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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 16:35

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"La retraite à 20 ans" : texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Suite à la manifestation d’hier pour la défense des retraites, qui aurait réuni 2,7 millions de personnes selon la CGT, Nicolas Sarkozy n’a pas cédé sur l’essentiel, le point le plus injuste :  l’âge de départ à la retraite repoussé à 62 ans, et à 67 ans pour une retraite à taux plein. Il a avancé aussi plusieurs propositions, dont deux principales, sur les carrières longues – les personnes ayant commencé à travailler avant 18 ans pourront partir à 60 ans – et sur la pénibilité.

Sur la pénibilité, le projet de loi prévoit que pour tout assuré ayant un taux d’incapacité supérieur ou égal à 20%, l’âge de départ en retraite restera fixé à 60 ans. La nouvelle proposition est double : étendre le dispositif aux agriculteurs d’une part, et donner la possibilité à toute personne ayant un taux d’incapacité de 10% de faire valoir ses droits devant une commission, qui « pourra décider de lui accorder le bénéfice d’un départ à la retraite à 60 ans » d'autre part.

À juste titre, Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), parle de « condescendance programmée » de Nicolas Sarkozy au sujet des concessions annoncées. Une programmation de « mesurettes » quel que soit le succès de la manifestation préparée à l’avance, qui est dénoncée par Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste dans son interview pour le JT de 13 heures sur France 2.

Tout est douloureux dans ces propositions sur la pénibilité : les chaînes de télévision qui présentent la proposition sarkozyste en faisant un raccourci à la limite du contresens – « une extension de la prise en compte de la pénibilité pour le taux d’incapacité de 10% » : il n’en est rien, tout dépendra d’une commission qui « pourra décider » de l’extension au cas par cas et sur dossier : on voit les limites de l’exercice, et on remarquera qu’aucune information n’est donnée sur la commission

L’inclusion dans la prise en compte de la pénibilité des agriculteurs : d’où on comprend qu’ils n’étaient pas inclus… Ce qui laisse songeur, pour des exploitants éprouvés par l’effort physique, les rythmes infernaux, les pesticides, les engrais, les hydrocarbures, les matériaux de construction, les infections et maladies transmises par les animaux (maladie de Lyme, brucelloses, tétanos, leptospiroses, tularémie, psittacose, …), et les accidents du travail (machines agricoles, matériel, …).

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Haut-fourniste devant un trou de coulée où la fonte sort à 1 500 °C en Lorraine

 Et la « générosité » de Nicolas Sarkozy est sans borne : les personnes ayant une incapacité du travail se verront accorder le « privilège » de travailler jusqu’à 60 ans. Soit, s’ils ont commencé à travailler à 18 ans, 42 ans de travailMichèle Delaunay publiait hier sur son blog une courte note scandalisée, reprenant un article du journal Le Monde daté du 8 septembre 2010 :

« "Qu'ils viennent les voir, nos haut-fournistes, les Woerth et compagnie ! Après trente ans de feu continu, les types sont à bout. Huit heures par jour en service posté devant un trou de coulée où la fonte sort à 1500 degrés, je peux vous dire que ça use. Et on voudrait leur en resservir une louche? C'est scandaleux", s'emporte Xavier Phan-Dinh, 56 ans, agent de maintenance au laminoir à couronnes et barres, la dernière installation du groupe encore en activité à Gandrange.

"De toute façon, les vieux, on les met à la porte, soupire ce militant de la CGT. À Gandrange, on a commencé par virer les ouvriers de plus de 57 ans. Alors, quel est le sens de tout ça ?" »

Et Michèle Delaunay de publier une note en miroir sur la « pénibilité » du métier de ministre du Travail, sous le titre ironique « Double sens » :

« Deux députés dans les couloirs de l'Assemblée :

- Et Eric Woerh, ça va ?

- Il encaisse… »

Mais le point le plus inique est sans doute celui qui n’est pas mentionné. Pour avoir un taux d’incapacité, il faut entrer dans le cadre d’une maladie professionnelle, ou d’un accident du travail tels que définis par la Sécurité Sociale. Seule la pénibilité physique est donc prise en compte. La pénibilité psychique, le stress, le harcèlement ne sont pas pris en compte.

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Dessin de Rodho

Le Monde daté du 8 septembre 2010 cite les cas les plus frappants :

« Gilles travaille également dans l'industrie automobile, à l'usine PSA de Metz-Borny, où le groupe Peugeot-Citroën produit les boîtes de vitesse de ses petits modèles. (…) "En plus des machines, on a des tas de papiers à remplir, ajoute cet ouvrier. On est constamment épié, contrôlé, infantilisé. Pour augmenter les rendements à la chaîne, ils nous ont soumis récemment à un test de dextérité, c'est dire ! Si j'arrive à 60 ans sans péter une pile, ça sera beau !"

Il y a quelques mois, l'usine a passé un accord sur le stress au travail. "Parlons-en !, s'emporte-t-il. J'ai fait le test, j'étais dans l'orange avec 126 points – à 130, j'étais bon pour le rouge. Le médecin du travail m'a dit : 'Vous êtes limite, faites attention !' Merci du conseil !" (…)

"Dans notre métier, on ne risque pas de tomber d'un échafaudage, les maladies sont essentiellement psychiques, même si un coup de couteau se perd parfois. Et pourtant, le métier d'enseignant peut être très pénible", évoque Patrick Fusil, secrétaire académique du syndicat FO lycée et collèges. "L'histoire du maître qui part en retraite la larme à l'œil, c'est dans les films. Franchement, j'ai du mal à m'imaginer prof à 67 ans", confirme Régis Morbach, 33 ans, certifié de mathématiques et "titulaire sur zone de remplacement" dans la région messine.

Infirmière en psychiatrie au CHS de Sarreguemines, Kathia Scheuer se voit mal, elle aussi, "travailler jusqu'à 66 ans""Les nuits, au début, on les gère, mais avec les années et la vie de famille, c'est difficile. La souffrance des patients, la violence, il faut l'encaisser. On se blinde mais jamais totalement et il y a un moment où le corps ne suit plus. Dans les hôpitaux aussi, la pénibilité, on connaît." »

Ségolène Royal a raison de continuer à demander, notamment, la prise en compte de la pénibilité dans la réforme des retraites. Le chemin est encore long, sur le terrain de la pénibilité physique et surtout sur le terrain de la pénibilité psychique (stress, harcèlement, …), qui pose clairement la question de l’organisation du travail.

Avec la défense de la retraite à 60 ans et du taux plein à 65 ans, Ségolène Royal aura matière à débattre demain dans « À vous de juger » sur France 2, face à un Premier ministre que les propos de Claude Guéant sur Europe 1 dimanche dernier ont placé sur un siège éjectable, comme le remarquait hier Jean-Michel Aphatie dans Le Grand Journal sur Canal +. François Fillon remplacera Eric Woerth initialement prévu...

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"Quelles concessions sur le dossier des retraites?", texte et dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Car pour les éditorialistes de Ouest-France, de L’Alsace, de Les DNA, de Rue 89 et de Libération, comme l’écrit LeMonde.fr« Nicolas Sarkozy ne pliera pas », notamment sur les points essentiels, malgré une mobilisation hier dans les manifestations inconnue depuis mars 2009.

Pierre Hasky de Rue 89 conclut : « À un moment aussi crucial, au moment où chacun en France s'interroge sur son avenir, individuel et collectif, dans un pays en crise, le gouvernement envoie le plus mauvais des signaux : celui du mépris. »

Frédérick Moulin

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