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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 04:03

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Alors que les Restos du Cœur lancent aujourd’hui leur 26ème campagne d’hiver dans toute la France, la fédération des banques alimentaires s’est mobilisée dans  à travers tout le pays vendredi 26 et samedi 27 novembre, pour leur 26ème campagne de collecte d’hiver. Depuis la « petite idée » de Coluche lancée sur Europe 1 en septembre 1985, la faim n’a pas disparu en France.

 

 

La collecte de ce week-end a mobilisé près de 100 000 bénévoles sur 9 000 points de vente, ce qui représente un effort considérable quand on sait que les banques alimentaires en France, ce sont 4 000 personnes dont 90% de bénévoles. « On estime que 750 000 personnes sont aidées par les banques alimentaires », souligne Alain Seugé, président de la fédération. En 2009, les 79 banques alimentaires de France métropolitaine et d’outre-mer ont permis de servir 176 millions de repas et ont ainsi assuré une aide alimentaire à 740 000 personnes en situation de précarité, ce qui représente l’équivalent des besoins en nourriture des habitants de Montpellier pendant 1 an.

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Source : "Rapport annuel 2009 du réseau des Banques Alimentaires"

D’après les premières estimations communiquées par la fédération des banques alimentaires, la collecte a été un succès avec près de 12 000 tonnes de denrées non périssables collectées, l’équivalent de 24 millions de repas, contre environ 11 000 l’an dernier, soit une augmentation d’environ 9%  : cette hausse vient à point nommé, pour une double raison. D’abord, parce que les banques alimentaires font face à une demande sans cesse croissante : « Cette demande devrait augmenter de 8 à 10% cette année », indique Alain Seugé. Ensuite, parce que les denrées non périssables collectées faisaient cruellement défaut aux banques alimentaires depuis quelques temps : « Ces denrées n'ont pas de date de péremption. La grande distribution et les industriels ne nous donnent donc pas ces produits. J'espère que les consommateurs vont nous permettre de refaire nos stocks. », expliquait Bruno Monraisse, le président de la banque alimentaire d’Auvergne, la veille de la collecte. Les grandes surfaces donnent en effet notamment des fruits et légumes dont la date de péremption est proche.

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Affichette distribuée aux clients d'une grande surface à Paris samedi 27 novembre 2010 par la Banque Alimentaire de la région

« Cette année, les banques alimentaires se réjouissent d'avoir reçu plus de conserves de légumes et de fruits et de poisson, ainsi que des pots pour bébés. Toutes les denrées offertes pendant ces deux jours seront ensuite distribuées intégralement dans le département ou la région où elles ont été collectée. », précise un communiqué de la fédération des banques alimentaires.

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Source : "Rapport annuel 2009 du réseau des Banques Alimentaires"

En 2009, les banques alimentaires ont collecté 92 678 tonnes de denrées alimentaires, dont environ 13 000 tonnes à l’occasion des collectes d’hiver et de printemps (14%), 30 600 tonnes auprès de l’Union Européenne (Programme Européen d’Aide aux plus démunis, PEAD) (33%), 26 000 tonnes auprès de la grande distribution (28%), 19 500 tonnes auprès des industries agroalimentaires et des producteurs comme les coopératives agricoles (21%), et 3 700 tonnes auprès de l’Etat (Programme National d’Aide Alimentaire (PNAA) et programme d’aide alimentaire exceptionnel) (4%).

Les denrées collectées sont notamment redistribuées à travers des conventions de partenariat alimentaire, avec la Croix Rouge (12 312 tonnes en 2009), les Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS, 9 328 tonnes), la Société Saint-Vincent-de-Paul (5 374 tonnes), le Secours Catholique (3 365 tonnes), l’Entraide Protestante (1 606 tonnes), Emmaüs (1 271 tonnes), les Equipes Saint Vincent (1 097 tonnes) et l’Armée du Salut (535 tonnes).

Par ailleurs, les banques alimentaires cherchent à créer des liens avec les Epiceries Sociales, qui offrent 3 avantages : une meilleure alimentation par un libre choix qui respecte les goûts et les envies, un accompagnement social (accueil, activités communes), et une plus grande autonomie du comportement. Actuellement, les banques alimentaires travaillent avec 285 Epiceries Sociales.

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Le Monde daté du 28 novembre 2010 racontait l’histoire de l’épicerie sociale de Vernouillet, en Eure-et-Loire, dans l’agglomération de Dreux, 12 000 habitants, 12% de chômage contre 9,3% en moyenne en France, un taux de chômage des jeunes qui a bondi de 150% avec la crise, et de 37% pour les chômeurs longue durée. La ville a perdu 5 000 emplois industriels en 4 ans ; Philips, Renault et leurs sous-traitants sont partis. Seul un pôle pharmaceutique de 600 personnes résiste encore, mais « les licenciés de l'électronique ou de l'automobile ne sont pas ceux qui ont été embauchés dans la pharmacie », déplore le maire.

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À l'épicerie sociale de Vernouillet, en Eure-et-Loire, le 12 novembre 2010 (Marlène Awaad/IP3 pour Le Monde)

Beaucoup ont subi un déclassement social, comme Patrick Podevin, 55 ans, ancien chef d’atelier chez Philips, aujourd’hui ‘bénéficiaire’ de l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS) et d’un bout de RSA, qui fait quelques heures de garde d’enfant. Budget du ménage avec 2 enfants à charge : 800 euros, contre 3 000 autrefois. Alors heureusement, il y a l’épicerie sociale Les quatre saisons : les denrées, fournies par la banque alimentaire, sont à 10% de leur valeur d’origine, un panier de 30 euros se paie 3 euros.

Comme l’écrit Le Monde, « à Vernouillet, seule l'épicerie sociale ne connaît pas la crise ». Isabelle Le Quellec, responsable du service social du CCAS, analyse : « En cinq ans, nous sommes passés d'un public de bénéficiaires de minima sociaux "classique" à celui de familles qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts. ». Le médecin libéral qui vient deux fois par mois de Dreux assurer une permanence d’accès aux soins (PASS) dans le petit bureau installé à l’entrée de l’épicerie s’inquiète de la montée des frustrations et de la haine de l’autre : « Le Front national a encore ici de beaux jours devant lui », déplore-t-il. Aux élections régionales de mars 2010, la liste d'extrême droite réalisé un score de 18,48 %.

La collecte réalisée ce week-end par les banques alimentaires va permettre de constituer un « filet de sécurité » : « Cette constitution de stocks nous permettra, dans l'attente des aides substantielles de l'Etat et du Parlement européen, de continuer le flux de distribution. », indique la fédération des banques alimentaires.

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Répartition par pays du PEAD en 2008 : 305 M€ ont été répartis entre 19 pays, la France a donc touché environ 25 M€

C’est en effet là le grand problème : les denrées données par l’Union Européenne à travers le PEAD et celles données par l’Etat (PNAA notamment) fluctuent en quantité d’une année à l’autre et arrivent souvent en retard : « Nous attendons parfois un an, et puis soudainement, tout est livré en même temps. J'ai dû contingenter la distribution de certains produits au printemps et maintenant j'en ai par-dessus les oreilles. », explique Bruno Monraisse, le président de la banque alimentaire d’Auvergne. « Cette année, nous avons 10%  d'aide en plus de la part de la grande distribution mais 20% en moins de la part des industriels. », ajoute la fédération.

À l’occasion du lancement de leur 26ème campagne, les Restos du Cœur ont demandé au gouvernement, pour le PEAD, de « se battre pour sauver ce programme contre les coups de boutoirs de l’Allemagne et de l’Angleterre », « à l’occasion de la réforme de la PAC prévue pour 2013 ». Ils ont aussi demandé à ce que « l’aide complémentaire de l’État (PNAA) [soit] absolument maintenue », « au coeur de la crise économique et de la remontée des prix des matières premières », alors qu’ils « n’ont jamais eu autant de personnes à aider ».

Selon le Baromètre 2010 Banques Alimentaires/CSA auprès de 1 771 personnes accueillies au sein d’un échantillon national représentatif de 150 associations et CCAS partenaires des banques alimentaires, le profil des personnes bénéficiant a changé depuis 2006. La part des chômeurs a quasiment doublé, passant de 10 à 19 %. Si 25 % des personnes étaient seules avec des enfants en 2006, cette proportion a plus que doublé, à 53 %, en 2010. Encore plus flagrant, si en 2008, 47 % des personnes interrogées étaient divorcées, séparées, veuves ou célibataires, ces catégories représentent aujourd’hui plus de 72 % des personnes accueillies. « Une des causes de la précarisation est la rupture familiale ou une situation personnelle instable », selon les conclusions de l'enquête.

Les bénéficiaires de l'aide alimentaire ne sont pas des « exclus » de la société, des SDF ou des migrants : ils disposent d’un logement  fixe à 65 %, et cette proportion grimpe même à 71% si l'on prend en compte ceux qui sont hébergés. Le fait notable c’est qu’ils vivent à une très large majorité, 70 %, avec moins de 1000 € par mois de revenu.

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Source : Baromètre 2010 Banques Alimentaires/CSA réalisé en novembre 2010

Selon les personnes interrogées, ce sont les dépenses de loyer et d’énergie qui sont les causes de leur déséquilibre financier et par là même du recours qu’elles font à l’aide alimentaire.

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Source : Baromètre 2010 Banques Alimentaires/CSA réalisé en novembre 2010 (variation en points par rapport à 2008)

Et l’étude de conclure : « L’aide alimentaire constitue donc très souvent une aide budgétaire en nature. »

« L'aide alimentaire est une aide budgétaire en nature pour les foyers très modestes, déstabilisés par un accident de la vie, comme une voiture en panne, les obsèques d’un parent qu'il faut payer, la maladie. Cette aide permet aux gens de sortir la tête de l'eau, d'éviter un recours au crédit revolving qui mène au surendettement. Pour une famille avec deux enfants, cette aide représente une valeur de 100-120 euros par mois, ce qui permet de rembourser une facture d'eau, d'électricité. », indique Alain Seugé.

Selon l’INSEE, en 2008, 13% de la population française vivait en dessous du seuil de pauvreté, soit 7,8 millions de personnes. Au niveau de l’Union Européenne, les Restos du Cœur évaluent ce chiffre à 80 millions d’habitants, soit 16% de la population.

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Les Restos du Cœur, qui commencent leur 26ème campagne aujourd’hui, font partie des associations d’aide aux plus démunis auxquelles les banques alimentaires redistribuent leur collecte : « Il existe une synergie entre les restos du coeur et les banques alimentaires. Localement, il arrive très souvent qu’on s'aide mutuellement. », explique la fédération des banques alimentaires.

Les Restos du Cœur, ce sont 103 millions de repas équilibrés distribués,
830 000 personnes accueillies,
30 000 bébés de moins de 12 mois aidés,
58 000 bénévoles,
2 056 centres et antennes,
70 Restos Bébés du Cœur et
13 000 sans-abris aidés chaque semaine par 98 camions, points repas chauds ou maraudes.

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Dessin de Chimulus

En ces temps où l’Etat démissionne de ses missions de solidarité – la Fraternité, troisième mot de la devise nationale – les Restos du Cœur lancent pour leur 26ème campagne un avertissement sans frais aux élus démissionnaires de leurs missions de service public :

« Les exemples ne manquent pas d’élus qui confondent les Restos du Coeur avec les services publics qu’ils administrent. Nous avons toujours répondu par une neutralité politique indéfectible et une indépendance jalousement conservée, car les 58 000 bénévoles des Restos sont au seul service des plus démunis.

Les Restos ont toujours démontré qu’avec un euro d’argent public confié, ils permettaient au moins cinq fois plus d’aides directes, ce qu’aucune administration ne pourrait faire à si faible coût. Mais l’association fondée par Coluche a toujours refusé, et continuera de le faire, de devenir une institution ou une simple délégation de service public. »

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Dessin de Martin Vidberg (www.martinvidberg.com)

Il ne faudrait pas que la perspective des fêtes et les premiers flocons de neige fassent oublier aux Français les problèmes qui s’accumulent sous l’épais manteau blanc d’unimmaculé : au premier rang desquels la crise, donc le chômage et le chômage des jeunes, dont une des conséquences peut être la faim. En France. En 2010.

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Un président déconnecté des réalités... (dessin de Chimulus)

Samedi 27 novembre 2010, une SDF est morte de froid à Marseille – en fait le froid a achevé ce que le mauvais était général avait commencé. C’est la première victime de l’hiver.

Frédérick Moulin

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