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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 14:11

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Dessin de Serguei pour Le Monde

L’Organisation Européenne Pour la Recherche Nucléaire (CERN), à la frontière franco-suisse, près de Genève, est un monde à part. Un monde de fraternité et de coopération, où des chercheurs de 80 nationalités différentes travaillent ensemble, venant de pays ennemisdes Iraniens avec des Américains, des Russes et des Géorgiens – ou de pays amis, leurs connaissances et leurs travaux mis ensemble étant bien supérieur à la somme des connaissances et des travaux de chacun.

Ce « plus » a révolutionné nos vies, sans bruit, sans publicité : en 1989-1990, des chercheurs de l’organisation, pour mieux échanger entre eux et travailler ensemble, ont créé le World Wide Web (www), les adresses mail, « l’hypertext transfert protocol » (http), « l’hypertext markup language » (html), le premier navigateur web et le premier serveur http.

Aujourd’hui, ils travaillent sur le boson de Higgs, « la particule divine », qui donnerait leur masse à toutes les particules de l’univers, encore jamais observée, mais dont on cerne de mieux en mieux le champ de localisation. Ou sur l’asymétrie de l’univers, pour répondre à cette question à la source de tout : pourquoi la matière existe-t-elle, défiant les lois de la physique ? Car lors du big bang, une quantité égale de matière et d’antimatière aurait été générée, qui auraient dû s’annihiler mutuellement. Or il n’en a rien été, la matière semble avoir pris le pas sur l’antimatière.

Ces recherches se font dans une « cacophonie de langages », une seule langue les unissant : celle de la physique. Le CERN est un « laboratoire-monde », une « enclave extraterritoriale, où polices française et suisse ne peuvent pénétrer que si elles y sont autorisées par la direction », « une expérience politique et sociologique, un laboratoire d'organisations inédites dans le domaine de la recherche, et inconnues dans le monde de l'entreprise ».

Pour toutes ces valeurs si proches de celles que défend Ségolène Royal, la fraternité, la coopération, le laboratoire d’organisation, l’expérience sociologique, la mise en commun des savoirs et des savoir-faire pour atteindre quelque chose de plus grand, cet article du Monde est passionnant.

F.M.

-oOo-

lemonde pet

27 juillet 2010

 

Le CERN, labo-monde

Au pays des physiciens À l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, une seule langue se parle : celle du savoir. Y est né le LHC, instrument quasi parfait pour comprendre l'univers

Le monde a son laboratoire, et il le sait à peine. La planète entière, ou presque, a contribué à la plus grande expérience scientifique de l'histoire, et elle n'en conçoit qu'une très vague idée. Cela se passe tout près de chez nous, à cheval sur la frontière franco-suisse, en grande banlieue de Genève, et nous n'y prêtons guère attention.

En ce lieu unique se pressent pourtant des milliers de physiciens de tous les pays, y compris ennemis. Ils sont si absorbés par leurs tâches qu'ils n'ont même pas pris le temps de bien faire savoir que leur laboratoire a déjà révolutionné nos vies quotidiennes. Comme toujours dans les sciences fondamentales, ils ont trouvé quelque chose qu'ils ne cherchaient pas. Leur nombre, leur diversité, leur frénétique besoin d'échanges a produit, il y a vingt ans, le World Wide Web, ce code commun qui permet aux ordinateurs, interconnectés sur le réseau Internet, de faire circuler entre eux des documents de toute nature.

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Le Web, métaphore idéale du fonctionnement de ce laboratoire-monde où chacun amène sa part et où l'ensemble est à la disposition de tous. " Nous avons construit un modèle de société mondialisée, fondé non sur la concurrence mais sur la collaboration ", résume le physicien français Michel Spiro (CNRS), président depuis quelques mois du conseil du CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire.

Le nom de l'organisme - composé de vingt pays européens et ouvert depuis peu aux nations d'autres continents - est aussi daté que ses édifices serrés sur un territoire à peine plus grand que le Vatican. Au milieu des champs du pays de Gex, bureaux en préfabriqué, hangars et ateliers sont numérotés en dépit de toute logique, ce qui ne manque pas d'étonner dans un lieu de science de haute précision. Les visiteurs se perdent, à la recherche d'un bâtiment 73, bizarrement coincé entre le 238 et le 119. Ils suivent d'interminables couloirs de bureaux, restés comme figés au début des années 1950.

Celles-ci ont vu naître le CERN de cette injonction adressée à tous les anciens belligérants du conflit mondial : faites la science, pas la guerre. Pas même la guerre froide, période dans laquelle le laboratoire a ouvert une parenthèse de collaboration entre physiciens américains et soviétiques. Dans cette enclave extraterritoriale, où polices française et suisse ne peuvent pénétrer que si elles y sont autorisées par la direction, travaillent ensemble aujourd'hui des Indiens et des Pakistanais, des Russes et des Géorgiens, des Chinois et des Taïwanais, des Turcs et des Arméniens, des Iraniens et des Américains.

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 "L'auberge espagnole" de Cédric Klapisch, fils de Robert Klapisch (physicien et ancien directeur de la recherche du CERN)

Peu importent donc les apparences surannées et le désordre inattendu des lieux. Au CERN, l'exceptionnel ne se voit pas. Il s'entend d'abord, dans les restaurants du complexe. Jamais locaux aussi exigus n'ont résonné d'une telle cacophonie de langues. " Ce mélange inouï, c'est une des sources d'inspiration de mon film L'Auberge espagnole ", dit le cinéaste Cédric Klapisch, qui y a passé des heures à attendre son père, fameux physicien du Centre. Plus de 80 nationalités sont représentées au CERN. " C'est la cité universelle, dit Farida Fassi, physicienne hispano-marocaine qui travaille aujourd'hui pour le centre de calcul du CNRS à Villeurbanne. On s'y comprend immédiatement, parce qu'on parle le même langage, celui de la physique. " Pour la jeune femme, qui pense avoir été la première à porter le voile islamique à l'intérieur de l'enceinte, " c'est aussi le seul endroit où je sois sûre de ne jamais être envisagée pour autre chose que pour mon travail et mes compétences ".

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Graphique du Monde

Au CERN, l'exceptionnel se laisse deviner à l'agitation qui a saisi les physiciens depuis quelques mois. Il ne se voit plus, parce qu'il est enfoui 100 mètres sous terre, dans le tunnel circulaire où l'on a assemblé le grand collisionneur d'hadrons (Large Hadron Collider, LHC), nom peu sexy pour désigner l'instrument de science le plus sophistiqué jamais sorti de cerveaux humains. Sur cette boucle de 27 km de technologies, beaucoup de superlatifs et de comparaisons ont déjà été écrits. Sans parvenir à faire le tour de la quantité d'intelligence, de travail, de ruses, de sacrifices qu'il a fallu accumuler pour mener à bien ce projet de vingt ans.

Contentons-nous de relever, avec Lynn Evans, maître gallois de ce grand oeuvre, que le LHC, avec tous ses paris techniques, n'a " d'autre choix que d'être parfait ". " Un seul centimètre moins bien fini, et ce sont les 27 km qui ne servent à rien ", dit Sylvain Weisz, qui a supervisé l'installation de ses innombrables éléments.

Pour remplir sa fonction, le LHC, qui a coûté quelque 3 milliards d'euros, doit additionner toutes sortes de records. Il a besoin d'un vide de bien meilleure qualité que celui qui règne dans l'espace et d'un froid proche, à moins de 2 degrés, du zéro absolu (- 273,15 °C). Une fois ces conditions, et bien d'autres, réunies, d'énormes quantités d'électricité peuvent être stockées sans échauffement dans ses 9 600 aimants. Et ceux-ci peuvent guider deux faisceaux de protons, des noyaux d'atome d'hydrogène, qui tournent en sens opposés à une vitesse presque égale à celle de la lumière. En une seconde, ils parcourent ainsi plus de 11 000 fois les 27 km de la boucle. Les faisceaux se croisent à quatre reprises sur leur trajet, provoquant à chaque seconde jusqu'à 600 millions de collisions entre protons. Aux emplacements de ces chocs ont été construits quatre détecteurs. Ils analysent le produit de ces collisions : de nouvelles particules, parmi lesquelles les physiciens espèrent découvrir des inédites. Notamment l'une d'elles, postulée au début des années 1960 par le physicien britannique Peter Higgs, qui lui a laissé son nom.

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Simulation de la désintégration d'un boson de Higgs dans le détecteur CMS au collisionneur LHC du CERN (image du CERN)

Le boson de Higgs, si le LHC démontre son existence, peut expliquer par quel mécanisme les choses acquièrent une masse. En concentrant des énergies si intenses sur une échelle si infime, les collisions peuvent aussi reproduire localement les conditions qui existaient des fractions de seconde après le Big Bang. Le LHC peut donc aussi nous aider à comprendre l'histoire et la composition de notre Univers. Et peut-être, comme la lunette de Galilée, compter parmi ces instruments qui ont changé notre vision du monde.

La construction du collisionneur a été assurée par le CERN. " Un tel projet n'était possible qu'ici, grâce à l'expérience accumulée depuis des décennies, à l'habitude de se confronter tous les jours à l'impossible ", dit Lynn Evans. De fait, si le Web résume la philosophie du CERN, le LHC en raconte l'histoire. Chacun des accélérateurs construits depuis plus de cinquante ans y a été relié à son successeur pour former une chaîne qui alimente le nouvel anneau, la " machine " comme on l'appelle sur place, fournisseur officiel de collisions aux détecteurs qui les observent. Ceux-là ont été financés et assemblés par des centaines d'universités et d'instituts du monde entier, auxquels appartiennent les physiciens. De loin les plus grands groupes de chercheurs jamais dévolus à une expérience : environ 3 000 membres et 40 pays participants pour chacun des deux " monstres " polyvalents, baptisés Atlas et CMS, et respectivement 1 000 et 750 personnes environ pour les deux autres, plus spécialisés, Alice et LHC.

Tout cela débouche sur des associations humaines presque aussi complexes que la machine qui tourne dans les profondeurs. " Peut-être même plus compliquées, sourit Rolf Heuer, le directeur du CERN. Les difficultés techniques, vous pouvez toujours les résoudre avec de la logique. Pour les problèmes humains, oubliez la logique. " Le LHC n'est ainsi pas que de la " big science ". C'est une expérience politique et sociologique, un laboratoire d'organisations inédites dans le domaine de la recherche, et inconnues dans le monde de l'entreprise.

Le " pays des physiciens ", qui s'est formé au-dessus du collisionneur, constitue un monde à part mais très peu fermé sur lui-même. Cette " bulle de savoir ", selon l'expression de ses habitants, reflète la vie extérieure, avec ses hôtels, sa banque et ses restaurants. Mais elle déforme aussi certains traits de notre monde. Le moral de ses résidents est ainsi indexé sur des courbes, visibles sur des écrans omniprésents dans le centre. Ceux-ci décrivent le fonctionnement du LHC. En septembre 2008, la machine avait connu une grave avarie une semaine après sa mise en route, elle-même retardée de plusieurs années par divers aléas du chantier. La déprime avait été généralisée.

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Le détecteur de particules CMS du CERN, un des deux plus importants sur les quatre que compte l'organisation

Depuis mars, les collisions ont enfin lieu à un rythme soutenu. Leur nombre double presque chaque semaine. " C'est le moment magique, dit l'Italien Guido Tonelli (CERN), porte-parole du détecteur CMS. Cela fait si longtemps que les physiciens attendaient des données : les jeunes n'en avaient jamais vu, les anciens avaient été absorbés par le projet. Aujourd'hui, chaque fois que les détecteurs en livrent de nouvelles, ils se jettent dessus comme des piranhas. Elles sont avalées, digérées en quelques heures. "

Ces dernières semaines, les chercheurs du LHC se sont préparés à leur propre Coupe du monde : le grand congrès de physique des hautes énergies (Ichep), qui a lieu tous les deux ans. La rencontre, dont les sessions plénières s'ouvraient lundi 26 juillet, se tient à Paris. Les physiciens peuvent enfin y produire les premiers résultats que leur a rendus la machine à laquelle ils ont tant donné.

Jérôme Fénoglio

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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Culture
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