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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 19:46

 

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Ségolène Royal au milieu des agriculteurs à Aslonnes (Vienne) ; à gauche, le conseiller régional et agriculteur durable Benoît Biteau

Ségolène Royal pallie aux carences d’un Etat impotent et apporte des aides d’urgence aux agriculteurs et aux éleveurs désespérés, propose « un nouveau modèle agricole ». Des agriculteurs de la Région Poitou-Charentes, par leur ingéniosité, développent une agriculture durable, économe en eau et respectueuse de la préservation de cette ressource et de sa qualité, jusqu’au sein du Conseil régional, où, avec le conseiller Benoît Biteau, un nouveau modèle agricole, de fait, émerge.

La politique par la preuve, une fois de plus, est illustrée de manière éclatante en Poitou-Charentes. Que fait l’Etat pendant ce temps ? Rien. Il est inerte.

Ce soir, le site de la Région Poitou-Charentes annonçait :

« Ségolène Royal s’est rendue le jeudi 19 mai 2011 dans une exploitation à Aslonnes dans le sud Vienne, particulièrement touché par la sécheresse. Elle a annoncé que la Région Poitou-Charentes prenait ses responsabilités avec un plan d’actions et des premières mesures d’urgence :

- la mise en place d’un fonds d'aide d’urgence aux éleveurs et de soutien aux cultures beaucoup plus résistantes à la sécheresse de 5 millions d’euros, dont la première action sera la prise en charge de l’achat du fourrage et des frais de transport.

- la mise en place d’un numéro vert : 0800 009 086. Ce numéro vert s’adresse aux éleveurs qui ont besoin de fourrage ; aux agriculteurs et aux personnes (collectivités, entreprises, associations et particuliers) qui ont des surfaces de fourrage à offrir. »

Et sur Facebook (13:11) et Twitter, Ségolène Royal tapait :

 "Réunion avec les éleveurs sur les conséquences dramatiques de la sécheresse. Pourquoi tant d'inertie du gouvernement alors que nous avons, en région Poitou-Charentes, fait remonter des alertes sur le niveau très bas des niveaux d'eau dès le mois de janvier ? Je vais annoncer plusieurs décisions."

 

Ségolène Royal
Échanges avec 80 agriculteurs chez un éleveur victime de la sécheresse en Vienne. La Region décide d'un fonds d'urgence pour les éleveurs.

 

 

Ségolène Royal
À condition que le gouvernent bloque enfin le prix du fourrage, de la paille, et réquisitionne les céréales spéculatives à l'exportation.


 

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Déjà, mercredi 11 mai, Ségolène Royal se prononçait « pour un nouveau modèle agricole » et dénonçait dans un communiqué sur le site de la Région Poitou-Charentes, l’inaction du gouvernement face à la sécheresse qui touche en premier lieu, en France, les 4 départements de la Région, alors que le ministre de l’Agriculture visitait une ferme dans la Vienne :

« Alors que les nappes d'eau souterraine et les rivières sont à un niveau très bas et que la sécheresse touche durement les territoires, notamment en Poitou-Charentes, le gouvernement continue de soutenir une agriculture toujours plus dépendante en eau, en pesticides et en engrais de synthèse. Il s’agit d’un modèle agricole, dont les orientations sont fixées par l’Etat, qui ne survit qu’avec de l’argent public, mais dont la société ne veut plus. Cette agriculture forte consommatrice d'eau impacte aussi dans notre région les productions conchylicoles sur le littoral et les capacités touristiques.

Je demande au gouvernement de prendre la réelle mesure de son échec et de s’engager fortement dans la promotion d’une agriculture responsable, plus respectueuse de la ressource en eau et de l’environnement, saine et de qualité. Il n'est plus temps "d'évaluer" les conséquences de la sécheresse dans l’agriculture, mais de mettre en place des actions concrètes et efficaces, notamment en matière de désirrigation. Chaque printemps, depuis plus de 10 ans, la situation dégradée de la ressource en eau se répète en Poitou-Charentes, malgré les alertes et les propositions des associations environnementales et de la Région. L'Etat n'anticipe pas : pour 2011, dès cet hiver, les indicateurs des nappes d'eau souterraine étaient au rouge. La mutation écologique de l'agriculture doit être engagée maintenant. Les agriculteurs la demandent, les collectivités la veulent, les citoyens la soutiennent et ont déjà mis en place des actions concrètes, c'est désormais au gouvernement d'agir. »

Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, n’avait alors pris aucune mesure d’urgence concrète, en dehors de l’autorisation pour les éleveurs de récolter des fourrages sur les jachères pour nourrir les animaux, notamment rien sur « la maîtrise du prix des aliments du bétail », et, bien sûr, absolument aucune mesure à moyen et long terme ou de vigilance, de surveillance, d’anticipation et de prévention.

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Communes soumises à restrictions d'eau au 14 mai 2011

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Communes soumises à restrictions d'eau au 19 mai 2011

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Lundi 16 mai, l’AFP reprenait l’information, ajoutant :

« [Ségolène Royal] a estimé que face à l'inaction et l'inefficacité du gouvernement, les acteurs de terrain se tournent vers les collectivités locales. Elle a ajouté que la Région Poitou-Charentes prenait ses responsabilités et réunirait cette semaine les acteurs pour identifier les mesures régionales à mettre en place dans les tout prochains jours. »

Hier mercredi 18 mai, Ségolène Royal, comme l’Etat restait inerte, a donc décidé d’aller sur le terrain et de rendre visite à une ferme dans la Vienne aujourd’hui jeudi 19 mai, comme elle l'indique dans ces messages Facebook (12:59) et Twitter (15:56 et 15:57) :

"Grande souffrance des agriculteurs-éleveurs. La sécheresse après la crise des prix, la situation est très grave. Envoi des troupeaux à l’abattoir faute de fourrage. Je serai demain dans une ferme de la Vienne. Les alertes ont été données. Inertie et manque d’anticipation du gouvernement scandaleux."

 

Ségolène Royal
Les agriculteurs-éleveurs envoient leurs troupeaux à l’abattoir faute de fourrage. Je serai demain avec eux dans une ferme de la Vienne.

18 May via web


 

Ségolène Royal
Grande souffrance des agriculteurs-éleveurs. La sécheresse après la crise des prix. Inertie et manque d’anticipation du gouv. scandaleux.
18 May via web


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Mardi 17 mai, le JT de 13h sur France 2 nous révélait l’intelligence citoyenne et écologique de certains agriculteurs de Poitou-Charentes, qui n’ont, heureusement, pas attendu Bruno Le Maire pour se prendre par la main et entamer leur révolution agricole durable, et leur adaptation à la sécheresse.

Le premier cas exposé était celui de Benoît Biteau, agriculteur de Charente-Maritime, mais aussi – et ce n’était pas précisé sur France 2 – conseiller régional PRG appartenant donc à la majorité régionale menée par Ségolène Royal. Aux régionales de mars 2010, il était 3ème sur la liste de la Charente-Maritime, juste après Françoise Mesnard.


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Benoît Biteau est un membre actif de l’ARDEAR Poitou-Charentes (Association pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural), et donc du réseau InPACT PC (Initiatives pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale Poitou-Charentes), et de la Confédération Paysanne. Il a repris en 2007 la ferme de son père, 180 hectares cultivés jusqu’alors en monoculture de maïs, sur le bassin-versant de la Seudre, en amont du bassin ostréicole de Marennes-Oléron.

Il a réorienté complètement le projet de la ferme : abandon de la monoculture de maïs irriguée, conversion à l’Agriculture Biologique, rotations longues, sorgho présent dans l’assolement, agroforesterie, élevage de races animales menacées : chèvres poitevines, vaches maraîchines, juments poitevines mulassières, baudet du Poitou, installation d’un maraîcher sur quelques hectares de la ferme.

Un projet atypique pour la profession. 2 ans plus tard, le ministère de l’Agriculture a reconnu le sérieux d’un « travail d’aménagement du territoire citoyen et responsable » en lui attribuant le Trophée de l’Agriculture Durable 2009.

Le 9 février 2010, Benoît Biteau parlait de son engagement auprès de Ségolène Royal et, déjà, de la gestion de l’eau et des risques de pénurie ; sur ses motivations pour briguer un mandat de conseiller régional, il expliquait :

« Elles sont multiples. Mon engagement vers une forme d’agriculture un peu différente a retenu l’attention de Ségolène Royal. Pratiquer une agriculture responsable, c’est respecter l’environnement et la ressource en eau. C’est aussi tenir compte des contribuables puisque cette activité, soutenue par la PAC, est alimentée par des fonds publics. Avec 55 milliards d’euros, l’agriculture représente 43% du budget de l’Europe. Aujourd’hui, on constate que les attentes de la population ne concordent pas avec l’agriculture qui est généralement pratiquée. Les élections régionales sont l’occasion d’ouvrir le débat. Ségolène Royal est favorable à une agriculture solidaire et équitable.

Les trois axes qui me tiennent à cœur sont l’agriculture, l’environnement et la gestion de l’eau. En ce qui concerne la ressource en eau, le niveau actuel des nappes est correct, mais est-ce une raison pour que les volumes prélevés atteignent les proportions que l’on constate ? Tous les scientifiques – BRGM, Solagro, ministère de l’Environnement – s’accordent sur une réalité : le bassin moyen et en aval de la Seudre est nul. Or, on continue à prélever sans se soucier de ces études. Et que dire de l’ostréiculture qui pâtit de l’irrigation, voire qui agonise...


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Quand on s’engage dans la vie politique, il faut être à l’écoute de citoyens. C’est ainsi que je conçois mon engagement. Il ne faut pas gaspiller l’argent public sur des projets qui sont aux antipodes de l’attente citoyenne. Je pense en particulier aux réserves de substitution que finance le Conseil général [de Charente-Maritime, dirigé par l’UMP, NdlR]. Il s’agit de creuser des cuvettes de plusieurs mètres de profondeur et d’élever des digues sur des parcelles de dix à douze hectares. Les cuvettes sont recouvertes de bâches et l’eau vient des forages. On légitime cette démarche pour des motifs économiques. En fait, elle sert en premier les maïsiculteurs. Ces réserves sont financées à 70 % par de l’argent public et le Département apporte 16 millions d’euros. Si on cumule, on doit être à 50 ou 60 millions d’euros pour la Charente-Maritime. La maïsiculture, soutenue par des fonds publics, est une économie plus que discutable et pourtant, on va encore lui apporter une aide. »

Mardi dernier, dans le JT de 13h de France 2, il déclarait :

« Ici on est dans une parcelle qui était intégralement cultivée en maïs, moi je fais d’autres productions, là cette année je vais faire du sorgho, et sur la partie basse, j’ai installé des prairies pour y développer de l’élevage. »

« Pas question de cultiver 110 hectares de maïs comme son père. », commentait la journaliste de France 2.


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Champ de maïs en Charente-Maritime actuellement : le maïs résiste mal à la sécheresse

Et pour cause : le maïs cumule tous les inconvénients pour ce qui est de la ressource en eau : il nécessite énormément d’eau, au plus mauvais moment – le maïs est une culture d’été, quand l’eau manque le plus,  contrairement aux autres céréales qui sont semées à l’automne ou au printemps. De plus, il a besoin de nutriments, et si le sol n’est pas riche, il nécessite des doses importantes d’engrais. Enfin, le maïs est fragile : il est attaquées par plusieurs insectes dont la pyrale, par des champignons (charbon du maïs), et a donc besoin de doses importantes de pesticides et de fongicides : tous ces additifs polluent les ressources en eau.


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Sorgho

Le sorgho, à l’inverse, d’origine africaine, dispose d’un appareil racinaire plus profond qui lui permet de mieux résister à la sécheresse ; il est beaucoup utilisé comme fourrage pour les animaux d’élevage (sorgho fourrager), mais aussi comme céréale (sorgho grain), utilisé en Occident dans les biscuits pour le goûter, ou pour moitié dans « l’herbe à chat » commercialisée. Loin d’être une céréale de second rang,  elle est la 5ème céréale mondiale après le maïs, le riz, le blé et l’orge, mais devant l’avoine et le seigle. Preuve qu’elle est importante : les premiers producteurs de sorgho grain sont les Etats-Unis, qui sont seconds producteurs mondiaux de sorgho fourrager, derrière l’Argentine et ses troupeaux bovins.

France 2 poursuit : 

« Benoît Biteau pratique la rotation d’autres cultures, moins gourmandes en eau. Et dans ses champs, il associe des rangées d’arbres tous les 28 mètres, comme ici au milieu des pois. Résultat, une parcelle mieux irriguée qui produit 5% de plus. »


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Un arbre tous les 28 mètres : il semble s'agir de robiniers ou faux-acacias, qui enrichissent la terre naturellement, en fixant dans des nodules sur les racines l'azote atmosphérique!

Benoît Biteau explique :

« Tous ces systèmes racinaires d’arbres va remplir le rôle de pompe à eau, c’est-à-dire que ces racines très en profondeur vont remonter l’eau, et vont rendre cette eau disponible pour que les cultures puissent la valoriser derrière. »


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En Région Poitou-Charentes, un tiers de la surface cultivée l’est en maïs, 10 fois plus qu'en 1939.

En Région Poitou-Charentes, un tiers de la surface cultivée l’est en maïs. Aujourd’hui, en France, la culture du maïs est 10 fois plus importante qu’en 1939. Une aberration pour Benoît Biteau qui prend pour exemple la station de pompage que son père a installé au pied d’un petit cours d’eau.


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Une pompe de la station de pompage installée par le père de Benoît Biteau

« On a 4 forages qui sont répartis un peu partout autour de la station de pompage qui est là, qui est la station de pompage qu’utilisait mon père pour irriguer du maïs, et ces 4 points de captage-là impactent lourdement cette ressource-là, ce qui fait qu’aujourd’hui on est à la veille d’un ‘à sec’ complet de ce cours d’eau. »


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Benoît Biteau : "On est à la veille d’un ‘à sec’ complet de ce cours d’eau"

 

Ailleurs en Charente-Maritime, pour certaines cultures de fruits et légumes, il existe aussi des techniques pour limiter la consommation d’eau.


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Avec ses tomates, ses courgettes ou ses salades, Kristen Piel, maraîcher pratique le goutte à goutte :

« Donc il y a un goutte à goutte à chaque salade pratiquement, et on arrose pendant une demi-heure, une heure. Il faut savoir que les goutte à goutte, eh bien c’est 3 litres d’eau par goutte à goutte et par heure, donc contrairement à un système en aspersion, eh bien, on économise la moitié en eau, quoi, sur les cultures. »


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Moitié moins d’eau pour le maraîcher, mais 20 fois moins d’eau pour Benoît Biteau, qui a même décidé de fermer définitivement la moitié des forages de son père.

Ségolène Royal pallie aux carences d’un Etat impotent et apporte des aides d’urgence aux agriculteurs et aux éleveurs désespérés, propose « un nouveau modèle agricole ». Des agriculteurs de la Région Poitou-Charentes, par leur ingéniosité, développent une agriculture durable, économe en eau et respectueuse de la préservation de cette ressource et de sa qualité, jusqu’au sein du Conseil régional, où, avec le conseiller Benoît Biteau, un nouveau modèle agricole, de fait, émerge.

La politique par la preuve, une fois de plus, est illustrée de manière éclatante en Poitou-Charentes. Que fait l’Etat pendant ce temps ? Rien. Il est inerte et impotent. À un an de la présidentielle, le gouvernement n’agit plus. Vivement 2012, vive le changement !

Frédérick Moulin

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