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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 08:41

Ségo 3 applaud

Ségolène Royal était en déplacement en Dordogne jeudi dernier. À la ferme Guérin, le dos à l’enclos de 80 vaches, elle a réuni dans la grange 500 agriculteurs, y compris les femmes qu’elle avait invitées à déjeuner à Lunas, qui ont écouté plusieurs intervenants pendant près d’une heure, dont elle-même qui a fait un discours de près de 30 minutes sur le monde agricole et la ruralité, ainsi que sur de nombreux thèmes liés, comme la spéculation sur les denrées alimentaires, les banques et les fonds de pension, ou la disparition des services publics en milieu rural, et l’Ecole de la République, gravement menacée. Ségolène Royal a beaucoup été applaudie, et l'ambiance a été des plus chaleureuse. L'empathie flottait dans l'air, et les intervenants étaient émus. 

Animée par Emmanuel Español, conseiller régional socialiste de la région, les discours ruraux de la Grange, appelons les ainsi, ont vu passer un certain nombre de personnalités politiques locales et de témoins locaux, qui ont chacun témoigné des problèmes du monde rural :

-Béatrice Patrie, adjointe au maire de Bergerac, « proche de Ségolène Royal et de ses idées depuis le lancement des premiers Désirs d'avenir », comme elle l’annonce elle-même, ancienne juge d'instruction, juge d'instance, juge aux affaires familiales et présidente de tribunal de grande instance ; elle a également été présidente du Syndicat de la Magistrature ;

-Bertrand Guérin, agriculteur éleveur, l’hôte de la réunion, avec ses 80 vaches laitières, qui a été le 1er Bergeracois à se lancer dans la méthanisation, la transformation d’effluents animaux et de déchets végétaux en énergie ;

Thomas Merillier

Thomas Merillier, viticulteur familial à Gageac-et-Rouillac, pendant son allocution

-Thomas Merillier, viticulteur familial à Gageac-et-Rouillac,

-Michel Castagner, maire d’une petite commune proche de Nojasl-et Clottes, Bardou - Emmanuel Español ne voudra pas parler de ‘petit maire’,

-Christine Dolivet, infirmière, qui a parlé de l’accès au soins en milieu rural,

-Germinal Peiro, député de la 4ème circonscription de Dordogne et secrétaire national du PS à la ruralité et à la mer, qui nous a livré un discours très intéressant sur la sécurité alimentaire, et a apporté un vibrant hommage à Ségolène Royal : « Avec tous les élus qui sont là à te recevoir, tu es la bienvenue dans ce département, où tu es considérablement appréciée, il faut le dire ; j’en suis très heureux, parce que tu es une figure éminente du Parti socialiste, qui compte aujourd’hui et qui compte depuis plusieurs annéesJ’ai mené à tes côtés la campagne de 2007, sur ces questions agricoles et sur ces questions de ruralité, et j’en garde un excellent souvenir. »,

-Ségolène Royal,

-et Sophie Poux, productrice de lait de la région de Moissac à laquelle Nicolas Sarkozy avait promis de rendre visite l’an dernier dans l’émission « Paroles de Français » et qui avait marqué l’émission en déclarant l’an dernier que du fait des prix très bas du lait proposés aux agriculteurs, elle était obligée d’emprunter pour survivre.

De nombreux élus locaux étaient présents : le maire de Villeréal, Pierre-Henri Arnstam, celui de Bergerac, Dominique Rousseau, ou encore le candidat socialiste aux cantonales, Jean-Luc Patrie, qui se présente face au maire indéboulonnable de Beaumont-du-Périgord, dont le canton est celui de Nojals-et-Clottes, parmi de nombreux exemples.

Puis Ségolène Royal a invité la salle a prendre un verre de l’amitié, elle-même devant se rendre entre-temps à l’interview d’i>TELE.

Ségo DA

Ségolène Royal : "Venez à Désirs d’avenir, parce que nous avons à construire ensemble justement notre avenir commun."

Avant de partir, elle a proposé aux agriculteurs qui l’avaient écoutée de la retrouver, ainsi que la vidéo des discours de la Grange, en adhérant à Désirs d’avenir, une idée à méditer pour les adhérents DA qui organisent une UPP :

« Alors nous nous retrouvons autour du verre de l’amitié, et si vous voulez apporter vos idées, débattre, revoir aussi ce moment de fraternité et de travail, de réflexion, et d’amitié que nous venons d’avoir ensemble, plusieurs centaines de personnes, c’est vraiment un moment merveilleux, eh bien venez à Désirs d’avenir, parce que nous avons à construire ensemble justement notre avenir commun. »

Seule Ségolène ? Décidément pas ! Les Français du monde rural et les élus étaient nombreux à cette réunion. Un espoir s’est levé avec ce discours, et Ségolène Royal a réussi à captiver les agriculteurs de Dordogne et leurs élus.

 

 


Quelques heures plus tard, Mickael Poillion, l’agriculteur du panel de « Paroles de Français », parlait à Nicolas Sarkozy des thèmes évoqués par Ségolène Royal à la ferme Guérin : abandon de la puissance publique à travers la réforme de la PAC, utilité de l’agriculture pour nourrir la population française et mondiale, transmission de son exploitation à ses enfants. Mickael Poillon n’a pas été convaincu par le chef de l’Etat (voir ici). Il était pourtant le représentant des Jeunes Agriculteurs (JA) du Nord, proches de la FNSEA, supposés être proches de l’UMP. Mais les temps changent (voir le blog de Mickael Poillion ici).

Ah, si Ségolène avait été présidente de la République, Mickael Poillion aurait eu, au moins, de vraies réponses à de vrais problèmes, et non de vagues promesses…

Frédérick Moulin

 


envoyé par segolene-royal

 

Discours de Ségolène Royal à la ferme Guérin à Nojals-et-Clottes (à 27 min 50s)

Retranscription du discours par MEAGSR/F.M.  

Bonjour, bonjour à tous et à toutes. C’est vraiment un bonheur de vous voir aussi nombreux ici, rassemblés en cette heure, en plus ensoleillée, dans cette campagne magnifique où on sent déjà que le printemps est là, presque prêt à jaillir de ces arbres bientôt en fleurs. Ça c’est de la politique comme je l’aime, des hommes et des femmes qui se rassemblent, qui se rassemblent pour dire quelque chose de fort et d’intense, parce qu’on prétend aujourd’hui que les Français sont découragés, sont inertes, se replient sur eux-mêmes. Donc à vous voir ici, plusieurs centaines d’hommes et de femmes rassemblés autour d’un sujet essentiel, celui de la défense de notre agriculture et de notre ruralité, eh bien moi je trouve que c’est très, très encourageant pour l’avenir, et merci d’être aujourd’hui aussi nombreux. (Applaudissements)

Merci à Béatrice, à Emmanuel, à Germinal, à Jean-Luc, à tous les maires ici présents, et aux agriculteurs et agricultrices, qui sont là, qui viennent de témoigner. Rien ne remplace le témoignage de celles et de ceux qui disent tous les jours ce qu’ils vivent, ce qu’ils subissent, qui le disent souvent d’ailleurs avec beaucoup de pudeur, beaucoup de retenue, même si on sait parfaitement que derrière les mots il y a beaucoup d’angoisse, beaucoup d’inquiétude, beaucoup de souffrance.

Et tout à l’heure nous avons eu le plaisir de partager un moment de convivialité avec un certain nombre de femmes, de femmes retraitées, de femmes actives, de femmes exploitantes, de femmes multi-actives, de femmes engagées aussi dans les métiers de la santé, dans les métiers de la culture, je les vois d’ailleurs, elles sont là toutes présentes. Et puis l’une d’entre elles – Jeanine je crois – disait : en 2007, on entendait un candidat à l’élection présidentielle, celui qui va s’exprimer ce soir, là, sur TF1, (Rires) qui avait dit exactement la phrase suivante : « Mais comment, c’est quand même insupportable de vivre avec un retraite de 400 euros par mois. ». Eh bien aujourd’hui, la situation n’a absolument pas changé à quelques centimes près, et aujourd’hui, le niveau de retraite des agriculteurs, et surtout des femmes d’agriculteurs, est toujours aussi misérable, et moi je dis que ce n’est pas juste, car la politique, c’est d’abord de tenir ses promesses. (Applaudissements, « Bravo ! »)

Ce n’est pas juste, et dans quelques instants, je vais avoir le grand plaisir de passer la parole à Sophie Poux, qui est là, qui nous a rejoints, qui a pris le temps de venir en proximité, une heure et demi de transport quand même pour venir, là. Sophie, je ne sais pas si vous la reconnaissez, sans doute, (« Oui ! » s’exclament certains) elle était là à la précédente émission du président de la République. C’est une femme agricultrice, productrice de lait, en grande situation de surendettement, et nous nous sommes retrouvées lors de la manifestation des femmes d’agriculteurs éleveurs à Poitiers, celles qui tirent la sonnette d’alarme, celles qui dans de nombreuses familles ont subi en effet plusieurs centaines, plusieurs centaines, en quelques années, de suicides d’éleveurs qui sont au bout du rouleau.

Sophie Poux 1

Sophie Poux intervient juste après Ségolène Royal et son franc parler fait rire Béatrice Patrie, Ségolène Royal et Bertrand Guérin ; Germinal Peiro applaudit

Le président de la République lui avait promis d’aller la visiter sur son exploitation, et ce soir il refait une émission. Eh bien Sophie l’attend toujours, dans son exploitation, et elle va vous dire tout à l’heure comment elle vit au quotidien la réalité de ce qu’elle dénonçait déjà il y a un an, et qui depuis un an s’est encore aggravé. Donc je vous demande de l’accueillir, et tout à l’heure nous lui passerons la parole. (Applaudissements)

Je veux dire ici solennellement à quel point le monde agricole, et le monde rural, est une partie essentielle de l’identité de la France, et que je n’accepte pas qu’il soit ainsi méprisé. Je veux aujourd’hui rendre la dignité au milieu rural, aux éleveurs, aux agriculteurs, sans lesquels, et d’ailleurs c’est l’une des femmes qui le disait encore tout à l’heure, sans lesquels la France ne serait pas ce qu’elle est. Nous avons une identité rurale très forte, trois Français sur quatre ont au moins leurs parents, leurs grands-parents, leurs arrière-grands-parents issus du travail de la terre.

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500 agriculteurs et élus locaux assistaient aux discours de la Grange, dont celui de Ségolène Royal (Désirs d'avenir)

Et jusqu’à présent il y avait une promotion sociale d’une génération à l’autre, aujourd’hui on voit ô combien c’est difficile, pour les jeunes même, de s’installer dans une profession pourtant qu’ils aiment, et qu’ils ont parfois partagée avec leurs parents, à quel point c’est difficile aujourd’hui, de plus en plus difficile, pour les éleveurs, pour les agriculteurs petits ou moyens, même d’imaginer, d’envoyer lorsqu’ils ont plusieurs enfants, d’envoyer leurs enfants faire des études supérieures. On avait encore un échange tout à l’heure, en montrant à quel point c’était plus facile paradoxalement dans les années 60-70, de pousser en avant ces enfants, soit dans des perspectives d’installation dans le métier d’agriculteur, soit dans la diversification professionnelle, parce qu’on pouvait alors espérer des temps meilleurs pour la génération qui se levait, la génération qui venait.

Et aujourd’hui si les Français sont si inquiets, c’est parce qu’ils sentent qu’il y a une dégradation, qu’on est tous collectivement tirés vers le bas, sauf pour quelques uns, qui continuent à s’enrichir. Et comment ne pas dénoncer, encore, aujourd’hui nous apprenons aujourd’hui, alors que le prix du lait n’a toujours pas augmenté, et que les producteurs sont toujours en aussi grande difficulté, qu’il y a eu une offre de rachat pour l’entreprise Yoplait, vous voyez l’entreprise Yoplait, celle qui transforme le lait, 1,6 milliards d’euros d’offre de rachat de l’entreprise.

Alors ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il y a des solutions, c’est ça aussi que je veux vous dire aujourd’hui nous n’avons aucune raison de baisser les bras, nous devons remettre le milieu rural et le métier d’agriculteur au cœur des préoccupations du modèle français, parce que nous ne pouvons pas accepter non seulement la dégradation de toute une profession, de ses conditions de vie, de ses conditions de travail, nous ne pouvons pas accepter la misère des retraités qui ont donné toute leur vie, et l’une des femmes témoignait tout à l’heure que son père, qui était à la fois agriculteur le jour, ouvrier la nuit, c’est vous Madame je crois, qui avez apporté ce témoignage, Josiane, et qui disait que son père était décédé à l’âge de 60 ans, épuisé, c’est-à-dire qu’il n’avait même pas pu profiter d’une année de ses cotisations retraite ! Est-ce que c’est juste, cette situation-là ? Non, ça n’est pas juste. Eh bien c’est le travail de tous ceux là, ces hommes et ces femmes, qui a fait ce que la France est aujourd’hui.

Ségo 1

De gauche à droite : Jean-Luc Patrie, Germinal Peiro, Ségolène Royal, Christine Dolivet, Bertrand Guérin, Dominique Rousseau et Béatrice Patrie

Et comme le disaient Germinal et Béatrice tout à l’heure, bien évidemment qu’il y a des solutions, j’en suis convaincue. La première, on vient de le voir, c’est de faire en sorte qu’enfin, et ça a été combien de fois promis, c’est que la transparence des profits, des bénéfices, de la valeur ajoutée soit rendue publique sur toute la chaîne de production. Pourquoi est-ce que les transformateurs, les industriels, gagneraient autant d’argent ? Pourquoi est-ce que la grande distribution gagnerait autant d’argent, alors qu’eux, les agriculteurs et les éleveurs, de leur côté, voient leur pouvoir d’achat diminuer ? Il n’y a pas de solution ? Mais si, il y a des solutions, et l’engagement que je prends, c’est qu’enfin nous ferons la transparence sur toute la chaîne de production, pour savoir où vont les profits, où est la valeur ajoutée, pour qu’il y ait une juste répartition de la valeur ajoutée, de la production à la transformation vers la commercialisation.

La deuxième proposition, on le sait : en 2013 il y aura une réforme de la Politique agricole commune. Nous avons donc un rendez-vous politique majeur à ce moment-là, c’est maintenant que nous devons le préparer. Et il est bien évident qu’il y a quand même un paradoxe à voir les agriculteurs s’appauvrir, notamment les éleveurs, d’un côté, et de l’autre, voir de plus en plus de millions d’hommes et de femmes à l’échelle de la planète qui meurent de faim, et que ce problème est en train de s’accentuer, de s’accélérer, à cause de la spéculation sur les matières premières agricoles. Est-ce qu’il n’y a pas de solutions pour régler ce problème ? Mais bien évidemment qu’il y a des solutions pour régler ce problème.

Quelles solutions ? Eh bien, qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Pourquoi il y a une spéculation sur les matières premières agricoles ? Parce qu’avant les fonds de pension et les banques plaçaient leur argent, leurs liquidités, dans le rachat des dettes, il fallait le faire déjà, c’est ce qui a expliqué d’ailleurs la crise financière insupportable : les dettes aux Etats-Unis d’Amérique, les salaires trop bas, donc l’endettement des ménages, la spéculation sur ces dettes, et puis tout d’un coup le système s’effondre, et ceux-là mêmes qui ont fait effondrer le système étaient ceux-là-mêmes qui rachetaient les dettes aux Etats et qui demandaient en contrepartie des politiques de rigueur alors qu’ils se sont enrichis sur ce système d’endettement des familles et des Etats.

Et aujourd’hui ce n’est plus rentable, et donc les masses financières se déplacent sur ce qui devient rentable. Et donc il y a une spéculation insupportable, sur le prix du blé par exemple, avec un impact y compris sur la rentabilité de nos exploitations agricoles. Mais c’est très simple, la solution. Là aussi on nous a promis, souvenez vous, dans le G20, qui devait réglementer le système bancaire, qui devait moraliser le capitalisme financier. On nous a raconté qu’on allait maintenant mettre des règles – enfin ! – au système bancaire, pour séparer les activités de prêts aux entreprises, c’est le rôle des banques, des activités spéculatives, qui elles ne devaient pas être renflouées par le contribuable.

Mais c’est très simple, au niveau des banques centrales, au niveau des Etats, au niveau du G20, au niveau du FMI, il faudrait décider tout simplement que les banques et les fonds de pension n’aient pas le droit d’investir sur les matières premières agricoles. Et ça ce sont des solutions qui ont été proposées par exemple par Barack Obama aux Etats-Unis d’Amérique, par Lula au Brésil, ce sont des solutions qui ont été revendiquées par les pays émergents et qui tardent à être mises en place, parce que le rapport de force au profit des puissances financières est encore si fort, que les pouvoirs politiques quand ils sont trop faibles n’arrivent pas à imposer un certain nombrent de règles.

Ségo 4 profil

Alors il faudra, dans la perspective de la réforme de la Politique agricole commune, impérativement mettre en place une réforme des comportements bancaires pour qu’on puisse mettre en avant la priorité pour l’agriculture mondiale, de nourrir des hommes et des femmes, c’est quand même l’objectif premier d’une humanité, c’est quand même de faire en sorte que ce qui se produit sur le sol de la planète Terre puisse commencer par atteindre la lutte contre la famine. Et de ce point de vue, en effet, il y a une revendication légitime à ce que l’Europe se protège à ses frontières pour sa production agricole. Il n’y a aucune raison que les pays qui ne respectent ni les normes sociales, ni les normes environnementales, nous fassent une concurrence déloyale. Alors c’est un sujet tabou. On nous dit non, que c’est impossible, de mettre de la protection aux frontières.

Mais si, et cela va de pair d’ailleurs, et c’est la troisième proposition, le troisième grand pilier de la réforme qu’il faudra faire, cela va de pair avec la mise en place des circuits courts. Mais les circuits courts, ça s’applique y compris au niveau extrêmement local, que ce soient les producteurs locaux qui fournissent à la restauration aux domiciles, aux écoles, aux maisons de retraite, aux collèges, aux lycées, en flux direct.

Alors on nous dit parfois, je le sais parce qu’on me le dit à moi en tant que présidente de la Région Poitou-Charentes, grande région agricole, dans laquelle nous mettons en place des circuits courts, au départ on m’a dit : mais non, parce qu’il y a des appels d’offres, c’est impossible. J’ai dit : mettez dans le cahier des charges des appels d’offres le bilan carbone. Si on met dans les appels d’offres le bilan carbone, on va pouvoir favoriser dans les appels d’offres la production agricole qui subit le moins de déplacements sur les routes, sur les camions, etc.

On ne peut pas d’un côté faire des grands discours sur la croissance verte, et de l’autre ne pas intégrer les normes environnementales, y compris dans la réglementation administrative. Et donc nous avons réussi à mettre en place des circuits courts en valorisant le fait que les productions de proximité ayant besoin de moins de transport, donc polluant moins, puisqu’il n’y a pas besoin de les mettre sur des camions, et donc dès lors on était en droit de choisir en toute légalité la production de proximité. Mais c’est la même chose pour la … (Applaudissements)

[Ségolène Royal, surprise par les applaudissements, mais souriante] Vous êtes concentrés ! C’est pour ça.

Ségo 3 applaud

Et donc c’est vrai qu’une des perspectives, et un des enjeux, parce que moi je crois à l’avenir du monde rural, je pense qu’il y a, avec l’exigence environnementale, l’excellence environnementale et la croissance verte, une nouvelle opportunité extraordinaire d’avancer et de rendre à nouveau rentables, en sortant des vrais salaires, sur les petites et moyennes exploitations, en permettant aux jeunes aussi de s’installer et de continuer à penser qu’ils pourront eux aussi être des agriculteurs et des éleveurs.

Et je voudrais rendre hommage de ce point de vue aux frères Guérin, dans l’entreprise dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, parce que justement ils démontrent, par leur action, par leur courage, par leur détermination, par leur esprit visionnaire, de ce qu’on a vu tout à l’heure, la méthanisation, avec la récupération des effluents du troupeau transformés en énergie, et cette énergie qui va même aller chauffer les habitations d’à côté.

 


envoyé par Ledemocrate

 


Donc vous voyez qu’il y a des perspectives porteuses dans le domaine agricole pour peu que l’on mette en place des règles fiscales, des règles de soutien, des règles environnementales qui vont permettre aux agriculteurs et aux agricultrices de s’engager, de prendre des risques, mais de prendre des risques sécurisés, parce qu’il y aura un Etat qui les accompagnera, qui va recibler les aides sur ces perspectives environnementales, qui va encourager l’agriculture biologique ou l’agriculture de terroir, qui va permettre de supprimer les pesticides et qui va permettre une compensation.

Et donc il y a une logique de développement agricole positive qui est devant nous, et je suis convaincue que nous pouvons remonter cette pente descendante que nous subissons aujourd’hui de façon aussi injuste. Je suis convaincue que l’ensemble des projets, liés en plus à la pluriactivité, qui marient harmonieusement et l’agriculture, et les productions de qualité, et le tourisme rural, et la qualité de vie, est possible si d’un autre côté l’Etat ne détricote pas l’ensemble des services publics.

Car tout se tient. Si demain nous arrivons à remonter la pense de la revitalisation de nos campagnes, il ne faudra pas que l’ensemble des services publics ait disparu. On le sait aujourd’hui, l’Ecole de la République est dramatiquement saignée par des suppressions de postes qui sont inadmissibles.

C’est d’ailleurs demain une journée nationale de mobilisation pour notre école, et nous devons tous être mobilisés, partout où il y a des disparitions de services publics, et ça ce n’est pas acceptable, parce que d’une certaine façon, c’est aussi une façon de diminuer le pouvoir d’achat des habitants en milieu rural, lorsque l’infirmière de tout à l’heure témoignait de la difficulté de faire son métier, lorsque tout à l’heure les femmes que je rencontrais me disait qu’elles ont du mal à trouver maintenant des médecins en milieu rural, même en construisant une maison de santé rurale de proximité, lorsqu’il y a de grandes angoisses sur la réforme de la dépendance : comment va-t-elle être financée ? De quelle façon ? Comment est-ce que les anciens vont accéder aux services de santé ? Comment le maintien à domicile va pouvoir être encouragé ?

Christine Dolivet infir

Christine Dolivet, infirmière en milieu rural, fait part de son expérience au micro

Ce sont à la fois des défis très importants à relever, mais si on s’y prend intelligemment, c’est aussi un potentiel de création d’emplois d’accompagnement, de soin à domicile, de toute l’évolution qui va permettre d’accompagner le grand âge de façon qualitative. Pourquoi est-ce que tous ces problèmes-là ne sont vus souvent que comme des problèmes budgétaires, comptables ?

Mais non, d’un autre côté, il y a aussi toujours un volet positif aux problèmes de société qui surgissent. Et c’est pourquoi moi je suis convaincue, et je l’ai toujours constaté, que dans le milieu rural, on comprend souvent bien avant tout le monde les différents enjeux. Par exemple les agriculteurs ont compris bien avant les autres professions, ou le reste de l’opinion publique, les enjeux de la mondialisation, parce qu’ils l’ont souvent subi dans leur métier bien avant tout le monde. Combien de fois ont-ils tiré la sonnette d’alarme par rapport à la compétitivité mondiale, par rapport à la difficulté qu’ils voyaient se profiler à l’horizon ? Ils n’ont pas été écoutés.

Eh bien je crois, aujourd’hui, que c’est la même chose. Dans le milieu rural, il y a une créativité et une innovation extraordinaires, et moi je suis convaincue que dans le nouveau modèle de civilisation que nous avons à construire, nous devons continuer à apprendre du travail de la terre dont nous venons tous, moi je suis tombée dedans toute petite, puisque j’ai vécu jusqu’à l’âge de 18 ans dans un village de 400 habitants, et je vois que finalement les choses n’ont pas beaucoup changé, avec le collège au chef-lieu de canton, le pensionnat au chef-lieu de région, etc.

Aujourd’hui je suis présidente d’une région très rurale, et ai débuté du département des Deux-Sèvres, le premier département producteur de chèvre, où j’ai été élue députée pendant 20 ans. Eh bien je vois aujourd’hui, comme ici, beaucoup de créativité, beaucoup de volonté, une énergie farouche de ne pas s’en laisser compter, et de faire en sorte qu’on ne puisse plus porter atteinte à la dignité du monde rural. Je ne veux pas que le monde rural soit oublié, et c’est pourquoi je suis contente d’être ici pour donne ma voix à ceux qui n’ont plus de voix, qui subissent, et qui veulent se faire entendre, qui ont entendu tant de promesses, et qui attendent toujours la réalisation de ces promesses.

Or il est évident que la France s’appuie sur une vitalité rurale importante, je le disais tout à l’heure, c’est une part essentielle de notre identité. On n’a pas le droit d’opposer les villes et les campagnes. Les villes se nourrissent de la culture des campagnes, la culture dans tous les sens du mot, la culture de la terre, mais aussi la culture des saisons, que parfois les enfants ne comprennent plus, ne voient plus, on leur fait manger des fruits d’hiver qui sont produits en été. Il faut retrouver le sens aussi des saisons, du temps, du temps lent aussi, des solidarités de voisinage, de la transmission des valeurs, des solidarités familiales.

On a encore plein de choses à apprendre de l’identité rurale, je ne veux pas que cette culture-là disparaisse. Je veux que l’on rende au milieu rural sa dignité. Je veux que le milieu rural soit encouragé. Je veux dire ici que la créativité, l’innovation, la productivité, dans ces nouvelles méthodes de culture, dans tout ce travail qui est fait autour des énergies renouvelables, dans l’exigence du bien manger, de la qualité, et je sais à quel point aujourd’hui c’est difficile pour les agriculteurs de s’engager sur une agriculture non polluante, ils ont tellement été formatés pour ça, on les a tellement poussés parfois aussi sur l’endettement, sur la mécanisation à outrance, sur les produits chimiques à outrance, et on commence seulement à parler, je ne sais pas si vous avez vu ce film, c’est « Nos enfants nous le reprocheront » [« Nos enfants nous accuseront », de Jean-Paul Jaud, NdlR], on commence seulement à parler des problèmes de cancer qu’ont provoqué les substances chimiques sur les agriculteurs eux-mêmes. Pendant longtemps ça a été tu, c’était un tabou, on commence seulement à en parler aujourd’hui mais oui, il faut en parler, parce qu’il y a une exigence de santé, non seulement pour les professionnels, pour les agriculteurs, mais une exigence de santé aussi pour les consommateurs.

Ségo 2 j ensoleillée

Mais ça aussi, ça va être producteur d’activité, d’emplois, de développement économique, puisque dès qu’il faut bouger, dès qu’il faut changer, dès qu’il faut produire autrement, mais on produit aussi de la valeur ajoutée, des entreprises nouvelles, des circuits courts qui sont très directement liés à la qualité alimentaire, la valorisation de nos produits, à un moment où on développe aussi l’activité touristique, et donc c’est un fleuron aussi, de notre production française.

C’est pourquoi moi j’ai confiance. Et puis à vous voir aussi nombreux rassemblés je sais que dans le milieu rural, on a compris qu’il fallait se serrer les coudes pour ne pas laisser le territoire se déliter, pour ne pas laisser tout aller à vau-l’eau, et moi je voudrais rendre hommage aux élus locaux de terrain, aux maires, ‘petits maires’ on disait tout à l’heure, mais ‘petit’ c’est un compliment, ‘petit’ ça veut dire aussi en proximité, ces petites communes, ces communautés de communes, ces conseillers généraux, ces parlementaires qui sont là en première ligne, qui se battent.

Et c’est vrai, honnêtement, sans le filet de sécurité des élus locaux qui bien souvent se substitue à l’Etat qui se désengage, mais il y aurait des territoires qui seraient totalement sinistrés aujourd’hui, on le voit bien, partout, sur les aides sociales, sur l’accompagnement, sur l’aide aux petites et moyennes entreprises, on le voit partout. Donc c’est ce réseau rural de proximité aussi qui permet de tenir bon, même si ça fait quand même 4 ans qu’on subit ! Et c’est dur. Et c’est le pouvoir d’achat qui est le problème central aujourd’hui, alors on fait diversion, sur tout le reste, sur la sécurité, sur tout ça, mais la sécurité première, c’est d’avoir un revenu décent, un salaire décent (Applaudissements nourris). La valeur travail première, c’est un travail qui paye correctement quand on a travaillé dur toute une journée pour pouvoir élever ses enfants, pour pouvoir les projeter vers l’avenir, pour pouvoir leur donner envie à leur tour de bien travailler parce qu’ils savent qu’au bout de l’effort il y aura un salaire décent. C’est ça, la sécurité au quotidien, c’est ça, ce que la politique doit essentiellement apporter aux hommes et aux femmes de notre pays. Et moi je sens votre énergie, votre volonté, votre présence ici, qui est déjà un signe très encourageant, parce que vous ne voulez pas subir, vous voulez par votre présence dire qu’un autre modèle de société est possible, qu’un autre chemin est possible. Eh bien je vous en fait la promesse, ce nouveau chemin nous allons le prendre ensemble, et c’est ensemble que nous définirons les nouvelles règles, justement, les nouvelles règles du ‘vivre ensemble’, et de faire en sorte que la France se relève et soit fière de son agriculture ! (Applaudissements nourris, « Bravo ! »)

On peut d’ailleurs échanger, hein, quelques questions, réponses, discuter entre nous, mais comme je vous l’ai promis, et je la remercie une nouvelle fois d’être là, je vais passer la parole à Sophie Poux, pour qu’elle nous livre, elle est un peu émue mais ça va bien se passer, voilà, et vous savez, moi je trouve que c’est très important, comme les témoignages que nous avons eus tout à l’heure, de donner la parole à celles et ceux qui représentent ce pour quoi moi je m’engage en politique, pour que la parole politique soit une parole de vérité. Il y a eu tellement de promesses, à droite et parfois à gauche aussi, que les gens ne croient plus dans les promesses politiques et ça, c’est grave. Et la politique c’est d’abord tenir parole. (Applaudissements)

Et pour tenir parole, il faut savoir au nom de qui l’on parle, et pour qui l’on parle : pas pour soi, parce que où irait-on chercher l’énergie qui continue à nous faire avancer ? Pourquoi je serais ici parmi vous, avec le bonheur que vous me donnez de vous parler et d’échanger, comme nous l’avons fait tout à l’heure, d’échanger là par vos regards, par vos paroles, par ce contact ? Où irait-on chercher cette énergie si ce n’est dans les hommes et les femmes qui nous disent : « Aidez nous, il y a d’autres solutions, vous êtes là pour les trouver avec nous, et surtout vous êtes là pour les mettre en application. ». Voilà ce que c’est que la politique ! (Applaudissements) Sophie.

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Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité
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commentaires

Monie 15/02/2011 15:12



Pourquoi je vois si peu de commentaires ici ? Moi, à lire ce compte-rendu et le discours de Ségolène Royal à la ferme Guérin en Dordogne,  je ne peux m'empêcher de dire mon
enthousiasme. Je n'y étais pas, mais je vibre, comme si j'y étais. Et ce reportage sur la méthanisation est tout à fait passionnant. Un grand merci à Frédéric et à toute l'équipe de MEAG qui nous
redonnent un fabuleux espoir ! Merci de penser à nous, qui avons tellement faim d'informations sur notre leader.



mirjossbom 14/02/2011 16:09



Mais bien sûr, toute cette actualité, intense, de Ségolène Royal est largement et consciencieusement ignorée des médias MAIS qu'importe... elle tisse sa
toile, notre toile, et ceux qui la rencontrent savent et sauront que cette femme là, non seulement a des choses à dire mais a des choses à faire... laissons les palabres aller leur train et
soutenons celle qui sait aller vers la France et les français pour leur proposer un autre avenir et une autre france!


Bravo Madame!



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