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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 10:03

 

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"Saturne [Cronos en grec] dévorant un de ses enfants" de Francisco Goya

 Comme Cronosla société française « dévore » ses enfants, elle les sacrifie au profit de ceux qui la dominent : les seniors et les adultes déjà insérés dans la vie active.

Dans un des entretiens récemment mis en ligne (consultable en cliquant ici), Bruno Laforestrie, PDG de la radio des quartiers Générations 88.2 et soutien de Ségolène Royal en 2007, déclarait à propos du « conflit d’intérêts » entre les classes d’âge de la société française :

« Sur le plan économique d'abord : notre société se caractérise par la concentration du patrimoine dans les mains des plus de 60 ans, d'un côté, et l'endettement public pour les nouvelles générations, de l'autre. Sur le plan des élites ensuite : le pouvoir politique, économique et culturel reste aux mains des plus vieux, notamment des baby-boomers. »

Un constat qu’on retrouve au niveau des retraites : Louis Chauvel, professeur à Sciences Po, expliquait dans Le Monde daté du 27 mai 2010 :

« C'est la force des idéologies que de fourvoyer les plus faibles, ceux qui n'y ont aucun intérêt, dans des directions qui leur seront néfastes. Le débat sur les retraites correspond bien à cela, puisque, à droite comme à gauche, les positions semblent en profonde contradiction avec la logique qui devrait guider les deux camps, à la défaveur des jeunes travailleurs, groupe social sans support politique. Du point de vue de la justice sociale, les retraités aisés doivent contribuer, mais, d'un point de vue pragmatique, ils en seront exonérés. C'est ici la conséquence du fonctionnement politique français, fondé sur un faux libéralisme qui réserve la liberté à ceux qui peuvent l'acheter et sur un faux socialisme qui a oublié ses enfants.

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Le scénario gris foncé de l'avenir des générations de jeunes actifs d'aujourd'hui se confirme. Il en résultera que les jeunes travailleurs d'aujourd'hui sont destinés à se contenter de faibles salaires nets, à rester les victimes d'un coût du travail exorbitant, à bénéficier au bout du compte de maigres pensions, à un âge tardif, dans un contexte où les négociations sur l'aménagement de postes de travail et de conditions moins pénibles pour les actifs vieillissants seront esquivées. »

Christiane Marty, du Conseil scientifique d’ATTAC (voir l’article Retraites : la place de la femme, plus de jeunes, les bonus, les stock-options et les actions gratuites), remarquait d’ailleurs dans sa note « L’enjeu de l’égalité entre les hommes et les femmes pour financer les retraites » d’avril 2010 :

« Dans son rapport de 2001, le COR insistait sur le fait que « Les taux d’activité et d’emploi ont une influence forte sur l’équilibre des régimes de retraite ». Il notait l’influence des « taux  d’activité de catégories particulières de la population, dont les évolutions ne sont pas simples à appréhender et qui pourraient être notables : les jeunes, les femmes et les salariés âgés » et pointait qu’il y avait là des marges de manœuvre. Depuis, il focalise sur le seul taux d’emploi des seniors, suivant en cela les préconisations de la stratégie européenne de l’emploi et de l’OCDE ».

Et les inégalités sont cumulatives, car la plus grande inégalité touche la catégorie « femmes » + « jeunes » : Bruno Palier et Najat Vallaud-Belkacem soulignent ainsi : « Notre société a fait de la jeune femme seule avec enfant la figure moderne du nouveau pauvre. »

De même, les jeunes cumulent les handicaps. Les conditions d’attribution du RSA « jeunes » récemment annoncé sont iniques : il faut voir moins de 25 ans et avoir travaillé 2 ans sur les 3 dernières années ! De même, Sarkozy et le gouvernement Fillon ont d’abord pensé s’attaquer aux niches fiscales concernant l’aide au logement étudiant et la demi-part fiscale, avant de reculer et de diriger leur réflexion vers le produit d’épargne phare des baby-boomers : l’assurance-vie. Tout un symbole.

Mais comme pour Cronos, qui fut précipité dans le Tartare par son jeune fils Zeus, le retour de balancier pourrait être sévèreBruno Laforestrie soulignait dans son entretien :

« Il faut s'attendre à une explosion de la "dynamite générationnelle" dans les prochaines annéesparce que le conflit d'intérêts entre générations est trop flagrant. Les partis politiques n'ont pas pris conscience de cette évolution. (…) Le PS ne s'est pas encore remis de la génération Mitterrand. A l'époque, il avait fait son marché chez les énarques - ils sont toujours là. (…) Côté UMP, il y a eu l'intuition, ces dernières années, de l'existence d'une fibre entrepreneuriale chez les jeunes des quartiers. Mais l'UMP s'est explosée à travers les débats sécuritaires et identitaires. »

Frédérick Moulin

-oOo-

lemonde pet

7 septembre 2010

Ne sacrifiez pas la jeunesse !

Il faut placer la solidarité entre les générations au coeur de la justice sociale

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Najat Vallaud-Belkacem

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Bruno Palier

Qui va payer la réforme des retraites ? La gauche et les syndicats l'ont martelé, et ils ont raison : les salariés modestes. La réforme est marquée du sceau de l'injustice sociale. Mais - on l'a moins entendu - elle est aussi injuste pour les jeunes générations. Elles vont payer trois foisCotiser plus, avec le recul de l'âge légal. Percevoir des retraites plus faibles, avec la montée en puissance des réformes Fillon et Balladur. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement siphonne les 34 milliards d'euros du Fonds de réserve des retraites qui leur étaient destinés : on prend ainsi aux actifs de demain pour donner aux retraités d'aujourd'hui...

A l'inverse, les retraités d'aujourd'hui voient, seuls, leur pouvoir d'achat préservé. Il y avait pourtant légitimité à leur demander de contribuer à proportion de leurs ressources, comme tous les autres, au bouclage financier du système : leur niveau de vie est désormais (légèrement) supérieur, en moyenne, à celui des actifs. Et il y avait un moyen juste : l'alignement de la fiscalité dérogatoire des retraités aisés sur celle des actifs. Est-il juste qu'Antoine Zacharias - ancien PDG de Vinci - , titulaire d'une retraite chapeau de 2,5 millions d'euros par an, paie une CSG minorée (6,6 %), inférieure à celle du salarié au smic (7,5 %) ?

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Les retraites chapeau de d'aujourd'hui, les retraites Sarko des jeunes demain

Il s'agirait d'un épiphénomène si cette iniquité entre générations était un cas isolé. Elle est au contraire une nouvelle manifestation de notre renoncement à investir dans l'avenirLe gouvernement sacrifie les jeunes générations qui n'ont pas voté pour lui et les générations futures au profit des générations actuelles. Toutes les politiques publiques en témoignent, et la mascarade du RSA jeunes ne saurait masquer cet état de fait.

Retraite, dépendance, santé : la collectivité investit toutes ses marges de manoeuvre financières dans des réformes au profit des générations âgées. Sans sous-estimer l'importance de ces sujets, est-il vraiment sain que la réforme des retraites soit " la réforme majeure du quinquennat ", comme l'a dit Eric Woerth ? La même semaine où le premier ministre confirmait que la réforme des retraites ne concernerait en rien les retraités actuels, y compris les plus aisés, le ministre de l'éducation diffusait une circulaire suggérant aux recteurs de réduire la scolarisation des enfants de 2 ans, d'augmenter le nombre d'élèves par classe, de mettre en oeuvre la suppression des intervenants en langues étrangères, etc.

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L'augmentation du nombre d'élèves par classe (dessin de Plantu)

Nous n'investissons plus dans les générations futures. Nous n'avons toujours pas démocratisé notre enseignement supérieur : à peine 30 % d'une classe d'âge sort diplômée de l'enseignement supérieur en France, contre plus de 50 % aux Etats-Unis, 80 % dans les pays les plus avancés - pays nordiques, Corée du Sud, Japon. Nous consacrons peu de financements à la recherche et au développement, à peine 2 % du PIB contre un objectif de 3 % prévu par l'Union européenne, plus de 3 % aux Etats-Unis, près de 4 % en Suède. Pire, l'effort éducatif global de la nation recule : 6,5 % du PIB en 2010, contre 7,5 % il y a dix ans - une baisse de près de 15 % !

La politique de l'emploi prend comme variable d'ajustement les moins de 30 ans. Face au chômage de masse, on a sacrifié les flux d'entrants pour préserver les stocks d'insiders. Résultat : un taux de chômage des jeunes exceptionnellement élevé (25 %), la multiplication des stages et des emplois précaires. Et une baisse des prétentions salariales : en moyenne, en 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15 % de plus que les salariés de 30 ans ; l'écart est aujourd'hui de 40 %. Depuis deux ans, ce sont d'abord les jeunes qui subissent les conséquences de la crise.

La politique du logement a aussi évincé les jeunes. L'immobilier a été capté par les générations âgées. 76 % des retraités sont propriétaires de leur logement. Par rapport à 1984, les jeunes d'aujourd'hui doivent travailler deux fois plus longtemps pour acheter ou louer la même surface dans le même quartier.

La politique fiscale est plus discrète mais encore plus inique : c'est une essoreuse à pouvoir d'achat pour les jeunes. Le quotient conjugal et le quotient familial sont des niches fiscales qui redistribuent 37 milliards d'euros par an des célibataires sans enfants (les jeunes, pour l'essentiel) vers les couples et les familles nombreuses. Le quotient familial organise une redistribution vers les familles les plus aisées. Lionel Jospin avait eu le courage de le plafonner. La déclaration par foyer fiscal (" quotient conjugal ") est une exception française : le passage à un paiement individualisé de l'impôt, comme partout ailleurs dans l'OCDE, redistribuerait 24 milliards d'euros par an vers les célibataires.

La dette publique achève de préempter l'avenir des jeunes, et donc de la société française dans son ensemble. 97 % du budget de l'Etat est consacré au fonctionnement. Autrement dit, la dette ne sert pas à préparer l'avenir mais à soutenir artificiellement le train de vie des générations actuelles. On a souvent dit que les générations futures paieraient. Ce n'est plus exact : le surendettement guette, on ne peut plus continuer cette cavalerie, ce sont donc les jeunes générations qui vont régler la facture : 1 700 milliards d'euros fin 2010, soit 27 000 euros par habitant.

dette publique

On rétorque souvent que les inégalités générationnelles sont moins importantes que les inégalités sociales ou de genre. Sans doute. Mais cela ne justifie pas de les ignorer. D'autant plus qu'inégalités sociales, inégalités entre les sexes et inégalités entre les générations tendent à se confondre : le taux de pauvreté des hommes âgés de 60-69 ans était en 2007 de 8,3 % et de 8,8 % pour les femmes tandis qu'il est de 17,2 % chez les jeunes garçons de 18 à 24 ans et 19,7 % chez les jeunes filles. Notre société a fait de la jeune femme seule avec enfant la figure moderne du nouveau pauvre, avec, dans ces conditions, toutes les chances de le rester.

A la veille d'une réforme à la hussarde des retraites et à la hache du financement de la dépendance qui devrait être largement confié aux assurances privées, nous voulons réaffirmer la valeur et l'importance de la solidarité intergénérationnelle comme coeur de la solidarité nationale. On ne peut continuer à diviser ainsi la société, en opposant toujours les intérêts des uns à ceux des autres : il n'y aura ni réforme juste sur le plan social ni respect de l'intérêt général sans un nouvel esprit de justice entre les générations, car c'est tous ensemble, ou pas du tout, que nous construirons la France de demain.

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"Les mères seules sont fortement exposées à la pauvreté [Keystone]", www.tsrinfo.ch

Nous appelons donc à une rénovation copernicienne des politiques publiques. Avec comme priorité une politique d'investissement social dans les générations futures : petite enfance, éducation, université, politique active de premier emploi, fiscalité et politique sociale projeunes... Investir dans notre capital humain est un impératif humaniste plus encore qu'économique : c'est ainsi que le pays s'est reconstruit après la seconde guerre mondiale. Une société qui, tel Cronos, dévore ses enfants, est une société qui signe son déclin et sa perte.

Bruno Palier, enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris, membre du conseil scientifique de Terra Nova et auteur de " La Réforme des retraites " (PUF, 2010, 128 p., 9 €)

Najat Vallaud-Belkacem, adjointe au maire de Lyon, conseillère générale du Rhône, secrétaire nationale du PS chargée des questions de société 

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