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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 01:20

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Ségolène Royal était l'invitée de la matinale d'Europe 1 à 8h15 hier lundi 18 octobre 2010. Elle était interviewée par Fabien Namias.

L'ex-candidate à la présidence de la République s'est longuement exprimée sur le "rejet d'une réforme très injuste" des retraites par les Français, lançant "très clairement un appel aux centristes, à la droite modérée" au Sénat, cette "chambre des Sages", pour que les Sénateurs "invitent le gouvernement à être sage, à être raisonnable", et demandent "au gouvernement de renouer le dialogue, d’ouvrir les discussions".

Ségolène Royal est également revenue sur la descente dans la rue des jeunes, martelant à juste titre : "on a utilisé et déformé mes propos". À propos des jeunes toujours,  elle a proposé "que la question du chômage des jeunes devienne une grande cause nationale". Interrogée par Fabien Namias, elle a parlé du blocage des dépôts de carburant et du "rapport de force" envisagé par le gouvernement Fillon comme une solution pour "retourner l’opinion publique".

Enfin, questionnée par Fabien Namias, Ségolène Royal a abordé le thème du remaniement ministériel, ce "grand désordre institutionnel", en déclarant : "Il faut remettre un peu d’ordre juste dans le pays (...) le gouvernement n’est pas au travail".

Elle a conclu en soulignant : "S’il y a une incapacité à répondre de façon raisonnable et simple, c’est-à-dire reprendre les discussions, c’est aussi parce que le gouvernement est très affaibli par une méthode présidentielle assez cynique, il faut bien le dire."

F.M.

 

Fabien Namias : bonjour Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Fabien Namias : vous avez entendu François Fillon hier soir sur TF1, il ne répond pas à votre appel de suspendre le débat sur les retraites, la réforme sera votée cette semaine dit-il. Vous avez perdu la partie ?

Ségolène Royal : je ne crois pas. Vous avez vu ce matin que plus de 70% des Français adhèrent à ce mouvement social. Il y a trois dimensions, dans ce mouvement social. Il y a d’abord le rejet d’une réforme très injuste. Il y a ensuite la résistance à une méthode qui consiste à vouloir passer en force. Et puis il y a enfin une dimension très positive dans ce mouvement, c’est-à-dire une demande, non seulement d’une réforme juste, mais aussi de la défense du modèle social français, et puis de la construction d’un avenir meilleur pour tous.

Fabien Namias : mais ce texte sera vraisemblablement voté cette semaine, c’est ce que dit le Premier ministre, qui siffle en quelque sorte la fin de cette confrontation ?

Ségolène Royal : oui, il l’a fait d’ailleurs de façon assez injurieuse à l’égard de l’opposition, il a parlé d’escroquerie, donc je crois que …

Fabien Namias : en qualifiant vos propositions, euh, votre contre-proposition sur les retraites.

Ségolène Royal : vous savez, on ne gère pas un pays avec des invectives, donc moi je demande au gouvernement d’être raisonnable et de ne plus nier l’évidence. Et puis vis-à-vis du Sénat, je trouve qu’il y a quelque chose d’un peu humiliant de dire comme ça : « Eh bien, peu importe le débat, le Sénat va obtempérer, à la demande du gouvernement. » ; j’ai envie de dire …

Fabien Namias : mais il a la majorité au Sénat, il peut anticiper un vote favorable à cette réforme ?

Ségolène Royal : c’est vrai, il y a la majorité au Sénat. Mais le Sénat, vous savez, on qualifie cette chambre de chambre des Sages. Je suggère que le Sénat, notamment les centristes, et la droite modérée, invitent le gouvernement à être sage, à être raisonnable, comme je le disais à l’instant. On sait bien aujourd’hui, vu…

Fabien Namias : mais être raisonnable, ça veut dire quoi, Ségolène Royal ? Ça veut dire suspendre les débats ? Ça veut dire corriger le texte ? Qu’est-ce qu’être raisonnable ?

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Ségolène Royal : "Je suggère que le Sénat, notamment les centristes, et la droite modérée, invitent le gouvernement à être sage, à être raisonnable. (...) Etre raisonnable, c’est renoncer à cette volonté du rapport de force."

Ségolène Royal : être raisonnable, c’est renoncer à cette volonté du rapport de force. Regardons ce qui se passe dans d’autres pays qui ont eu à conduire des réformes très importantes. Regardez aux Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama n’a pas fait le rapport de force, il a associé les Américains à la réforme du système de santé. Au Brésil, le président Lula n’a fait aucune réforme sans démocratie participative, c’est-à-dire sans associer l’intelligence des citoyens, des hommes et des femmes qui ont le droit de dire ce qu’ils pensent de leur avenir. Et la retraite est un bien commun fondamental, c’est un des piliers de la Sécurité sociale, et il ne faut pas s’étonner qu’aujourd’hui les Français résistent et veulent construire autre chose ensemble. [« Justement… », essaie d’interrompre Fabien Namias] Donc il y a aussi une volonté de diriger de façon moderne et respectueuse un pays.

Fabien Namias : mais cette résistance des Français, en tout cas d’une partie des Français, à ce projet sur les retraites, est-ce qu’elle doit se poursuivre au-delà du vote ? Il y a une question qui taraude aujourd’hui, et qui semble diviser les syndicats : si la réforme est votée mercredi, jeudi ou vendredi, on verra bien, est-ce que le mouvement doit se poursuivre au-delà ? Qu’est-ce que vous, vous souhaitez ?

Ségolène Royal : alors prenons les choses dans l’ordre. Ce qui est évident, c’est que plus la mobilisation demain sera déterminée, puissante, et sereine, plus le Sénat, qui se réunit mercredi sera en situation de demander au gouvernement de reprendre le dialogue. La retraite, ce n’est pas un sujet de droite ou de gauche ; bien sûr, il y a des réponses de droite ou de gauche, on le voit bien. Mais la retraite, c’est le patrimoine commun des Français, c’est la Sécurité sociale, il y a une alliance très forte, à l’issue de la guerre, dans le Conseil national de la Résistance pour définir le modèle social français. Et moi je suis convaincue que ce modèle social n’est pas voué à être détruit comme cela nous est proposé aujourd’hui par une droite …

Fabien Namias : donc ça veut dire qu’il faudra continuer le mouvement social dans la rue, dans l’opposition, même si le texte est voté ?

Ségolène Royal : attendez, il peut se passer quelque chose au Sénat, je le dis à l’instant, et moi je lance très clairement un appel aux centristes, à la droite modérée, et bien sûr aux socialistes qui sont au Sénat, qui sont là et qui ont fait un travail formidable avec Jean-Pierre Bel, comme à l’Assemblée Nationale, c’est-à-dire, ils ont fait cet effort pour que le débat démocratique à l’Assemblée Nationale, c’est-à-dire que la démocratie représentative fonctionne bien. Donc faisons confiance. On va voir ce que fait le Sénat. Moi je souhaite que le Sénat, dans une démarche consensuelle, demande au gouvernement de renouer le dialogue, d’ouvrir les discussions. Que se passe-t-il quand il y a des blocages, que ce soit dans une entreprise, que ce soit dans une famille ? On ne reste pas comme ça face à face. Il y a une médiation. Eh bien la chambre des Sages pourrait très bien décider de faire ce travail de médiation et de demander au gouvernement et au président de la République, je le répète, d’être raisonnables, de ne plus nier l’évidence, d’ouvrir les discussions, et enfin de respecter la démocratie parlementaire, et d’apporter une écoute aux Français qui résistent et qui veulent autre chose.

Fabien Namias : Ségolène Royal, vous avez parlé des blocages, vous avez entendu les journaux d’Europe 1 ce matin, il y a toute une série de dépôts de carburant qui sont bloqués, les barrages routiers débutent. Ce blocage, est-ce une méthode que vous encouragez ?

Ségolène Royal : personne ne souhaite le blocage d’un pays, et donc il y a une façon très simple de lever ce blocage, c’est de reprendre le dialogue, c’est de reprendre les discussions, c’est d’écouter…

Fabien Namias : il y a une autre façon, c’est celle qui est indiquée par le gouvernement, celle d’employer la force et les forces de police pour débloquer les dépôts de carburant, ce qui a déjà été fait, le ministre de l’intérieur a dit que ça allait continuer. Vous en pensez quoi ?

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Ségolène Royal : "Je crois qu’ils ont tortils pensent qu’en faisant le rapport de force ou qu’en jouant la surenchère ou qu’en jouant le désordre, ils vont retourner l’opinion publique. Ils se trompent, en cela, et leur démarche est très dangereuse."

Ségolène Royal : pourquoi disent-ils cela ? Ils pensent, et je crois qu’ils ont tort, parce que nous ne sommes pas dans un contexte identique à celui qu’on a pu voir dans le passé, ils pensent qu’en faisant le rapport de force ou qu’en jouant la surenchère ou qu’en jouant le désordre, ils vont retourner l’opinion publique. Ils se trompent, en cela, et leur démarche est très dangereuse. Pourquoi encore jouer, alors, les invectives, les rapports de force, les menaces, alors que c’est si simple de dire : « Ecoutez, nous avons entendu les Français, nous observons cette mobilisation très forte, nous voyons également l’angoisse des jeunes, c’est-à-dire, nous avons aujourd’hui dans la rue toutes les catégories confondues, nous avons toutes les sensibilités… »

Fabien Namias : et les jeunes, justement ? Parce que vos propos ont été diversement interprétés la semaine dernière. Demain il y a une nouvelle journée d’action, ils doivent descendre dans la rue, oui ou non, les jeunes ?

Ségolène Royal : oui, vous avez vu qu’on a utilisé et déformé mes propos. Je les ai là d’ailleurs sous les yeux. J’ai dit au contraire que si les jeunes descendaient dans la rue, ils devaient le faire de façon modérée, parce qu’on sait qu’une partie du pouvoir, que la droite dure cherche les incidents pour décrédibiliser le mouvement. C’est une vieille méthode. Mais aujourd’hui, la France est un pays moderne, est un pays démocratique, et nous attendons une autre gouvernance, nous attendons du respect. Et si les jeunes aujourd’hui sont inquiets, c’est parce qu’ils ont bien compris que l’allongement à 67 ans de l’âge de la retraite va considérablement aggraver le chômage des jeunes.

Fabien Namias : donc leur place est également dans la rue demain ?

Ségolène Royal : mais comme tous les Français, je l’ai dit, qui veulent résister, et à la fois construire et proposer. Moi je propose que la question du chômage des jeunes devienne une grande cause nationale, que nous puissions nouer un pacte de confiance avec les jeunes, c’est-à-dire qu’il n’y ait plus aujourd’hui en France un seul jeune qui ne soit pas soit à l’école, soit en formation, soit au travail, soit en apprentissage, soit en formation par alternance, soit en service civique. C’est d’ailleurs ce que je fais, ce que je mets en place dans la région que je préside, où la question de l’activité des jeunes devient une grande cause nationale.

Fabien Namias : Ségolène Royal… vous avez parlé de gouvernance. Après les retraites viendra paraît-il me temps du remaniement gouvernemental. Un nom est sur toutes les lèvres politiques, celui de Jean-Louis Borloo, qui pourrait succéder à François Fillon. Est-ce que cela changera quelque chose selon vous ?

Ségolène Royal : là aussi on observe un grand désordre institutionnel. C’est maintenant les rumeurs, les annonces par des personnalités diverses et variées, qui annonce le changement de Premier ministre…

Fabien Namias : un changement de Premier ministre, ça changera la donne ?

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Ségolène Royal : "Il faut remettre un peu d’ordre juste dans le pays (...) le gouvernement n’est pas au travail. Et d’ailleurs ceci explique peut-être cela."

Ségolène Royal : mais pourquoi ce déséquilibre, pourquoi cette pagaille gouvernementale ? Il faut remettre un peu d’ordre juste dans le pays, à la fois sur le fonctionnement des institutions, donc on voit un exécutif affaibli, et un Premier ministre qui tous les jours s’attend à trouver un nouveau nom, dans la presse, de celui qui va le remplacer. On voit une espèce de supplice de la goutte d’eau sur les ministres qui ne savent pas s’ils vont rester ou partir, donc le gouvernement n’est pas au travail. Et d’ailleurs ceci explique peut-être cela, s’il y a une …

Fabien Namias : et ça ne changera rien si on change de Premier ministre, c’est ce que vous nous dites ce matin, c’est … ?

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Ségolène Royal : "S’il y a une incapacité à répondre de façon raisonnable et simple, c’est aussi parce que le gouvernement est très affaibli par une méthode présidentielle assez cynique, il faut bien le dire."

Ségolène Royal : je crois que surtout, il y a un désordre que les Français n’acceptent plus. Et d’ailleurs s’il y a une incapacité à répondre de façon raisonnable et simple, c’est-à-dire reprendre les discussions, c’est aussi parce que le gouvernement est très affaibli par une méthode présidentielle assez cynique, il faut bien le dire.

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