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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 10:24

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Photo : Christine Pichette

Jean-Pierre Mignard, avocat spécialiste du droit de la presse et de la communication notamment, ancien président de Désirs d’avenir (2007-2009), a animé mardi 23 novembre  l’Université Populaire Participative « Liberté et responsabilité de la presse et des médias : une utopie réalisable » à la Mairie du IVème arrondissement, à Paris.

Il est également intervenu sur la situation de la liberté de la presse en France, sur les liens entre liberté de presse, citoyenneté et information, sur la notion d’information, indissolublement liée au plusralisme, sur la crise et la montée des populismes autoritaires comme l’Italie, sur le rôle d’Internet, et pour conclure, sur ce qui fait qu’un journaliste est journaliste.

F.M.

 

Retranscription par Militants de l’Espoir À Gauche avec Ségolène Royal / F.M.

Bonsoir, chers amis. C’est une très bonne idée. Je suppose que c’est pas une idée qui est liée au hasard, pour Ségolène et pour Désirs d’avenir, d’avoir réuni cette Université ce soir sur un sujet comme celui-ci, parce que c’est pas un sujet académique. C’est un sujet d’importance, et c’est un sujet politique, et de grande politique, de haute politique, que l’on n’a pas fini de devoir reprendre et porter très haut dans les débats à venir et dans les initiatives que l’on doit prendre maintenant. La presse, la liberté de la presse, l’information, sont au cœur aujourd’hui de ce que nous ressentons à la fois comme une nécessité et un malaise.

Une situation qui n’est pas ordinaire en France et dans le monde

Pourquoi aujourd’hui ? Parce que d’abord, premièrement, on est dans une situation quand même qui n’est pas ordinaire. D’abord le monde n’est pas dans une situation ordinaire. Le monde ne va pas bien. Et la France va tout particulièrement mal. Et dans des périodes comme celle-ci, il y a en effet beaucoup de doute, beaucoup d’indécision, beaucoup d’inquiétude, quelques fois de la rancœur, de l’amertume, du ressentiment, et le ressentiment est à la frontière de la violence, ou en tout cas des sentiments violents, du mensonge ou des falsifications. Dans des périodes comme celle-ci, on a plus que besoin, plus que jamais, d’information.

La République a porté le plus haut possible la liberté de la presse

Et puis cette nécessité, on la ressent parce que nous sommes aussi une famille politique, la République, qui a porté le plus haut possible la liberté de la presse. On l’a portée avec la Déclaration des droits de l’homme, qui a sur ce point en effet déjà posé comme principe celui de la liberté de communication.

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Photo : MEAGSR/F.M.

En 1881, une grande loi, la loi sur la liberté de la presse, a effectivement indiqué qu’en France, l’édition et l’imprimerie étaient libres. Peu de temps auparavant d’ailleurs – enfin, un siècle auparavant quand même – la Révolution américaine avait prévu que la presse était libre et que le Congrès ne ferait jamais de loi contre la presse. Je ne sais pas si Laurent Mauduit, qui est journaliste à Mediapart, que nous connaissons et apprécions tous, est porteur d’un mandat ou d’un message particulier d’Edwy Plenel ce soir ; Plenel a toujours l’habitude de rappeler cette phrase de Thomas Jefferson, le président des Etats-Unis : il disait que s’il avait à reconstruire les Etats-Unis, et si un jour le choix lui était donné de le faire, entre la presse et l’administration, il choisirait la presse pour reconstruire le pays, plutôt que l’administration.

Une liberté de la presse menacée

La liberté de la presse, c’est ce que Laurent Mauduit et puis Franck Nouchi du Monde évoqueront avec nous aujourd’hui puisque cette liberté, elle est mise en question par des poursuites, par des menaces, par des procédures, et quelques fois il faut bien le dire, par des injures de la part de responsables du pouvoir exécutif. Et c’est tout à fait dangereux que ceux-ci se livrent à ce type de procédé, alors qu’il y avait une habitude et une tradition en France qui voulait que dès lors que la presse n’injurie pas ou ne diffame pas, et que l’on n’aille pas rechercher des injures et des diffamations là où il n’y avait que de l’information, fut-elle rugueuse ou dérangeante, aujourd’hui, les procédures à l’encontre des journalistes et des médias se précipitent et se multiplient, et c’est un aspect inquiétant.

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Photo : Christine Pichette

Non pas que notre pays ait toujours été sur ce point exemplaire, la guerre d’Algérie a montré combien la liberté de la presse pouvait être ruinée, combien les perquisitions dans les salles de presse peuvent être nombreuses, et les journalistes arrêtés voire emprisonnés, cela est survenu, mis je trouve que sans comparaison encore à ce point, nous sommes aujourd’hui dans une situation où la liberté est bousculée, alors qu’elle doit être au contraire réconfortée. Nous sommes dans une situation où nous avons en effet à nous interroger sur non seulement la liberté de la presse, mais sur les moyens de la presse ; et d’apprécier ce qu’est l’information.

Qu’est-ce que l’information ? Sans information, il n’y a pas de citoyenneté

L’information, ce n’est pas seulement la liberté d’expression. La liberté d’expression, c’est l’oxygène que nous respirons, elle est au cœur même de nos sociétés démocratiques, elle est au cœur de nos sociétés libres, nous avons besoin de nous exprimer, nous avons besoin de communiquer, de rechercher la communication. C’est au cœur même de ce qui est notre être. Maintenant l’information, c’est autre chose. L’information, c’est véritablement ce qui nous permet, non seulement d’être des humains qui pouvons communiquer, c’est ce qui nous permet d’être des humains avertis, des humains renseignés, des humains qui sont purement et simplement des citoyens. Sans information, il n’y a pas de citoyenneté. Voilà pourquoi il n’y a pas d’information sans liberté d’expression, mais l’information, c’est beaucoup plus.

Une information exigeante

L’information réclame de l’exigence, elle réclame des moyens, elle réclame du temps, et tout cela, c’est bien évidemment des engagements que les Etats ont pris vis-à-vis de l’ensemble de leurs citoyens. La Déclaration des droits de l’homme, je vous le disais ; la loi sur la presse de 1881 ; mais nous avons aussi en France depuis 1986 les grandes décisions du Conseil constitutionnel en matière de concentration, et Jean-Marie Charon vous y viendrez, de même que vous aussi Xavier Panon sur la situation de la presse quotidienne régionale, le Conseil constitutionnel français a imaginé un concept intéressant qui est celui d’« honnêteté de l’information ».

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Photo : MEAGSR/F.M.

Qu’est-ce que « l’honnêteté » de l’information ? Nous avons toujours pris le soin en France de ne pas définir l’information à travers, je dirais, des caractéristiques intrinsèques, la bonne ou la mauvaise information.

Bonne information et possibilité de choisir : le pluralisme

Nous avons simplement dit en France et c’est aujourd’hui la loi française et la loi constitutionnelle, qu’elle supposait, la bonne information supposait que nous ayons tous la possibilité de choisir. Que nous ayons à notre disposition des titres, des titres de presse, des titres sur Internet, que la presse audiovisuelle soit multiple, bref, nous devons pouvoir choisir. C’es la possibilité de choisir qui fait aujourd’hui qu’une information est pluraliste. Car voilà le mot. La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a repris le pluralisme comme étant une des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

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Photo : MEAGSR/F.M.

Ça signifie que lorsque nous avons à réfléchir sur la presse, nous devons d’abord réfléchir au fait, pour reprendre ce que disait Ségolène, que les Etats sont débiteurs vis-à-vis de nous tous. Ils sont débiteurs des engagements qu’ils prennent au niveau de leurs lois nationales et constitutionnelles, ils sont débiteurs au regard des conventions et des traités régionaux qu’ils ont signés entre eux, ils nous doivent, nos Etats nous doivent en effet le pluralisme, c’est-à-dire qu’ils doivent nous laisser la possibilité d’avoir à choisir entre plusieurs titres.

Sans pluralisme pas d’information,

sans information pas de société démocratique

Si on ne peut pas choisir entre plusieurs titres, si on ne peut pas choisir entre plusieurs médias, il n’y a pas d’information, et comme le dit la Cour européenne des droits de l’homme, sans information il n’y a pas de société démocratique. Et sans liberté de la presse, et sans liberté de l’information, puisque que la Cour européenne des droits de l’homme va jusqu’à parler des watchdogs, des chiens de garde, il n’y a pas effectivement pour nous la possibilité de considérer que nous vivons dans des sociétés pleinement libres comme la démocratie les réclame.

Crise et montée des populismes autoritaires

C’est tout cela que nous avons à défendre dans une situation de crise, dans une situation de crise économique internationale, dans une situation de crise sociale, dans une situation de crise politique et de crise morale, où nous voyons bien qu’avec l’incertitude des politiques d’Etat, la difficulté qu’il y a de mettre en place une gouvernance, mais je préfère vous dire un gouvernement mondial, le risque de voir les gouvernements jouer les uns contre les autres, la montée des protectionnismes, nous sommes effectivement peut-être à la frontière de la montée d’autre chose de beaucoup plus important, qui serait ce que j’appellerais les populismes autoritairesEt les populismes autoritaires, Monsieur Giannotti, vous nous parlerez de l’Italie sur ce point, vous avez l’expérience d’un pays dont la culture politique, la culture intellectuelle faisait l’admiration de l’Europe, mais qui est aujourd’hui dirigée – pardonnez-moi, ce n’est pas faire injure à un peuple que nous aimons beaucoup et que nous respectons – par un dirigeant assez bouffonnant.

Ecrire sur Internet ne fait pas de nous des journalistes

Donc comment est-ce que la presse, comment l’information est en mesure d’éviter tout cela ? Nous allons donc avoir à discuter sur les modèles économiques, à discuter sur l’état de la liberté aujourd’hui. Est-ce que l’Internet, Maurice Botbol, vous qui êtes président du Syndicat de la presse en ligne, va nous permettre de retrouver cette liberté qui est économiquement si chèrement comptée sur la presse, qui fait que les présidents de l’audiovisuel public sont désignés dans des conditions que nous n’acceptons pas, est-ce que l’Internet est notre solution ?

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Photo : Christine Pichette

Oui et non. D’abord premièrement, il y a des poursuites sur les sites d’édition en ligne. Et puis deuxièmement, Internet vous jette à vous, journalistes, un défi qui est redoutable. C’est-à-dire qu’Internet nous permet à tous de nous exprimer sur Internet. Nous sommes tous des communicateurs, sur Internet. Nous le sommes tous, et nous usons de notre expression, nous écrivons. Sommes-nous pour autant devenus de journalistes ? Non. Plus que jamais Internet va devoir poser la question en effet du travail journalistique, de ce qu’est l’information, de ce qu’est l’information qui n’est pas simplement la liberté d’expression, qui n’est pas simplement la liberté de communication. Je peux écrire, Ségolène écrit, nous écrivons, on peut lire des tas de choses passionnantes et intéressantes, mais nous ne sommes pas des journalistes.

Qu’est-ce qu’un journaliste ?

Le journaliste, il travaille sur des faits. Il relève des événements, il relève des faits, selon effectivement une méticulosité que d’ailleurs les juges ont à peu près bien déterminée quand jugement après jugement, année après année, ils ont tricoté comme des dentellières, ils ont tricoté la jurisprudence sortie de la loi de 1881. Plus que jamais Internet demande aux journalistes d’être eux-mêmes, et peut-être de se doter de la déontologie qui leur permettra non seulement de se défendre vis-à-vis de l’exercice du pouvoir et de ses abus, mais peut-être de s’identifier plus que jamais comme des professionnels qui doivent être protégés, des professionnels qui ont des droits, des professionnels qui ont des devoirs, et peut-être de considérer tout simplement que les journalistes sont à la fois des professionnels et des militants les plus précieux de la démocratie. Voilà. (Applaudissments)

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