vous faites ce matin, pour l’instant, ne déclenche pas un enthousiasme délirant au siège du Parti socialiste à Solférino…

Ségolène Royal : mais ce n’est pas une proposition, c’est un constat de l’évolution de l’évolution des forces politiques.

Audrey Pulvar : c’est un constat … et même un conseil, que vous donnez au Parti socialiste de tendre la main comme ça, au autres…

Ségolène Royal : mais il ne s’agit pas d’accord d’appareil, il ne s’agit pas d’accord d’appareil, il s’agit d’un mouvement profond des citoyens qui à un moment vont se rassembler, de la gauche radicale au centre…

Audrey Pulvar : et si le Parti socialiste ne vous suit pas dans cette option, ça voudra dire qu’il ne comprend pas les aspirations profondes de la société ?

Ségo 5 mais pas du tout ce sont les Français

Ségolène Royal : "Mais pas du tout, ce sont les électeurs qui veulent ça. Ce sont les électeurs qui veulent en finir avec ce qui se passe."

Ségolène Royal : mais pas du tout, ce sont les électeurs qui veulent ça. Ce sont les électeurs qui veulent en finir avec ce qui se passe.

Audrey Pulvar : mais ce n’est pas le langage du parti officiel du parti socialiste aujourd’hui ?

Ségolène Royal : mais attendez de voir ce que va donner l’échéance présidentielle. J’espère que les centristes se rappelleront ce qui s’est passé entre les deux tours de l’élection présidentielle, où j’ai tendu la main à François Bayrou en respect du vote électoral. Il était le partenaire normal de cette main tendue pour battre Nicolas Sarkozy. Il a refusé. Donc aujourd’hui quand il se plaint, et à juste titre, des dégâts et de la dégradation de la situation de la France à cause de la mauvaise politique qui est suivie, il avait un bon moyen de ne pas laisser la France entre les mains de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui en acceptant cette main tendue et en faisant alliance, chacun fait un effort vers l’autre, et c’est après avoir rassemblé son camps que l’on tend la main et que l’on fait l’ouverture vers le centre.

Bayrou Ségo

Ségolène Royal : "J’espère que les centristes se rappelleront ce qui s’est passé entre les deux tours de l’élection présidentielle, où j’ai tendu la main à François Bayrou en respect du vote électoral."

Audrey Pulvar : alors, vous nous disiez tout à l’heure que ce que vous avez fait au plan régional, justement, cette alliance très large, allant de la gauche, voire la gauche de la gauche, aux centristes, est réalisable sur un plan national ; ça veut dire que vous y allez aux primaires ? Vous allez défendre cette option jusqu’au bout ?

Ségo 6 ça je vous le dirai assez rapidement

Ségolène Royal : "Ça je vous le dirai assez rapidement maintenant."

Ségolène Royal : ça je vous le dirai assez rapidement maintenant. En tout cas si je vais, [« Eh bien, vous pouvez nous le dire ce soir, alors. », s’exclame Audrey Pulvar] si je vais aux primaires, c’est tout à fait ce type d’idée que je défendrai, parce que je pense que c’est une structuration nouvelle de la politique française, que nous devons nous orienter vers ces vastes alliances, qui permettent de rassembler toutes celles et ceux qui veulent un changement du système actuel. [« Je pense qu’on a bien compris. », interrompt Audrey Pulvar] Eh oui mais c’est très important, parce que ce qui est commun à la gauche radicale jusqu’aux centristes humanistes, c’est de penser qu’il n’est maintenant plus possible d’accepter que les logiques financières décident de tout, et que c’est la personne humaine qui doit être remise au cœur de toutes les décisions politiques.

Audrey Pulvar : donc vous n’excluez pas, Ségolène Royal, de vous présenter aux primaires socialistes ? On avait cru vous sentir un peu en retrait ces derniers mois. Vous aviez déclaré à plusieurs reprises que voilà, ce n’était pas une priorité pour vous, et que vous pouviez vous effacer au profit d’un autre candidat ?

Ségolène Royal : mais je n’exclus rien et je maintiens cet état d’esprit au sens où l’enjeu de l’élection présidentielle, ce n’est pas une ambition personnelle ou un itinéraire personnel, c’est une dynamique collective. Martine Aubry a remis le Parti socialiste au travail. Arnaud Montebourg a fait des propositions très claires sur l’organisation des primaires. Je souhaite d’ailleurs que ce dispositif d’organisation se mette rapidement en place, puisque la droite nous dit qu’elle met en place un gouvernement de combat pour 2012, comme s’il n’y avait pas encore beaucoup de travail à faire au service des Français, il faut que les socialistes donnent maintenant très clairement les règles du jeu de l’organisation des primaires.

Audrey Pulvar : et vous les appelez à même accélérer le rythme pour se mettre en ordre de bataille d’ici 2012. C’est à mettre en parallèle avec ce que vous nous disiez à l’instant, qu’on va savoir très rapidement votre décision concernant une éventuelle candidature aux primaires ?

Ségolène Royal : mais je répète, ce n’est pas une affaire personnelle, c’est une dynamique collective. Donc j’observe aujourd’hui comment se situent les uns les autres, quelles sont les envies, les déterminations des uns et des autres, j’ai dit que je m’intégrerai dans un dispositif collectif, je n’ai pas exclu moi-même d’être candidate pour défendre un certain nombre de valeurs. Ce qui est important, c’est que les règles du jeu soient fixées vites, conformément…

Audrey Pulvar : elles le sont déjà.

Ségolène Royal : elles le sont déjà, mais que les structures se mettent en place, puisque Martine Aubry a lancé une commission d’éthique, une commission indépendante, peut-être présidée par Pierre Joxe, puisque c’était la proposition d’Arnaud Montebourg, et donc que les socialistes organisent, et je crois que ce sera mis très fortement à leur crédit par les Français, organisent ce grand moment démocratique des primaires.

Audrey Pulvar : vous avez dit sur ce plateau même il y a quelques mois, pas tout à fait un an, que bien sûr pour vous il vous semblait possible de remporter cette primaire, en faisant un petit parallèle d’ailleurs, en disant que vous aviez remporté une primaire pour laquelle on pouvait verser 20 euros et devenir adhérent, alors celle-ci, où on ne demande qu’un euro, ce sera encore plus facile, mais que la question était de savoir si vous pouviez faire gagner votre camp par la suite face au candidat, s’il n’y en a qu’un, en tout cas face au candidat de la droite. Est-ce qu’aujourd’hui vous sentez une ouverture que vous ne sentiez pas il y a quelques mois ?

Ségo 9 dynamique primaire plait bcp et ai idées à défdr

Ségolène Royal : "Une dynamique de primaire me plaît beaucoup, et puis j’ai des idées à défendre."

Ségolène Royal : je ne dirais pas que ça se pose de cette façon-là. La problématique est la même, c’est-à-dire que c’est vrai que j’aime beaucoup les campagnes électorales, donc une dynamique de primaire me plaît beaucoup, et puis j’ai des idées à défendre, mais j’ai aussi l’expérience de la campagne précédente. Et personne ne peut gagner s’il n’y a pas la réconciliation après les primaires, et quel(le) que soit le candidat ou la candidate. Et moi je veux d’abord faire gagner mon camp, parce que je crois que la France mérite mieux que ce qu’elle a et que les Français doivent être sortis de la crise dans laquelle nous sommes aujourd’hui, et donc…

Audrey Pulvar : vous en parlez régulièrement avec Martine Aubry ou avec Dominique Strauss-Kahn ? Beaucoup de gens se demandent s’ils vont vraiment, eux, quant à eux, être candidats ?

Ségolène Royal : nous sommes bien évidemment en contact les uns et les autres, ou avec les proches des uns et des autres, parce que nous sommes des responsables politiques qui voulons faire en sorte de ne pas décevoir ceux qui espèrent en nous, et nous sommes conscients de la gravité de la situation, nous sommes conscients des attentes extrêmement fortes. Les Français ne nous pardonneraient pas de nouvelles divisions, moi-même j’ai fait beaucoup d’efforts pour renouer les liens et pour m’engager dans l’unité après les péripéties du Congrès, et je ferai tout pour que cette unité subsiste.

Audrey Pulvar : la bataille pour la présidentielle de 2012 apparemment commence aujourd’hui avec ce nouveau gouvernement derrière Nicolas Sarkozy ; elle commence également au Parti socialiste aujourd’hui ?

Ségo 10 ce n'est pas une bataille au PS

Ségolène Royal : "Ce n’est pas une bataille, au Parti socialiste. C’est la prise de responsabilité pour que nous puissions désigner le meilleur ou la meilleure d’entre nous, et surtout mettre en place les conditions du rassemblement après les primaires."

Ségolène Royal : ce n’est pas une bataille, au Parti socialiste. C’est la prise de responsabilité pour que nous puissions désigner le meilleur ou la meilleure d’entre nous, et surtout mettre en place les conditions du rassemblement après les primaires pour que le combat que nous avons à mener autour d’un projet de société crédible puisse convaincre une majorité de Français et aussi les enthousiasmer, les soulever, leur redonner un espoir, parce que je crois qu’il y a énormément de souffrance dans notre pays, et en même temps une répartition des richesses tellement injuste, et donc des solutions, je pense, crédibles.

Audrey Pulvar : merci beaucoup Ségolène Royal d’avoir donc répondu à notre invitation. On retiendra que vous n’excluez pas de vous présenter aux primaires. On a même cru sentir une certaine envie, hein, chez vous. Merci beaucoup.

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 03:57

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Ségolène Royal était l'invitée de Marc-Olivier Fogiel hier matin dans la "Matinale" d'Europe 1.

Elle est longuement revenu sur le "remaniement" ministériel, s'attaquant tout d'abord au "gouvernement actuel", c'est-à-dire au "couple président-Premier ministre", soulignant qu' "il y a deux choses à faire pour donner un nouveau souffle à un gouvernement" : "changer les hommes qui ont échoué", et "changer de politique", or le nouveau governement, "c’est un gouvernement de fermeture".

Dans ces conditions, une seule solution : "il faut que les socialistes aujourd’hui accélèrent la préparation de 2012, que les socialistes accélèrent leur projet, que la gauche accélère son unité, qu’elle accélère aussi son unité avec les écologistes, et enfin qu’elle tende la main aux centristes", "très mal traités". Il faut aussi "accélérer le calendrier, la mise en place des structures qui doivent organiser les primaires".

Ségolène Royal a conclu en disant : "les socialistes sont au travail, nous sommes au travail, pour proposer une alternative enthousiasmante et crédible."

Frédérick Moulin

 

 

Marc-Olivier Fogiel : bonjour Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Marc-Olivier Fogiel : vous êtes la présidente de la Région Poitou-Charentes, un remaniement donc critiqué par la gauche. En même temps, aurait-il pu en être autrement ? Vous auriez préféré, vous, Jean-Louis Borloo à Matignon ?

Ségolène Royal : je crois surtout que c’est un gouvernement de fermeture et qui ne tient pas compte de ce qu’ont dit les Français. Donc il fallait bien évidemment un changement, même si on n’attend pas grand-chose de ce gouvernement, dans la mesure où après le grave conflit social, il a annoncé déjà qu’il ne changerait rien, et ce qui frappe les Français aujourd’hui, c’est le contraste entre la gravité de la situation économique et sociale de botre pays, et le manque de sérieux et de hauteur de vue…

Marc-Olivier Fogiel : mais qu’est-ce qui aurait pu vous satisfaire, Ségolène Royal ? Jean-Louis Borloo par exemple à Matignon, vous auriez dit ce matin, c’est un signe de quelque chose ?

Ségolène Royal : s’il y avait un changement de politique en même temps. C’est vrai qu’il faut à la fois un changement des hommes et un changement de politique lorsqu’on a affaire à un président aussi affaibli et aussi discrédité. Il y a des Français qui ne comprennent pas où est conduit notre pays et qui ont massivement démontré leur opposition à des réformes injustes et brutales…

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Ségolène Royal : "Il faut à la fois un changement des hommes et un changement de politique" (dessin de Plantu)

Marc-Olivier Fogiel : sauf qu’en même temps c’est un gouvernement en ordre de bataille pour 2012 qui maintient le cap à droite. C’est peut-être la bonne stratégie pour Nicolas Sarkozy, de réélection, non ?

Ségolène Royal : tout dépend de ce que l’on doit faire lorsqu’on est président de la République. Est-ce que l’on doit penser au pays et gérer le pays ? Oui. On doit d’abord servir le pays, on doit redresser la France, on doit mettre en place des réformes justes et durables, on doit lutter contre le chômage, contre les finances publiques très dégradées, contre une dette publique gravissime…

Marc-Olivier Fogiel : mais il vous répondrait que c’est ce qu’il fait justement, il ne fait pas un gouvernement de popularité en, par exemple, sortant Rama Yade, mais un gouvernement de travail pour 2012, non ?

Ségolène Royal : au contraire. Je crois qu’il fait tout le contraire, puisqu’à la fois il n’a pas choisi son Premier ministre, chacun sait qu’il voulait changer de Premier ministre, il s’est fait imposer ce Premier ministre par sa majorité parlementaire. Il n’a même pas choisi le moment du remaniement puisqu’il a dû revenir précipitamment du G20, humiliant ainsi, finalement, la fonction présidentielle, puisque Nicolas Sarkozy, au nom de la France, est président du G20, il a dû quitter le dîner des chefs d’Etat ce qui ne fait pas très sérieux. Et enfin c’est la première fois depuis le début de la Vème République que c’est le même Premier ministre qui va conduire la totalité du quinquennat.

Marc-Olivier Fogiel : donc ce n’est pas un désaveu. S’il avait changé François Fillon, vous auriez peut-être dit que c’est un désaveu des trois ans qui viennent de passer, donc finalement il garde le cap. C’est peut-être comme ça qu’il faut le prendre, non ?

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"François Fillon n’a rien fait de particulier, il profite tout simplement de l’usure de Nicolas Sarkozy" (dessin de Martin Vidberg)

Ségolène Royal : mais il y a deux choses à faire pour donner un nouveau souffle à un gouvernement. C’est changer les hommes qui ont échoué ou qui ne sont plus compris des Français d’une part, et deuxièmement changer de politique. Or François Fillon aujourd’hui est reconduit sur la même politique. François Fillon n’a rien fait de particulier, il profite tout simplement de l’usure de Nicolas Sarkozy. Quel est le bilan du gouvernement actuel, c’est-à-dire du couple président-Premier ministre ? C’est un chômage en hausse, et notamment un chômage des jeunes dramatique. Ce sont des finances publiques très dégradées et une dette publique gravissime. C’est un profond malaise social. C’est un dégoût des Français face aux mœurs politiques dégradées, avec la corruption, l’accumulation des affaires, la justice entravée, la presse et les médias sous contrôle…

Marc-Olivier Fogiel, coupant la parole à Ségolène Royal : alors, on va regarder… la corruption, vous dites, Ségolène Royal ?

Ségolène Royal : bah, vous le savez bien, d’ailleurs si Monsieur Woerth a été remercié de ce gouvernement, c’est qu’enfin il y a un aveu bien tardif, d’ailleurs, de la corruption de ce gouvernement.

Marc-Olivier Fogiel : vous dites que c’est un aveu, le fait qu’Eric Woerth ne soit plus au gouvernement, vous dites que c’est un aveu, euh, de corruption ??

Ségolène Royal : bien évidemment, c’est un aveu de l’accumulation de ces affaires et des processus de corruption, et j’espère que la justice maintenant va pouvoir faire son travail.

Marc-Olivier Fogiel : alors on va regarder devant. Est-ce que, aujourd’hui, les centristes sont hors du gouvernement, est-ce que vous leur tendez une main ce matin, ou vous leur ouvrez les bras, en disant 2012, on peut peut-être le faire ensemble ?

Ségolène Royal : bien sûr. Je l’ai toujours dit d’ailleurs. Je l’ai même démontré dans la région que je préside, puisque dès le premier tour, j’ai fait un accord avec les centristes. C’est aussi cela que j’avais plaidé pendant la campagne présidentielle en leur tendant la main…

Marc-Olivier Fogiel : donc Jean-louis Borloo par exemple, c’est possible qu’ensemble vous alliez vers 2012 ?

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Ségolène Royal : "Que la gauche tende la main aux centristes en leur demandant aujourd’hui de reprendre leur autonomie. Les centristes ont été très mal traités.(dessin de Plantu)

Ségolène Royal : je crois qu’il faut prendre les choses dans l’ordre, il faut que les socialistes aujourd’hui accélèrent la préparation de 2012, que les socialistes accélèrent leur projet, que la gauche accélère son unité, qu’elle accélère aussi son unité avec les écologistes, qui viennent d’ailleurs de franchir un pas intéressant, et enfin qu’elle tende la main aux centristes en leur demandant aujourd’hui de reprendre leur autonomie. Les centristes ont été très mal traités, c’est-à-dire qu’on a la fermeture d’un gouvernement, avec l’éviction de Bernard Kouchner, d’une part, et d’autre part avec l’éviction des centristes, qui pourtant n’avaient pas démérité, donc…

Marc-Olivier Fogiel : sur Bernard Kouchner et sur la fin de l’ouverture, justement, Ségolène Royal, puisqu’on sent bien que tout le monde se prépare pour 2012, et notamment le PS, vous dites « accélérer le calendrier », est-ce que vous voulez que les forces…

Ségolène Royal : non, j’ai dit accélérer le projet.

Marc-Olivier Fogiel : le projet…

Ségolène Royal : accélérer le projet et sans doute aussi [« Ça va avec, non ? », interjette Marc-Olivier Fogiel] le calendrier, oui bien sûr. Je pense qu’il faut, là, rediscuter et voir ensemble si tout le monde est d’accord, en effet, pour accélérer le calendrier, la mise en place des structures qui doivent organiser les primaires, de la commission nationale indépendante pour laquelle Arnaud Montebourg proposait qu’une personnalité indépendante comme Pierre Joxe, préside cette commission nationale. Donc il faut maintenant que le Parti socialiste mette en place l’ensemble des structures, des bureaux de vote qui vont permettre l’organisation des primaires…

Marc-Olivier Fogiel, l’interrompant : avec Bernard Kouchner, au PS, s’il vous plaît Ségolène Royal, est-ce que vous dites : tous ceux qui ont été au gouvernement Fillon, de gauche, d’ouverture, peuvent revenir au PS ?

Ségolène Royal : sur la base d’un projet commun ? Mais bien évidemment. Vous savez, Bernard Kouchner [« Il est le bienvenu ? », interroge Marc-Olivier Fogiel] a toujours été un ami, donc tous ceux qui voudront en finir avec le sarkozysme, c’est-à-dire avec ce pouvoir brutal qui dégrade notre pays, tous ceux-là, bien évidemment, seront bienvenus, et ce sera d’autant plus facile si les socialistes défendent farouchement leur unité, et s’ils ont capables, et ils le seront, et ils le sont, et ils sont au travail, et nous sommes au travail, pour proposer une alternative enthousiasmante et crédible.

Marc-Olivier Fogiel : merci Ségolène Royal, première invitée de la "Matinale" d’Europe 1.

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 23:04

h-20-1102987-1208434717-1-.jpg  Le remaniement ministériel permet au Président de la République de mettre le cap sur 2012. Le nouveau « gouvernement de fermeture » renvoie les ministres de gauche, du centre, et d’ailleurs pour se replier sur le parti au pouvoir : le parti du président.
Le centriste Jean-Louis Borloo s’efface, Bernard Kouchner disparaît, Fadela Amara est virée, et la liste est longue de ces ministres remerciés qui ont pu servir un temps les intérêts du prince président. C’est en quelque sorte la fin de la politique spectacle pour entrer dans les choses sérieuses : la bataille pour 2012. Une bataille essentielle pour poursuivre la même politique au service des intérêts d‘un petit nombre.
Très fortement affaibli, avec une côte de popularité au plus bas, Nicolas Sarkozy n’a plus le temps de jouer les coups politiques. Il largue l’accessoire et se concentre sur la seule finalité de ce gouvernement : assurer sa réélection.

Et pendant ce temps que fait le PS ?

Le projet des socialistes n’apparaît toujours pas audible pour la majorité des Français. Il semble avoir surtout servi à consolider l’équipe de direction en faisant taire le débat. Celui-ci a fini toutefois par réapparaître lors de la convention sur l’Egalité réelle portée par Benoît Hamon. Comme après un temps trop long de silence imposé, il est revenu maladroitement et avec fracas obligeant l’ancienne candidate Ségolène Royal a venir porter main forte à la secrétaire du Parti et à son porte-parole pour appeler les ténors socialistes à leur responsabilité et à l’unité.

Le Parti socialiste peut-il tenir l’unité sur de longs mois de campagne ?

Repoussées à novembre 2011, les primaires semblent bien lointaines face à un président en campagne. Certes, Martine Aubry doit tenir la boutique le temps que Dominique Strauss Kahn soit disponible pour se jeter dans la bataille. Elle profite d’un soutien de l’aile gauche du parti qui veut privilégier le débat interne par refus d’une présidentialisation. Oubliant que François Mitterrand, celui qui a permis de porter le PS au pouvoir, avait fait tout le contraire. Mais cet accord de dupe peut-il encore tenir longtemps alors que les grincements se font de plus en plus entendre de la base au sommet ? 

La candidate socialiste de 2007, Ségolène Royal, qui a acquis l’expérience de ces campagnes, a appelé les socialistes à accélérer le calendrier pour la préparation des primaires. Pour la présidente du Poitou-Charentes face au bilan catastrophique du pouvoir avec le « chômage en hausse et notamment un chômage des jeunes dramatique » , avec « une dette publique gravissime », avec « des mœurs politiques dégradées » et « la multiplication des affaires », les socialistes doivent être prêts pour en finir avec le sarkozysme.

Pour cela elle appelle à l’organisation des primaires, l’unité de la gauche, l’unité avec les écologiques et à la main tendue vers les centristes comme elle a su le faire dans sa région.
Pour cela, elle propose un projet « enthousiasmant et réaliste » unissant tous les socialistes, partisans de l’idéal et partisans de la réalité, n’écartant pas l’un au profit de l’autre mais rassemblant l’ensemble pour fixer le cap sur 2012.

 

Philippe Allard

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