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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 07:06

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Ségolène Royal était la première invitée de la nouvelle émission BFMTV 2012/Le Point/RMC, diffusée notamment sur la chaîne BFMTV. Divisée en 5 parties, l'émission a commencé par une interview d'une vingtaine de minutes par Olivier Mazerolle, de BFM.

Ses questions ont porté sur les domaines de l'actualité : l'assassinat de deux jeunes au Niger et l'armée française, le terrorisme.

Puis Ségolène Royal a condamné les paroles d'Olivier Mazerolle avec véhémence, qui avait mis dans la même phrase "islam", "actes terroristes" et "religion musulmane", tout en disant en passant qu'il ne fallait pas tout "confondre". Olivier Mazerolle en a été pour ses frais, et a finalement conclu par un "voilà", et est passé à autre chose, mal assuré dans sa diction.

Les sujets se sont alors enchaînés : la prise de position morale, éthique, et symbolique que Ségolène Royal pourrait prendre pour 2012 - l'interdiction des licenciements boursiers ; la définition d'un licenciement boursier ; l'importance du temps de travail à 35 heures pour éviter une nouvelle baisse du pouvoir d'achat ; faire des réformes justes et dans un consensus social ; l'idée jamais abandonnée ("pas un seul jour") depuis 2007 de se représenter à la présidentielle, qui a décontenancé Olivier Mazerolle.

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Puis Ségolène Royal a répondu à la question d'Olivier Mazerolle  : "Ça a commencé quand, cette idée?" en parlant de son engagement politique, tout entier tourné vers "la capacité à changer les choses".

Enfin, le thème des primaires et de l'éventuel retour de Dominique Strauss-Kahn fut abordé par Olivier Mazerolle, et Ségolène Royal a placé la barre très haut et nous a livré là deux éléments nouveaux : premier élément, si "Dominique revient", "je verrai s’il apparaît vraiment qu’il est dans une excellente situation pour pouvoir gagner". "Excellente" place la barre décidément très haut.

Deuxième élément : toujours dans le cas du retour de Dominique Strauss-Kahn, "soit il intègre l’ensemble des propositions que je fais, de la mutation économique, sociale, écologique, que j’ai l’intention de porter, dans son programme, et à ce moment-là en effet nous partons en équipe, soit il n’intègre pas cela dans son programme, et à ce moment-là les Français choisiront au cours du débat des primaires". Autrement dit, comme Ségolène le précisera en cinquième partie de l'émission, soit le programme de Dominique Strauss-Kahn devient ségo-compatible, et alors une équipe se formera, sans que le rôle de chacun soit défini à l'avance - en fonction de la situation analysée par Ségolène et Dominique, l'une pourrait être présidente, l'autre pourrait être Premier ministre, ou le contraire, par exemple - soit Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal se présenteront séparément aux primaires, et les Français choisiront.

Une question à dix sous : quel dirigeant socialiste est-il prêt à intégrer dans son programme les propositions en matière de social-écologie, de renforcement du rôle de l'Etat, d'interdiction des licenciements boursiers, de retraite à 60 et 65 ans que fait Ségolène Royal, notamment ? Dominique Strauss-Kahn pourrait-il le faire? Et sera-t-il en "excellente situation pour pouvoir gagner" s'il revient, probablement tardivement ?

Les primaires organisées par le PS seront probablement très intéressantes cet été !

Frédérick Moulin

 

Retranscription de l'intervention de Ségolène Royal sur BFMTV le 9 janvier par MEAGSR/F.M.

Olivier Mazerolle : bonsoir Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonsoir.

Olivier Mazerolle : on a intitulé cette émission, pour cette première, « Ségolène Royal la persévérante ». Ça vous va comme qualificatif ?

Ségolène Royal : oui, c’est assez positif. (Rires)

Olivier Mazerolle : bon. Avant de parler de vos projets, de votre candidature à la primaire socialiste, pour être la candidate socialiste à la présidentielle, il faut que nous parlions de ce drame et de ce deuil qui frappent la France avec nos deux compatriotes qui ont été tués hier au Niger. Est-ce que vous avez le sentiment que la France est soudée dans le deuil ?

Ségolène Royal : oui, la France est soudée face à l’horreur de cet assassinat atroce de deux jeunes de 25 ans. Je pense au deuil et à la souffrance des familles, et je crois que le pays en effet tout entier est uni dans cette épreuve.

Olivier Mazerolle : au-delà des clivages politiques ?

Ségolène Royal : au-delà des clivages politiques, je crois qu’il y a suffisamment de sujets de confrontation politique, pour que face à un drame comme celui-ci, à une horreur comme celle-là, en effet nous soyons tous unis tous rassemblés pour en identifier les causes, et pour lutter contre ce qui conduit à de tels assassinats abominables.

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Ségolène Royal : "cet assassinat atroce de deux jeunes de 25 ans"

 Olivier Mazerolle : le fait que les soldats français aient participé à la poursuite aux côté des soldats nigériens des ravisseurs de nos compatriotes ne suscite pas chez vous la moindre critique ?

Ségolène Royal : je pense que s’ils l’ont fait, c’est en toute connaissance de cause et en accord avec le gouvernement nigérien, donc je crois que l’armée française qui accomplit des tâches difficiles dans les champs de projection extérieurs doit être soutenue dans toutes ses actions.

Olivier Mazerolle : vous êtes satisfaite que François Fillon reçoive demain les responsables parlementaires de toutes les formations représentées donc à l’Assemblée Nationale et au Sénat ?

Ségolène Royal : c’est normal en effet qu’en république, quand la nation est confrontée à des drames de cette importance, que la sécurité de nos ressortissants est gravement mise en cause, qu’en effet le gouvernement s’oblige à un travail d’information de l’opposition.

Olivier Mazerolle : et enfin, Nicolas Sarkozy a dit la détermination de la France à refuser le diktat des terroristes et du terrorisme. Vous adhérez ?

Ségolène Royal : bien sûr. Je crois que tout doit être fait pour lutter contre le terrorisme, contre le grand banditisme, nous ne savons pas encore quelles sont les raisons réelles de cet assassinat épouvantable, que ce soit le terrorisme, le grand banditisme, ces prises d’otages insupportables, intolérables, inadmissibles, et en effet tout doit être fait pour lutter contre le terrorisme.

Et puisque nous parlons de la sécurité de nos ressortissants et du travail de l’armée française, permettez-moi aussi d’avoir une pensée pour un jeune sous-officier qui est mort hier en Afghanistan et qui était originaire du régiment de Poitiers, là aussi je crois que la nation toute entière doit être aux côtés de nos soldats qui accomplissent des tâches extrêmement difficiles.

Olivier Mazerolle : plus de 50 soldats français qui sont morts en Afghanistan. Evidemment, tout ceci va nous amener à parler de l’islam, même s’il ne faut pas confondre ces actes terroristes et la religion musulmane, mais ça risque encore une fois de susciter quelques polémiques en France, et c’est Christophe Ono-Dit-Biot, le directeur adjoint du Point qui vous posera des questions à ce sujet dans la deuxième partie de cette émission, euh, tout à l’heure…

Ségolène Royal, l’interrompant : permettez-moi… permettez-moi Olivier Mazerolle de contester tout de suite ce rapprochement que vous venez de faire. Je ne l’accepte pas. Je n’accepte pas ce rapprochement, pardon, entre le terrorisme [« Non, j’ai bien dit que ce n’était pas la même chose. », se défend Olivier Mazerolle] je n’accepte pas cela. Mais le fait même de formuler ce que vous venez de formuler, c’est-à-dire de rapprocher le mot terrorisme et le mot islam est proprement insupportable pour tous les musulmans.

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Ségolène Royal : "Permettez-moi Olivier Mazerolle de contester tout de suite ce rapprochement que vous venez de faire. Je ne l’accepte pas. Je n’accepte pas ce rapprochement. Le fait même de formuler ce que vous venez de formuler, c’est-à-dire de rapprocher le mot terrorisme et le mot islam est proprement insupportable pour tous les musulmans."

Olivier Mazerolle : mais vous savez qu’il y a en France des gens qui vont faire le rapprochement.

Ségolène Royal : non. Non.

Olivier Mazerolle : vous ne croyez pas ?

Ségolène Royal : ils vont faire le rapprochement peut-être avec l’intégrisme, avec l’islamisme, mais certainement pas avec l’islam et avec les musulmans qui se sentent tous humiliés et insultés lorsque l’on rapproche ces deux concepts. En plus c’est très dangereux parce que pour les Français qui n’ont pas forcément toutes les informations nécessaires, ils vont faire… ils vont…

Olivier Mazerolle, interrompant Ségolène Royal : le Conseil Français du Culte Musulman a condamné…

Ségolène Royal : eh bien voilà. Vous avez raison de le rappeler.

Olivier Mazerolle : voilà. Alors… euh… on reparlera de tout cela dans la deuxième partie de l’émission. Vous avez revendiqué l’héritage de François Mitterrand. La campagne de 1981, de François Mitterrand, avait été marquée par une prise de position morale très forte sur la condamnation de la peine de mort, il avait dit d’ailleurs qu’il abolirait la peine de mort s’il était élu président de la République alors que la majorité des Français était favorable à cette peine. Quelle pourrait être la prise de position morale, éthique, de Ségolène Royal, en 2012 ?

Ségolène Royal : d’abord, merci d’avoir rappelé, c’est vrai, cet engagement de François Mitterrand qui résume bien la grandeur du personnage historique qu’il était, puisqu’il a pris ce risque politique en pleine campagne présidentielle sachant qu’il allait à l’encontre de l’opinion majoritaire des Français, et s’il l’a fait c’est parce qu’il considérait que la peine de mort était une forme de barbarie. Alors vous me demandez maintenant quelle décision je prendrais dans cette hypothèse : bon, nous n’en sommes pas encore au débat sur les projets, j’y travaille beaucoup comme vous le savez, et le temps viendra et notamment dans le cadre du débat des primaires pour dire très clairement et très franchement à l’ensemble des Français ce que les uns et les autres nous aurons l’intention de faire. Et dans ces primaires, je dirai très clairement et très franchement ce que j’aurai l’intention de faire, même s’il s’agit de choses impopulaires.

Olivier Mazerolle : et vous avez une idée… éthique, comme ça, qui pourrait marquer l’ambiance de votre campagne ?

Ségolène Royal : écoutez, en y réfléchissant tout en vous parlant, je dirais peut-être que la barbarie des temps modernes, la barbarie d’aujourd’hui, qu’est-ce que c’est que la barbarie d’aujourd’hui ? Ce sont les hommes et les femmes qui sont considérés comme des choses dans les entreprises, dans certaines entreprises, et qui sont liquidés lorsqu’il faut chercher une rentabilité boursière ou une rentabilité financière immédiate. Et ça je ne l’accepte pas, je n’accepte pas cette ‘chosification’ des hommes et des femmes et je pense qu’il faudra remettre de la dimension humaine dans toutes les politiques.

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Alors une décision très claire, très ferme, immédiate que je prendrai ce sera celle de l’interdiction des licenciements boursiers, puisqu’on l’a vu récemment, et je l’ai vu en allant rencontrer les ouvriers de l’usine LU, que 10 ans après les tribunaux leur ont donné raison, et ont déclaré que ces licenciements boursiers étaient illégaux. Alors moi je pense qu’il faut inscrire dans la loi l’interdiction des licenciements boursiers, et pour que ces grandes entreprises cotées en bourse comprennent bien le message, pour que ces interdictions soient bien efficaces, il faudra prévoir le remboursement immédiat de l’ensemble des aides publiques reçues par les entreprises qui délocalisent ou qui licencient lorsqu’elles font des profits. Et croyez moi, ça fait beaucoup, beaucoup d’argent, car les allègements fiscaux et les allè…

Olivier Mazerolle, lui coupant la parole : qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est qu’un licenciement boursier, parce que beaucoup d’entreprises disent : mais on a encore de bons chiffres d’affaires, on est encore rentables, amis ça ne va pas durer, donc il faut prendre les devants ?

Ségolène Royal : alors c’est très simple, parce qu’un licenciement boursier a été défini maintenant par les tribunaux : un licenciement boursier c’est un licenciement qui n’a aucune raison d’être, c’est-à-dire dans une entreprise qui fait des profits, dans une entreprise qui est florissante, mais dans une entreprise qui veut encore gagner plus d’argent, ou bien dans une entreprise qui subit le diktat d’un marché financier, c’est à dire de fonds qui se sont investis dans cette entreprise, et qui exigent une augmentation de la rentabilité immédiate de ces fonds placés, aux dépens des hommes et des femmes qui travaillent dans cette entreprise et qui ont fait la valeur capitalistique de l’entreprise.

Olivier Mazerolle : est-ce que vous pourriez le faire, dans la mesure où la France se trouve dans un grand ensemble qui s’appelle l’Europe ? Jean-Pierre Chevènement qui vient de publier un livre qui s’intitule La France est-elle finie ? dit : « La gauche s’est résignée au néolibéralisme quand elle a choisi l’Europe en 1983. ». C’est François Mitterrand.

Ségolène Royal : oui. J’ai beaucoup d’estime pour Jean-Pierre Chevènement, et d’ailleurs son livre est très intéressant, il me l’a envoyé et je l’ai lu : moi ce qui m’intéresse, c’est le temps d’aujourd’hui et ce qu’il faut construire pour demain. Et d’ailleurs il le dit très bien dans son livre, il regarde ce qui se passe du côté de l’Allemagne, il n’a pas toujours été un grand admirateur de l’Allemagne, mais aujourd’hui il est obligé de constater que l’Allemagne qui a une véritable politique industrielle, un gouvernement allemand qui ne tolère pas que des industries ferment, qui ne reste pas inerte face à la fermeture d’industries, or en France on a un gouvernement inerte face à la fermeture des entreprises.

Est-ce qu’il y a une autre façon de faire ? Ma réponse est oui. Pourquoi et comment ? Par exemple, il faudrait que l’Etat puisse rentrer au capital des entreprises stratégiques, comme je l’ai fait dans la région que je préside, j’ai démontré que c’était possible en entrant au capital d’une entreprise qui produit le véhicule électrique, et nous avons réussi à sauver cette entreprise. Donc il y a des solutions alternatives à ce que Jean-Pierre Chevènement appelle l’économie libérale, et qui est devenue de plus en plus féroce, à l’économie financière aujourd’hui, et la logique des choses, [Olivier Mazerolle essaie d’interrompre Ségolène Royal] juste un mot, puisqu’aujourd’hui l’économie financière ne fonctionne qu’à son propre profit, donc elle a été même détournée de son rôle, puisque la finance est là pour être au service de l’économie, l’économie au service du bien-être des hommes et des femmes, et pour leur donner du travail et des salaires, et on est dans un système qui s’est totalement inversé, donc qu’il faut remettre à l’endroit par rapport à cette logique.

Olivier Mazerolle : alors, tout de même, au nom du nécessaire retour à la compétitivité de l’économie française, Manuel Valls, qui lui aussi est candidat aux primaires socialistes, dit : il faut remédier aux 35 heures, il faut détricoter les 35 heures. Quelle est votre position sur les 35 heures, parce qu’en 2007, vous avez parlé des 35 heures, vous avez été en partie critique, pas totalement. Comment vous envisagez cette question aujourd’hui ?

Ségolène Royal : revenons peut-être sur ce que j’ai dit en 2007, hein, c’était le moment de l’application des 35 heures et beaucoup de salariés ont souffert au moment de l’application des 35 heures lorsqu’elles ont été mal appliquées. Par exemple, dans certaines entreprises, les salariés se sont vus imposer des cadences supplémentaires, je citais l’exemple des abattoirs, où tout d’un coup les cadences ont augmenté, et le travail devenait invivable. Or ce qui est très important sur l’application des 35 heures, c’est de mieux organiser le travail, de mieux organiser la formation professionnelle pour que l’heure travaillée soit beaucoup plus compétitive.

Olivier Mazerolle : donc il faut pas les abandonner ?

Ségolène Royal : d’abord, vous savez depuis il y a eu 5 ou 6 lois, donc elles ont déjà été considérablement assouplies, les 35 heures.

Olivier Mazerolle : donc il ne faut pas les abandonner, mais ne pas revenir à ce qui s’est fait au départ ?

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Ségolène Royal : il ne faut surtout pas les abandonner. Pourquoi ? Parce que si vous abandonnez, si vous remettez en cause la durée légale du travail, vous diminuez le pouvoir d’achat. C’est la durée légale du travail … [«Mais il faut pas r’venir… », tente Olivier Mazerolle] pour que les Français comprennent bien, la durée légale du travail, les 35 heures, c’est ce qui permet de payer davantage les heures supplémentaires. Si vous bougez ce curseur, à ce moment-là vous allez payer moins les heures supplémentaires, donc vous allez encore baisser le niveau des salaires. Or le principal problème de l’économie française aujourd’hui, c’est les salaires trop bas. C’est les salaires trop bas, c’est-à-dire une demande économique trop basse, voilà le principal problème de l’économie française aujourd’hui, et d’ailleurs en Europe.

Olivier Mazerolle : la compétitivité de la France, si l’on monte les salaires ?

Ségolène Royal : mais la compétitivité de la France, elle se fait comment d’abord ? Elle se fait dans le dialogue social : or vous avez vu que même [sur] une réforme aussi importante que la réforme des retraites, qui concerne un patrimoine commun à tous les Français, [cela] n’a pas pu être fait parce que le gouvernement n’a pas écouté les partenaires sociaux et n’a pas écouté les Français. Une nation forte, c’est une nation qui accomplit des réformes dans un consensus social. Et pour avoir un consensus social, il faut sécuriser les Français. Et pour sécuriser les Français, il faut leur donner la justice sociale. C’est-à-dire que si l’on veut conduire un pays vers les réformes, il faut d’abord donner aux Français la garantie que les efforts demandés seront équitablement répartis. Or c’est tout le contraire qui se passe aujourd’hui puisque jamais il n’y a eu autant d’inégalités dans la France dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Olivier Mazerolle : vous êtes candidate aux primaires, je voudrais vous montrer quelques images qui vont vous rappeler quelques souvenirs.

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Les militants amassés devant le siège du PS rue de Solférino, le 6 mai 2007 au soir, après l'annonce des résultats : "Ségolène, mer-ci! Ségolène, mer-ci!"

[Le 6 mai 2007 au soir, après l’annonce des résultats du 2ème tour de la présidentielle, la foule immense, amassée devant le siège du PS rue de Solferino crie « Ségolène, mer-ci !, Ségolène, mer-ci ! », et Ségolène dit : « Nous devons construire ensemble le renouveau qui nous conduira vers la victoire future ! »]

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Ségolène Royal le 6 mai 2007 au soir, après l'annonce des résultats, sur le toit de Solférino, devant la foule amassée des militants : "Nous devons construire ensemble le renouveau qui nous conduira vers la victoire future !"

Olivier Mazerolle : « … qui conduira vers la victoire future. ». Vous n’avez jamais abandonné, finalement, c’était le soir de votre défaite quand même, hein, vous n’avez jamais abandonné cette idée de vous représenter ?

Ségolène Royal, du tac au tac, souriante : jamais.  

Olivier Mazerolle, après un silence de trois secondes, surpris : jamais, à aucun moment ?

Ségolène Royal : non, jamais.

Olivier Mazerolle : depuis, donc, c’était le 6 mai 2007, nous sommes trois ans et quelques après, pas un seul jour vous n’avez abandonné cette idée ?

Ségolène Royal : pas un seul jour.

Olivier Mazerolle : et qu’est-ce qui motive cette conviction chez vous, vous avez dit hier : « Je rêve depuis longtemps de succéder à François Mitterrand. ». D’ailleurs, ça a commencé quand cette idée ?

Ségolène Royal : peu importe. Peu importe, elle a sans doute cheminé dans ma vie politique, peut-être auprès de François Mitterrand, dans l’observation du travail quotidien et de la capacité qu’il avait à réformer la France, et puis c’est quelque chose que j’ai ancré au plus profond de moi, maintenant, comme je l’ai dit, ce n’est peut-être pas moi qui serai désignée, mais c’est un engagement, c’est vrai, c’est un engagement très profond, que j’ai nourri aussi au contact de mes mandats locaux. C’est-à-dire le goût de la politique, c’est le goût de la morale de l’action, la capacité à changer les choses.

C’est l’amour de la France, l’amour des Français, l’amour des territoires, de ceux et celles qui y habitent, et chaque fois que j’ai eu la chance d’exercer des responsabilités politiques, qu’elles soient ministérielles ou qu’elles soient de députée, qu’elles soient de présidente de région aujourd’hui, et ceux qui m’entourent pourraient le dire, et les hommes et les femmes qui me voient travailler pourraient le confirmer, chaque jour je me dis : mais qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui pour pouvoir faire avancer les choses, réformer, bouger, améliorer la vie des gens, régler les problèmes, trouver des solutions aux difficultés quotidiennes, et puis pour faire avancer et déployer le potentiel et l’énergie et le savoir-faire des hommes et des femmes qui habitent et qui vivent dans notre pays, et qui veulent aussi le voir avancer ?

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Olivier Mazerolle : vous avez laissé entendre que vous pourriez retirer votre candidature aux primaires si Dominique Strauss-Kahn revenait. Ets-ce que ce retrait sera automatique s’il annonce son retour, ou bien c’est un retrait sous conditions ?

Ségolène Royal : d’abord ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est ce que diront les Français…

Olivier Mazerolle : bien sûr, mais…

Ségolène Royal : … à la fois dans les primaires… Oui mais c’est très important, parce que les opérations d’appareil ou les arrangements sont toujours très mal vus par l’opinion. Vous savez l’élection et la politique, Olivier Mazerolle, c’est très simple, c’est le moment ou des millions d’hommes et de femmes vont mettre leur bulletin dans l’urne. Et la responsabilité de la politique, c’est d’arriver à convaincre, bien évidemment, mais c’est surtout de dessiner une espérance, de donner envie aux gens de continuer à avancer. Moi, quand je vois aujourd’hui que la France est le pays le plus pessimiste au monde, je n’accepte pas, je n’accepte pas que la France soit le pays le plus pessimiste au monde.

Olivier Mazerolle : d’accord Ségolène Royal, mais si Dominique Strauss-Kahn revient avant les primaires, [« Oui, je vais… je vais répondre à votre question. », dit Ségolène Royal pendant qu’Olivier Mazerolle continue sa phrase] qu’est-ce que vous faites, là ? Vous dites : je m’en vais automatiquement ; ou bien : je verrai en fonction des circonstances ?

Ségolène Royal : vous savez, moi je m’engage avec beaucoup d’humilité dans cette candidature, parce que c’est une décision lourde à prendre, c’est l’engagement d’une vie, ça pèse sur les proches, il faut être à la hauteur de ce défi, et donc j’ai toujours dit que s’il y avait quelqu’un qui était mieux placé que moi pour l’emporter en 2012 parce qu’il faut refermer cette parenthèse du pouvoir que nous subissons aujourd’hui parce que la France mérite beaucoup mieux que ce qu’elle a et a soif de justice et de respect, et donc si on veut donner cela aux Français, il faut en effet l’emporter sur la droite en 2012, et donc…

Olivier Mazerolle, coupant la parole à Ségolène Royal : c’est le sondage qui décidera ?

Ségolène Royal : pas seulement, je pense que nous déciderons ensemble, mais il y a deux hypothèses : soit Dominique revient, j’ai toujours dit qu’à ce moment-là je discuterais avec lui, je verrai s’il apparaît vraiment qu’il est dans une excellente situation pour pouvoir gagner, à ce moment-là de deux choses l’une : soit il intègre l’ensemble des propositions que je fais, de la vision de la France qui est la mienne, de la mutation économique, sociale, écologique, que j’ai l’intention de porter, soit il intègre cela dans son programme, et à ce moment-là en effet nous partons en équipe, soit il n’intègre pas cela dans son programme, et à ce moment-là les Français choisiront au cours du débat des primaires, c’est une formidable avancée les primaires, puisque nous aurons chacun à dire quelle est notre vision de la France et comment nous allons nous y prendre pour assurer cette mutation et cette transformation de notre pays vers une situation meilleure, et en tout cas vers une situation plus juste et qui met un coup d’arrêt à la dégradation, à la paupérisation, à la précarisation de millions de familles et de petits retraités aujourd’hui.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 22:25

1_1294603862-1-.jpg     Ségolène Royal était l'invitée de la nouvelle émission politique de BFM ce dimanche 9 janvier. Candidate à l'élection présidentielle de 2007 qui ne connaît pas Ségolène Royal ? Mais c'est une tout autre candidate qui est apparue ce soir. Que de chemin parcouru depuis la précédente élection. Ségolène Royal a revêtu ce soir les habits d'un chef d'Etat.  

Interrogée par Olivier Mazerolle sur les assassinats de deux jeunes compatriotes au Niger, Ségolène Royal parle d'une "France soudée", "un pays uni", "au delà des clivages politiques" et a rendu hommage à l'armée française.
Mais elle a tout de suite contesté le rapprochement fait par le journaliste entre terrorisme et islam : "les musulmans se sentent humiliés lorsqu'on rapproche ces deux concepts". Elle a ainsi rappelé qu'un président de la République, contrairement à Nicolas Sarkozy, doit toujours rechercher l'unité de la nation et sûrement pas la division des communautés.  

Elle s'est ensuite montrée, tout au long de l'émission, la garante du pacte républicain : 

Pour réaffirmer d'abord le principe de la laïcité dans le respect de la loi de 1905 qu'elle a clairement rappelée. La laïcité c'est la liberté de chacun, le respect de toutes les religions et de ceux qui n'en ont pas. Il faut selon la candidate donner à chacun la possibilité de trouver des lieux de prière dans une politique décentralisée sans remettre en cause la loi de 1905. Mais il faudra aussi clairement repérer les provocations pour éviter toute stigmatisation de ces populations.


Pour réaffirmer ensuite le principe de l'égalité et condamner une société de plus en plus injuste, au service d'intérêts particuliers. Ségolène Royal ne peut pas accepter de voir "des hommes et des femmes qui sont considérés comme des choses dans certaines entreprises et qui sont liquidés lorsqu'il faut chercher une rentabilité financière immédiate".
"Si l'on veut conduire un pays vers les réformes, il faut d'abord donner aux Français la garantie que les efforts seront équitablement répartis". C'est tout le contraire de la politique menée actuellement.

Ségolène Royal a, ce soir, montré toute sa détermination pour mener la campagne présidentielle. Que de chemin parcouru depuis 2007 ! La question qui va maintenant se poser dans les états-majors politiques : après cette émission, qui peut battre Ségolène Royal ?

 

Philippe Allard

 

Pour voir un extrait de  l'émission : http://www.bfmtv.com/video-infos-actualite/detail/francais-tues-royal-tous-unis-face-au-drame-809780/

L'intégralité de l'émission bientôt sur Meag

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:05

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(Tina Merandon pour Le Monde)

Ségolène Royal a accordé une interview au journal Le Monde daté de dimanche 9 janvier mais dont un extrait a été publié sur LeMonde.fr édition abonnés samedi matin, dans laquelle elle s’inscrit clairement dans l’héritage mitterrandien. Tout au long de son intervention devant les socialistes à Jarnac samedi midi, elle a constamment fait référence au président socialiste, le citant à de très nombreuses reprises. Ce n’est pas une surprise totale : conseillère du président Mitterrand pendant 7 ans, à plusieurs occasions ces derniers mois, au cours d’émissions, son discours avait pris des accents très mitterrandiens, comme dans l’émission À vous de juger sur France 2 le 9 septembre dernier, où elle avait répondu avec un ton et des intonations très mitterrandiens à Jean Boissonnat qui lui demandait si elle rétablirait la retraite à 60 ans si elle venait au pouvoir dans deux ans : « Solennellement, je vous dis OUI. ».

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Bien sûr, l’article du Monde qui suit a fait réagir, notamment Martine Aubry, qui à la sortie du cimetière de Jarnac déclarait :

« La politique, c’est pas de parler de soi, c’est pas de parler de la façon dont on arrive au pouvoir, c’est d’abord de dire qu’est-ce qu’on veut faire pour la France, c’est d’abord de parler aux Français. Je crois que les Français ont envie de retrouver la France qu’ils aiment, une France forte, une France juste, une France solidaire. »

Or justement Ségolène ne parle pratiquement pas d’elle, de son ego, et encore moins de la façon dont elle « arrive au pouvoir » !!

Elle parle de François Mitterrand, de Dominique Strauss-Kahn, de Martine Aubry, de la politique par la preuve et des actions réalisées en Poitou-Charentes aujourd’hui, qui peuvent l’être en France demain, du lien du plan local et du plan mondial, des socialistes, de la France, des Français, du Front national, du « clan » qui nous dirige et de l’injustice qui règne dans notre pays.

Tout juste fait-elle allusion à Désirs d’avenir, en une phrase, et dresse-t-elle la liste des mandats conquis et expériences acquises quand Le Monde lui pose la question de sa crédibilité, avant de conclure sur son « bonheur d'agir et d'améliorer la vie des Français ».

Quant à « dire qu’est-ce qu’on veut faire pour la France », « parler aux Français », ou « retrouver une France forte, une France juste, une France solidaire » - allons, même une France ‘fraternelle’ ! – toutes les actions de Ségolène Royal parlent d’elles-mêmes, et tout particulièrement ses déplacements à Cergy-Pontoise, à Ris-Orangis, au Teil en Ardèche, à Valence, et à Bagneux, bientôt à Bully-les-Mines.

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Malgré les déclarations pour la presse, au cimetière de Jarnac, non loin de la tombe de François Mitterrand, Ségolène et Martine se font la bise en rigolant, preuve qu'au-delà des mots, l'unité du PS reste toujours essentielle et la camaraderie réelle (AFP)

Non loin de Martine Aubry qui s’exprimait avec véhémence, Ségolène Royal répondait 'suffrage du peuple français', toujours à propos de l’article du Monde, à une journaliste qui lui demandait, parlant de François Mitterrand, si elle se sentait « capable de lui succéder » : « Ecoutez, ça ce sont les Français qui vont en décider. En tout cas, moi j’ai beaucoup appris de lui, je suis fidèle à ses valeurs, j’ai appris de lui l’amour de la France, l’amour des Français. », répondait Ségolène Royal : cet amour de la France et des Français, c’est une partie du « souffle » mitterrandien que Ségolène Royal revendique également.

Car la leçon que l’on retient de cet article, c’est que la raison et le raisonnement seuls ne suffisent pas : il faut à la candidate ou au candidat socialiste le "souffle", cet élément qui fait bouger et avancer les choses, un peu de l’ ‘anima’ latine (‘souffle’), qui a donné à la langue française les dessins animés mais aussi l’âme : « on gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement », écrivait François Mitterrand.

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Et le mot de la fin, prononcé à Jarnac hier, revient à Jack Lang, proche de François Mitterrand : « La question n’est pas de choisir celui ou celle qui serait le plus conforme à la mode du moment ou aux sondages du temps, il faut choisir quelqu’un ou quelqu’une qui saura donner à ce pays le souffle, l’élan, la force, comme Mitterrand avait su le faire. ».

Après le souffle donné au pays et aux classes populaires en 2007, Ségolène Royal s'est positionnée pour donner le souffle au pays en 2012.

Frédérick Moulin

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9 décembre 2011 

Ségolène Royal : "J’ai envie de succéder à François Mitterrand"

À l'exception de François Hollande et de Manuel Valls, la plupart des dirigeants socialistes, conduits par Martine Aubry, devaient se réunir, samedi 8 janvier, à Jarnac (Charente) pour célébrer le quinzième anniversaire de la mort de François Mitterrand. Hôtesse des cérémonies, Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, revendique avec force l'héritage mitterrandien et répond à ses détracteurs.

Que retenez-vous de l'héritage de François Mitterrand ?

D'abord, l'amour de la France, du peuple français, de son histoire et de sa culture. Il disait : "On ne peut rien faire avec la France si on ne l'aime pas." Il fut sa vie durant un homme de courage dans le combat politique et face aux calomnies. Je retiens aussi l'Européen passionné, et l'artisan inlassable des libertés publiques. Certains saluent le tacticien, mais la tactique politique n'est rien sans la constance des convictions dont il a toujours tenu fermement le cap. Ce qui me paraît remarquable, c'est sa synthèse "jauressienne" entre l'espérance, l'idéal et l'efficacité de l'action concrète pour changer la vie. C'est l'alliance entre son enracinement dans le pays profond et sa vision du monde. C'est la place qu'il a donnée à la France sur la scène internationale et qu'elle a, hélas, perdue depuis.

François Mitterrand reste un modèle pour vous ?

Evidemment. Pendant sept ans à ses côtés à l'Elysée puis dans son gouvernement, ainsi qu'au Parlement, élue avec son soutien dans sa région natale, je n'ai jamais oublié ses engagements. Même quand il était impopulaire, je les revendiquais. Pourquoi d'ailleurs vous cacher que, lors de ma déclaration de candidature aux primaires pour la présidentielle, j'ai pensé à lui. Depuis longtemps, au fond de moi, j'ai envie de succéder à François Mitterrand par amour de la France, du peuple français, de son histoire, de sa culture.

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Jack Lang, François Mitterrand, Ségolène Royal, Elisabeth Guigou et Bernard Kouchner à Nevers le 4 mai 1993, un peu plus d'un mois après la nomination d'Edouard Balladur en tant que Premier ministre et la démission de Pierre Bérégovoy (Aslan/Chesnot/Job/SIPA)

Mais comme je l'ai toujours dit, si quelqu'un d'autre est mieux placé que moi pour que la gauche gagne, je le soutiendrai pour que le vœu de François Mitterrand se réalise. Il écrivait : "Mon œuvre sera accomplie lorsqu'un autre socialiste sera à l'Elysée." A nous socialistes de rester unis pour que ce soit le cas en 2012.

Cela veut-il dire que vous vous désisteriez si Dominique Strauss-Kahn était candidat ?

Si Dominique est le candidat désigné, je mettrai à sa disposition mon expérience d'une campagne présidentielle et tout ce que m'a appris l'action politique quand elle est au service du quotidien des Français, le respect et la confiance des quartiers populaires, et la connaissance des identités territoriales qui structurent notre pays. Je le redis, c'est unis que nous gagnerons.

Martine Aubry, première secrétaire du PS, n'est-elle pas la "candidate naturelle" ?

Les règles du Parti ne prévoient pas cette automaticité, ce serait d'ailleurs contraire à la décision d'organiser les primaires. Mais cela ne change en rien le respect que chacun éprouve pour les efforts et les résultats de Martine à la tête du parti, et sa liberté d'être candidate aux primaires si elle le souhaite.

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Ségolène Royal et Martine Aubry à la même table au déjeuner organisé par le PS à Jarnac ... (Martin Bureau/AFP)

Avez-vous une revanche à prendre ?

Je n'ai aucune revanche à prendre, je regarde vers l'avenir. Je m'engage par conviction, parce que j'aime la France et les Français et que je pense pouvoir contribuer à la victoire de la gauche et au-delà de la gauche, de l'extrême gauche aux centristes humanistes en passant par les écologistes, de tous ceux qui veulent que ça change. Vous savez, François Mitterrand a dû traverser les échecs, subir beaucoup d'épreuves et en apprendre les leçons avant de rencontrer l'adhésion du peuple français.

J'ai proposé ma candidature aux primaires, c'est le peuple français qui viendra voter qui en décidera. Si je suis désignée, je rassemblerai et nous nous battrons pour gagner; si je ne suis pas désignée, je n'en nourrirai ni amertume ni regret puisque, de toute façon, il faudra s'engager pour que l'équipe gagne.

Qu'est-ce qui différencie la Ségolène Royal de 2007 de celle de 2012 ?

J'ai beaucoup travaillé à la fois à l'international et en local. Dans ma région, je suis passée à la mise en application de mes propositions politiques. Quand certains proposent des modèles alternatifs à l'économie traditionnelle, la croissance verte, la sécurité sociale professionnelle, l'aide à l'accès au crédit bancaire, la bataille pour l'emploi des jeunes, tout cela, nous le faisons. C'est la politique par la preuve.

Je sais que certaines élites lèvent les yeux au ciel dès que je parle de ma région, mais qu'y a-t-il d'autre comme preuve politique que l'action concrète et efficace, sans augmenter les impôts ? J'accorde autant d'importance à mon action régionale qu'à la prise en compte de ce qui se passe au plan mondial, car les deux sont liés.

Enfin, je me suis occupée de mon association Désirs d'avenir, qui a organisé un travail intellectuel considérable avec les universités populaires participatives et j'ai entamé un tour de France pour porter, le moment venu, la parole de ceux qui ne l'ont pas.

Vos adversaires vous font toujours un procès en crédibilité !

Aujourd'hui, je suis bien plus aguerrie. La crédibilité, c'est d'abord savoir se faire élire parce que l'on arrive à convaincre. La crédibilité, c'est aussi un parcours. Faut-il rappeler que j'ai été pendant sept ans conseillère auprès de François Mitterrand à l'Elysée, trois fois ministre, quatre fois parlementaire? Avant cela, élève boursière, j'ai réussi des concours difficiles grâce à l'école de la République. J'ai conquis une région que l'on disait imprenable, sur la droite, dans laquelle je viens d'être réélue à plus de 60 % des voix. Les citoyens qui me voient travailler savent que mon engagement est total et que c'est un bonheur d'agir et d'améliorer la vie des Français. Rien ne m'a été donné. J'ai toujours essayé de mériter ce qui m'arrivait et d'en être à la hauteur.

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Déjeuner organisé par le PS à Jarnac hier : à la même table, Ségolène Royal (de dos), parlant à Hubert Védrine, président de l'Institut François Mitterrand,  Martine Aubry, isolée, Mazarine Pingeot, qui écoute son frère et voisin Gilbert Mitterrand, et Jérôme Royer (de dos), maire de Jarnac

François Mitterrand avait parfaitement intégré la logique de la présidentialisation du régime. Le parti a-t-il fait le même chemin ?

Pas totalement. Le PS est toujours prisonnier du collectif et de la bataille des ego, chacun se demandant "pourquoi ce serait l'autre et pas moi?" Mais je suis optimiste puisque la dynamique des primaires va permettre un choix que tout le monde devra accepter avec discipline – un mot qui devra bien un jour faire partie du vocabulaire socialiste ! Le foisonnement du débat d'idées nourrit la démocratie et permettra aux Français de choisir, en toute connaissance de cause, le candidat ou la candidate. Et ceux qui à droite se moquent de ces débats et des primaires ne sont pas les mieux placés puisqu'à l'UMP le chef du parti est désigné à l'Elysée, et que les militants n'ont pas leur mot à dire!

En 2007, vous aviez incarné, comme Nicolas Sarkozy, une forme de rupture. Que voulez-vous incarner aujourd'hui ?

Une France qui retrouve optimisme et fierté par la confiance. Or c'est la justice qui donne la confiance, car dans une situation très difficile, comme celle que nous traversons, l'injuste répartition des efforts sape la confiance dans l'action politique. Le thème de notre combat présidentiel de 2007 reste totalement d'actualité: "Plus juste, la France sera plus forte." Aujourd'hui, c'est l'injustice qui affaiblit la France. Nous sommes dirigés, comme le disait déjà François Mitterrand, par "un clan" qui s'occupe de lui-même, de ses proches, de ses réseaux. Beaucoup d'acquis ont été cassés sans raison – retraite, éducation, santé, etc. – provoquant beaucoup d'angoisses. Nous devrons à la fois réparer et construire l'avenir de façon crédible en incarnant une nouvelle espérance.

Est-ce suffisant pour remonter le moral des Français ?

Je vois bien que la dureté de la crise débouche sur la dénonciation de l'impuissance politique et sur l'interdiction de rêver un avenir meilleur. Mais "on gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement", écrivait François Mitterrand. La question de la promesse politique doit être totalement repensée.

 


François Mitterrand au Parlement européen de Strasbourg en 1995 : "Car il faut vaincre notre histoire, et si on ne la vainc pas, il faut savoir qu'une règle s'imposera, Mesdames et Messieurs : le nationalisme, c'est la guerre! La guerre, ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est nous, c'est vous, Mesdames et Messieurs les députés qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de notre avenir."  (envoyé par segolene-royal)

 

Craignez-vous la percée du Front national et la montée du populisme, à gauche comme à droite ?

Bien sûr, et si on ne le combat pas, le Front national sera plus haut qu'on ne le dit dans les sondages. Pour des raisons très simples: ils ont une candidate et un programme et ils vont prospérer sur la paupérisation des Français, la trahison des promesses et le rejet des politiques. Ainsi que sur les dysfonctionnements de l'Europe. Nous avons un vrai combat à conduire vers l'électorat populaire. J'oppose au simplisme des replis identitaires, source de violence, la volonté de reconstruire une communauté nationale de travail, de dialogue et de création. Elle sera ouverte, sans peur mais sans naïveté sur un modèle en mouvement où la France, dans l'Europe, doit retrouver une parole qui porte et surtout qui passe aux actes.

Le PS est-il à l'abri d'un nouveau 21 avril ?

Non, rien n'est acquis. Il y a toujours un risque d'être absent du second tour de la présidentielle. C'est pour ça qu'il ne faut pas tarder sur l'avenir meilleur que l'on sera capable de construire pour et avec les catégories populaires.

Propos recueillis par Sophie Landrin et Olivier Schmitt

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:44

168509 183219998368713 100000421425693 540918 7943455 n[1]     Dominique Strauss-Kahn sera-t-il candidat ? Martine ira-t-elle si Dominique y va ? Quelle est leur relation ? Le pacte tiendra-t-il ? Se sont-ils vus ? S’ils se sont vus de quoi ont-ils discuté ? Ont-ils envie d’y aller ? Dominique y penserait de plus en plus… Martine serait prête … Non elle ne veut pas y aller ! Qu’est-ce qu’il et qu’est-ce qu’elle proposeraient ? Il et elle ne se sont pas prononcés, mais on peut penser que … Il aurait dit … Peut-être que … Est-il proche de la droite ? Est-elle plus de gauche ? Elle va se déclarer avant la fin de l’année … Non en mars … Peut-être en juin … Aurait-il dit ? Aurait-elle avancé ? Est-ce un signe ? … STOP !!!!!

 

La candidate socialiste, Ségolène Royal, ne veut plus entendre parler de ces petites histoires d’enfants terribles du Parti socialiste. Inutile de l’importuner avec ces : « j’y vais ou j’y vais pas », tout ceci devient ridicule compte tenu des attentes de la population. On ne peut pas infliger en effet au premier parti de gauche le silence dans l’attente que certains leaders veuillent bien se prononcer. La France ne peut pas attendre. Alors que le pouvoir en place poursuit la casse sociale et que les échecs se multiplient, la gauche doit porter l’espoir d’une alternance.

"Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas ce qui se passe à l'intérieur du PS, mais dans le pays" a-t-elle déclaré lors de son déplacement à Bagneux à la rencontre de familles monoparentales alors que les journalistes la pressaient de questions sur les propos des uns et des autres. 

 C’est en effet sur le fond qu’il faut maintenant travailler. Comme le dit d’ailleurs très justement Martine Aubry "la politique ce n’est pas de parler de soi, ce n’est pas de parler de la façon dont on arrive au pouvoir. C’est d’abord de parler aux Français !"

 Alors justement, il ne s’agit pas de le dire mais de le faire… tournons-nous vers les Français pour engager avec eux le dialogue et ouvrir la perspective de l’alternance.

 

Ainsi, au fil de son discours à Jarnac, c’est tout un projet politique que la candidate socialiste, Ségolène Royal, a dessiné, sur les pas de François Mitterrand. Car comme elle le dit  "le combat change de forme, mais pas de sens".

Elle veut mener le combat comme hier François Mitterrand contre "l’acharnement des intérêts financiers coalisés" car, en reprenant les termes de l’ancien président "ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la Sécurité sociale".

Elle veut redonner la fierté de notre République avec "les libertés", avec "l’équilibre de nos institutions", avec "l’Etat de droit".

Elle veut relancer la politique de décentralisation. Présidente de région, elle connaît en effet toute l’importance de cette politique pour créer une dynamique des territoires.

Elle veut redonner espoir à la jeunesse, François Mitterrand a tellement parlé des forces de la jeunesse … Or pour Ségolène Royal la politique actuelle de Nicolas Sarkozy est inacceptable. Cette politique plonge dans le chômage et la précarité une trop grande partie des jeunes dont la France a pourtant besoin.

Elle veut une politique de la culture ambitieuse comme hier François Mitterrand "amoureux des livres", "épris du riche patrimoine français", mais aussi, soutenant "toutes les formes de création contemporaine et populaire", les "gestes architecturaux à la pointe de la modernité".

Elle veut suivre les traces de l’homme visionnaire pour l’Europe sociale car l’Europe disait-il "n’est pas une manufacture", pour une "Europe démocratique", pour une "Europe politique" pesant dans le monde, pour une Europe "capable d’assurer collectivement sa défense".

 

En somme, il suffit ce "MOI" des uns et des autres, espérant mieux se faire attendre pour mieux se faire désirer. Ségolène Royal veut se détourner de ces jeux de pouvoir. Elle préfère tracer le chemin sur les pas de François Mitterrand et lance aux Françaises et aux Français : maintenant avançons ensemble !

 

Philippe Allard

(Photo de Marie Farret)

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 15:47

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Recueillement sur la tombe de François Mitterrand : de droite à gauche, Ségolène Royal, Jack Lang, Martine Aubry, Gilbert Mitterrand, Mazarine Pingeot, Pierre Bergé et Bertrand Delanoë (Régis Duvigneau/Reuters)

Ségolène Royal est intervenue aujourd'hui devant les socialistes rassemblés à Jarnac pour un déjeuner. Auparavant, les dirigeants du Parti socialiste étaient allés se recueillir sur la tombe de François Mitterrand en fin de matinée, accompagnés des membres de la famille, notamment Mazarine Pingeot, sa fille, et Gilbert Mitterrand, son fils cadet, pour commémorer le 15ème anniversaire de la mort du seul président socialiste de la Vème République.

Pierre Bergé, ami de François Mitterrand jusqu'à la fin, était également présent, alors que les candidats non déclarés à la primaire socialiste, Manuel Valls et François Hollande, n'avaient pas fait le déplacement. Lionel Jospin et deux des anciens Premiers ministres de François Mitterrand, Michel Rocard et Laurent Fabiusétaient également absents.

Premier à intervenir, le maire de Jarnac, Jérôme Royer, a cédé la place à la présidente de la région, Ségolène Royal, qui à son tour a été suivie à l'estrade par la Première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry. La salle applaudissait encore le discours de la présidente de région quand Martine Aubry est montée sur l'estrade, applaudissant elle-même encore le discours de Ségolène Royal des deux mains.

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De gauche à droite, trois proches de François Mitterrand : Pierre Bergé, président de l'Association des amis de l'Institut François-Mitterrand, Jack Lang, administrateur de l'Association des amis de l'IFM, et Hubert Védrine, président de l'Institut François-Mitterrand (Régis Duvigneau/Reuters)

Ségolène Royal a légèrement changé le discours originel qu'elle avait préparé lorsqu'elle a pris la parole, glissant une référence à Pierre Bergé et à l'Opéra Bastille là où rien n'était prévu, ajoutant une référence à Hubert Védrine, insistant sur "Jack, Jack Lang" : trois proches de François Mitterrand. Elle a aussi allégé la fin du discours, pour donner plus de force au dernier élan du texte, prônant à nouveau et inlassablement l'union du Parti socialiste :

« Cette ville de Jarnac, mêlant comme un trait de civilisation locale qu’il appréciait, l’art de la bonne distance, et la solidité de liens que ne rompent pas les désaccords passagers. Merci à vous, François Mitterrand, de nous unir, ici et maintenant. » 

 

Frédérick Moulin

 


envoyé par eric3362



Retranscription par MEAGSR/F.M. du discours de Ségolène Royal prononcé à Jarnac

à l'occasion du 15ème anniversaire de la mort de François Mitterrand

 

Monsieur le Maire, cher Jérôme, chers amis, je salue d’un mot et d’une seule phrase l’ensemble des personnalités ici rassemblées.

C’est ici, dans cette Charente qu’il aimait tant que François Mitterrand a commencé à se passionner pour l’histoire de France.

« On ne peut rien faire avec la France si on ne l’aime pas. », disait François Mitterrand.

La France, il l’aimait, il aimait sa longue histoire et sa culture, il aimait et défendait, disait-il, « les grandes idées » qui avaient « soulevé le monde ».

Il ne voulait pas la France livrée aux clans et aux déchirures, il la voulait unie.

À l’opposé de ceux qui attisent les peurs, il en appelait toujours à la part noble, à la part fraternelle, à la part courageuse que le peuple français porte en lui.

Il rappelait sans cesse que la France n’est jamais aussi grande, entendue, respectée, que lorsqu’elle porte un message universel et y conforme ses actes.

« De nouvelles dominations », disait-il aussi, « se substituent à celles qu’on a détruites. Et c’est pourquoi il faut à chaque époque chercher à nouveau comment tenir la promesse républicaine fondatrice de liberté, d’égalité, et de fraternité. Le combat change de forme, mais pas de sens. », nous expliquait-il.

C’est ainsi que François Mitterrand n’a jamais sous-estimé l’acharnement des intérêts financiers coalisés.

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Le président François Mitterrand, Ségolène Royal, ministre de l'Environnement du gouvernement sortant, Elisabeth Guigou, ministre déléguée chargé des Affaires européennes, et Bernard Kouchner, ministre de la Santé et de l'Action humanitaire le 4 mai 1993 à Nevers. Le 29 mars 1993, le gouvernement Bérégovoy avait été remplacé par le gouvernement Balladur (Aslan/Chesnot/Job/SIPA)

Nous sommes plusieurs ici à nous souvenir de ce message prémonitoire qu’il nous adressait lors du dernier Conseil des ministres de 1993 : « Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la Sécurité sociale, car ceux », disait-il, « qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur. », avait-il dit à son gouvernement.

Il savait la rudesse de ce combat permanent.

Le courage : courage dans la Résistance, courage dans le combat politique, courage face à la maladie, courage face aux calomnies d’une violence extrême qui pourtant ne l’ont pas fait dévier de la ligne qu’il s’était fixé. Alors qu’il maîtrisait parfaitement l’art de la langue française et qu’il avait le trait parfois féroce, il s’est toujours refusé au relâchement du langage, aux attaques personnelles. En un mot, il avait de la tenue dans le combat politique. L’époque, hélas, s’est bien dégradée même sur ce plan-là.

« Dans les épreuves décisives »disait-il, « on ne franchit l'obstacle que de face ».

Certains, même parmi ses adversaires, saluent le stratège. Certes, si la politique est aussi un art d'exécution, il possédait ce talent-là au plus haut point. Mais l'essentiel est au-dessus : dans la constance de convictions dont il a toujours tenu le cap, car pour les plus importantes d'entre elles, très tôt, forgées, dès la guerre : « Je ne me sentais pas né », a-t-il écrit« pour vivre citoyen d'un peuple humilié », là où s'enracine également son idéal européen, et dès les camps de prisonniers où il disait avoir vécu les moments les plus forts de fraternité.

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Portrait officiel du président François Mitterrand, un livre à la main : "Amoureux des livres, familier des libraires, il a aussi soutenu toutes les formes de création contemporaine et populaire [...] il fut le défenseur sourcilleux de l'équilibre de nos institutions, le garant intraitable de la liberté d'expression, et le gardien de l'Etat de droit."

Il fut – et dans le contexte d'aujourd'hui d’un Etat si loin d’être irréprochable, cela mérite tout particulièrement d'être rappelé – il fut l'artisan d'une extension sans précédent des libertés publiques, le défenseur sourcilleux de l'équilibre de nos institutions et de la séparation des pouvoirs, le garant intraitable de la liberté d'expression, et le gardien de l'Etat de droit.

Robert Badinter s’en souvient mieux que quiconque.

Il a, avec Pierre Mauroy et Gaston Defferre, accompli la grande réforme de la décentralisation dont la droite prend le contre-pied aujourd'hui pour mettre au pas les collectivités territoriales que François Mitterrand avait libérées pour rapprocher le pouvoir des citoyens.

Il avait une profonde compréhension des jeunes et de leur capacité de révolte.

Il n'aurait pas moqué les jeunes qui manifestent contre les réformes injustes, lui qui en mai 68, déclare à l'Assemblée Nationale : « La jeunesse n'a pas toujours raison mais le pouvoir qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort ».

Amoureux des livres, familier des libraires, il a aussi soutenu toutes les formes de création contemporaine et populaire, du spectacle vivant à la Fête de la Musique, inventée par Jack, Jack Lang.

Epris du riche patrimoine français, infiniment sensible à la beauté des églises romanes que notre Région Poitou-Charentes compte en nombre, il eut aussi l'audace de gestes architecturaux à la pointe de la modernité, qui ont redessiné la capitale, n’est-ce pas Bertrand – Pyramide du Louvre, Grande Arche de la Défense, Grande Bibliothèque qui porte désormais son nom, et l’Opéra Bastille que vous avez présidé Pierre Bergé.

Mais ici, si je parle des grands travaux, c’est parce que nous lui devons l'inscription du Marais Poitevin au nombre des grands travaux présidentiels, c’était le seul projet rural retenu à ce titre. Ce fut pour nous un soutien décisif pour la sauvegarde et le développement de notre « Venise Verte » que menaçait un tracé d'autoroute brutal pour cet écosystème fragile et unique. Nous nous souvenons de ce mois de février 1992 où il est venu ici lancer les grands travaux sur le petit port maraîchin d’Arçais, dans ma circonscription des Deux-Sèvres. Il avait merveilleusement évoqué ce marais mouillé qu'il connaissait bien, les lentilles d’eau qui se referment dans les conches après le lent passage des bateaux, la terre et l'eau qui se confondent, les vaches maraîchines transportées dans des plates, la merveilleuse, disait-il, « interpénétration entre la force et la richesse de la nature, l'imagination et le rêve de l'homme ». On y éprouve, avait-il dit dans cette phrase magnifique, « une sorte de sentiment d'éternité dans la beauté ».

François Mitterrand fut aussi visionnaire et notamment dans un domaine d’actualité brûlante : l'Europe.

On sait avec quelle détermination inflexible, il a relancé la construction de cette Europe qu'il avait trouvée moribonde.

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Dans la maison natale de François Mitterrand, un buste du président et sur une photographie, les drapeaux de la France et de l'Union Européenne : "François Mitterrand fut aussi visionnaire et notamment dans un domaine d’actualité brûlante : l'Europe." (Jean-Pierre Muller/AFP)

Jamais il n'a voulu qu'elle se limite à un grand marché libre-échangiste : « L'Europe »disait-il, « n'est pas une manufacture ».

Il voulait non seulement l’union monétaire mais aussi l’union économique capable d'investissements à long terme pour préparer l'avenir ensemble.

Il a inlassablement plaidé pour une Europe sociale « faute de quoi », écrivait-il, « les travailleurs d'Europe détourneront la tête et ces regards absents livreront la Communauté à la solitude des mourants ».

Il voulait une Europe démocratique qui ne reste pas « le monopole d'une élite technocratique », écrivait-il.

Une Europe politique capable de tenir son rang, de protéger les siens, de peser dans un monde voué à devenir multipolaire.

Une Europe, aussi, capable d'assurer collectivement sa défense.

Il disait que l'Europe n'est pas l'ennemie des patries et voulait une France forte dans une Europe forte.

Il avait annoncé ce qu'il en coûterait de tarder et de tergiverser : « le réveil des nationalismes haineux et des xénophobies », écrivait-il.

À voir ce qu'il en est de l'Europe d’aujourd’hui, comment ne pas être frappé par la lucidité et la force des avertissements de François Mitterrand ? C’est un appel pressant pour agir avant qu’il ne soit trop tard, comme l’a souvent rappelé Hubert Védrine.

Enraciné dans ces lieux, Jarnac et la Charente, dont il disait combien les paysages et les traditions l'avait façonné, François Mitterrand était en même temps habité par une ample vision du monde : sa pensée et son action articulaient avec aisance ces deux dimensions.

Il avait le sens du temps long, des lenteurs de l'histoire et, tout autant, celui des accélérations et du « moment à empoigner », comme il le disait, pour infléchir le cours des choses.

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Ségolène Royal, Mazarine Pingeot et Martine Aubry unies par un grand éclat de rire en marge du recueillement sur la tombe de François Mitterrand (Régis Duvigneau/Reuters)

« On est du pays de son enfance, et mon enfance, c’est la Charente », écrit-il dans le très beau texte que nous vous avons offert en souvenir de cette journée.

C’est d’abord cette ville de Jarnac, dont il aimait qu’elle cultivât le respect de soi et celui des autres, mêlant comme un trait de civilisation locale qu’il appréciait, l’art de la bonne distance, et la solidité de liens que ne rompent pas les désaccords passagers

Merci à vous, François Mitterrand, de nous unir, ici et maintenant.

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 22:46

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 09:55

Ségo 1

Mercredi 5 janvier, Ségolène Royal était en visite à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, pour rencontrer des familles monoparentales et des associations familiales. Avec elles et aux côtés de Delphine Batho, proche et députée des Deux-Sèvres, elle a discuté pendant une heure et demie du thème de ces familles où la plupart du temps une mère élève seule ses enfants.

Tout un symbole que cette visite dans une ville dirigée la maire communiste Marie-Hélène Amiable, mais dans le « département le plus riche de France », présidé de 2004 à 2007 par Nicolas Sarkozy, et toujours dirigé par l’UMP Patrick Devedjian. Et une sacrée coïncidence que Le Monde daté d’aujourd’hui consacre près d’une page, en deux articles, aux familles monoparentales. On y apprend qu’en France, une famille sur 5 est monoparentale, les Hauts-de-Seine étant se distinguant par une proportion de familles monoparentales plus forte que la moyenne nationale : 25%.

Ségolène Royal a au passage préconisé de « vraies politiques familiales », fustigeant la suppression du ministère de la Famille lors de la formation du gouvernement Fillon III.

C3

Claudyne René-Corail, conseillère municipale de Bagneux du groupe des Verts, « mère de famille monoparentale »

De nombreuses interventions ont enrichi le débat. Claudyne René-Corail, conseillère municipale de Bagneux du groupe des Verts, « mère de famille monoparentale » a expliqué :

« J’appelle les amis quand j’ai besoin d’aide. J’ai aussi sa grand-mère, je sollicite beaucoup sa grand-mère pour qu’elle puisse m’aider au quotidien parce que je travaille et je suis pas tout le temps là. Aujourd’hui c’était mercredi, je travaille le mercredi, donc lui il est là à la maison, donc je ne peux pas le laisser tout seul toute la journée, donc voilà, c’est le genre de problème.

Comme j’ai expliqué, c’est le quotidien qu’il faut gérer, c’est la course à l’heure, il faut se dépêcher de rentrer, il faut se dépêcher le matin aussi pour préparer l’enfant. Je sais que les premières années je me suis faite disputer plusieurs fois par la directrice, parce qu’elle disait que j’arrivais j’étais stressée, je lui disais je suis désolée, c’est la course, je dois bosser, je dois déposer l’enfant, il faut que je reparte pour travailler à l’heure, donc voilà. Et c’est rebelote le soir. Donc c’est un exemple du quotidien d’une mère monoparentale. »

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Delphine Batho, députée PS des Deux-Sèvres, proche de Ségolène Royal, et qui a beaucoupe travaillé avec celle-ci sur le thème des familles monoparentales, spécialiste des questions de la sécurité

Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, dans l’ancienne circonscription de Ségolène Royal, proche de celle-ci, qui a beaucoup travaillé sur la question des familles monoparentales avec la présidente de la Région Poitou-Charentes, à souligné :

« C’est un sujet aussi qui me passionne. Vous savez, on entend parfois dire que les parents ne s’occupent pas suffisamment bien des enfants, en particulier quand on parle par exemple des problèmes de délinquance et de sécurité, et je pense que ces enjeux de la politique familiale, de la politique éducative sont très importants aussi pour lutter contre la montée de la violence, ça c’est peut-être la première chose que l’on peut ajouter.

La deuxième, c’est que ça me paraît très important, par l’engagement et la présence de Ségolène aujourd’hui aussi  de donner un coup de projecteur à une réalité de la société française qui a changé, parce que souvent quand on parle des familles, on ne parle pas des familles monoparentales, et derrière peut-être même les familles monoparentales, on devrait parler plus exactement des Mères Courage, qui sont très nombreuses.

Moi je suis élue aujourd’hui d’un territoire rural, dans lequel beaucoup de femmes sont dans cette situation, et je sais aussi que dans beaucoup de quartiers de banlieue aujourd’hui c’est quasiment un tiers des familles qui sont en réalité des mères célibataires, donc ça me paraît quelque chose de très important aussi dans la façon dont on se représente la société française et puis dans la façon dont on vit tous les jours. Et puis il y a plein de difficultés qu’on pourra aborder dans le débat, notamment avec les banques, qui sont beaucoup plus difficiles pour accorder des prêts bancaires, évidemment, quand on est une femme seule qui élève ses enfants. »

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Madame Bintu Mulongo, présidente de l’Association des Femmes Africaines Solidaires (AFAS), qui a 3 enfants à charge

Madame Bintu Mulongo, présidente de l’AFAS, l’Association des Femmes Africaines Solidaires, qui a 3 enfants à charge et qui avait activement participé à la promotion de la Fête de la Fraternité 2010 à Arcueil, est également intervenue, notamment à propos des femmes migrantes, dont beaucoup sont néanmoins aujourd’hui françaises :

« La diversité, la mixité, cette France de toutes les couleurs, on aurait voulu qu’il y ait au moins 50-50 [dans l’assemblée, NdlR] parce que sinon, on passe à un sorte de banalisation, de la situation, parce qu’on risque de le lier avec l’immigration, et c’était ça ma peur. Parce que justement ils vont déplacer la situation économique et sociale qui touche la société française, on la déplace à la situation de victimisation des femmes migrantes. Et puis savoir que c’est pas un choix. Cette situation de vie monoparentale, moi vraiment élevant mes enfants, j’ai 3 enfants à charge, je gagne pas plus que le smic, et je ne peux pas le souhaiter à aucune femme du monde. Donc ce n’est pas un choix, c’est une contrainte de vie, et on est obligés de faire avec.

Et la politique actuelle de la France ne nous aide pas ; ceux qui pensent que c’est pour prétendre aux aides qu’on entre dans cette situation monoparentale, j’ai vraiment du regret à le souligner, que c’est pas un choix pour les biens matériel, mais c’est vraiment une cassure du tissu social familial comme vient de le souligner Madame la présidente Ségolène Royal. Et c’est là qu’il faut qu’on entre en action pour les femmes, quelles deviennent actrices de leur propre développement. […] Mais comment arriver à cette visibilité ? Moi j’ai une association, mais c’est une association SDF. […] On ne nous fait pas assez confiance. »

Puis Ségolène Royal a conclu le débat en livrant quelques propositions et en traçant quelques pistes à explorer :


envoyé par Jean_d_Arcueil


Eh bien écoutez, moi j’ai trouvé ce débat tout à fait passionnant. Je le résumerai peut-être avec le même mot que celui que j’ai utilisé dans cette précédente visite vers ceux qui s’expriment et qui souvent n’ont pas la parole, c’est donner la parole à ceux qui ne l’ont pas souvent, et puis c’est la France qui se bat. Et vous l’avez dit, je reprendrai peut-être ce que vous venez de dire à l’instant, la France qui se bat et qui ne veut pas être assistée. C’était la même chose quand je suis allée voir les ouvrières de Lejaby que je citais tout à l’heure, c’est des femmes qui se battent et qui veulent garder leur travail et leur emploi. Ou la visite d’avant sur des jeunes qui veulent construire leur entreprise, leur société, qui veulent qu’il y ait du travail, qui ne veulent pas être assistés, parce qu’ils veulent intégrer la société et y travailler, et pouvoir valoriser leurs compétences dans une société qui va leur donner l’occasion de travailler, de faire des efforts, de se dépasser, etc.

"Bon, je ne vais pas reprendre tout ce qui a été dit, mais moi je suis convaincue que des solutions existent, dès lors qu’il y a la volonté que vous exprimez, justement, d’avoir une vie familiale normale. Aujourd’hui, la question des familles monoparentales, des mères seules qui élèvent leurs enfants, c’est un véritable phénomène de société qui n’a pas été pris en considération dans l’adaptation des différentes politiques qui sont mises en place. Pascal [Buchet, 1er secrétaire fédéral PS des Hauts-de-Seine, NdlR] disait tout à l’heure que le Conseil général [des Hauts-de-Seine, présidé par l’UMP Patrick Devedjian, NdlR] avait arrêté toutes les aides, supprimé les aides, y compris aux micro-crèches, et je crois qu’au contraire il faut réinventer des systèmes de garde de proximité, où les femmes se mettent en réseau, puissent s’épauler les unes les autres, ou puissent avoir un appui d’un professionnel, sur des réseaux de femmes, dans les quartiers, et souvent, on vit quand même dans une société où il y a un repli sur l’isolement, c’est-à-dire chacun se débrouille avec ses propres problèmes, et ça je crois que si on arrive à repenser aussi la société avec d’autres formes de solidarité, y compris en professionnalisant des points fixes par rapport à des femmes qui se mettent en réseau parce qu’elles ont la compétence d’éduquer leurs enfants et donc qui veulent s’assumer aussi, assumer leur rôle de mère, et comme vous l’avez d’ailleurs très bien exprimé les unes et les autres, moi je crois que ce sont de solutions qui avancent.

Il reste la question de la politique de la petite enfance, qui a connu au cours des années récentes des reculs considérables, puisqu’il y a même eu remise en cause de l’accueil des enfants à l’école maternelle à l’âge de 3 ans, vous parliez tout à l’heure des enfants à l’âge de 2 ans, il faut savoir qu’aujourd’hui les enfants ne sont plus accueillis à l’âge de 3 ans dans beaucoup d’écoles maternelles. Une grande partie des suppressions de postes d’enseignants a touché l’école maternelle, et ça, ça a frappé très directement les familles et notamment les familles qui n’ont pas les moyens de faire garder les enfants de façon payante alors que l’école est gratuite, ça s’étend, on l’a évoqué tout à l’heure, et surtout, les familles monoparentales sont très directement touchées par le recul de l’école maternelle, ça c’est un problème très important.

Après, les actions qui existent – je ne sais pas si ça existe ici – qui existent dans certains endroits du territoire, sur des actions de solidarité entre les seniors, les jeunes retraités, les associations de personnes qui sont arrivées à l’âge de la retraite, et qui en parrainage, en partenariat, avec des associations familiales, la Confédération Syndicale des Familles a lancé des actions comme celles-ci, où justement il y a un échange de temps, il y a un travail qui est donné, voilà. Il y a toutes les actions aussi d’accompagnement de jeunes qui font des études supérieures, qui reçoivent des bourses, et même ceux qui n’en reçoivent pas, et en contrepartie qui pourraient donner aussi des moments de soutien scolaire, ça, ça existe dans beaucoup d’associations de quartier, où les jeunes qui ont la chance de faire des études supérieures viennent donner du temps à ceux qui n’ont pas cette chance, et viennent donner du temps d’encadrement scolaire aux enfants dans les familles dans les quartiers, qui sont de tous milieux, hein, vous avez raison de le dire, qui sont de tous milieux et de toutes origines, ça je crois que c’est très important de le préciser, et il faudrait que ces actions de solidarité soient soutenues, soient encouragées.

Alors reste aussi la question de l’accueil et de la situation des femmes au travail, troisième thème qui a été évoqué ce soir, qui est aussi une question de société absolument cruciale, puisque ce sont déjà les femmes qui ont les plus bas salaires, qui ont la plus grande précarité, et en plus auxquelles on reproche d’avoir des enfants, donc c’est quand même…, je veux dire, c’est quand même lourd à porter, hein, ça c’est évident.

Et la question de l’éducation et de la parentalité. Moi je crois qu’il y a la question de l’éducation aussi des garçons, très tôt, ça n’est pas souvent abordé, hein, ce sujet-là, mais c’est quand même très important, et la structuration de l’autorité dans la société. C’est quand même normalement le père qui incarne l’autorité, et c’est vrai que quand les femmes se retrouvent seules, il y a la question de l’autorité qui est posée. Donc soit il y a des substituts, comme on disait tout à l’heure, des associations, des femmes qui se mettent ensemble, et qui exercent ensemble l’autorité parentale, et le multiple rôle du père, de la mère à l’égard des enfants, ça c’est quelque chose qui fonctionne très bien, souvent il y a les grands-parents qui sont là, vous évoquiez, heureusement, il y avait la grand-mère, souvent. Mais souvent les solidarités familiales se sont étiolées, et ça aussi c’est une évolution profonde de la société qui n’a pas été prise en considération, car bien souvent, il y a avait aussi l’éducation du groupe famille, même si les familles n’étaient pas monoparentales, les enfants étaient pris en charge collectivement, on le voit dans le milieu rural, où là aussi il y a une évolution profonde, parce que comme on le disait, il y a la même évolution des familles monoparentales et de l’éloignement de l’ensemble des générations, alors que dans les villages, dans les quartiers de villages, je vois dans la région où je suis, il y a la même évolution, et avant il y avait une prise en charge du groupe famille, du groupe famille et même des voisins, qui jouaient un rôle éducatif, et aujourd’hui chacun se replie sur ses problèmes. Donc il y a aussi essayer de réinventer, de repenser les solidarités de voisinage, les solidarités de proximité, et l’implication du rôle de tout adulte de proximité, du rôle éducatif de tout adulte de proximité.

Et puis il y a toute l’amélioration des relations avec l’école. Ça, la reconnaissance aussi de la difficulté du rôle parental par l’école, je crois que les choses ont beaucoup avancé. Moi je me souviens, j’avais créé la semaine des parents à l’école, pour que les parents puissent venir librement dans l’école, au moins pendant une semaine, voir comment leurs enfants se comportaient dans les classes, etc. Il y a toute cette question-là aussi, sur laquelle il faut travailler, et que l’on peut améliorer, et qui touche au problème global, bien sûr, de l’amélioration de l’Education nationale, qui malheureusement a perdu beaucoup d’emploi aussi au cours de ces derniers temps. Notamment tous les emplois périphériques aux emplois d’enseignants ont tendance à disparaître, et ça, il faudra remettre tous ces emplois de psychologues scolaires, les RASED qui ont disparu, les infirmières scolaires qui disparaissent, les conseillères d’orientation qui disparaissent aussi, les surveillants, donc il faut aussi repenser tous les métiers en dehors du métier d’enseignant qui permettent à l’école de bien s’articuler avec les familles.

Voilà quelques propositions, quelques pistes d’action, et quelques conclusions que je tire de cette écoute et de ce dialogue dont je vous remercie vraiment beaucoup."

Frédérick Moulin

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 18:55

Philippe 5921 WEB[1]   Avec un tournant très libéral de la politique conduite par Nicolas Sarkozy depuis 2007, ressurgit très nettement le clivage gauche/droite sur les politiques économique et sociale. Alors qu’on avait plutôt assisté à un rapprochement des orientations, c’est aujourd’hui le réveil de la lutte idéologique.

Dans ce contexte, la candidate présidentielle de 2007, Ségolène Royal, avec un positionnement pertinent, prend la tête de l’opposition.  

 

1. Elle s’affiche clairement comme le garant de la République sociale en s’opposant à la remise en cause des acquis sociaux.

 - Sur la question des retraites, elle a pris la tête de la fronde, alors que la secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry paraissait beaucoup hésiter entre un discours à gauche et le lien avec Dominique Strauss-Kahn. En proposant un référendum d’initiative populaire, refusé par la direction socialiste, Ségolène Royal a démonté simplement que cette direction n’était pas prête à s’engager dans un combat politique sur cette question, laissant entendre qu’une fois aux affaires elle pourrait adopter la même politique.

 - Sur la question des 35 heures, elle est clairement intervenue pour contester la remise en cause de la durée légale du travail sans s’attaquer à la personne de Manuel Valls, car pour la candidate socialiste il faut accepter le débat politique pour avancer. Alors que pendant la dernière campagne présidentielle elle n’avait pas hésité à contester la gestion de cette réforme au moment de sa mise en place par Martine Aubry, elle considère qu’il ne faut pas pour autant remettre en cause un acquis social.

 

 2. Pour Ségolène Royal, ce positionnement de défense des acquis sociaux s’intègre dans une orientation politique globale en opposition au discours de Nicolas Sarkozy. Ce discours d’opposante de la candidate socialiste apparaît aujourd’hui comme le plus abouti à gauche sur la question sociale.

Dans la conception néolibérale, reprise par Nicolas Sarkozy, les acquis sociaux sont considérés comme un frein à la performance économique. Dans la compétition internationale, les acquis sociaux sont considérés comme un handicap à la compétitivité économique. Repris et largement diffusé dans les médias, ce discours s’impose progressivement sans réelle analyse critique.

C’est une orientation totalement opposée que défend Ségolène Royal en martelant qu’il ne peut pas y avoir de développement économique sans progrès social. L’enrichissement au profit de quelques-uns n’assure pas le réel développement d’un pays.

 

3. Pour la candidate socialiste, Ségolène Royal, la réponse à la compétition internationale n’est sûrement pas dans le "travailler plus" avec toujours moins de protection sociale. Les solutions sont ailleurs.   

- La socialiste défend une politique en faveur de l’innovation pour donner à la France une avance technologique et permettre de créer les nouveaux produits dont nous aurons besoin. Elle veut notamment promouvoir une politique en faveur de la croissance verte et déplore avec force l’absence d’une stratégie industrielle de la part du pouvoir en place.

- Pour les industries de main-d’œuvre qui font des profits insuffisants pour le grand capital, la socialiste considère que la France ne peut pas abandonner ces secteurs d’activité. Elle propose des actions alternatives à l’économie de marché afin de les sauvegarder. Elle a mené ainsi plusieurs actions dans ce sens dans sa région en faisant, en ce domaine, un laboratoire pour une autre politique économique.

 

Prenant la tête de la lutte dans cette bataille idéologique, Ségolène Royal devient à nouveau la cible des attaques. Afin de disqualifier son message politique, les attaques portent sur sa personne. Mais elle avance avec une force de conviction que personne ne peut lui contester. Parce qu’elle mesure l’importance de son combat, la socialiste a décidé d’aller jusqu’au bout pour donner à la France un réel changement de politique en 2012.

 Philippe Allard

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 01:05

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Ségolène Royal à Bagneux le 5 janvier 2011 lors d'une discussion avec des familles monoparentales et des associations (AFP)

Ségolène Royal était hier en visite à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, pour rencontrer des familles monoparentales et des associations familiales. Avec elles, elle a discuté pendant une heure et demie de ces familles monoparentales. Elle a notamment préconisé de « vraies politiques familiales », déplorant la suppression du ministère de la Famille lors de la formation du gouvernement Fillon III. On en voit une brève image au début de la vidéo ci-dessous.

En marge de cette visite, interrogée par de nombreux journalistes de façon pressante sur les déclarations de Manuel Valls qui préconise de « déverrouiller » les 35 heures, elle a répondu devant la caméra de LCI, sans jamais prononcer le nom de Manuel Valls :

« Je n’accepte pas que l’on remette en cause la protection sociale dans notre pays, et la durée légale du travail est un élément structurant très important de la protection sociale.

Donc il n’est pour moi pas question d’accepter la remise en cause de la durée légale du travail. Et d’ailleurs, je n’ai jamais rencontré un chef d’entreprise – vous savez qu’en tant que présidente de région, je suis chargée de l’aide économique aux entreprises – je n’ai jamais rencontré un chef d’entreprise qui m’a demandé de remettre en cause la durée légale du travail. »

 


Elle a ajouté, selon Libération :

« Il n'est pas question de revenir sur une avancée sociale importante, celle de la durée du travail […]. On ne va pas rouvrir des conflits sociaux dans l'ensemble des entreprises du pays, pour des raisons dogmatiques.

Il n'y a pas de tabou, on peut évoquer tout. Mais une proposition doit servir à résoudre un problème. Est ce que les Français en ont parlé, de la durée du travail? Les chefs d'entreprise? Non. ».

Selon Europe 1, elle a complété ses propos en ajoutant : « Il n'y a aucun sujet interdit. Chacun s’exprime en fonction de ses convictions, tous les sujets peuvent être abordés, et heureusement, il y a encore une liberté de parole. Les électeurs trancheront. »

Devant les micros de l’AFP, Ségolène Royal a poursuivi :

« Il a deux problèmes prioritaires: le chômage. Une remise en cause de la durée légale aggraverait le chômage. Et l'amélioration de la compétitivité économique des entreprises.

Il faut alléger les charges sur le coût du travail, ce qui permettrait d'augmenter les bas salaires. Ma priorité est de proposer des solutions qui permettent d'alléger les charges sur le travail pour les transférer sur le capital. »

Interrogée sur ses propres réserves concernant les 35 heures, exprimées lors de la dernière présidentielle, elle a expliqué : « En 2007, j'avais dit que dans certaines entreprises le passage aux 35 heures avait entraîné une dégradation des conditions de travail. »

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Complétant son raisonnement, elle a déclaré au micro de RMC : « Ce n'est pas se désavouer que de réajuster certaines réformes pour gommer leurs effets négatifs. C'est cela aussi la rénovation de la politique. »

À l’attention des journalistes qui la pressaient de question, elle a rappelé le but de sa visite à Bagneux et a souligné : «Je ne rentre pas dans les débats internes au Parti socialiste. Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas ce qui se passe à l'intérieur du PS, mais dans le pays. »

Frédérick Moulin

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 00:18

5023868138_f94ab46095-1-.jpg   Nous gardons en mémoire le refus, de l’équipe dirigeante actuelle du Parti socialiste, de soutenir l’appel de Ségolène Royal au référendum d’initiative populaire pour s’opposer à la réforme sur les retraites de Nicolas Sarkozy.

 

 Face à la décision d’un homme de remettre en cause un des piliers de notre sécurité sociale, on ne demandait pas au Parti socialiste de venir, massé tout sourire sur le trottoir, assister au défilé des manifestants. La lutte sociale n’est pas un numéro de cirque ! On attendait du PS une réponse politique pour s’opposer réellement à une réforme injuste. Quand on croît à ce qu’on proclame, on se donne les moyens pour se battre.

 

 Nicolas Sarkozy peut d’ailleurs s’amuser du refus de la direction du PS. Le principal argument, avancé par la direction du PS pour justifier ce refus, a été de mettre en avant l’infaisabilité de ce référendum. Or, le 22 décembre 2010, le gouvernement a entériné le référendum d’initiative populaire. Maintenant rien ne peut empêcher cette initiative, mais le grand silence du PS perdure !

 

Quel crédit peut-on accorder à cette équipe ? Ne viendra-t-elle pas nous dire une fois aux affaires : « nous ne pouvons rien contre la puissance des forces de l’argent » ! « Le peuple paiera pour sauver le grand capital » !

 

En 2012, nous devons absolument porter à la présidence de la République une personnalité capable de défendre nos acquis sociaux et qui n’aura pas peur d‘intervenir dans ce sens. C’est toute la bataille politique qui s’ouvre.

Pour les femmes et les hommes de gauche, nous devons porter Ségolène Royal à la présidence de la République afin de garantir une orientation politique claire pour assurer la défense de notre République sociale.

 

Oui à la politique par la preuve ! Ségolène Royal présidente !

 

 

Philippe Allard

 

 

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