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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 16:53

poros index

Ségolène Royal, dans sa lettre sur les alternatives progressistes à la crise du système du 13 juillet 2010, où elle détaillait les travaux du 13ème Symposium de Symi à Poros, en Grèce, notait, après son propos sur Toomas Hendrik Ilves, président de la République d’Estonie :

« L'Estonie est un petit pays (1,4 million d'habitants) qui a recouvré son indépendance en 1991, deux ans après la chute du mur de Berlin. Ses performances dans les domaines de l'innovation et des nouvelles technologies de la communication lui ont valu le surnom d'e-stonia. C'est en Estonie qu'a été mis au point le logiciel Skype qui permet de téléphoner gratuitement dans le monde entier, via Internet, et compte aujourd'hui des centaines de millions d'utilisateurs. Le gouvernement estonien est également pionnier de l'administration numérique et du vote électronique. L'Estonie devrait intégrer la zone euro début 2011. »

Un pays nordique qui veut intégrer la zone euro

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L’Estonie rappelle souvent qu’elle est un pays nordique, tourné vers les pays du Nord de l’Europe : Tallinn, sa capitale, est située à 85 km seulement d’Helsinki, la capitale finlandaise, de l’autre côté du golfe de Finlande, alors que Riga, capitale de la Lettonie voisine, se trouve à 307 km. De plus, l’estonien est une langue finno-ougrienne, comme le finlandais, et non une langue balto-slave comme le lituanien ou le letton ; c’est donc abusivement qu’on dit de l’Estonie qu'elle est un pays « balte ».

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Pièce de 1 couronne estonienne

De fait, ce petit pays européen méconnu retient l’attention. La couronne estonienne ayant été liée au deutschemark par un taux fixe dès 1992, le passage à l’euro de l’Allemagne l’a liée à l’euro en 1999. Très désireuse d’intégrer la zone euro dès le 1er janvier 2011, l’Estonie a obtenu mardi 13 juillet 2010 l’accord final des ministres des finances européens : elle sera le 17ème membre de la zone euro, avec une parité de change de 1 euro pour 15,6466 couronnes estoniennes lors du passage. Depuis le 30 juin 2010, les commerçants doivent afficher leurs prix en couronnes et en euros. Au-delà de leur lien avec le deutschemark puis avec l’euro, les Estoniens veulent l’euro, car « il est aussi bien que nous puissions savoir notre mot à dire » dans un système monétaire auquel l’Estonie participe déjà de fait à travers sa parité fixe avec l’euro, estime Marten Ross, vice-gouverneur de la banque centrale. Par ailleurs, l’euro éloignera le spectre des dévaluations ruineuses et attirera de nouveaux investisseurs.

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Future pièce estonienne de 2 €

C’est un bon élève qui intègre la zone euro : déficit budgétaire de 1,7% du PIB en 2009, dette publique de 7,2%. Suite à la crise de 2008-2009, l’Estonie a connu une déflation de 0,1% en 2009 et le ministère des Finances estonien prévoit une inflation de 1,1% pour 2010 et de 2% pour 2011. Selon les statistiques de l’OCDE, l’Estonie est rentrée dans le cercle fermé des pays riches en 2008, et est devenue membre de l’OCDE avec Israël et la Slovénie le 27 mai 2010. Elle faisait déjà partie de l’Union Européenne et de l’OTAN depuis 2004.

Certes, la crise de 2008-2009 n’a pas épargné l’Estonie, très dépendante des banques suédoises et qui avait laissé se développer une bulle spéculative immobilière : le PIB a reculé de 3,6% en 2008 et de 14,1% en 2009, mais la reprise est vigoureuse en 2010 et devrait permettre d’inverser radicalement la tendance avec une croissance retrouvée dès cette année de +1%. Le « tigre estonien » avait cependant vu sa croissance augmenter de 7% à 11,5% par an de 2003 à 2007.

Et la cure d’austérité imposée par le gouvernement pour redresser la barre est passée « comme une lettre à la poste » écrivait Le Monde le 22 juin 2010 : avec une croissance souvent à deux chiffres les années précédentes, et des hausses de salaires qui pouvaient atteindre 20% par an, une réduction des salaires de 15% a été considérée comme un mal supportable. De fait, « la ligne rouge n’a pas été dépassée » écrit Le Monde : le salaire minimum n’a pas été diminué, les retraites n’ont pas été touchées, seule une augmentation des pensions prévue de longue date a été gelée. Mieux : les taux d’intérêt des banques ont baissé, ce qui a allégé les charges qui pesaient sur de nombreux ménages.

Certains ministères ont toutefois vu leurs effectifs réduits de 25%, mais pas de manière aveugle : les ministères n’ayant pas pu réduire leurs effectifs ont réduit les salaires de 10% à 15%, et les dépenses publiques ont été réduites de 10%, non pas pour réduire un déficit budgétaire ou une dette publique par ailleurs très faibles, mais pour ne pas prêter le flanc à la spéculation financière et pour être certains de respecter la limite de déficit fixée par le traité de Maastricht de 3%, dans un pays très dépendant des investissements nordiques et étrangers.

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Toomas Hendrik Ilves, le président estonien, lors de la Conférence sur les cyber-conflits du 16 juin 2010

Toomas Ilves, président de la République, a précisé qu’il avait eu le soutien de la population « parce que la nation avait enduré des difficultés bien pires à l’époque soviétique ».

L’e-Stonie

Car tout en Estonie incite à l’optimiste, malgré la crise dure de 2008-2009 : le pays est à la pointe de l’innovation et des nouvelles technologies, possède une industrie exportatrice de machines-outils – comme l’Allemagne, d’équipements électriques et électroniques (pièces de téléphonie mobile), et exporte des logiciels et des services liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, et du bois car le pays est couvert de vastes forêts.

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L’Estonie s’est développée en misant beaucoup sur l’innovation et les nouvelles technologies de l’information et de la communication : ce sont des Estoniens qui ont créé en 2001 KazaA, la plus grande bourse d’échange d’images, de musique et de vidéos ; puis en 2003 Skype, utilisé pour téléphoner par internet par plusieurs centaines de millions d’utilisateurs. Aujourd’hui encore, la plupart des idées conçues pour Skype sont élaborées par 200 ingénieurs qui travaillent à Tallinn, la capitale estonienne.

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L’enseignement utilise ces nouvelles technologies : les étudiants du master d’études européennes n’ont qu’à se connecter au serveur de l’université de Tampere en Finlande pour suivre des cours en direct grâce à une webcam.

De façon plus générale, la vie courante estonienne a complètement intégré les nouvelles technologies à tous les niveaux de la société. 100% du pays est couvert par le wifi, pour un pays légèrement plus grand que les Pays-Bas.

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Zone wifi en Estonie (.ee)

Une démocratie transparente a été mise en place : depuis 2005, les Estoniens votent avec leurs cartes d’identité électroniques ; le vote électronique a remplacé le vote traditionnel. Lors des conseils des ministres chaque membre du gouvernement estonien dispose d’un ordinateur ; les décisions prises sont aussitôt annoncées sur internet. Le parlement monocaméral, le Riigikogu, est entièrement équipé de matériel de vote informatique et les résultats sont transmis via internet et donc directement accessibles aux citoyens.

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Carte d'identité électronique estonienne

L’administration utilise aussi beaucoup les nouvelles technologies d’information et de communication : 80% des déclarations de revenus se font en ligne.

La vie de tous les jours est aussi concernée : faire ses achats avec son téléphone portable est monnaie courante, comme se garer et payer son ticket de parking par sms.

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Parc national de Lahemaa en Estonie

L’écologie et la protection de l’environnement utilisent aussi les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les Estoniens sont, comme les autres populations nordiques, très proches de la nature et soucieux de la préservation de l’environnement. Comme la Finlande, l’Estonie pratique le libre droit d’accès à la nature (camping sauvage, …). Une initiative de grande ampleur a été lancée en 2008 : 40 000 Estoniens y ont participé. Des images satellites et des renseignements fournis par les participants ont permis de localiser les zones polluées et les décharges, puis les coordonnées GPS des endroits ont été communiquées aux participants pour localiser les endroits et collecter les déchets directement quand c’était possible. Une campagne de sensibilisation a accompagné l’opération, et 80% des déchets récoltés par les bénévoles ont été recyclés. L’opération sera renouvelée.

Cette révolution a été possible car l’Estonie, sortie du glacis soviétique en 1991, a tout construit à partir de rien, ce qui a permis de sauter plusieurs étapes.

Hacking et cyberguerre : l’e-Stonie centre de l’OTAN

Le revers de la médaille est la vulnérabilité au « hacking » : en 2007, suite au déménagement de la statue du « Soldat de bronze », symbole de la « libération » de l’Estonie par l’Armée rouge, du centre de Tallinn pour la périphérie, de violentes manifestations de la minorité russe ont eu lieu dans la capitale, et une crise diplomatique avec la Russie a éclaté : du 27 avril au 9 mai 2007, de multiples attaques contre les sites estoniens ont eu lieu, certaines provenant de sites gouvernementaux russes ; l’Estonie a accusé la Russie d’orchestrer l’attaque, ce que le Kremlin a nié.

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L’e-Stonie a transformé cette faiblesse en force, et a dès 2006 créé une organisation de cyber-défense, le Computer Emergency Response Team of Estonia (CERT). Dépendante de l’OTAN et de l’Union Européenne pour sa sécurité, l’Estonie s’est tournée vers l’OTAN pour mettre un terme définitif aux cyber-attaques d’avril-mai 2007 ; ce but a été atteint à l’automne 2009. L’OTAN a pris conscience à cette occasion de l’importance du risque émergent de la cyberguerre. Au premier semestre 2008, l’organisation a ouvert son centre de cyber-défense contre le cyber-terrorisme en Estonie, les Estoniens formant les équipes des autres pays membres. Selon Newsweek du 23 avril 2009, un think tank de l’OTAN sur le cyber-espionage et la cyberguerre ont également été mis en place à Tallinn.

L’e-Stonie représentée par son président au 13ème Symposium de Symi

En conclusion, l’e-Stonie est un petit pays nordique à la pointe en matière d’innovation et de nouvelles technologies d’information et de télécommunication, pour son système démocratique transparent, pour son administration, pour la vie de tous les jours, pour la protection de l’environnement et pour la défense. Membre de l’Union Européenne, de l’OTAN et depuis peu de l’OCDE, il intégrera la zone euro au 1er janvier 2011. Malgré une récession en 2008 et 2009, l’économie redémarre en 2010 et permettra certainement à terme de résorber le chômage important hérité de la crise de ces deux dernières années (de 5,5% en 2008 il est passé à 11% au premier semestre 2009, et à 15 ,5% en décembre 2009). Son invitation au 13ème Symposium de Symi a donc permis de donner à cette réunion un éclairage innovant et spécifique sur la situation actuelle, qui n’a pas manqué d’être relevé par Ségolène Royal.

Frédérick Moulin

Sources : Feu vert définitif pour l'adoption de l'euro par l'Estonie en 2011, LeMonde.fr du 13 juillet 2010 ;  Estonie : la ligne rouge n’a pas été dépassée, Le Monde daté du 22 juin 2010 ; L’Estonie, exemplaire par ses comptes publics, s’apprêt à intégrer la zone euro, Le Monde daté du 27 mai 2010 ; Israël, l’Estonie et la Slovénie entrent à l’OCDE, LeMonde.fr du 10 mai 2010 ; Nouvelles technologies : l’Estonie à la pointe de l’Europe, France Info, 17 novembre 2007 ; Wikipédia

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