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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 07:46

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(RTL / Caroline Doutre / Abacapress)

Ségolène Royal était hier l’invitée de Jean-Michel Apathie de RTL dans l’émission Le grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, retransmise simultanément sur a chaîne d’information LCI, filiale du groupe TF1, et RTL. Les deux journalistes Eric Revel, de LCI, et Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du journal Le Figaro, mais qui a surtout été vice-président du Groupe TF1 SA – société cotée en bourse – et vice-PDG de TF1, maison mère de LCI, de 1989 à août 2007, et directeur général chargé de la programmation de la première chaîne d’avril 1987 à mai 2007.

Ségolène, à une contre trois, a eu affaire à forte partie, avec en face d’elle trois élèves indisciplinés tentant à tout prix de la pousser à la faute. Mais Ségolène Royal avait une énergie décuplée, se laissant couper la parole beaucoup moins facilement que d’habitude, et répondant aux attaques avec chiffres, dates et arguments. Jean-Michel Apathie, tel un élève pris en faute, dira à la fin du thème : « Vous êtes sévère ce soir ». Ce à quoi la candidate à la primaire socialiste, à qui Etienne Mougeotte tentait de poser une énième question piège façon patron d’entreprise cotée, répondit du tac au tac : « Quand on voit la misère sociale, et vous défendez là le patronat, c’est pas étonnant ! ».

Les questions pièges donc. Les trois compères faisaient mine d’ignorer totalement ce qu’était un licenciement boursier, comment le distinguer d’un licenciement économique, alors que Ségolène Royal répond régulièrement à cette question depuis des semaines. La première salve de questions vint d’Etienne Mougeotte, qui joua le benêt, faisant mine de ne pas savoir. Ségolène Royal expliqua, remarquant au passage qu’elle avait entendu des réactions du genre : « Mais qu’est-ce que c’est, les licenciements boursiers, mais voilà, Ségolène Royal qui dit encore quelque chose qu’elle ne contrôle pas… ». Etienne Mougeotte tomba alors le masque et montra qu’il avait compris en essayant de rassurer la candidate à la primaire : « Non, non, non, c’est simple, c’est des gens qui dégraissent pour essayer de faire monter le cours de bourse… ».

Que n’avait-il pas dit là ! L’élève fut sévèrement réprimandé pour avoir employé les termes du patronat : « Non, non, non, je n’ai pas envie de « dégraisser » les salariés, même entre guillemets. ».

Etienne Mougeotte tenta bien de se venger en glissant perfidement pendant que Ségolène Royal tournait les pages de la décision de justice : « Il me semble que Danone n’est plus le propriétaire de LU. », mais Ségolène Royal connaissait bien son dossier et remis à sa place l’élève rebelle : « Eh bien c’était le cas à l’époque, figurez vous. ». L’élève en resta coi.

Puis ce fut le tour d’Eric Revel, d’essayer de caricaturer la mesure proposer en généralisant : « Toute entreprise qui ferait des profits ne pourrait pas licencier, c’est ça que vous proposez ? ». Et Ségolène Royal d’expliquer à l’élève « Toute entreprise dont la croissance économique est là, dont les résultats économiques augmentent, ne peut en aucun cas prétendre qu’elle peut faire des licenciements économiques. ». Et de préciser qu’elle inscrirait l’interdiction des licenciements boursiers dans la loi en France, car les relations sociales en France sont trop « dégradées » et « archaïques » pour passer par des négociations au sein de l’entreprise.

Alors Jean-Michel Apathie tenta d’agiter le chiffon rouge de l’autorisation administrative de licenciement, cauchemar du patronat. « Vous mélangez tout », rétorqua Ségolène Royal, préconisant deux solutions : soit « il y a un partenariat dans l’entreprise avec les experts comptables qui sont là, la direction de l’entreprise, les représentants des salariés », et la détermination de ce qui est un licenciement boursier ou non se passe à l’intérieur de l’entreprise, soit le juge dira le droit sur la base de la loi, et rendra donc son verdict rapidement.

Les questions sur le thème se terminèrent sur une question d’Etienne Mougeotte, qui cherchait une situation de l’entreprise qui « coincerait » Ségolène Royal. Après un échange vif entre les intervenants (Jean Michel Apathie : « Vous êtes sévère ce soir » / Ségolène Royal : « Quand on voit la misère sociale, et vous défendez là le patronat, c’est pas étonnant ! »), Etienne Mougeotte retira sa question avant de finir de la poser, et on passa au thème suivant, la banque publique d’investissement pour les PME que Ségolène Royal a évoquée dans son discours de Bully-les-Mines.

Frédérick Moulin

 

La charge de Ségolène Royal contre les licenciements boursiers, extrait vidéo de LCI

 


bande-son de l'émission envoyée par segolene-royal.(thème des licenciements boursiers à la 13ème minute)


Etienne Mougeotte : alors venons-en, comme vous le dites, à l’essentiel. Vous êtes candidate à la primaire aux élections présidentielles, primaire socialiste, et vous avez, à Bully-les-Mines, dans le Nord, prononcé un grand discours mard… euh, jeudi. J’ai retenu un point qui n’est pas nouveau chez vous mais qui me paraît important : vous voulez vous opposer aux licenciements économiques. Alors, j’aimerais bien qu’on creuse un peu : qu’est-ce que c’est qu’un licenciement boursier – vous dénoncez les licenciements boursiers – qu’est-ce que ça veut dire, un licenciement boursier ? Ça veut dire qu’on licencie pour faire monter le cours de bourse ?

Jean-Michel Apathie : Ségolène Royal.

Ségolène Royal : en effet, merci d’avoir rappelé cette réunion tout à fait extraordinaire à Bully-les-Mines, dont le maire est par là, d’ailleurs, où il y avait plus de 1000 personnes dans cette salle, dans ce bassin minier, et avant de m’adresser à ces 1000 personnes, j’ai rencontré un certain nombre d’intervenants dans le domaine des associations caritatives. Je ne sais si vous savez ce qui se passe en France aujourd’hui, sans doute puisque vous êtes fort bien informé…

Etienne Mougeotte : il nous arrive de voyager nous aussi.

Ségolène Royal : … vous savez il se passe aujourd’hui en France quelque chose qui n’existait pas il y a même quelques mois, c’est-à-dire qu’aujourd’hui ceux qui s’adressent aux associations caritatives, au Secours ouvrier, puisqu’il y a le Secours ouvrier dans le Nord et dans le bassin minier, au Secours catholique, au Secours populaire, aux Restaurants du Cœur, ceux qui s’adressent aujourd’hui et c’est très nouveau, ce sont maintenant des salariés, des salariés qui n’arrivent plus à faire vivre leur famille avec leur salaire. Ce sont maintenant des retraités, des retraités qui n’arrivent plus à vivre avec leur retraite, c’est à dire qu’une fois qu’ils ont payé le loyer, les charges, l’essence, ils n’arrivent plus à boucler les fins de mois alors qu’ils ont un travail et alors qu’ils ont une retraite qui est le fruit du travail de toute leur vie.

Donc on n’est plus seulement dans le déclassement social, on est dans le chaos social aujourd’hui et l’inquiétude monte. On voit aussi maintenant des catégories de jeunes qu’on ne voyait pas dans ces associations caritatives, c’est-à-dire que les jeunes sont massivement rejetés dans la précarité et dans la pauvreté. Ça n’est pas d’ailleurs étonnant puisque les parents n’arrivent même plus à les aider, et les grands-parents encore moins, alors qu’auparavant, ce qui tenait dans les familles, il y avait aussi un troc entre les générations, une sorte de troc affectif, que les grands-parents ne peuvent même plus fournir à leurs enfants.

Donc la situation est extrêmement grave. Et en face de cela, on voit en effet des comportements qui sont intolérables de la part des grandes entreprises, de la part des firmes multinationales, et même d’autres, qui, en effet, pratiquent ce que j’appelle, ce que l’on appelle, ce que les tribunaux appellent des licenciements boursiers. Alors j’ai entendu, effectivement : « Mais qu’est-ce que c’est, les licenciements boursiers, mais voilà, Ségolène Royal qui dit encore quelque chose qu’elle ne contrôle pas… »

Etienne Mougeotte, coupant la parole à Ségolène Royal : non, non, non, c’est simple, c’est des gens qui dégraissent pour essayer de faire monter le cours de bourse…

Ségolène Royal, coupant la parole à Etienne Mougeotte : « qui dégraissent » ? « qui dégraissent » ? J’observe la finesse de votre vocabulaire, ça ne m’étonne pas du Figaro, « qui dégraissent », bon…

Etienne Mougeotte : il y avait des guillemets, il y a avait des guillemets, chère Madame Royal…

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Ségolène Royal : des guillemets ? Eh bien moi, si vous voulez, je n’ai pas envie de « dégraisser »…

Etienne Mougeotte, parlant en même temps que Ségolène Royal : car ce terme là malheureusement est utilisé, vous le savez bien, par ceux qui les pratiquent.

Ségolène Royal : non, non, non, je n’ai pas envie de « dégraisser » les salariés, même entre guillemets.

Etienne Mougeotte : moi non plus, [puis en même temps que Ségolène Royal parle] moi non plus, moi non plus, moi non plus, moi non plus.

Ségolène Royal : donc c’est précisément parce que les gens « dégraissent » qu’il faut les sanctionner. Alors qu’est-ce que c’est qu’un licenciement boursier ? Il y a d’ailleurs un salarié de LU qui est là parmi nous, qui s’appelle Patrick Régnier, qu’est-ce que c’est qu’un licenciement boursier ? C’est ce qu’a décidé la cour d’appel de Paris, par une décision du mois de décembre dernier, ce n’est donc pas récent, c’est-à-dire que ces salariés, qui ont attendu…

Jean-Michel Apathie : décembre dernier, décembre 2010, c’est récent vous voulez dire.

Ségolène Royal : 2010, 2010…

Jean-Michel Apathie : c’est récent. D’accord.

Ségolène Royal : … donc très récent. Des salariés qui ont attendu 10 ans avant que justice leur soit rendue, il y en a plusieurs qui se sont suicidés entre temps, ils ont été « dégraissés », comme vous dites, et même l’entreprise… [Ségolène Royal est interrompue par Etienne Mougeotte] l’entreprise… l’entreprise… elle s’est dit…

Etienne Mougeotte, coupant la parole à Ségolène Royal : oui, enfin, « comme je dis », c’est une expression, malheureusement courante, vous le savez bien.

Ségolène Royal : … parce que ça en dit long sur ce que ça révèle. Et l’entreprise maintenant est une friche industrielle, sur laquelle je me suis rendue, donc c’est un désespoir total. Les salariés se sont battus seuls pour obtenir une justification, parce qu’ils voyaient bien que l’entreprise faisait des profits et que malgré tout, le patron, Danone, a décidé de fermer cette entreprise. Que dit le tribunal ? Il dit ceci…

Etienne Mougeotte, profitant du fait que Ségolène Royal tourne les pages de la décision de justice : il me semble que Danone [« Non, mais attendez… », s’exclame Ségolène Royal] n’est plus le propriétaire de LU.

Ségolène Royal : eh bien c’était le cas à l’époque [la décision de la fermeture de l’usine a été prise en 2001, l’usine a définitivement fermé ses portes en 2004, et LU a été cédé avec la branche Biscuits au géant américain Kraft Foods fin 2007 pour 6,3Md€, pour se recentrer sur les « produits santé » (eaux minérales, produits frais laitiers, alimentation infantile) pour augmenter la valeur pour les actionnaires, NdlR], figurez vous. Alors : 

« L’examen des documents économiques comptables publiés par le groupe Danone dans le secteur d’activité Biscuits s’inscrit dans un cycle de croissance ininterrompu. Le salarié a fait valoir avec pertinence que le chiffre d’affaires a connu une augmentation, passant de 2,8 milliards à 3,25 milliards, que dans le rapport annuel du groupe Danone une nette progressions des bénéfices du secteur d’activité Biscuits était soulignée.

Une stabilité, voire une augmentation des résultats démontre que la compétitivité du secteur d’activité n’était soumise à aucune menace particulière, ni à des difficultés économiques objectivement prévisibles, contredisant ainsi les affirmations de l’employeur. »

« Considérant donc », dit le juge, parce que vous allez me dire : mais comment est-ce que les juges vont pouvoir apprécier la situation économique de l’entreprise ? Le juge lui-même dit :

« Il n’appartient pas au tribunal d’apprécier la pertinence des décisions prises par l’employeur, il lui revient néanmoins de contrôler la réalité du motif économique. Et la preuve de difficultés économiques prévisibles, comme l’a dit pourtant le groupe Danone », j’en ai terminé, « n’a pas été démontrée par l’employeur, et en conséquence, le tribunal juge que les licenciements sont sans cause réelle et sérieuse, et annule les licenciements. ».

Jean-Michel Apathie : qu’est-ce que vous proposeriez si vous reveniez au pouvoir …

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Ségolène Royal : 10 ans après quand même…

Jean-Michel Apathie : … pour régler ce type de problème ?

Ségolène Royal : 10 ans… non mais attendez, 10 ans de souffrance de ces salariés, qui sont allés aux Assedic, qui ensuite ont perdu les Assedic, qui ont basculé dans la misère, dont plusieurs se sont suicidés, dans une indifférence totale, étant obligés eux-mêmes d’aller chercher des avocats, de se battre devant un tribunal, pour que le tribunal enfin, et c’est récent, dise, en effet, des licenciements boursiers qu’est-ce que c’est ? C’est un licenciement qui n’a que pour seul objectif d’encore augmenter la productivité financière alors même [« Et qu’est-ce que vous proposeriez ? », demande Jean-Michel Apathie], attendez, alors même [« Oui, mais on a compris, là… », répond un Jean-Michel Apathie indiscipliné] que la compétitivité économique ne cesse d’augmenter et malgré cela, on « dégraisse », et on licencie les salariés. Eh bien…

Jean-Michel Apathie : c’est vous qui l’avez dit

Ségolène Royal : … eh bien, ce que je… non j’ai repris les « entre guillemets », je reprends l’expression [d’Etienne Mougeotte].

Jean-Michel Apathie : alors vous aussi, vous mettez des guillemets.

Ségolène Royal : c’est Danone qui fait ça.

Jean-Michel Apathie : qu’est-ce que vous proposeriez si… pour éviter ce type de situation que vous dénoncez, comment, est-ce que c’est la loi qui doit l’organiser, et comment ?

Ségolène Royal : c’est très simple… c’est très simple. Il ne faut plus que les salariés attendent 10 ans pour avoir cela, donc il faut…

Jean-Michel Apathie : ah, c’et autre chose, ça d’accord.

Ségolène Royal : ah, eh bien écoutez. Donc ça veut dire…

Jean-Michel Apathie, interrompant Ségolène Royal : donc ça veut dire qu’il faut que la justice soit plus rapide ?

Ségolène Royal : non, ça veut dire qu’il faut inscrire ce principe-là dans la loi, et donner du coup l’autorisation… ce principe d’interdiction…

Eric Revel, l’interrompant : c’est-à-dire que, toute entreprise qui ferait des profits ne pourrait pas licencier, c’est ça que vous proposez ?

Ségolène Royal : absolument…

Eric Revel, lui coupant à nouveau la parole : toute entreprise, quel que soit le niveau de son profit, ne pourrait plus licencier ?

Ségolène Royal : toute entreprise qui est en phase de croissance, dont les profits augmentent, ne peut pas prétendre faire des licenciements…

Eric Revel, interrompant à nouveau Ségolène Royal : donc pas toute entreprise qui ferait des profits ?

Ségo 3 Revel

Ségolène Royal : attendez, atten… attendez, Monsieur, laissez moi parler. Toute entreprise dont la croissance économique est là, dont les résultats économiques augmentent, ne peut en aucun cas prétendre qu’elle peut faire des licenciements économiques.

Jean-Michel Apathie, l’interrompant : qui doit en être…

Ségolène Royal : attendez…

Jean-Michel Apathie : qui doit en être le gardien de ceci ?

Ségolène Royal : vous êtes d’accord avec moi ?

Jean-Michel Apathie : qui doit en être, qui doit en être… ?

Ségolène Royal : est-ce que vous êtes d’accord déjà avec cela ?

Jean-Michel Apathie : qui doit en être, qui doit en être… ?

Ségolène Royal : ça paraît extr…

Jean-Michel Apathie : qui doit en être, qui doit en être le gardien ? qui doit en être le gardien ? L’Etat ou la justice ?

Ségolène Royal : premièrement, dans un pays démocratique qui fonctionne bien, il y a des partenaires sociaux qui doivent bien fonctionner dans l’entreprise. Donc déjà, des situations comme celles-là, par exemple, elles n’existent pas dans les pays du nord de l’Europe, ni en Allemagne. Un patron ne se permet pas de licencier des salariés s’il est en phase de croissance économique.

Eric Revel, interrompant Ségolène Royal : parce que quand même, c’est un point très important ? C’est un point très important ?

Ségolène Royal : c’est un point très important.

Eric Revel : c’est un point très important, mais la seule précision que je voulais, c’est de savoir si, si vous étiez élue présidente de la République, si vous inscririez dans la loi le fait que toute entreprise qui fait des profits n’aurait plus le droit de licencier.

Ségolène Royal : n’aurait plus le droit de licencier pour causes économiques. Car que font ces entreprises ? Aujourd’hui ce qui est autorisé, ce sont les licenciements pour causes économiques ou pour fautes. Donc on est dans un autre cas de figure. Pour causes économiques, vous croyez que nous sommes dans un pays où on peut, comme ça, licencier ses salariés du jour au lendemain ? Non Monsieur. Nous sommes dans un pays où l’autorisation de licenciement, ou la possibilité de licencier, est donnée pour causes économiques.

Donc en effet, il est bien clair que s’il n’y a pas de causes économiques pour licencier un salarié, il n’y a aucune raison de laisser l’entreprise licencier les salariés alors qu’elle a des profits en augmentations ! [« Mais je reprends ma question : c’est l’Etat ? C’est l’Etat qui doit garantir ce droit ? », tente Jean-Michel Apathie] Qu’est-ce qui paraît extravagant ? Je vais vous dire, ce qui paraît extravagant c’est que ce ne soit pas encore dans la loi. C’est vous dire… [« On a connu ça. », interjette Jean-Michel Apathie] Attendez. [« On a connu ça, excusez moi, parce que... », répète Jean-Michel Apathie] Non, non, attendez, une seconde, une seconde, je finis juste ma phrase… non, non, une seconde…

Jean-Michel Apathie, l’interrompant : on a connu le moment, on a connu le moment dans l’histoire de ce pays, récente, où c’était dans la loi, on appelait cela une autorisation administrative de licenciement, c’est-à-dire que l’Etat, par son administration, regardait quelles étaient… si les causes du licenciement étaient sincères ou pas. Ça a disparu, il y a une vingtaine d’années que l’autorisation administrative de licenciement n’existe plus, est-ce que vous souhaiteriez la remettre dans le droit français ?

Ségo 4

Ségolène Royal : vous mélangez tout. Est-ce que je vous ai dit que je voulais remettre une autorisation administrative de licenciement ?

Jean-Michel Apathie : je ne mélange rien, je vous posais gentiment la question.

Ségolène Royal : vous mélangez tout. [« Vous pouvez me répondre avec autant de gentillesse que je vous ai posé la question. », lance Jean-Michel Apathie, avec un petit rire satisfait] Ecoutez, alors que les choses sont très simples dans la législation. La législation française est très en retard par rapport aux décisions de la justice, par rapport aux décisions du tribunal, et par rapport à ce qui se fait dans les pays plus performants que les nôtres, car moi je considère que la qualité des relations sociales dans l’entreprise, y compris sur les stratégies économiques de l’entreprise auxquelles dans les pays du nord de l’Europe, auxquelles en Allemagne les organisations syndicales ont un droit d’accès parce que c’est comme ça qu’on associe les forces syndicales à la dynamique positive de l’entreprise, c’est quand les gens sont partenaires de l’entreprise, que l’entreprise avance et devient compétitive, et pas quand les gens se méfient les uns des autres.

Et donc la transparence sur les résultats économiques de l’entreprise qui est un droit dans certains pays, et notamment dans ceux que je viens de citer, est un élément de l’efficacité économique.

Mais on est en France dans un système où les relations sociales sont tellement dégradées, sont tellement archaïques, où quand vous voyez qu’il faut de jugements comme ceux-là parce que certains patrons se comportent mal et qu’on a des entreprises-voyous, qui portent d’ailleurs atteinte à la réputation de toutes les entreprises y compris de celles qui se portent bien, alors oui, quand on a autant d’irresponsabilité dans certaines entreprises, alors oui, je réponds oui à votre question, j’inscrirai dans la loi ce principe selon lequel les licenciements boursiers ne pourront pas être possibles. Après, les parte…

Jean-Michel Apathie, cherchant ses mots : je vais reprendre ma question un peu stupide, je suis désolé mais… est-ce que c’est l’administration… enfin qui vérifie que l’entrep… j’imagine que le droit n’a de sens qu’avant que le licenciement soit appliqué ? Si le salarié est licencié de l’entreprise, et s’il doit faire valoir ses droits en justice, vous le disiez, ça peut prendre beaucoup de temps. Donc on imagine que le droit…

Ségolène Royal, l’interrompant : surtout quand la loi ne dit pas les choses ; là ce sera beaucoup plus rapide.

Jean-Michel Apathie : le salarié doit pouvoir faire valoir son droit avant d’être licencié, j’imagine, dans votre esprit ?

Ségolène Royal : bien sûr, mais il peut le faire dans l’entreprise.

Jean-Michel Apathie, cherchant à nouveau ses mots : donc, qui vérifie… mais auprès de… qui dit : le chef d’entreprise a raison ou a tort de licencier ?

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Ségolène Royal : il y a deux hypothèses  soit il y a des relations sociales normales dans l’entreprise, modernes, correctes, où à ce moment là, il y a un partenariat dans l’entreprise avec les experts comptables qui sont là, la direction de l’entreprise, les représentants des salariés, et c’est facile à voir ensemble…

Jean-Michel Apathie, l’interrompant : absolument. Et si ça n’existe pas ?

Ségolène Royal : … et donc ça c’est quand même la meilleure des solutions. Il y a un dialogue social garanti par des experts indépendants puisque dans beaucoup d’entreprises du nord de l’Europe et d’Allemagne, c’est comme ça aussi que cela se passe, c’est-à-dire, les partenaires sociaux se mettent d’accord sur la désignation d’un expert qui va dire si, oui ou non, les licenciements sont boursiers ou non. Donc ce cas…

Jean-Michel Apathie, lui coupant la parole : mais si ça n’existe pas ?

Ségolène Royal : attendez. Moi c’est la société que je souhaite construire. C’est une société où les gens se parlent, où il y a de la transparence, où les gens se font confiance, parce que c’est comme ça qu’une entreprise avance, c’est pas avec des conflits sociaux, des mensonges, ou la façon d’occulter les comptes que les entreprises avancent, parce qu’un jour ou l’autre ça va se retourner contre les entreprises.

Jean-Michel Apathie : vous ne voulez pas confier à quelqu’un extérieur à l’entreprise, un tiers, l’administration, ce type de droit ?

Ségolène Royal : c’est pas forcément utile. Et ensuite, s’il y a un désaccord, à ce moment-là le juge intervient et dira le droit. Donc les choses sont assez simples. Mais pour ça il faut changer de mentalité, et je pense que la mutation considérable encore que les entreprises ont à faire en France, c’est vraiment de développer cet esprit de partenariat dans l’entreprise, et je crois que là les organisations patronales devraient enfin le comprendre.

Etienne Mougeotte : moi je voudrais prendre un exemple très précis. Une entreprise fait une année des profits…

Ségolène Royal : ah, ça vous… ça vous trouble, hein de pouvoir contrôler les entreprises…

Etienne Mougeotte : ah, pas du tout… ah non alors, pas du tout, mais je me posais une…

Ségolène Royal : ça vous perturbe. Allez-y.

Etienne Mougeotte : je peux vous poser une question ?

Ségolène Royal : allez-y.

Etienne Mougeotte : une entreprise fait beaucoup de bénéfice

Jean-Michel Apathie : vous êtes sévère ce soir. Vous êtes sévère ce soir, Ségolène Royal, hein.

Ségolène Royal : non, mais attendez… [« Je peux ne pas la poser. Si c’est pour vous être agréable... je ne pose pas la question, hein. », s’exclame Etienne Mougeotte dans un dernier sursaut] quand on voit la misère sociale, et vous défendez là le patronat, c’est pas étonnant !

Jean-Michel Apathie : on peut changer de sujet si… vraiment, il n’y a pas de problème.

Ségolène Royal : non, non, non, mais écoutez… mais écoutez, quand on voit la misère sociale des salariés…

Etienne Mougeotte : on la voit autant que vous la misère sociale.

Ségolène Royal : eh bien alors, comment vous n’acceptez pas ce que je dis là ?

Etienne Mougeotte : je n’ai pas posé ma question, je la retire.

Ségolène Royal : mais posez la, posez la votre question.

Jean-Michel Apathie : Eric Revel [pour le thème suivant, la banque publique d’investissement pour les PME que Ségolène Royal a évoquée dans son discours de Bully-les-Mines, NdlR].

Etienne Mougeotte : je la retire.

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 22:08

7653527336 segolene-royal-invitee-du-grand-jury-rtl[1]  Interrogée au Grand jury RTL/le Figaro dimanche soir par Jean-Michel Aphatie (RTL), Etienne Mougeotte (Le Figaro) et Eric Revel (LCI), Ségolène Royal avec beaucoup de patience a offert aux journalistes une leçon d’économie.

L’important a expliqué la présidente de région, forte de son expérience, c’est la confiance et la dynamique que vous allez créer pour donner de la richesse au pays. Il faut sortir de relations sociales « archaïques », de « la panne du développement industriel », de cette « très mauvaise gouvernance » qui conduit à « une désindustrialisation catastrophique ». Ségolène Royal veut un Etat beaucoup plus entreprenant pour permettre une relance économique.

 Mais Jean-Michel Apathie ne comprend pas… Comment pouvez-vous tout en réduisant les déficits mener une politique de relance ?

Il faudra « faire les deux à la fois » lance Ségolène Royal. Devant la réaction des trois journalistes, la socialiste comprend qu’il va falloir leur donner une leçon d’économie. La tâche ne va pas être facile face à ces trois élèves provocateurs qui veulent surtout mettre en doute son savoir pour mieux faire le pitre devant leurs petits camarades.

 

Ségolène Royal ne désarme pas et lance alors la leçon, « je vais vous l’expliquer la méthode. » Bien sûr qu’il faudra faire les deux : « il faut à la fois faire des économies compte tenu des déficits et de l’autre main bien évidemment relancer la machine économique ».

Alors comment relancer la machine économique sans créer de nouveaux déficits ?

Les trois journalistes se taisent et écoutent. La socialiste profite de ces quelques secondes d’attention et lance ses arguments. Pour faire de la relance l’Etat va devoir :

- pousser en avant les industries dans les secteurs à forte compétitivité

- donner des moyens de développement aux petites et moyennes entreprises grâce à un système bancaire rénové 

- améliorer le dialogue social dans l’entreprise qui est un facteur clé de la compétitivité

- augmenter la productivité horaire du travail.

 

C’est fait, en quelques mots la leçon est donnée. Ségolène Royal propose tout simplement une autre gouvernance de l’Etat pour redonner de la croissance. L'émission se poursuit et la socialiste continue de prodiguer ses explications très pédagogiques.

Mais ont-ils bien compris ? Pour compléter la leçon, il aurait été peut être utile d’inviter les trois journalistes à l’Université populaire qu’organise lundi la candidate socialiste sur la crise de l’euro en présence de Susan George, présidente d’honneur d’Attac, de Jacques Attali, et des économistes Philippe Aghion et Hubert Kempf.

A lundi donc pour une leçon d’approfondissement !

 

Philippe Allard

 

RTL - Jean-Michel Aphatie | 23/01/2011 - 19h32

écouter Ecoutez la deuxième partie de l'émission du 23 janvier 2011

 

« Crise de l’Euro, Crise de l’Europe :  quelles solutions ? »

lundi 24 janvier 2011 à 18h30  Théâtre Dejazet, 41 Boulevard du Temple PARIS 3è (accès République)

 

Avec la participation de :

Susan George

Présidente d’Honneur d’Attac

Jacques Attali

économiste, écrivain, directeur de PlaNet Finance

Philippe Aghion

Professeur d'Economie à l'Université d'Harvard et à

l'Ecole d'Economie de Paris

Hubert Kempf

Professeur de Sciences Economiques à la Sorbonne ,

détaché à la direction de la recherche de la Banque de France

Le débat dans la salle sera animé par :

Jean-Louis Bianco

Député, Président du Conseil Général des Alpes de Haute Provence

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 21:41

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Ségolène Royal, invitée par le maire PS de la ville, François Lemaire, à Bully-les-Mines jeudi 20 janvier, a passé la journée avec les habitants, allant déposer une gerbe avec François Lemaire à la mémoire des mineurs tombés lors de la Première Guerre mondiale, rencontrant les représentants du milieux associatif et les habitants, rendant visite aux militants de Désirs d’avenir, accordant quelques phrases à la presse. Le soir, à 18h30, à l’occasion de la Cérémonie des Vœux à la population du maire, François Lemaire, Ségolène Royal est intervenue à la tribune pendant une demi-heure devant une salle comble, où les Bullygeois étaient très présents, mais où des élus du Pas-de-Calais, cités par Ségolène Royal dans son discours, étaient également là, ainsi que de nombreux militants de Désirs d’avenir. Au total, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées dans la salle, un millier selon des personnes présentes dans la salle.

Le discours de Ségolène Royal, enrichi par le contact avec les Bullygeois et le milieu associatif local, abondamment cités, mettait en exergue l’humanité, la solidarité, le courage et la résistance des Bullygeois, confrontés au monde rude du bassin minier, avec la dureté du travail à la mine hier, et l’adversité de la vie économique actuelle, avec le chômage, le surendettement, ou encore la retraite à taux plein ou l’emploi à temps complet qui ne permet pas de vivre décemment.

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Face à cette situation où le découragement peut faire douter de l’action politique et attirer les Français vers les solutions simplistes du Front National, que Ségolène Royal n’a pas cité, la candidate aux primaires organisées par le PS a appelé à résister en 2011, quitte à ‘désobéir’ comme certains enseignants le font actuellement, pour attendre 2012 où elle veut redonner au peuple le pouvoir qui est le sien, et reconstruire tout ce qui a été pris ou détruit par la droite, « en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique ». On sentait le ‘souffle’ mitterrandien animer le discours, celui dont François Mitterrand disait : « on gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement ». Soudain, Ségolène Royal n’était plus uniquement la candidate aux primaires organisée par le PS s’adressant au peuple de gauche, mais au-delà, la candidate à l’élection présidentielle de 2012, qui s’adressait à tous les Français.

Se défendant de vouloir « égrener un programme », Ségolène Royal a tout de même rappelé les points déjà évoqués et travaillés par elle, notamment lors de ses luttes depuis plusieurs mois et lors des premières étapes de son ‘tour de France’ : le droit de partir à la retraite pour « ceux qui ont travaillé dur », « un pacte de confiance » avec les jeunes, l’interdiction des « licenciements boursiers », le remboursement des « aides publiques par les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font du profit », « la Sécurité sociale professionnelle », la création d’ « une Banque publique d’investissement pour les petites et moyennes entreprises », « l’égalité des chances » rendue possible par le fait que les socialistes rendront « à l’éducation ses moyens », la fin des « tarifications bancaires abusives », « une plus juste répartition des richesses, seule condition du redressement du pays et du retour de la confiance » et enfin « l’obligation d’intervenir pour faire respecter les droits et les devoirs de chacun » donnée « à l’Etat, en partenariat avec les régions, les départements et les villes ».

En bref, il s ‘agira de revenir « aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Frédérick Moulin

 


envoyé par segolene-royal

 


Transcription du discours de Ségolène Royal réalisée par MEAGSR/F.M.

 

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Merci de m’avoir invitée à vous rejoindre aujourd’hui, à Bully-les-Mines. Merci à toi, François, maire de cette commune et fidèle soutien, de m’avoir conviée avec ton conseil municipal à partager ce moment avec vous, de ton accueil si chaleureux, qui me permet de joindre mes vœux aux tiens, à toute la population de Bully. Oh ce n’est pas la première fois que je viens dans le Pas-de-Calais. Je me souviens de l’hospitalité d’Albert Facon, d’Odette Duriez, de Léon Fatous à Arras, de Jean-Pierre Kucheida, à Liévin, de Dominique Dupilet, de Catherine Génisson, et de bien d’autres, dont je salue la présence pour la plupart. Et à vous aussi, toute la population à travers cette salle, salut à vous et bonne année, habitants et habitantes de Bully-les-Mines (Applaudissements)

Je dois vous dire que l’on sent tout de suite le cœur d’une ville en s’y promenant comme nous le faisons depuis ce matin, au milieu des gens que l’on rencontre, ceux que l’on écoute, ceux auxquels on parle, et je viens ici pour partager avec vous un moment à la fois solennel et chaleureux. Mais je profite de chaque occasion qui m’est offerte pour regarder et connaître mieux notre pays composé de multitudes d’histoires locales particulières, qui toutes ensemble font l’histoire de la France.

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Ségolène Royal : "Ici de tout temps, la vie a été dure, et c’est pour cela qu’on a appris à s’entraider."

Je vois d’ailleurs dans cette salle une population de travail, d’engagements, de solidarités, tout ce qui a marqué d’une empreinte très forte cette région minière où l’on a appris à faire face aux difficultés avec courage et à en triompher pour bâtir la société la plus accueillante possible. Eh bien cette leçon que vous nous donnez vaut pour les temps présents. Ici de tout temps, la vie a été dure, et c’est pour cela qu’on a appris à s’entraider. Ce n’est pas un hasard qu’ici, dans cette région minière, se soit imposée l’idée fondamentale d’une fraternité humaine, qui doit unir tous les membres d’une même famille, qu’elle soit locale ou nationale. Ce n’est pas un hasard non plus si c’est ici, dans cette région ouvrière, que s’enracine l’histoire du socialisme.

Et en vous regardant tous, aujourd’hui, en vous écoutant, en partageant depuis ce matin ces moments avec vous, j’ai encore mieux compris ce que je cherche à dire pour vous, et pourquoi ce qui m’importe c’est de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas ou à ceux qui ne l’ont plus.

Laissez moi vous dire ce que j’ai vu ici et entendu, comme dans d’autres coins de France, et qui est à la fois un bonheur, une merveille, mais aussi la perception de situations qui ne sont pas acceptables et que l’action politique doit changer. Le bonheur, la merveille, ce sont les trésors d’humanité que nous avons rencontrés ce matin au cœur des hommes et des femmes, qui sont là d’ailleurs sans doute ce soir, et qui s’engagent au service des autres. Quel bonheur de rencontrer ce matin, à l’association Le Cheval Bleu, le docteur Jacques Louvrier et toute son équipe qui font un travail remarquable pour les personnes en situation de solitude extrême ou de fragilité mentale ! La densité humaine de leur action restera pour moi une empreinte inoubliable par l’attention portée à la prévention par exemple des violences familiales, l’intervention à domicile chez celles et ceux dont on n’entend plus parler, ce mécanisme si particulier qu’il empêche maintenant les mains courantes et que l’on intervient avant, dès le premier geste de violence dans la famille pour que celui-ci ne s’aggrave pas et ne devienne irrémédiable.

Et puis la solitude, et la solidarité, l’un ne va pas sans l’autre puisque c’est la seconde qui lutte contre la première, nous l’avons vue aussi par exemple avec Monique, qui préside l’association qui aide les mamans avec leur bébé et leurs jeunes enfants. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Je n’oublierai pas les poèmes de Jean, si poignants de tendresse et de tristesse, comme il l’écrit en racontant ses souvenirs de mineur. Leurs histoires disent aussi l’espérance d’une société différente, que nous pouvons construire, en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique."

Et puis nous sommes passés des plus jeunes aux anciens avec la visite du foyer. Je n’oublierai pas les mots de Charles, ancien mineur, qui continue pourtant à donner aux autres, par le bénévolat associatif, les poèmes de Jean, si poignants de tendresse et de tristesse, comme il l’écrit en racontant ses souvenirs de mineur. Leurs histoires à elles seules disent l’histoire d’ici bien sûr, du bassin minier, mais elles disent aussi l’espérance d’une société différente, que nous pouvons construire, en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique. (Applaudissements)

Oui, des trésors d’humanité, il y en a chez les Français, et chez ces hommes et ces femmes qui se dévouent. Mais leur action révèle en même temps des situations inacceptables. C’est en leur donnant la parole, aux sans-voix, que je la donne, et que je n’aurai de cesse de la donner, car je n’accepte pas qu’aujourd’hui des millions de Français subissent des situations de plus en plus dures. Alors donnons leur la parole, à ces hommes et ces femmes qui se battent dans le réseau associatif, ici, à Bully-les-Mines.

C’est Josette qui ce matin nous disait, au nom du Secours ouvrier social, que les Restaurants du Cœur reçoivent de plus en plus de personnes seules en retraite, qui ont travaillé toute leur vie, disait-elle, et qui n’y arrivent plus, après avoir payé les charges. Elles ne peuvent plus, disait-elle, ni manger, ni s’habiller. On a travaillé toute une vie et on n’a même plus les moyens de se payer une place de cinéma.

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Ségolène Royal : "Des personnes seules en retraite ne peuvent plus, disait Josette, ni manger, ni s’habiller. On a travaillé toute une vie et on n’a même plus les moyens de se payer une place de cinéma."

C’est Yvonne, du Secours catholique, qui ce matin nous disait qu’elle voyait de plus en plus de jeunes ménages en situation de surendettement. On en parle depuis des années du surendettement, et des tarifications bancaires, et rien n’est fait. Les frais bancaires. Les pénalités de retard : elle nous citait le cas de Veolia, eh bien pourquoi pas la citer, Veolia, qui prend 12 euros, même pour 3 semaines de retard, et puis au bout du compte les gens n’ont plus rien pour vivre, disait-elle. C’est Yvonne qui disait cela.

Et puis il y a Denis, de l’association Solidarité en bloc, association aussi qui voit augmenter les parcours des personnes surendettées et les impayés de loyer avant les expulsions, à cause du système des cartes à la consommation.

Et le Centre communal d’action sociale, qui soulignait qu’il y a de plus en plus de familles qui malgré un salaire, ont de plus en plus de mal à vivre.

Malgré un salaire, c’est-à-dire que la valeur travail n’est-elle pas bafouée, n’est-elle pas piétinée quand malgré un salaire et malgré une retraite, on n’arrive plus à manger, et on n’arrive plus à s’habiller ? Eh bien ça dans la France d’aujourd’hui ce n’est pas acceptable, et c’est le cœur du combat politique que nous allons conduire, et c’est pour ça que nous devons gagner en 2012 ! (Applaudissements, « Bravo ! », acclamations)

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Ségolène Royal : "La valeur travail n’est-elle pas bafouée, n’est-elle pas piétinée quand malgré un salaire et malgré une retraite, on n’arrive plus à manger, et on n’arrive plus à s’habiller ? Dans la France d’aujourd’hui ce n’est pas acceptable, c’est le cœur du combat politique que nous allons conduire, et c’est pour ça que nous devons gagner en 2012 !"

Oui, ce qui n’est pas acceptable, c’est cette marginalisation des ouvriers et des classes populaires, non seulement privés de leur travail, privés d’un juste salaire, mais privés aussi d’un droit de parole et privés du pouvoir démocratique ! Aujourd’hui, jamais la légitimité du peuple français, des ouvriers des usines, des ouvriers de la terre que sont les petits agriculteurs, des ouvrières du tertiaire, des petits retraités et du monde ouvrier et employé, mais aussi des classes moyennes qui se sentent déclassées, des petits chefs d’entreprise qui sont au bout du rouleau parce qu’il ne trouvent pas de crédit bancaire, oui, jamais le peuple n’a été autant ignoré, méprisé, abandonné. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Jamais le peuple n’a été autant ignoré, méprisé, abandonné."

Et c’est pourquoi, en attendant les changements plus que jamais nécessaires, je suis touchée de voir ici, illustré par vos traditions et votre action quotidienne, les deux valeurs sur lesquelles nous devons refonder notre République : la solidarité, et la résistance. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Les deux valeurs sur lesquelles nous devons refonder notre République : la solidarité, et la résistance."

Quel plus bel exemple d’ailleurs de solidarité et de résistance, cher François, que l’action de la commune que tu diriges, avec le soin apporté à la proximité et au dialogue dans les conseils de quartier, les priorités municipales autour du logement, de la petite enfance, des adolescents, de la culture, de la solidarité entre générations et du beau chantier de la rénovation urbaine des cités minières.

Alors je le dis à toutes les communes, les départements et les régions à travers tout le pays, tenons bons sur ces actions de proximité, car avec un Etat défaillant, si nous n’étions pas là, nous, élus de gauche, dans toutes ces collectivités locales pour maintenir ce tissu social, ces réseaux de solidarité, ces actions de proximité, mais la France serait encore dans un état beaucoup plus dramatique. Alors tenons bon sur cette solidarité, sur ces actions de terrain, en attendant le changement de 2012, car chez nous, dans notre histoire de France, il y a un lien étroit entre l’espérance individuelle et l’espérance collective ! (« Bravo ! », applaudissements, acclamations)

Ce que je vous propose, et c’est vous, qui me donnez, qui me redonnez même, le goût de ces mots-là aujourd’hui : je vous propose qu’en 2012 nous redonnions au peuple français le pouvoir qui est le sien. (« Bravo ! », applaudissements)

C’est une question de dignité, de respect, la dignité ce n’est pas seulement le contraire du mépris, avec lequel le pouvoir traite aujourd’hui les Français. Ce n’est pas seulement le contraire de la brutalité, dont toutes leurs décisions porte la marque. La dignité, c’est cette valeur propre à toute personne humaine qui fait qu’elle est considérée comme une fin et non comme un moyen, comme une personne et non comme un objet. (Acclamations, applaudissements)

Et c’est d’ailleurs quand ils doutent de la France que les Français s’effrayent du monde et se méfient les uns des autres. C’est quand ils n’ont plus confiance en elle qu’ils perdent confiance en eux-mêmes. C’est quand ils voient tant d’injustices qu’ils se replient sur eux-mêmes. Et cela nous ne l’acceptons pas car la France mérite mieux que d’être soumise aux marchés financiers, aux agences de notation et aux complicités entre le pouvoir qui nous dirige et le pouvoir de l’argent. (« Bravo ! », applaudissements)

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Ségolène Royal : "Je suis venue vous dire avec les mots que vous me donnez, que le peuple français n’est pas condamné à subir, et qu’en 2012 nous redonnerons au peuple français le pouvoir de décider."

Et je suis venue vous dire, dans ce bassin minier où l’on sait ce que signifie travailler dur, souffrir, et lutter, je suis venue vous dire avec les mots que vous me donnez, que le peuple français n’est pas condamné à subir, et qu’en 2012 nous redonnerons au peuple français le pouvoir de décider. (« Bravo ! », applaudissements)

Je suis sûre que les français peuvent espérer écrire eux-mêmes leur histoire, que nous pouvons reconquérir la maîtrise de nos choix, en ouvrant un nouveau chemin, une voie nouvelle qui soit une alternative réelle au système prédateur et cupide dont nous constatons tous les jours les dégâts et les gâchis, si cupide, ce système, qu’il a inventé le médicament qui tue ! Voilà ce que nous ne pouvons pas accepter ! (« Bravo ! », applaudissements)

Je suis venue vous dire que les socialistes sont décidés à y consacrer, avec les Français, toute leur énergie, toute leur détermination, toute leur expérience, pour ouvrir ce nouveau chemin. Oui, il faut inventer des réponses à la désindustrialisation et aux délocalisations. Oui, des solutions existent pour que les salaires et les retraites permettent de vivre correctement tout en tenant compte des contraintes de compétitivité des entreprises. Oui, des solutions existent pour que l’Etat et les services publics assument pleinement leurs missions, à commencer par l’Education nationale, fragilisée, appauvrie, alors que pour une large part l’avenir du pays et des jeunes générations en dépendent.

Je n’ignore pas la rudesse de ce combat. Nous savons la puissance des intérêts financiers qui ont depuis 3 ans engrangé tant de cadeaux, qui se croient tout permis, et entendent bien demain se permettre plus encore.

Mais Bully-les-Mines nous donne aussi l’exemple du courage de ce combat. Du courage, ici, à Bully et dans tout le bassin minier du Pas-de-Calais, on n’en a pas manqué. Du courage, il en fallait pour descendre au fond, braver les coups de grisou, sans, pendant longtemps, les moindres mesures de sécurité. Il en fallait du courage pour retourner à la mine après ces catastrophes meurtrières qui scandent votre histoire, dont l’une des plus anciennes, même si ça n’est pas la plus meurtrière, celle de Bully-les-Mines, en 1869, où périrent des enfants de 9, 10, 11 ans, des adolescents, garçons et filles, car la loi interdisant d’envoyer les enfants au fond n’était pas respectée.

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Liste des mineurs victimes de la catastrophe meurtrière de 1869 à Bully-les-Mines ; le plus jeune avait 9 ans, et les filles, "journalières", n'étaient pas absentes

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Acte de décès d'Henri Marche, le benjamin : "Marche, Henri, Louis, Joseph, âgé de 9 ans, célibataire", précise l'acte

On sait ce que notre pays doit au travail et au combat des mineurs. On  vous doit notre industrialisation, notre puissance économique, et on vous doit nos premiers droits sociaux : les premières caisses de retraite, la journée de 8 heures, le principe de quelques jours de congés payés annuels. Rien, d’ailleurs, ne fut jamais octroyé par le paternalisme patronal, tout dut être arraché par les salariés. Les mineurs d’ici ont été les artisans de nos progrès sociaux. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Il s’agit toujours du respect de la valeur travail, qui suppose le respect de celles et deux qui l’accomplissent, et ce respect exige une plus juste répartition des profits et des richesses, c’est le combat central de la gauche et des républicains."

Nous avons à leur égard une dette dont la France doit aujourd’hui garder la mémoire. Et si je dis cela aujourd’hui, c’est parce que mieux qu’ailleurs, on peut comprendre que si aujourd’hui le combat change de forme, le combat des ouvriers, le combat des salariés, le combat des employés, il change de forme, mais il ne change pas de sens par rapport à celui que vous avez mené. Il ne change pas de sens, parce qu’il s’agit toujours du respect de la valeur travail, qui elle-même suppose toujours le respect de celles et deux qui l’accomplissent, et ce respect exige une plus juste répartition des profits et des richesses, c’est le combat central de la gauche et des républicains. (« Bravo ! », applaudissements, « Bravo ! »)

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Ségolène Royal : "Je retiens une autre leçon de l’histoire du pays minier, et qui résonne très fortement dans l’actualité politique."

Je retiens une autre leçon de l’histoire du pays minier, et qui résonne très fortement dans l’actualité politique. Ici, les travailleurs étrangers furent dès le XVIIIème siècle les pionniers de l’exploitation minière, puis aux côtés des travailleurs français, les bâtisseurs de notre puissance charbonnière. Sans eux, nos succès industriels n’auraient pas été possibles. Ils ont aussi contribué à nos conquêtes sociales. Le monde entier est descendu dans nos mines. On dit que 29 nationalités de tous les continents se sont côtoyées au fond de la mine, des Polonais, acheminés par trains entiers avant la Seconde Guerre Mondiale, aux Italiens, venus après dans le cadre d’un accord qui échangeait, si l’on peut dire, 250 000 travailleurs contre 150 kilos de charbon par jour et par homme travaillant à la mine, des Kabyles d’Algérie aux Espagnols et aux Portugais, des Hongrois, Tchèques, Yougoslaves, Roumains, Turcs, et bien d’autres, venus d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Nous avions besoin de tous, pour produire toujours plus de charbon.

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Des Marocains à leur arrivée dans le Nord de la France (Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais Lewarde)

Des recruteurs leur faisaient miroiter des conditions de vie et de travail nettement plus attractives que celles qu’ils ont trouvées sur place. Certains, originaires du Moyen Atlas, ont raconté qu’on les sélectionnait comme du bétail, pour leurs muscles : tampon vert sur la poitrine, bon pour le service, tampon rouge dans le dos, pas d’embauche. La préférence allait à ceux qui ne parlaient pas français, dans l’espoir qu’ils soient plus dociles. Ils recrutaient des bras, pas des hommes. Mais chaque vague d’immigration a connu aussi l’épreuve de la discrimination. À chaque période de récession, de dégradation de l’emploi, des discours haineux ont dénoncé la concurrence des immigrés et réclamé leur expulsion au nom de la préférence nationale : eh bien la leçon que j’en tire vaut aussi pour aujourd’hui ! (« Bravo ! », applaudissements)

Elle vaut aussi pour aujourd’hui parce qu’il est évident que le travail partagé intègre et soude une communauté nationale, et que le chômage désintègre, et tend à dresser les uns contre les autres ceux auxquels on retire la dignité. Or sur fond de crise, dont les vrais responsables sont hors de portée, renaît la tentation de faire des immigrés les boucs émissaires des difficultés vécues, alors que les vrais responsables sont ailleurs, ce sont ceux qui ont déjà tout, qui tirent les ficelles du capitalisme financier, et qui veulent encore plus.

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Ségolène Royal : "Les vrais responsables sont ailleurs, ce sont ceux qui ont déjà tout, qui tirent les ficelles du capitalisme financier, et qui veulent encore plus."

Les puissances de l’argent voulaient que ces travailleurs souterrains, les mineurs, qui faisaient la richesse nationale, soient des travailleurs invisibles, rejetés, marginalisés : eh bien de même aujourd’hui. Les usines ferment, et les ouvriers de France les plus productifs, les plus qualifiés, sont jetés à la rue parce que les banques, livrées à elles-mêmes, se sont mises à jouer avec l’argent du travail. Vous voyez ce que je disais tout à l’heure : le combat change de forme, mais il ne change pas de sens, et les LU, les Molex, les New Fabris, et tous les autres, tous les ouvriers en lutte, savent que tout cela c’est une injustice sans nom. (« Bravo ! », applaudissements)

Et face à ce constat, il y a deux attitudes possibles : subir, ou résister. Il faut résister ! Et résister pour lutter. Et lutter pour changer les règles du jeu. Et je fais le vœu que l’année 2011 soit une année de résistance pour protéger tout ce qui peut l’être, et dynamiser tout ce qui veut produire et créer.

Et de ce point de vue, je salue avec vous l’esprit de résistance de millions de Français dans le combat pour les retraites, car tout en sachant … (Applaudissements) tout en sachant que la droite allait casser le système de retraite, cet acquis du Conseil national de la Résistance, le peuple français est quand même venu à 8 reprises descendre dans la rue et perdre des journées de salaire pour dire son refus et pour prendre date.

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Ségolène Royal : "Je salue avec vous l’esprit de résistance de millions de Français dans le combat pour les retraites."

Faisons la même chose pour la santé, l’éducation, les services publics, en organisant partout des réseaux de solidarité et d’entraide comme ici à Bully, en désobéissant quand c’est nécessaire, comme le font certains enseignants, afin de pouvoir en 2012 reconstruire tout ce qui nous a été pris et tout ce qui aura été détruit.

Alors bien évidemment, je ne suis pas là pour égrener un programme, mais tout ce que j’ai entendu ce matin, et à travers tous les coins de France où je vais, me conduit à vous dire que l’espoir de jours meilleurs est là.

Oui, nous redonnerons la retraite à ceux qui ont travaillé dur, ce n’est que justice.

Oui, nous ferons un pacte de confiance avec les jeunes pour que chaque jeune ait une bonne raison de se lever le matin, parce que la société lui tendra la main au lieu de lui fermer les portes, pour qu’il trouve un emploi, une formation, un apprentissage, (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes) une alternance, un service civique, quoi, quelque chose pour qu’il se lève et qu’il espère.

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Ségolène Royal : "Oui, nous ferons un pacte de confiance avec les jeunes pour que chaque jeune ait une bonne raison de se lever le matin, quelque chose pour qu’il se lève et qu’il espère."

Oui, nous interdirons les licenciements boursiers (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes), et je vois déjà certains sourcils qui se lèvent, puisque les ouvriers de LU viennent de l’obtenir par une décision du Tribunal de grade instance, alors si un tribunal le dit, c’est bien que ce doit être possible, eh bien nous le ferons.

Oui, nous ferons rembourser les aides publiques par les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font du profit. (Applaudissements, « Bravo ! »)

Oui, bien sûr, nous ferons la Sécurité sociale professionnelle pour que les mutations économiques ne sacrifient pas toujours les mêmes et que les ouvriers puissent garder leur salaire et leur contrat de travail pendant leur formation professionnelle et pendant la mutation économique, sociale et écologique de l’entreprise.

Oui, nous créerons une Banque publique d’investissement pour les petites et moyennes entreprises, (Applaudissements, acclamations, « Bravo ! »), ces petites et moyennes entreprises qui sont le véritable tissu productif de la nation, et qui doivent pouvoir investir et créer des emplois.

Oui, nous redonnerons à l’éducation ses moyens, pour que l’égalité des chances ne soit pas un vain mot.

Oui, nous mettrons fin aux tarifications bancaires abusives, comme j’en ai parlé tout à l’heure.

Oui, nous ferons une plus juste répartition des richesses, seule condition du redressement du pays et du retour de la confiance, et nous donnerons à l’Etat, en partenariat avec les régions, les départements et les villes, l’obligation d’intervenir pour faire respecter les droits et les devoirs de chacun, et les nouvelles règles du jeu que nous allons définir ensemble ! (Pendant 45 secondes : « Bravo ! », applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes, puis en rythme : « Ségolène, (présidente) ! » répété)

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Ségolène Royal : "Nous reviendrons aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple."

Tout cela nous le ferons avec les Français, et non pas contre eux, comme c’est le cas aujourd’hui. Nous reviendrons aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. (Applaudissements, acclamations)

Et c’est d’ailleurs cela que le peuple tunisien a compris, rendons lui ici un hommage tout particulier. (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes, un klaxon)

Alors, Mesdames et Messieurs, chers amis, ici à Bully-les-Mines, dans ce bassin minier où l’on disait jadis : « Mineur, le sort de la France est entre tes mains. » ; je voudrais dire avec vous, grâce à vous, à tous les Français, ouvriers, employés, petits retraités, agriculteurs, chefs de petites entreprises, tous ceux qui sont oubliés, tous ceux qui sont confrontés à la vie chère, aux bas salaires, aux fins de mois difficiles, à l’impossibilité d’entreprendre, ce qui est de plus en plus le cas, car je pense aussi, je l’ai dit tout à l’heure, aux classes moyennes, aux artisans, aux commerçants, mis de côté, dans leur pays, je veux leur dire la même chose, à tous ces Français : le sort de la France est entre vos mains.

Et au moment où je vous parle, comment ne pas se souvenir de ce que François Mitterrand a dit la dernière fois qu’il est venu à Liévin dans le Pas-de-Calais ? Il disait ceci : « La victoire, vous la rencontrerez si vous la forcez. C’est une question de volonté, de continuité et de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. La chance, c’est vous qui la forgerez de vos mains. ». Et il ajoutait : « Il faut le savoir, rien ne vous sera épargné, mais cette victoire sera d’abord celle de tous ceux qui sans vous seraient abandonnés à toutes les fureurs des intérêts privés, abandonnés à toutes les colères de ceux qui ont eu peur. ».

Eh bien, je vous le dit ce soir à Bully, ayons tout simplement en nous l’envie heureuse et déterminée, comme en cet instant chaleureux, d’avancer ensemble, c’est notre force. Car tous ceux qui sont sans voix aujourd’hui ont besoin de nous. Par notre courage, donnons leur confiance pour qu’ils sachent que bientôt ils n’auront plus à subir, ils n’auront plus à se taire.

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Merci à vous, habitants de Bully-les-Mines, merci de m’avoir donné aujourd’hui par vos mots, par vos regards, par vos actions, par nos échanges, l’énergie de reprendre avec vous ce chemin et ce combat.

À vous qui m’accueillez ici, bonne année à tous et à chacun ! (Applaudissements, acclamations enthousiastes)

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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité
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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 21:45

163887_1793634048454_1467755058_31890586_3331017_n-1-.jpg Ici, « j’ai encore mieux compris ce que je cherche à dire » … le courage de ce combat !

Ségolène Royal s’est adressée au peuple de France lors de son déplacement dans le Pas-de-Calais jeudi, à Bully-les-Mines. Après une journée de rencontres et d’échanges, la présidente de région a voulu relever toute la force de cette région minière. Cette histoire d’une région ouvrière de « travail dur » mais aussi de solidarités, ces « trésors d’humanités » et de combats. Ce dur combat de l’espérance pour conquérir les droits sociaux par ces ouvriers d’ici et d’ailleurs car « rien ne fut jamais octroyé, tout dû être arraché ! ».

 Droit dans les yeux, Ségolène Royal a rappelé, à ceux qui pourraient être tentés de se tourner vers d’autres voix, vers des « discours haineux »,  que ces ouvriers d’ici venaient souvent d’ailleurs. Sans « ces travailleurs étrangers … nos succès industriels n’auraient pas été possibles. Ils ont aussi contribué à nos conquêtes sociales » .« Le monde entier est descendu dans nos mines ! » pour la richesse de la France affirme-t-elle, « des Polonais … aux Italiens, des Kabyles d’Algérie aux Espagnols et aux Portugais, des Hongrois, Tchèques, Yougoslaves, Roumains, Turcs… » et bien d’autres encore.

Droits dans les yeux, Ségolène Royal a rappelé à ceux qui ont cru aux slogans d’une campagne, aux paroles d’un tribun aujourd‘hui bien affaibli, que la valeur travail ce n’est pas de vivre dans la misère. Il est « inacceptable » lancera avec force la candidate que des hommes et des femmes avec un salaire ou une retraite n’aient pas suffisamment pour vivre dignement. Comment accepter ce « système prédateur » "aussi cupide qu’il a inventé le médicament qui tue ?" .

 

Ségolène Royal veut redonner l’espérance au peuple de France. « OUI » martèlera la candidate, une autre politique est possible et d’égrener tout ce que la socialiste promet de changer. « OUI » des solutions existent. Ce sera son combat, elle en a décidé et elle ira jusqu’au bout. Rien ne lui fait peur. Elle sait la rudesse de la bataille qui s‘engage « contre les forces de l‘argent » qui ne lui épargneront rien. Mais elle est décidée à la mener pour la justice, de mener ce combat qui « n’a pas changé de sens » depuis celui des mineurs. Ils peuvent trembler en face car cette force elle sait la partager aujourd’hui avec le peuple.

« Résistez ! » lancera-t-elle aujourd’hui « pour protéger tout ce qui peut l’être » et demain je vous rendrai « tout ce qui a été pris et tout ce qui a été détruit ».

 

Dans ce combat pour la résistance, pour l’espérance, ce n’est plus tout à fait la voix de Ségolène Royal, car les mots auraient pu être ceux de Jaurès et de toutes celles et ceux qui ont refusé la résignation, qui ont combattu pour le progrès social, pour plus de justice, pour plus d’Humanité.

« C’est un joli nom Camarade. C’est un joli nom tu sais … »

 

Philippe Allard

 

   

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 08:04

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Ségolène Royal et François Lemaire, miare PS de Bully-les-Mines le 20 janvier

Ségolène Royal, arrivée incognito et sans presse mercredi, était jeudi à Bully-les-Mines, ville socialiste de 12 000 habitants, à 15 kilomètres à vol d’oiseau d’Hénin-Beaumont, le fief de « la Le Pen » comme disent les Bullygeois.

Dépôt de gerbe à la mémoire des mineurs tombés sur le champ de bataille lors de la Première Guerre mondiale, corons, discussions avec d’anciens mineurs qui parlaient chti, rencontres chaleureuses avec les habitants, on était bien en pays minier, dans le nord de la France, cette terre ou trop souvent la gauche a cédé du terrain au Front national du fait du désarroi des couches populaires et des réponses simplistes proposées par le Front National et dorénavant Marine Le Pen.

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Dépôt de gerbe à la mémoire des mineurs tombés lors de la Première Guerre mondiale par Ségolène Royal et François Lemaire, maire PS de Bully-les-Mines (AFP)

Jeudi matin, Ségolène Royal a fait un marché, puis a entamé son déplacement public, déposant une gerbe, avec le maire PS de Bully-les-Mines François Lemaire, aux mineurs tombés lors de la Première Guerre mondiale. Puis Ségolène Royal a répondu aux journalistes sur son chemin dans Bully, notamment devant les caméras de FR3, s’adressant aux Français :

« Je leur dis qu’on a compris les problèmes qu’ils subissent, leur exaspération de ne pas être écoutés, d’être marginalisés, de vivre un sentiment d’abandon, de déclassement, de voir ce non-respect de la valeur du travail, et je leur dis que nous allons reconstruire tout ça. D’abord, on va leur rendre ce qui leur a été pris : on va leur rendre l’éducation qui leur a été prise, la santé, le droit à la retraite, on va faire en sorte qu’il y ait une plus juste répartition des richesses et qu’on puisse augmenter les bas salaires, on va leur rendre tout cela. »

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Ségolène Royal répond à la presse à Bully-les-Mines le 20 janvier (AFP)

Puis devant aux journalistes de TF1, elle a déclaré :

« Je dis aux Français : ne lâchez pas prise, ne subissez plus, il faut préparer ensemble ce changement qui permettra de reconstruire une France où les gens sont solidaires et où les richesses sont mieux réparties que cela. »

Suite à quoi la candidate à la primaire organisée par le Parti socialiste est allée à la rencontre des Bullygeois.

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 Ségolène Royal à la rencontre des Bullygeois le 20 janvier (Delphine Pineau)

L’après-midi, elle a rencontré dans un local les militants de Désirs d’avenir, à l’intention desquels elle a prononcé un discours, forte de ses rencontres avec les Bullygeois au cours de la journée :

« […] dans la famille aussi, d’avoir partagé ces moments-là, chaleureux. Merci à Jean pour ton cadeau qui me va droit au cœur dans ce pays minier en effet où il y a des traditions à la fois très fortes, et qui ont débouché, on l’a vu avec toutes les visites que nous avons faites ce matin, sur un sentiment de fraternité et de solidarité extrêmement puissant, et je crois de tout cela que nous en avons plus que jamais besoin au moment où la droite démolit tout, détruit tout et nous a tout pris, toutes les solidarités de proximité, toutes les solidarités sociales, toutes les sécurités sociales, tout est en train de s’effondrer.

 


envoyé par Ghazette

 


On voyait à quel point ce matin en discutant avec les associations caritatives, aujourd’hui même des familles où il y a du travail n’arrivent plus à boucler les fins de mois et sont obligées d’aller aux Restaurants du Cœur, même des retraités qui ont travaillé toute leur vie n’arrivent plus à se payer même une place de cinéma. Donc c’est vrai qu’aujourd’hui il y a une dégradation, un déclassement qui inquiète énormément de gens, et je crois que c’est à cela que nous devons être très attentifs.

Et heureusement qu’il y a des communes comme ici à Bully-les-Mines qui mettent en place des réseaux de solidarité, heureusement qu’il y a une histoire solidaire, ici dans le pays minier où on a tellement souffert, c’est peut-être ce qui explique aussi la densité du tissu associatif, aussi efficace auprès des gens, aussi diversifié. J’étais vraiment émerveillée de vor ce matin, je le redirai tout à l’heure d’ailleurs, ce que j’ai rencontré, la richesse humaine, la densité humaine, et qui correspond complètement à l’idée que je me fais de la politique, à la façon dont je fais depuis toujours de la politique, et c’est pour ça que ce combat-là il continue.

La politique, elle ne se justifie que parce qu’on est en capacité d’écouter les citoyens, de les remettre au cœur de la décision politique, de remettre le peuple au cœur de la politique, lui qui aujourd’hui en est cruellement écarté, on l’a vu avec le combat des retraites, où le pouvoir en place n’a même pas été capable d’entendre les organisations syndicales. C’est quand même la première fois dans l’histoire de la Vème République que les syndicats et les syndicats d’enseignants boycottent les vœux présidentiels. C’est dire à quel point, quelque part, la République est en train d’être démolie.

Donc il faut à la fois résister et être solidaires, encore pendant toute l’année 2011, en attendant l’année 2012, pour qu’ils sachent que l’on prend date, pour qu’ils sachent que nous allons reconstruire ce qu’ils ont déconstruit, pour qu’ils sachent que nous allons réparer ce qu’ils ont démoli.

Et c’est à partir de l’exemple de réseaux de solidarité, d’actions concrètes telles que celles que je viens encore de voir ce matin, et je vois ça dans tous les coins de France où je vais, dans cette écoute vers les Français pour leur redonner la parole, pour redonner une voix à ceux qui sont sans voix, pour leur dire qu’il n’y a pas de raison que la France subisse ce qu’elle subit aujourd’hui et que bientôt on en aura fini de subir, et on pourra enfin décider.

Donc notre combat politique, mon combat politique, et je vous remercie d’y être fidèles, d’y être présents, au Parti socialiste ou à Désirs d’avenir, mon combat politique, c’est de rendre au peuple le pouvoir que la droite lui a pris. Voilà quel est l’enjeu de l’élection présidentielle de 2012, voilà quel est le combat que l’on soit mener à la fois contre la droite mais aussi contre l’extrême-droite, qui a bien compris ce désarroi populaire, qui sait parler au peuple, un peuple qui ne croit plus dans la politique et dans les promesses politiques, donc qui est tout prêt à croire des propositions simplistes pour trouver des boucs émissaires, alors que les responsables de la crise financière on les connaît, ce sont ceux qui tirent les ficelles du capitalisme financier et ceux qui en sont complices, et ceux qui appartiennent au même clan, à la même bande, et ceux qui sont dans les mêmes réseaux, et qui sont à ce point cupides, qu’ils ont même inventé le médicament qui tue, qui tue, le médicament qui tue. Il faut quand même oser dans l’époque dans laquelle nous vivons, avoir attendu plus de 10 ans pour interdire un médicament aussi nocif. Comment ça s’explique si ce n’est par des collusions financières entre ceux qui décident et ceux qui empochent ?

Eh bien il va falloir mettre fin à ce système, et c’est pour ça que ce combat est essentiel, et c’est pour ça que ce travail nous le faisons ensemble, et c’est pourquoi nous tenons bon, et c’est pourquoi nous regardons la France qui résiste, et c’est pourquoi je suis si heureuse d’être aujourd’hui parmi vous, et que je vous donne rendez-vous tout à l’heure pour les vœux auprès de François Lemaire, merci de me donner l’occasion, d’abord de redire tout cela, de dire tout cela, de faire comprendre tout cela, et de me donner l’occasion de vous remercier de vous mobiliser. Je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi. (Applaudissements) »

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Ségolène Royal pendant son discours à la cérémonie des vœux du maire de Bully-les-Mines le 20 janvier (MAXPPP)

Puis Ségolène Royal s’est rendue à la cérémonie des vœux du maire de Bully-les-Mines à ses concitoyens, où elle est intervenue pour un discours d’une demi-heure, dont de courts morceaux sont parvenus jusqu’à nous jusqu’à présent. Adressant son discours à la nouvelle président du Front National, à quelques encablures de son fief, elle a martelé :

« À chaque période de récession, des discours haineux ont dénoncé la concurrence des immigrés et réclamé leur expulsion au nom de la préférence nationale. »

Rendant hommage aux mineurs et à François Mitterrand, l’ex-candidate à la présidentielle de 2007 a rappelé :

« Ici, dans ce bassin minier où l'on disait jadis 'Mineur, le sort de la France est entre tes mains', souvenez-vous  que François Mitterrand disait quand il est venu dans le Pas-de-Calais : 'la chance vous la forgerez entre vos mains, la victoire c'est une question de volonté'. ».

Et d’ajouter, toujours en parlant de François Mitterrand, devant les caméras de BFMTV :

« La victoire, vous la rencontrerez si vous la forcez. […] Et il ajoutait : il faut le savoir, rien ne vous sera épargné, mais cette victoire sera d’abord celle de tous ceux qui sans vous seraient abandonnés à toutes les fureur des intérêts privés, abandonnés à toutes les colères de ceux qui ont eu peur. ».

 

 


Et de prolonger sa pensée devant les caméras de TF1 : « Oui, jamais le peuple n’a été autant ignoré, méprisé, abandonné. (Applaudissements) Et c’est pourquoi, en attendant les changements plus que jamais nécessaires, je suis touché de voir ici les deux valeurs sur lesquelles nous devons refonder notre République, la solidarité et la résistance. (Applaudissements) »

 

 


Et une journaliste de BFMTV de conclure avec un mot juste :

« Ségolène Royal finalement, une fois de plus, eh bien met le doigt là où ça fait mal, à gauche. »

Frédérick Moulin

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 08:14

Jack Lang MEAGSRFM 10

(MEAGSR/F.M.)

Jack Lang est intervenu en tant que grand témoin lors de l’UPP « Quel avenir pour l’éducation ? » s’est tenue samedi dernier à La Cartoucherie de Vincennes, dans les locaux du Théâtre du Soleil, fondé par Ariane Mnouchkine.

Arrivé tardivement, à peine présenté à la salle par Dominique Bertinotti, qui animait l’UPP, et par Ségolène Royal, qui avait organisé cette UPP en tant que résidente de Désirs d’avenir, Jack Lang était-il poussé vers le micro, où il allait entamer une analyse de la situation de l‘Education nationale et des solutions qui lui paraissent devoir être apportée : « C’est un peu cruel, comme ça, m’inviter à venir à ce micro, et d’interrompre en même temps les » questions de la salle, remarquera-t-il d’emblée lors de son intervention, avec une pointe d’ironie dans la voix.

Passionné de théâtre, il occupe dans les années 1970 différentes fonctions professorales à l’université de Nancy dont il est originaire, dont le poste de professeur de droit international. Mais sa révélation au grand public viendra avec sa nomination au poste de ministre de la Culture en 1981 par François Mitterrand : pendant 10 ans, sous tous les gouvernements de gauche de François Mitterrand pendant ses deux septennats, il occuper ce poste de ministre de la Culture, qui le rendra célèbre que ce soit par l’institutionnalisation de la Fête de la musique en France en 1982, jusque là fête associative, ou par celle des Journées du patrimoine en 1984, ou encore par les idées de Grands Travaux à réaliser que le résident Mitterrand lui demandera de lui soumettre, à commencer par le projet du Grand Louvre, lancé dès l’été 1981, et qui donnera à la France et à Paris le premier musée du monde en terme de fréquentation et de richesse de ses collections.

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Le dernier livre de Jack Lang, proposé à la vente en marge de l'UPP

Pendant les années d’alternance des mandats de François Mitterrand (1986-1988 et 1993-1995), Jack Lang retrouve sont poste de professeur de droit international, cette fois à l’Université de Paris X Nanterre.

Lors de son dernier mandat de ministre de la Culture sous François Mitterrand, dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy, c’est tout naturellement qu’à la Culture on adjoint à son ministère l’Education nationale. Lors de l’entrée en fonction du gouvernement de Lionel Jospin en 1997, Ségolène Royal devient ministre déléguée à l’Enseignement scolaire sous l’autorité de Claude Allègre, dont le portefeuille, plus vaste, englobe la Recherche. Lors du remaniement ministériel de 2000, Ségolène Royal devient ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes handicapées, tandis que le ministère de Claude Allègre est démantelé, et que Jack Lang devient ministre de l’Education nationale.

Depuis son élection au poste de député du Pas-de-Calais en 2007, il prend ses distances avec le PS. EN 2009, passionné de droit international, il accepte d’effectuer des missions d’ « émissaire spécial » pour Nicolas Sarkozy à Cuba et en Corée du Nord. Le 26 août 2010, il est nommé conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, pour les questions juridiques liées à la piraterie au large de la Somalie.

Samedi 8 janvier 2011, en marge du recueillement sur la tombe de François Mitterrand à l’occasion du 15ème anniversaire de sa mort, Jack Lang, proche du président socialiste défunt, martelait :

« La question n’est pas de choisir celui ou celle qui serait le plus conforme à la mode du moment ou aux sondages du temps, il faut choisir quelqu’un ou quelqu’une qui saura donner à ce pays le souffle, l’élan, la force, comme Mitterrand avait su le faire. ».

Dans Le Monde daté du lendemain, mais paru le jour même à Paris, Ségolène Royal, dans une interview qu'elle accordait au journal ("Ségolène Royal : "J'ai envie de succéder à François Miterrand""citait François Mitterrand : « On gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement », souffle qu’elle intègre dans sa campagne dans le cadre de sa lutte pour redonner de la crédibilité à la « promesse politique ».

Frédérick Moulin

 


envoyé par Jean_d_Arcueil

 


Transcription des interventions réalisée par MEAGSR/F.M.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

C’est un peu cruel, comme ça, (Rires) m’inviter à venir à ce micro, et d’interrompre en même temps les … depuis un petit quart d’heure j’écoutais les échanges qui me paraissent riches et passionnant et originaux, et je ne viens pas délivrer je ne sais quel message particulier.

D’abord un mot pour dire que, comme vous toutes, Mesdames et Messieurs, comme vous tous, chers amis, nous avons plaisir à nous retrouver en ces lieux, ces lieux qui sont présidés, qu’elle soit présent ou non, et elle est présente, comme souvent d’ailleurs, aujourd’hui, Ariane, en ces lieux magiques, en ces lieux où nous avons, grâce à elle et à ses comédiens, ses comédiennes, ses artistes, ses créateurs, vécu, et vivons encore, des moments si forts, si rares, d’histoire, de 1789 à la période contemporaine en passant la traversée de nombreux pays, de nombreuses civilisations, et chaque fois que l’on vient ici, on vit un moment exceptionnel, on en sort plus riche, on en sort plus… peut-être plus intelligent, je n’ose pas le dire, en tout cas… plus interrogatif en tout cas, c’est déjà un petit progrès. (Quelques rires) Non et surtout on en sort émerveillé, transporté, et métamorphosé, merci Ariane. (Applaudissements)

Merci aussi d’avoir bien voulu me convier à cette réunion, ce n’est pas si souvent que, même s’il y a un très bon secrétaire national [à l’éducation, dans la salle, NdlR], je dois le dire. (Rires) Bruno Julliard, mais il le sait, je le pense sincèrement, il fait un très bon travail, et il le fait avec une grande ouverture d’esprit, avec beaucoup de finesse, beaucoup de sensibilité, mais ce n’est pas si souvent que je suis en tout cas moi-même convié à de telles réunions, et donc lorsque (Rires et applaudissements) et lorsque Dominique Bertinotti et Ségolène Royal m’ont proposé de venir, j’ai immédiatement : oui ! (Rires et applaudissements)  Oui pour réfléchir avec vous toutes et vous tous sur, je dirais, la base même de notre civilisation, la base même de notre culture, la base même de notre République : l’école. Et d’une certaine manière, sans adresser de reproches à qui que ce soit, et, bon on doit en adresser à soi-même, je trouve que nous avons été collectivement peut-être jusqu’à présent, et puis dans ces années d’opposition qui durent et qui durent, parfois pas assez pugnaces ou combatifs. Je ne parle pas des professeurs qui chaque jour sont aux avant-postes, aux avant-gardes, et qui doivent, malgré une politique qui souvent les méprise ou les abandonne, continuer à faire vivre cette école qui a été construite au fil des années.

Jack Lang MEAGSRFM 1

(MEAGSR/F.M.)

Les propositions que l’on peut faire, je dirais de la même manière, sont en opposition, ou en contradiction avec ce que vous vivez, ce que bous vivons depuis 7 ans. Ça fait 7 ans que ça dure ! Ça fait 7 ans que notre école est soumise à un système de, je dirais, de décapitation, d’abaissement, d’appauvrissement, et – pardon de rappeler des choses qui peut-être ont été dites avant mais mieux vaut les savoir, les répéter et les répéter – en ces 7 années écoulées, c’est, je le crois, c’est mon calcul personnel, plus de 140 000 postes ou contrats qui ont été passés à la trappe, pas seulement des postes, mais aussi des contrats, si l’on inclut les éducateurs, mais aussi les professeurs, mais aussi les personnels assistantes médicales, mais aussi les personnels de surveillance, mais aussi, etc. Je suis même prudent en disant 140 000, c’est à dire plus de 10% de la masse des cadres de l’Education nationale pour ne parler que de la maternelle jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire. Et les plus touchés naturellement, ce sont les enfants et les collégiens. Les enfants ne manifestent pas, les collégiens ne manifestent pas [« Si, si ! » dans la salle], oui, de temps à autre, mais ils ne peuvent pas organiser des événements qui pourraient faire trembler un gouvernement, en particulier celui-là.

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Caricature de Luc Chatel (site de l'Union Nationale Lycéenne)

Conséquence de cette hémorragie, je le répète, sans précédent. Il n’y a pas, je crois, dans l’histoire de notre éducation, il n’y a pas une époque qui a été marquée par de telles amputations. Il y a eu à différents moments des coupes budgétaires mais avec cette ampleur, non. Nous avions à l’époque du gouvernement de Lionel Jospin mis en place un plan pluriannuel de créations d’emplois, et de recrutements de maîtres, en liaison d’ailleurs avec certaines organisations que je vois ici représentées, que je salue [UNSA éducation, NdlR], et c’était un plan offensif, qui devait s’accompagner de toute une série de changements et de transformations. À ce plan de créations s’est substitué aujourd’hui un plan de suppressions, un plan pluriannuel d’amputations, et il est programmé en effet, il est tel une machine infernale, année après année, c’est 15 000 postes, 16 000 postes, 17 000 postes, sans parler des crédits, qui disparaissent. Evidemment, vous-mêmes, Mesdames et Messieurs, vous devez le vivre, là où vous vous trouvez. Les conséquences concrètes sont aujourd’hui devenues très graves, je dis bien très graves. Par exemple, pardon de le rappeler à beaucoup d’entre vous, mais il faut le dire à l’extérieur, quand même, pensez que dans notre République, dans ce pays de France qui a inventé ce système de l’école républicaine, le SEUL métier, le SEUL métier que l’on n’apprend plus, c’est le métier de professeur. (Applaudissements)

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(MEAGSR/F.M.)

Il ne viendrait pas à l’esprit de livrer sa personne à une infirmière (Quelques rires) qui n’aurait pas appris (Quelques rires) à faire une piqûre. (Rires) Les magistrats, les Inspecteurs du Trésor, les inspecteurs du travail, il n’y a pas une seule profession qui aujourd’hui ne bénéficie d’au moins une année de préparation, de formation et d’apprentissage du métier. Et au nom de quoi cette discrimination négative, discrimination négative, à l’endroit des serviteurs de l’école, à l’endroit de ceux qui accomplissent cette mission si importante de civilisation et d’élévation de l’esprit ? Et on livre des enfants à des jeunes professeurs pleins de désirs, plein de compétences intellectuelles, mais qui, les uns, n’ont pas appris à apprendre à lire et à écrire, et ça s’apprend, naguère Picasso disait : « La peinture c’est comme le chinois ça s’apprend. ». Oui, apprendre à lire et à écrire, moi je serais incapable d’apprendre à lire et à écrire à un enfant. Ça doit se préparer sérieusement, solidement, ça ne s’improvise pas. De même, jeter de jeunes professeurs pleins d’ardeur dans des classes qu’on appelle ‘difficiles’, qui sont en effet difficiles, cela conduit à ce que l’on constate aujourd’hui, et qui va malheureusement se développer au cours des mois qui viennent : le découragement, la démission parfois, et c’est un immense gâchis.

Et donc, si l’on doit réfléchir sur le futur, je dirais que la première des mesures à prendre, la première mesure à prendre, le premier engagement que la gauche doit prendre, c’est de rétablir, sous une forme peut-être nouvelle, de rétablir une année de formation rémunérée des maîtres. (Applaudissements)

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(MEAGSR/F.M.)

Mesdames et Messieurs, chers amis, ce qu’on ne sait pas ou ce qu’on sait peu, c’est que ce refus de la formation des maîtres, maintenant s’applique aussi à la formation continue des maîtres. C’est, on peut dire, quasiment terminé ! C’est quasiment terminé ! C’est un immense chantier à reprendre. Ou encore, personne n’y a prêté attention, peu de gens y ont prêté attention, pardon : la suppression, il y a quelques semaines de l’Institut National de… comment l’appelle-t-on ? L’INRP. De Recherche Pédagogique. Gros mot, « pédagogie », mot grossier, mot incongru. « Enseigner », c’est un gros mot. Alors qu’on nous bassine les oreilles avec les comparaisons internationales, les méthodes pédagogiques et le reste. Mais enfin quand même, cet institut fait un travail, faisait un travail tout à fait remarquable pour mieux comprendre, pourquoi ici telle méthode, pourquoi ailleurs telle méthode, réussit ou ne réussit pas. À la trappe ! Terminée, l’expérimentation sur la pédagogie, terminée,  la recherche sur la pédagogie.

Les conséquences de cet étranglement, de cet étouffement, de ce verrouillage permanent des moyens, c’est l’école à 2 ans qui a quasiment disparu dans la plupart des régions de France. C’est même, vous le savez ou en tout cas on va le découvrir à la rentrée prochaine, la contestation du droit à entrer à l’école maternelle à 3 ans en jouant sur les mois de naissance. Et je me réjouis d’ailleurs de lire que le programme du Parti socialiste a repris cette idée pour laquelle certains d’entre nous se battent depuis des années : oui, on doit affirmer par une loi l’école obligatoire de 3 ans à 18 ans ! (Applaudissements, « Oui ! »)

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(MEAGSR/F.M.)

C’est aussi les conséquences désastreuses de ce qui a été engagé : la réduction du temps, du temps pour les élèves, je parle pour l’école maternelle et pour l’école élémentaire, mais aussi pour le collège, le temps de 26 heures à 24 heures ; ce non-sens pédagogique, cette hérésie pédagogique, pardon peut-être certains ne seront pas d’accord mais, de la réduction sur 4 jours du temps scolaire. (Applaudissements) Et, qui aboutit à cette conséquence que vous connaissez, c’est que la France aujourd’hui, c’est un comble, c’est un sommet, cumule cette situation dans laquelle le temps de journée de l’enfant est généralement le plus long en Europe, si on y inclut les devoirs et le reste, et le nombre de jours enseignés est le plus petit. Et faire reculer le temps de l’école, comme cela est entrepris depuis des années, c’est faire reculer le service public, c’est diminuer la part de l’école dans l’apprentissage et l’éveil de l’enfant, c’est livrer les plus faibles ou les plus pauvres ou les plus démunis à la rue, ou à la télévision, ou à d’autres activités, bref c’est faire entrer un peu plus la privatisation dans les cerveaux, les esprits si l’on réduit le temps de l’école, au contraire qui devrait selon moi – selon nous tous – augmenter. Il faudra y réfléchir et trouver la manière de faire que l’école soit pour l’enfant le lieu normal de son apprentissage et de son activité.

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(MEAGSR/F.M.)

Quand vous ajoutez à ça la quasi-suppression de tous les RASED, c’est quelques centaines ; l’appauvrissement des programmes, je n’y reviens pas et je félicite, personnellement je leur ai apporté mon soutien, ceux des professeurs qui ont [résisté] et qui continuent à résister à cet appauvrissement incroyable qui a consisté à remettre en cause les programmes de 2002 qui étaient l’œuvre non pas d’un ministre mais l’œuvre collective des organisations professionnelles et syndicales, des professeurs qui à plusieurs reprises ont été consultés et ont apporté leur sentiment, leurs propositions concrètes.

C’est aussi naturellement dans les classes cette suppression des moyens, plusieurs d’entre vous tout à l’heure l’ont rappelé, des classes, notamment les petites classes, surchargées, et quand on sait l’importance en particulier, on peut le dire ici dans un lieu ou l’on marie à la fois l’expression écrite et l’expression orale, l’importance de l’expression orale, de l’apprentissage oral comme propédeutique à l’apprentissage de l’écrit. Comment, je ne sais pas, comment ils font ces professeurs dans les classes maternelles, notamment en grande section, avec des classes de 30 pour donner la parole aux enfants, les corriger, les aider, les épauler ? C’est quasiment impossible. Oui ou non, c’est une question vitale, pour moi elle est fondamentale, oui ou non est-ce que la priorité des priorités c’est notre langue, notre maison commune, notre colonne vertébrale, les fondements mêmes de notre école, et si c’est la priorité des priorités, alors il faut que l’expression orale des tout-petits soit encouragée, stimulée, enrichie, améliorée. Et, moi je le vois, je le sais, vous le savez vous-mêmes là où vous êtes, dans certains quartiers c’est ainsi : le nombre de mots à la disposition d’enfants d’origine populaire est de 300, 400, alors qu’il est le double chez d’autres enfants ; la capacité de construire des phrases, de raisonner ; si cette propédeutique de base n’est pas assurée, c’est pas la peine de verser des larmes de crocodile sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. (Applaudissements)

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(MEAGSR/F.M.)

Si vous avez un petit peu de temps, un peu plus, mais je ne veux pas abuser du micro qui m’a été accordé si généreusement et je vois que … (Rires)

Je veux dire qu’il y a un point dans ce portrait ou cette description qui n’est pas caricatural. La réalité est parfois encore pire que ce que je décris à l’instant. Il y a un point qui, peut-être comme pour l’INRP, peut-être n’a pas été souligné ces temps derniers, c’est la façon hypocrite, cachée, habile, par laquelle l’enseignement public a été depuis quelques années, en contradiction avec la loi dite Debré, l’enseignement public a été plus maltraité que ne l’a été l’enseignement privé. (Applaudissements) Un chiffre simplement, deux chiffres simplement, de 1997 à 2003, période du gouvernement Jospin, période où les effectifs de professeurs ont augmenté très sensiblement, 86% des postes allaient vers les professeurs de l’enseignement public, et selon la loi d’ailleurs, 14% allaient vers l’enseignement privé. De 2003 à 2007, période de décélération si j’ose dire, de réduction drastique des moyens de l’Education nationale, chaque fois que l’on supprime 100 postes – on en supprime des dizaines de milliers – chaque fois que l’on supprime 100 postes de professeurs, 95%, c’est le public qui doit payer la dette, et 5% est réservé comme participation ou contribution à l’enseignement privé, sans compter cette mesure que peut-être vous ne connaissez pas, qui a été prise en cachette, par le Sénat, en fin de course en décembre dernier dans la loi de finances, 200 millions [d’euros] en crédits, comme ça, dans la poche, pour créer des contrats et pour créer d’autres activités : c’est inacceptable. (Applaudissements)

Jack Lang MEAGSRFM 9

(MEAGSR/F.M.)

Madame la présidente, je m’apprêtais à suggérer quelques idées mais peut-être que, il faut pas que j’abuse, (Rires) et… Non, mais vous me faisiez des gros yeux à l’instant. (Rires redoublés)

Jack Lang MEAGSRFM 8

Jack Lang : "Madame la présidente, je m’apprêtais à suggérer quelques idées mais peut-être que, il faut pas que j’abuse, et… Non, mais vous me faisiez des gros yeux à l’instant." (MEAGSR/F.M.)

Mais dites moi franchement, je suis très discipliné vous savez. (Rires) Contrairement à ce qu’on rapporte, je suis très discipliné. (Rires) Je peux évoquer 2-3 points ? Ou [indiquant la salle] il y a une discussion et on répondra.

Ségolène Royal : Jack, continue, disons 5 minutes, (Rires) et ensuite nous passerons… (Rires et applaudissements) parce qu’ensuite c’est Bruno [Julliard, secrétaire national du PS à l’éducation, NdlR] qui doit prendre la parole.

Jack Lang : ah, bien alors. C’eût été préférable qu’il parle avant moi, j’aurais appris des choses…

Ségolène Royal : et ensuite on pourra de toute façon avoir un dialogue avec la salle, puisque tu vas nous rejoindre à cette table.

Jack Lang : bien… (Rires) 5 minutes euh… (Rires redoublés, Jack Lang rigole puis s’efforce de reprendre son calme) Non peut-être qu’il vaut mieux après peut-être. (Applaudissements)

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 11:55

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   Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont été incapables de mesurer l’ampleur des évènements en Tunisie. La ministre des Affaires étrangères reconnaît que la France « n’avait vu venir ces évènements ». Le ministre de la Défense Alain Juppé reconnaît, de son côté, que la France « a sous-estimé l'exaspération du peuple tunisien face à un régime policier et à une répression sévère ». 

C’est l’aveu de l’échec d’une politique mais qui garde toutefois une part d’ombre inavouée et inacceptable. Alors que le peuple tunisien luttait pour sa liberté, Michèle Alliot-Marie proposait aux députés d’apporter l’aide des forces de sécurité françaises au pouvoir de Ben Ali, dans une incompréhension totale des événements. Une proposition ignoble compte tenu de la situation mais qui n’est toujours pas excusée par le chef du gouvernement français préférant sauver sa ministre plutôt que de sauver l’honneur de la France.

 

Mais au-delà de cet évènement c’est toute la politique étrangère de la France qui est remise en cause. Une politique axée d’abord sur la gloire d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui a surtout recherché à paraître dans les grands sommets mondiaux, aux côtés des grands dirigeants, accomplissement d’une réussite personnelle.

 Un président allant jusqu’à donner le spectacle ridicule, digne d‘un bourgeois gentilhomme, pour paraître l’homme fort du monde au-dessus d’un président américain… Quelle rigolade !

 Une politique axée ensuite sur la signature de contrats commerciaux juteux au profit des grandes entreprises françaises au point de fermer les yeux sur les droits de l’homme dans le monde. Peu importe si l’on arrête, si l’on torture, si l’on assassine les peuples, il est toujours préférable de signer les contrats !

 

Qui rendra à la France sa voix dans le monde ? La voix d’un peuple libre vers les peuples libres ou en quête de liberté ?

 

On se souvient du vibrant discours de François Mitterrand à Cancun au Mexique en octobre 1981. La France savait encore trouver les mots dignes et forts pour parler aux peuples du monde :

« A tous les combattants de la liberté, la France lance son message d'espoir. Elle adresse son salut aux femmes, aux hommes, aux enfants mêmes, oui, à ces "enfant héros" semblables à ceux qui dans cette ville, sauvèrent jadis l'honneur de votre patrie et qui tombent en ce moment-même de par le monde, pour un noble idéal.

- Salut aux humiliés, aux émigrés, aux exilés sur leur propre terre qui veulent vivre et vivre libres.

- Salut à celles et à ceux qu'on bâillonne, qu'on persécute ou qu'on torture, qui veulent vivre et vivre libres.

- Salut aux séquestrés, aux disparus et aux assassinés qui voulaient seulement vivre et vivre libres.

- Salut aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux indiens pourchassés dans leur forêt, aux travailleurs sans droit, aux paysans sans terre, aux résistants sans arme qui veulent vivre et vivre libres.

- A tous, la France dit : Courage, la liberté vaincra. Et si elle le dit depuis la capitale du Mexique, c'est qu'ici ces mots possèdent tout leur sens. »

 

Maintenant qui rendra à la France sa voix dans le monde ? La voix d’un peuple libre vers les peuples libres ou en quête de liberté ?

 

Oui j’ose le dire et prendre une nouvelle fois parti. Il y a une voix en France, une voix seulement, qui a compris que la politique étrangère de la France ce n’est pas seulement de parler avec les dirigeants dans les palais du monde, ce n’est pas seulement de signer des contrats commerciaux, c’est aussi être capable de rencontrer et de parler aux peuples ! Au-delà de tous les sarcasmes, de tous les propos méprisants des uns et des autres, cette voix je n’en connais qu’une aujourd’hui : Ségolène Royal   

 

On se souvient de ce voyage extraordinaire au Chili en janvier 2006 pour soutenir l’élection de Michelle Bachelet et donner à la France une autre image aux-côtés des peuples.

On se souvient de ce discours de Dakar en juillet 2007 et de ces mots pour rendre à la France son honneur après les paroles ignobles de Nicolas Sarkozy « Quelqu’un est venu ici vous dire que "l’Homme africain n’est pas encore entré dans l’Histoire. Pardon, pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et -je vous le dis en confidence- qui n’engagent ni la France, ni les Français ».

On se souvient de ce discours pour l’Europe des peuples à Athènes en mai 2009 aux côtés de George Papandreou « nos peuples n’ont plus guère confiance en elle, et c’est cette confiance qu’il faut rebâtir, sur d’autres bases pour qu’elle ne soit plus regardée comme, au pire la complice du capitalisme sans foi ni loi qui est à l’origine du désastre humain d’aujourd’hui, au moins pire comme une entité lointaine, et peu démocratique.»

On se souvient de ce voyage en mars 2010 à Essaouira au Maroc pour soutenir les avancées du code de la famille et porter la voix des droits de la femme.

On se souvient de ces paroles au Brésil en avril 2010 pour « un autre monde possible, une alternative à gauche pour imposer le respect de l’être humain et de son environnement » et de sa rencontre avec le président Lula et Dilma Rousseff qui lui a succédé depuis. Ces mots sonnent toujours aussi juste aujourd’hui …

 

Ségolène Royal a su trouver les mots les plus simples et les plus beaux pour saluer la révolution de jasmin "que vive la Tunisie libre et démocratique !".

 

Oui Madame Royal vous portez aujourd’hui cette autre voix de la France et cette voix nous sommes nombreux à la soutenir.

 

Philippe Allard

  

 

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 07:37

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Cher(e)s ami(e)s,

Je vous invite à l’Université Populaire Participative exceptionnelle sur le thème :

«  Crise de l’Euro, Crise de l’Europe : quelles solutions ? »

Elle se déroulera le lundi 24 janvier au Théâtre Dejazet de 18h30 à 21h.

J’aurai le plaisir d’accueillir :

- Susan George, Présidente d’Honneur d’Attac

- Jacques Attali, économiste, écrivain, directeur de PlaNet Finance

- Philippe Aghion, professeur d’Economie  à l’Université d’Harvard et à l’Ecole d’économie de Paris

- Hubert Kempf, professeur de Sciences Economiques à la Sorbonne, détaché à la direction de la recherche de la Banque de France

Le débat sera animé par Jean Louis Bianco, député et Président du Conseil Général des Alpes de Haute Provence .

Chacun de ces intervenants développera sa vision de la crise  économique et politique que traverse l’Europe et livrera ses solutions.

Je vous attends très nombreux lundi 24 janvier à partir de 18h30 au Théâtre Dejazet à Paris.

Amitiés,

Ségolène Royal

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 07:09

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(MEGASR/F.M.)

« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées / La valeur n’attend point le nombre des années. », s’exclamait Rodrigue dans Le Cid : telle pourrait être la devise de Victor Colombani, 16 ans, élève de première et président de l’Union Nationale Lycéenne (UNL).

 Fils de journalistes du journal Le Monde, sans lien de parenté avec Jean-Marie Colombani, il parle souvent avec ses parents dès le plus jeune âge syndicalisme et politique, même si ses parents n’ont jamais été engagés dans une organisation syndicale ou un parti politique. Victor Colombani se forge une opinion.

Le 21 avril 2002, il a 7 ans, « l’âge de raison », quand Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle, il commence à s’intéresser à la politique et participe en famille à sa première manifestation. En 2006, l’année de ses 12 ans, il est en sixième à Henri-IV, et toujours avec ses parents, il participe à quelques manifestations contre le Contrat Première Embauche (CPE) ; en novembre 2008, à 14 ans, il adhère à l’UNL, et participe à plusieurs manifestations, sans ses parents, notamment contre la réforme de la seconde de Xavier Darcos qui allait le toucher directement l’année suivante.

En avril 2009, il rejoint le Bureau Fédéral de la fédération de Paris de l’UNL, et est élu responsable fédéral en octobre 2009. En avril 2010, lors du VIIème Congrès National de l’UNL, Victor Colombani est élu au Bureau national, en charge des « questions sociales ». Le 3 octobre 2010, après le départ d’Antoine Evennou, il est élu président de l’UNL jusqu’au prochain Congrès début 2012. Le 7 octobre, 15 000 jeunes, selon l’UNL, descendent dans la rue pour exprimer leur refus de la réforme des retraites du gouvernement et d’Eric Woerth, et en tant que président de la première organisation lycéenne de France, les médias braquent alors leurs projecteurs sur lui ; le 15 octobre au matin il est l’invité d’Audrey Pulvar sur France Inter.

L’UNL est la première organisation lycéenne de France avec 6 000 adhérents dans 80 départements ; c’est aussi la seule organisation représentative des lycéens qui soit présente à tous les échelons de la démocratie lycéenne ; l’UNL détient les 3 sièges attribués aux lycéens du Conseil Supérieur de l’Education (CSE), instance consultative présidée par le ministre de l’Education nationale. Enfin, l’UNL n’oublie pas les jeunes filles : son Bureau National, composé de 10 membres, compte 6 adolescentes et 4 adolescents. L’UNL ne manque pas d’humour non plus, et illustre son site de nombreuses caricatures bien choisies.

Frédérick Moulin

 


envoyé par Jean_d_Arcueil


Transcription des interventions réalisée par MEAGSR/F.M.

Bonjour à tous et merci pour l’invitation pour cette Université Populaire. Je voudrais juste commencer par une pensée que j’ai à l’heure actuelle pour tous les jeunes, tous les hommes de manière générale, et les femmes qui sont décédés, qui se sont battus en Tunisie contre la vie chère, (Applaudisements) contre le pouvoir en place, le pouvoir anti-démocratique, et je pense qu’il faut absolument soutenir leur cause. On est là pour parler d’éducation, là-dessus, la situation éducative de la Tunisie n’est pas non plus excellente.

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Illustration d'un article de soutien du mouvement social et de la jeunesse tunisienne et algérienne du site de l'UNL

On se retrouve dans un schéma, on l’a tous dit, de coupes budgétaires qui continuent, en permanence, sous une pseudo-justification d’une crise qui a eu lieu il y a quelques années et qui permettrait d’entamer toutes les politiques de rigueur, toutes ces politiques de RGPP, la Réforme Générale des Politiques Publiques qui supprime un poste de fonctionnaire sur deux, et qui notamment est en train de casser entièrement notre Education nationale. 80 000 postes depuis 2002 ont été supprimés. On en attend encore plusieurs dizaines de milliers d’ici 2012, et la carte scolaire des suppressions de postes va tomber ; la communauté éducative appelle à des actions le 22 janvier prochain pour se battre contre cette casse qui continue du service public d’éducation.

Alors, on est là pour parler de propositions, il y a beaucoup de travail à faire, il y a beaucoup de reconstruction à faire pour cette Education nationale qui pourtant, après une longue période de progrès, commence maintenant à décliner progressivement depuis que la droite, depuis 2002, commence à toujours casser, casser un peu plus, brader l’Education nationale et notre service public d’éducation. L’éducation est notre avenir. Alors l’éducation doit être une priorité pour notre pays.

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(MEAGSR/F.M.)

Supprimer des postes, c’est empêcher que les classes puissent être chargées dans un monde décent. On se retrouve avec des classes bien souvent à 35, parfois 40 élèves, où on ne peut absolument pas apprendre. Il faut des classes, en lycée, à 25 élèves par classe si on veut pouvoir étudier dans de bonnes conditions. Et, en primaire c’est moins bien sûr, ce serait autour de 20, en maternelle encore moins, si la maternelle est sauvegardée, ce qu’on espère tous, car ça paraît primordial également.

Être en petit nombre dans les classes, pas comme on est actuellement, ça permettrait une réorganisation des cours, ça permettrait des avancées pédagogiques qu’on ne fait pas dans la période actuelle, parce que le gouvernement n’essaie tout simplement pas de s’y atteler, ou parce qu’il supprime les moyens, au jour le jour, qui permettraient de faire ces avancées pédagogiques.

Ça permettrait de multiplier les cours en demi-groupe, ça permettrait d’avoir des cours de langue beaucoup plus interactifs, ça permettrait de développer les travaux comme les travaux personnels encadrés, les TPE, qui permettent dès la première, eh bien de faire un travail en autonomie, qui permet de s’émanciper, qui permet d’avoir une vision sur un sujet qui nous tient à cœur, et qui permet d’avoir un développement qu’on n’a pas forcément dans un cours comme ceux qu’on a à l’heure actuelle.

En somme, il faut une réelle révolution pédagogique, il faut que les élèves puissent devenir acteurs de leur éducation si on veut pouvoir avoir une éducation qui fonctionne, acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour avoir ensuite un diplôme, et pour pouvoir ensuite s’insérer socio-professionnellement dans de bonnes conditions. Car à l’heure actuelle, bien souvent on retrouve des cours où un professeur est debout, face à 40 élèves, parle pendant 50 minutes, une heure, et c’est en général pas sa faute, c’est en général parce qu’il faut finir les programmes parce que la classe est trop chargée, parce que les élèves ne peuvent pas intervenir, qu’ils ne peuvent pas réagir, et qu’en général quand ils ne comprennent pas, ils sont au fond de la classe, et qu’ils finissent par devenir des élèves décrocheurs, c’est des cas qu’on retrouve un peu partout. (Applaudissements)

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La réforme de la formation des enseignants, illustration d'un article sur le site de l'UNL présidée par Victor Colombani (Geluck)

Et tout cela n’a évidemment pas été arrangé par la réforme des enseignants qui est en train de tomber, et qui est sanglante à l’heure actuelle. On le voit quand on parle avec des lycéens qui ont des jeunes professeurs, en général ces professeurs, eh bien, ils savent absolument ce qu’ils devraient enseigner, ils savent parfaitement, ils maîtrisent tout ce qu’ils aimeraient dire, mais ils ne savent pas le faire, parce qu’ils ont eu cette formation d’un an, cette formation pratique d’un an supprimée, vous le disiez Jack Lang tout à l’heure, il faut revenir sur cette réforme de la formation des enseignants, il faut permettre à tous les professeurs, à tous les futurs prétendants au poste de professeur, d’avoir un stage d’un an, dans une classe, pour savoir comment enseigner, pour être confrontés à des élèves. (Applaudissements)

Autre réforme éducative, qui a beaucoup fait parler d’elle, l’année dernière, celle de la seconde, proposée par Monsieur Chatel. Une réforme qui, quand on la regardait, quand on lisait le texte, pouvait paraître, dans un certain sens, de bon sens. Quand on parle d’accompagnement personnalisé, généralement, j’ai tendance à trouver ça plutôt positif. Mais encore la même problématique est en train de se poser : comment faire de l’accompagnement personnalisé quand on est déjà dans des classes à 35-40 ? Eh bien, c’est très simple, à l’heure actuelle, les professeurs continuent les programmes, ils ne font pas d’accompagnement personnalisé parce que les horaires aménagés ne leur permettent pas tout simplement de faire des cours en demi-groupes. Alors il faut continuer, continuer de réclamer des moyens dans l’Education nationale, parce que c’est aussi la question centrale de ce service public d’éducation, c’est la question centrale qui permettra d’avoir une évolution. Et dans la situation actuelle, sans moyen, on ne peut pas avoir d’évolutions qui vont dans le bon sens.

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Les rythmes scolaires, illustration d'un article sur le site de l'UNL présidée par Victor Colombani (Martin Vidberg)

Dernière question avant que je passe à un autre grand thème, et je finirai plus vite, très vite j’espère, un débat qui est en train de s’installer dans le paysage, celui des rythmes scolaires. On va très bientôt avoir des annonces du ministère de l’Education nationale concernant la réforme des rythmes scolaires, on en parlait tout à l’heure déjà. Les rythmes scolaires, quotidiens, sont beaucoup trop chargés pour les élèves à l’heure actuelle. On se retrouve avec des lycéens qui ont parfois 8, 9 heures de cours d’affilée, 6 heures de cours sans avoir une pause dans l’après-midi, mais comment pouvoir enseigner, comment pouvoir apprendre après avoir eu 4 heures, 5 heures d’affilée de cours ? Alors 8 heures, ce n’est plus possible, ce n’est plus tenable, et il y a, dans ce sens là, un débat à prendre. Mais je pense que la réforme des rythmes scolaires, si elle se limite aux simples bornes horaires, ce ne sera pas une réelle évolution. Il faut aller plus loin, il faut pouvoir profiter de ce débat des rythmes scolaires pour réclamer toutes ces avancées pédagogiques dont je parlais tout à l’heure, pour réclamer une réorganisation des cours, parce que c’est aussi ce qui se fait dans le débat qu’on peut avoir avec les rythmes, et évidemment continuer de réclamer des moyens.

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(MEAGSR/F.M.)

Je finis très vite parce que quelque chose de gravissime est en train de se passer dans l’éducation : de jour en jour, on voit un lycée à deux vitesses qui s’installe. Des lycées d’un côté, où les lycéens sont favorisés, ont tous leurs droits à la réussite, qui leur est promise derrière, et des lycées derrière qu’on pourrait qualifier de ‘lycées poubelles’, où on trouve des lycéens en difficulté.

La carte scolaire, la suppression de la carte scolaire, entamée par le gouvernement, n’a rien arrangé à l’affaire, bien évidemment. Alors, la carte scolaire en l’état même, certes, il y avait des dysfonctionnements, il y avait du travail à faire, mais la supprimer c’est encore un peu plus permettre de créer ce lycée à deux vitesses, et c’est l’élève du lycée Henri-IV qui vous parle, parce que dans mon lycée, moi je ne connais pas la mixité sociale, je ne connais pas. Il n’y a que des lycéens qui ont un droit à la réussite qui leur est promis jusqu’à la fin de leurs jours. (Applaudissements) Et ces lycéens-là, même si c’est l’élite du centre du Vème arrondissement de Paris, eh bien ils ne savent en général rien de ce qui se passe dans la majorité des lycées de France, dans des lycées en grande difficulté, qui au détriment de ces lycées d’élite vont se retrouver avec des lycéens qui toute leur vie vont trimer, parce que dès leur naissance, il n’ont pas eu le capital culturel nécessaire pour pouvoir suivre dans une Education nationale qui va déjà mal. (Applaudissements)

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(MEAGSR/F.M.)

Oui, vous savez, si on ne s’attelle pas à ce problème on va se retrouver avec une société dans quelques années où il y aura plus que jamais des élites d’un côté, et des personnes qui seront mises sur le banc de touche de l’autre, et ça je ne pense pas que ce soit une très bonne idée.

Dernière question que j’aborderai, c’est celle de l’orientation, qui va dans le même sens, dans le sens de lycéens très favorisés d’un côté, et de lycéens…  et excusez moi de parler beaucoup de lycée, c’est la même problématique en général pour les autres établissements, c’est celle de l’orientation. À la fin du collège on nous propose en général de nous orienter vers tel ou tel lycée. Alors l’orientation, pouvoir choisir son orientation, c’est très bien si on veut, dès 14 ans, 15 ans, savoir ce qu’on va faire plus tard, c’est une très bonne idée, sauf que le constat qu’on fait actuellement, c’est que l’orientation elle n’est pas choisie, elle est subie par les élèves. On retrouve des collégiens qui sont déjà en difficulté, à qui on va dire : tu ne passeras pas en lycée général, tu iras en lycée professionnel. Et ça stigmatise le lycée professionnel. (Applaudissements) On retrouve bien souvent des lycéens, 135 000, et je suis gentil, c’est les chiffres du gouvernement, 135 000 qui chaque année sortent du système scolaire sans avoir eu un diplôme, et qui toute leur vie ne trouveront pas de perspective d’avenir parce que le diplôme, c’est aussi un bouclier, c’est notre bouclier face à la crise à condition de pouvoir faire derrière ce qu’on désire.

Et puis il y a toute la question de l’emploi des jeunes qui, en parallèle, s’est posée. On l’a vu pendant le mouvement contre la réforme des retraites, les questions d’orientation elles sont primordiales lorsqu’on veut parler de perspectives d’avenir.

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(MEAGSR/F.M.)

Alors je finirai en deux mots, pour rappeler qu’il me semble que, quand on parle de progression sociale, quand on parle de transformation sociale, on parle d’avenir, et je pense que quand on parle d’avenir, on parle d’éducation, et très fortement, c’est un sujet majeur, primordial, et j’espère qu’il y aura, que ce soit dans l’action continuelle que peuvent avoir la communauté éducative et plus largement la société, ou que ce soit dans l’action que peuvent avoir les politiques et notamment en 2012, j’espère qu’il y aura un grand progrès à l’école. (Applaudissements)

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:31

image20100830123233-1-.jpg   La dictature de Ben Ali s’effondre par la volonté et la force du peuple. Les élites françaises voient ça de très loin, sans bien comprendre ? Comment le peuple se soulève encore aujourd’hui … mais c’est incroyable ! Ces gueux osent ainsi se révolter contre le pouvoir en place qui était si charmant, si complaisant … diantre !

Alain Juppé vient d’avouer ce 17 janvier avoir « sous-estimé le degré d’exaspération de l’opinion publique » en Tunisie, comme les autres ! Considérant cela, sans doute, comme suffisant pour justifier l’attitude du gouvernement français allant jusqu’à proposer, par la voix de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, la collaboration de la police française à Ben Ali … C’est vrai le peuple c’est mieux quand ça se tait !

 

 Cette attitude du pouvoir n’est en fait qu’une nouvelle illustration de l’abîme qui sépare aujourd’hui les élites françaises du peuple ! Vivant à l’écart de la masse dans des quartiers privilégiés, suivant une scolarité à distance des manants, ne se réunissant qu’entre eux, d’ici et d’ailleurs, dans des lieux protégés de la populace, nos dirigeants voient le monde dans leurs palais d’argent …

 

 Et que dire de la gauche ? Que dire des dirigeants du Parti socialiste, du parti de Jaurès ? La presse vient de révéler que jeudi dernier à Paris, en secret, Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius se sont rencontrés pour … préparer l’élection présidentielle de 2012. Un trio pour en quelque sorte s’entendre, comme dans le bon vieux temps, pour décider ensemble du sort du peuple ! Un Yalta à la française, avec répartition des rôles …

 

Et si le peuple de France avait aussi envie de décider par lui-même ! Et si le peuple de France préférait soutenir la candidate dont ne veut justement pas cette élite car soupçonnée d’être trop proche du peuple !

 

"Que vive la Tunisie libre et démocratique !" lançait Ségolène Royal samedi à la Cartoucherie de Vincennes sous le regard d’Ariane Mnouchkine.

Et que la France retrouve sa voix pour la liberté, pour l’égalité et pour la fraternité …

 

Philippe Allard

 

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