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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 15:47

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Recueillement sur la tombe de François Mitterrand : de droite à gauche, Ségolène Royal, Jack Lang, Martine Aubry, Gilbert Mitterrand, Mazarine Pingeot, Pierre Bergé et Bertrand Delanoë (Régis Duvigneau/Reuters)

Ségolène Royal est intervenue aujourd'hui devant les socialistes rassemblés à Jarnac pour un déjeuner. Auparavant, les dirigeants du Parti socialiste étaient allés se recueillir sur la tombe de François Mitterrand en fin de matinée, accompagnés des membres de la famille, notamment Mazarine Pingeot, sa fille, et Gilbert Mitterrand, son fils cadet, pour commémorer le 15ème anniversaire de la mort du seul président socialiste de la Vème République.

Pierre Bergé, ami de François Mitterrand jusqu'à la fin, était également présent, alors que les candidats non déclarés à la primaire socialiste, Manuel Valls et François Hollande, n'avaient pas fait le déplacement. Lionel Jospin et deux des anciens Premiers ministres de François Mitterrand, Michel Rocard et Laurent Fabiusétaient également absents.

Premier à intervenir, le maire de Jarnac, Jérôme Royer, a cédé la place à la présidente de la région, Ségolène Royal, qui à son tour a été suivie à l'estrade par la Première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry. La salle applaudissait encore le discours de la présidente de région quand Martine Aubry est montée sur l'estrade, applaudissant elle-même encore le discours de Ségolène Royal des deux mains.

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De gauche à droite, trois proches de François Mitterrand : Pierre Bergé, président de l'Association des amis de l'Institut François-Mitterrand, Jack Lang, administrateur de l'Association des amis de l'IFM, et Hubert Védrine, président de l'Institut François-Mitterrand (Régis Duvigneau/Reuters)

Ségolène Royal a légèrement changé le discours originel qu'elle avait préparé lorsqu'elle a pris la parole, glissant une référence à Pierre Bergé et à l'Opéra Bastille là où rien n'était prévu, ajoutant une référence à Hubert Védrine, insistant sur "Jack, Jack Lang" : trois proches de François Mitterrand. Elle a aussi allégé la fin du discours, pour donner plus de force au dernier élan du texte, prônant à nouveau et inlassablement l'union du Parti socialiste :

« Cette ville de Jarnac, mêlant comme un trait de civilisation locale qu’il appréciait, l’art de la bonne distance, et la solidité de liens que ne rompent pas les désaccords passagers. Merci à vous, François Mitterrand, de nous unir, ici et maintenant. » 

 

Frédérick Moulin

 


envoyé par eric3362



Retranscription par MEAGSR/F.M. du discours de Ségolène Royal prononcé à Jarnac

à l'occasion du 15ème anniversaire de la mort de François Mitterrand

 

Monsieur le Maire, cher Jérôme, chers amis, je salue d’un mot et d’une seule phrase l’ensemble des personnalités ici rassemblées.

C’est ici, dans cette Charente qu’il aimait tant que François Mitterrand a commencé à se passionner pour l’histoire de France.

« On ne peut rien faire avec la France si on ne l’aime pas. », disait François Mitterrand.

La France, il l’aimait, il aimait sa longue histoire et sa culture, il aimait et défendait, disait-il, « les grandes idées » qui avaient « soulevé le monde ».

Il ne voulait pas la France livrée aux clans et aux déchirures, il la voulait unie.

À l’opposé de ceux qui attisent les peurs, il en appelait toujours à la part noble, à la part fraternelle, à la part courageuse que le peuple français porte en lui.

Il rappelait sans cesse que la France n’est jamais aussi grande, entendue, respectée, que lorsqu’elle porte un message universel et y conforme ses actes.

« De nouvelles dominations », disait-il aussi, « se substituent à celles qu’on a détruites. Et c’est pourquoi il faut à chaque époque chercher à nouveau comment tenir la promesse républicaine fondatrice de liberté, d’égalité, et de fraternité. Le combat change de forme, mais pas de sens. », nous expliquait-il.

C’est ainsi que François Mitterrand n’a jamais sous-estimé l’acharnement des intérêts financiers coalisés.

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Le président François Mitterrand, Ségolène Royal, ministre de l'Environnement du gouvernement sortant, Elisabeth Guigou, ministre déléguée chargé des Affaires européennes, et Bernard Kouchner, ministre de la Santé et de l'Action humanitaire le 4 mai 1993 à Nevers. Le 29 mars 1993, le gouvernement Bérégovoy avait été remplacé par le gouvernement Balladur (Aslan/Chesnot/Job/SIPA)

Nous sommes plusieurs ici à nous souvenir de ce message prémonitoire qu’il nous adressait lors du dernier Conseil des ministres de 1993 : « Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la Sécurité sociale, car ceux », disait-il, « qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus, et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur. », avait-il dit à son gouvernement.

Il savait la rudesse de ce combat permanent.

Le courage : courage dans la Résistance, courage dans le combat politique, courage face à la maladie, courage face aux calomnies d’une violence extrême qui pourtant ne l’ont pas fait dévier de la ligne qu’il s’était fixé. Alors qu’il maîtrisait parfaitement l’art de la langue française et qu’il avait le trait parfois féroce, il s’est toujours refusé au relâchement du langage, aux attaques personnelles. En un mot, il avait de la tenue dans le combat politique. L’époque, hélas, s’est bien dégradée même sur ce plan-là.

« Dans les épreuves décisives »disait-il, « on ne franchit l'obstacle que de face ».

Certains, même parmi ses adversaires, saluent le stratège. Certes, si la politique est aussi un art d'exécution, il possédait ce talent-là au plus haut point. Mais l'essentiel est au-dessus : dans la constance de convictions dont il a toujours tenu le cap, car pour les plus importantes d'entre elles, très tôt, forgées, dès la guerre : « Je ne me sentais pas né », a-t-il écrit« pour vivre citoyen d'un peuple humilié », là où s'enracine également son idéal européen, et dès les camps de prisonniers où il disait avoir vécu les moments les plus forts de fraternité.

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Portrait officiel du président François Mitterrand, un livre à la main : "Amoureux des livres, familier des libraires, il a aussi soutenu toutes les formes de création contemporaine et populaire [...] il fut le défenseur sourcilleux de l'équilibre de nos institutions, le garant intraitable de la liberté d'expression, et le gardien de l'Etat de droit."

Il fut – et dans le contexte d'aujourd'hui d’un Etat si loin d’être irréprochable, cela mérite tout particulièrement d'être rappelé – il fut l'artisan d'une extension sans précédent des libertés publiques, le défenseur sourcilleux de l'équilibre de nos institutions et de la séparation des pouvoirs, le garant intraitable de la liberté d'expression, et le gardien de l'Etat de droit.

Robert Badinter s’en souvient mieux que quiconque.

Il a, avec Pierre Mauroy et Gaston Defferre, accompli la grande réforme de la décentralisation dont la droite prend le contre-pied aujourd'hui pour mettre au pas les collectivités territoriales que François Mitterrand avait libérées pour rapprocher le pouvoir des citoyens.

Il avait une profonde compréhension des jeunes et de leur capacité de révolte.

Il n'aurait pas moqué les jeunes qui manifestent contre les réformes injustes, lui qui en mai 68, déclare à l'Assemblée Nationale : « La jeunesse n'a pas toujours raison mais le pouvoir qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort ».

Amoureux des livres, familier des libraires, il a aussi soutenu toutes les formes de création contemporaine et populaire, du spectacle vivant à la Fête de la Musique, inventée par Jack, Jack Lang.

Epris du riche patrimoine français, infiniment sensible à la beauté des églises romanes que notre Région Poitou-Charentes compte en nombre, il eut aussi l'audace de gestes architecturaux à la pointe de la modernité, qui ont redessiné la capitale, n’est-ce pas Bertrand – Pyramide du Louvre, Grande Arche de la Défense, Grande Bibliothèque qui porte désormais son nom, et l’Opéra Bastille que vous avez présidé Pierre Bergé.

Mais ici, si je parle des grands travaux, c’est parce que nous lui devons l'inscription du Marais Poitevin au nombre des grands travaux présidentiels, c’était le seul projet rural retenu à ce titre. Ce fut pour nous un soutien décisif pour la sauvegarde et le développement de notre « Venise Verte » que menaçait un tracé d'autoroute brutal pour cet écosystème fragile et unique. Nous nous souvenons de ce mois de février 1992 où il est venu ici lancer les grands travaux sur le petit port maraîchin d’Arçais, dans ma circonscription des Deux-Sèvres. Il avait merveilleusement évoqué ce marais mouillé qu'il connaissait bien, les lentilles d’eau qui se referment dans les conches après le lent passage des bateaux, la terre et l'eau qui se confondent, les vaches maraîchines transportées dans des plates, la merveilleuse, disait-il, « interpénétration entre la force et la richesse de la nature, l'imagination et le rêve de l'homme ». On y éprouve, avait-il dit dans cette phrase magnifique, « une sorte de sentiment d'éternité dans la beauté ».

François Mitterrand fut aussi visionnaire et notamment dans un domaine d’actualité brûlante : l'Europe.

On sait avec quelle détermination inflexible, il a relancé la construction de cette Europe qu'il avait trouvée moribonde.

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Dans la maison natale de François Mitterrand, un buste du président et sur une photographie, les drapeaux de la France et de l'Union Européenne : "François Mitterrand fut aussi visionnaire et notamment dans un domaine d’actualité brûlante : l'Europe." (Jean-Pierre Muller/AFP)

Jamais il n'a voulu qu'elle se limite à un grand marché libre-échangiste : « L'Europe »disait-il, « n'est pas une manufacture ».

Il voulait non seulement l’union monétaire mais aussi l’union économique capable d'investissements à long terme pour préparer l'avenir ensemble.

Il a inlassablement plaidé pour une Europe sociale « faute de quoi », écrivait-il, « les travailleurs d'Europe détourneront la tête et ces regards absents livreront la Communauté à la solitude des mourants ».

Il voulait une Europe démocratique qui ne reste pas « le monopole d'une élite technocratique », écrivait-il.

Une Europe politique capable de tenir son rang, de protéger les siens, de peser dans un monde voué à devenir multipolaire.

Une Europe, aussi, capable d'assurer collectivement sa défense.

Il disait que l'Europe n'est pas l'ennemie des patries et voulait une France forte dans une Europe forte.

Il avait annoncé ce qu'il en coûterait de tarder et de tergiverser : « le réveil des nationalismes haineux et des xénophobies », écrivait-il.

À voir ce qu'il en est de l'Europe d’aujourd’hui, comment ne pas être frappé par la lucidité et la force des avertissements de François Mitterrand ? C’est un appel pressant pour agir avant qu’il ne soit trop tard, comme l’a souvent rappelé Hubert Védrine.

Enraciné dans ces lieux, Jarnac et la Charente, dont il disait combien les paysages et les traditions l'avait façonné, François Mitterrand était en même temps habité par une ample vision du monde : sa pensée et son action articulaient avec aisance ces deux dimensions.

Il avait le sens du temps long, des lenteurs de l'histoire et, tout autant, celui des accélérations et du « moment à empoigner », comme il le disait, pour infléchir le cours des choses.

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Ségolène Royal, Mazarine Pingeot et Martine Aubry unies par un grand éclat de rire en marge du recueillement sur la tombe de François Mitterrand (Régis Duvigneau/Reuters)

« On est du pays de son enfance, et mon enfance, c’est la Charente », écrit-il dans le très beau texte que nous vous avons offert en souvenir de cette journée.

C’est d’abord cette ville de Jarnac, dont il aimait qu’elle cultivât le respect de soi et celui des autres, mêlant comme un trait de civilisation locale qu’il appréciait, l’art de la bonne distance, et la solidité de liens que ne rompent pas les désaccords passagers

Merci à vous, François Mitterrand, de nous unir, ici et maintenant.

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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité
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