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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 18:02

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Lucienne Rose dans sa chambre-salon (Rafaël Trapet/Aleph pour " Le Monde ")

 

Comme la vieille dame, beaucoup de femmes retraitées vivent dans la précarité, liée, souvent, aux à-coups des carrières féminines

 

Elle ne cesse de plaisanter, rajuste en souriant une mèche de cheveux gris et fait mine de s'excuser pour le désordre de son salon. " La vie n'est pas facile, bien sûr, explique Lucienne Rose, 81 ans. J'ai souvent mal au dos et je n'en ai sans doute plus pour très longtemps mais je ne suis pas si mal que ça ! Je n'ai pas beaucoup d'argent, bien sûr, mais je n'ai jamais été habituée à la dépense, ce n'est pas dans mes habitudes. Alors je me débrouille comme je peux. "

Comme beaucoup de femmes de sa génération, Lucienne Rose, qui est à la retraite depuis plus de vingt ans, touche une petite retraite : 829 euros par mois. Une fois déduit le loyer de son logement - une chambre-salon, une petite cuisine et un balcon (340 euros) -, la mutuelle, un abonnement à la téléassistance - " je tombe souvent " - et l'électricité, il lui reste moins de 400 euros pour vivre. " Ce n'est pas énorme mais ça me suffit, explique-t-elle. Je ne fais évidemment pas de folies. "

Les petites retraites sont souvent le lot des femmes : en 2004, elles percevaient une pension moyenne de 1 020 euros par mois, soit seulement 62 % de celle des hommes (1 636 euros). En raison de ces difficultés financières, les femmes représentent près des deux tiers des bénéficiaires du minimum vieillesse. Cette précarité est liée aux à-coups des carrières féminines, souvent marquées par de longues interruptions d'activité : en 2004, seulement 44% des femmes retraitées avaient validé une carrière complète, contre... 86 % des hommes.

Lucienne Rose fait partie des femmes qui n'ont guère choisi leur destin professionnel. A 18 ans, elle découvre avec inquiétude qu'elle est enceinte. " A l'époque, on ne plaisantait pas avec ces choses-là, on a été obligés de se marier tout de suite. " Il n'est alors pas question de travailler, encore moins de se lancer dans une formation : son mari est comptable, ils auront quatre enfants en dix ans. " On n'avait pas la pilule, soupire-t-elle. On était jeunes, on ne pouvait pas vraiment choisir. "

Pendant plus de vingt ans, Lucienne Rose, qui n'a aucune qualification, reste à l'écart du marché du travail : bon gré, mal gré, elle s'occupe à temps plein de ses quatre enfants. Mais à 40 ans, lorsque son mari s'éloigne sans lui verser la moindre pension alimentaire, elle n'a pas le choix : cette fois, il lui faut gagner seule sa vie. Lucienne Rose, qui a quitté l'école à 14 ans, s'engage dans une formation de secrétariat.

" Quatre gosses "

La vieille dame se souvient encore du jour où elle a réussi ses examens. " Ça me prouvait que j'étais encore capable de faire quelque chose. Quand on est resté chez soi, avec ses enfants, on a l'impression qu'on n'arrivera à rien dans le monde du travail. D'ailleurs, j'ai eu du mal à trouver un emploi : tout le monde me demandait ce que j'avais fait pendant les vingt dernières années. Je répondais toujours : "quatre gosses"... "

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Les inégalités homme-femme au travail, avec des conséquences sur la retraite des femmes (dessin de Plantu)

A la fin de sa formation, Lucienne Rose trouve, à l'université Paris-Est Créteil, un poste de secrétaire où elle restera jusqu'à son départ à la retraite. Lorsqu'elle quitte la faculté, elle vient de divorcer de son second mari : à 65 ans, elle décide de rejoindre un logement-foyer pour personnes âgées de la ville de Créteil. " J'ai laissé tous les meubles à mon ex-mari. Au début, il a même fallu me prêter un lit ! Mais j'étais contente d'être enfin tranquille. "

Seize ans plus tard, elle vit toujours dans l'un des 77 studios de la résidence Marivaux. Ce logement-foyer qui n'accueille que des personnes valides propose des repas chauds à midi, des plateaux-repas le soir et des ateliers de chant, de peinture ou de couture. Il ne dispose pas de service médical mais la responsable est joignable jour et nuit. " Les résidents m'appellent pour des plombs qui sautent ou des crises d'angoisse, explique Corinne Caglini. Je suis là pour les aider. "

Lucienne Rose, qui est suivie par une bénévole des Petits frères des pauvres, sort rarement : depuis son opération de la cataracte, elle ne peut plus se promener seule. Elle se contente de descendre tous les jours dans la salle à manger du rez-de-chaussée pour le déjeuner et assiste à l'atelier peinture du lundi et à la chorale du mardi. " Ça me calme, ça me distrait, je rencontre des gens. On chante Aznavour, Brel, Piaf : entre nous, on s'appelle les Mémés chanteuses ! "

Anne Chemin

 

lemonde pet

18 juin 2010


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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité
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commentaires

Monique Ayrault 17/06/2010 23:47



Merci d'avoir colporté ce témoignage si réaliste et si touchant.


je vis en milieu rural et je connais un grand nombre de femmes vivant ainsi et même avec moins d'argent, nos anciens dans ce pays sont très inquiets pour les jours sombres qui se
présentent...Alors quand on parle des salaires élevés, des hôtels très chers de notre équipe de France, oui, c'est honteux !!


Tout cet argent mal réparti que d'injustice !!!



solezen 17/06/2010 19:23



Moi c'est le contenu plutôt que l'apparence du texte qui me fait frémir. Parce que je fais partie des femmes qui seront bientôt réduites à une vie semblable. Une survie plutôt qu'une vie. Où l'on
s'insensibilise sur la vacuité des jours. Où l'on s'obstine à ne pas penser aux déplacements qu'on ne peut pas faire, aux livres qu'on ne peut pas lire... Glaçant!



Françoise Chenet 17/06/2010 18:40



Quand vous reprenez l'article d'un journal, vous serait-il possible de ne pas souligner ou mettre en gras ce que vous jugez important ? vous faites injure à la fois à l'auteur de l'article et au
lecteur que vous prenez vraiment pour un demeuré! C'est dommage car vous le privez du plaisir de lire par lui-même un article effectivement intéressant et qui méritait  d'être cité.



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