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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 21:41

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Ségolène Royal, invitée par le maire PS de la ville, François Lemaire, à Bully-les-Mines jeudi 20 janvier, a passé la journée avec les habitants, allant déposer une gerbe avec François Lemaire à la mémoire des mineurs tombés lors de la Première Guerre mondiale, rencontrant les représentants du milieux associatif et les habitants, rendant visite aux militants de Désirs d’avenir, accordant quelques phrases à la presse. Le soir, à 18h30, à l’occasion de la Cérémonie des Vœux à la population du maire, François Lemaire, Ségolène Royal est intervenue à la tribune pendant une demi-heure devant une salle comble, où les Bullygeois étaient très présents, mais où des élus du Pas-de-Calais, cités par Ségolène Royal dans son discours, étaient également là, ainsi que de nombreux militants de Désirs d’avenir. Au total, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées dans la salle, un millier selon des personnes présentes dans la salle.

Le discours de Ségolène Royal, enrichi par le contact avec les Bullygeois et le milieu associatif local, abondamment cités, mettait en exergue l’humanité, la solidarité, le courage et la résistance des Bullygeois, confrontés au monde rude du bassin minier, avec la dureté du travail à la mine hier, et l’adversité de la vie économique actuelle, avec le chômage, le surendettement, ou encore la retraite à taux plein ou l’emploi à temps complet qui ne permet pas de vivre décemment.

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Face à cette situation où le découragement peut faire douter de l’action politique et attirer les Français vers les solutions simplistes du Front National, que Ségolène Royal n’a pas cité, la candidate aux primaires organisées par le PS a appelé à résister en 2011, quitte à ‘désobéir’ comme certains enseignants le font actuellement, pour attendre 2012 où elle veut redonner au peuple le pouvoir qui est le sien, et reconstruire tout ce qui a été pris ou détruit par la droite, « en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique ». On sentait le ‘souffle’ mitterrandien animer le discours, celui dont François Mitterrand disait : « on gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement ». Soudain, Ségolène Royal n’était plus uniquement la candidate aux primaires organisée par le PS s’adressant au peuple de gauche, mais au-delà, la candidate à l’élection présidentielle de 2012, qui s’adressait à tous les Français.

Se défendant de vouloir « égrener un programme », Ségolène Royal a tout de même rappelé les points déjà évoqués et travaillés par elle, notamment lors de ses luttes depuis plusieurs mois et lors des premières étapes de son ‘tour de France’ : le droit de partir à la retraite pour « ceux qui ont travaillé dur », « un pacte de confiance » avec les jeunes, l’interdiction des « licenciements boursiers », le remboursement des « aides publiques par les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font du profit », « la Sécurité sociale professionnelle », la création d’ « une Banque publique d’investissement pour les petites et moyennes entreprises », « l’égalité des chances » rendue possible par le fait que les socialistes rendront « à l’éducation ses moyens », la fin des « tarifications bancaires abusives », « une plus juste répartition des richesses, seule condition du redressement du pays et du retour de la confiance » et enfin « l’obligation d’intervenir pour faire respecter les droits et les devoirs de chacun » donnée « à l’Etat, en partenariat avec les régions, les départements et les villes ».

En bref, il s ‘agira de revenir « aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Frédérick Moulin

 


envoyé par segolene-royal

 


Transcription du discours de Ségolène Royal réalisée par MEAGSR/F.M.

 

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Merci de m’avoir invitée à vous rejoindre aujourd’hui, à Bully-les-Mines. Merci à toi, François, maire de cette commune et fidèle soutien, de m’avoir conviée avec ton conseil municipal à partager ce moment avec vous, de ton accueil si chaleureux, qui me permet de joindre mes vœux aux tiens, à toute la population de Bully. Oh ce n’est pas la première fois que je viens dans le Pas-de-Calais. Je me souviens de l’hospitalité d’Albert Facon, d’Odette Duriez, de Léon Fatous à Arras, de Jean-Pierre Kucheida, à Liévin, de Dominique Dupilet, de Catherine Génisson, et de bien d’autres, dont je salue la présence pour la plupart. Et à vous aussi, toute la population à travers cette salle, salut à vous et bonne année, habitants et habitantes de Bully-les-Mines (Applaudissements)

Je dois vous dire que l’on sent tout de suite le cœur d’une ville en s’y promenant comme nous le faisons depuis ce matin, au milieu des gens que l’on rencontre, ceux que l’on écoute, ceux auxquels on parle, et je viens ici pour partager avec vous un moment à la fois solennel et chaleureux. Mais je profite de chaque occasion qui m’est offerte pour regarder et connaître mieux notre pays composé de multitudes d’histoires locales particulières, qui toutes ensemble font l’histoire de la France.

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Ségolène Royal : "Ici de tout temps, la vie a été dure, et c’est pour cela qu’on a appris à s’entraider."

Je vois d’ailleurs dans cette salle une population de travail, d’engagements, de solidarités, tout ce qui a marqué d’une empreinte très forte cette région minière où l’on a appris à faire face aux difficultés avec courage et à en triompher pour bâtir la société la plus accueillante possible. Eh bien cette leçon que vous nous donnez vaut pour les temps présents. Ici de tout temps, la vie a été dure, et c’est pour cela qu’on a appris à s’entraider. Ce n’est pas un hasard qu’ici, dans cette région minière, se soit imposée l’idée fondamentale d’une fraternité humaine, qui doit unir tous les membres d’une même famille, qu’elle soit locale ou nationale. Ce n’est pas un hasard non plus si c’est ici, dans cette région ouvrière, que s’enracine l’histoire du socialisme.

Et en vous regardant tous, aujourd’hui, en vous écoutant, en partageant depuis ce matin ces moments avec vous, j’ai encore mieux compris ce que je cherche à dire pour vous, et pourquoi ce qui m’importe c’est de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas ou à ceux qui ne l’ont plus.

Laissez moi vous dire ce que j’ai vu ici et entendu, comme dans d’autres coins de France, et qui est à la fois un bonheur, une merveille, mais aussi la perception de situations qui ne sont pas acceptables et que l’action politique doit changer. Le bonheur, la merveille, ce sont les trésors d’humanité que nous avons rencontrés ce matin au cœur des hommes et des femmes, qui sont là d’ailleurs sans doute ce soir, et qui s’engagent au service des autres. Quel bonheur de rencontrer ce matin, à l’association Le Cheval Bleu, le docteur Jacques Louvrier et toute son équipe qui font un travail remarquable pour les personnes en situation de solitude extrême ou de fragilité mentale ! La densité humaine de leur action restera pour moi une empreinte inoubliable par l’attention portée à la prévention par exemple des violences familiales, l’intervention à domicile chez celles et ceux dont on n’entend plus parler, ce mécanisme si particulier qu’il empêche maintenant les mains courantes et que l’on intervient avant, dès le premier geste de violence dans la famille pour que celui-ci ne s’aggrave pas et ne devienne irrémédiable.

Et puis la solitude, et la solidarité, l’un ne va pas sans l’autre puisque c’est la seconde qui lutte contre la première, nous l’avons vue aussi par exemple avec Monique, qui préside l’association qui aide les mamans avec leur bébé et leurs jeunes enfants. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Je n’oublierai pas les poèmes de Jean, si poignants de tendresse et de tristesse, comme il l’écrit en racontant ses souvenirs de mineur. Leurs histoires disent aussi l’espérance d’une société différente, que nous pouvons construire, en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique."

Et puis nous sommes passés des plus jeunes aux anciens avec la visite du foyer. Je n’oublierai pas les mots de Charles, ancien mineur, qui continue pourtant à donner aux autres, par le bénévolat associatif, les poèmes de Jean, si poignants de tendresse et de tristesse, comme il l’écrit en racontant ses souvenirs de mineur. Leurs histoires à elles seules disent l’histoire d’ici bien sûr, du bassin minier, mais elles disent aussi l’espérance d’une société différente, que nous pouvons construire, en mettant la dignité de la personne au cœur de toutes les décisions, et le peuple dans sa dignité au centre de l’action politique. (Applaudissements)

Oui, des trésors d’humanité, il y en a chez les Français, et chez ces hommes et ces femmes qui se dévouent. Mais leur action révèle en même temps des situations inacceptables. C’est en leur donnant la parole, aux sans-voix, que je la donne, et que je n’aurai de cesse de la donner, car je n’accepte pas qu’aujourd’hui des millions de Français subissent des situations de plus en plus dures. Alors donnons leur la parole, à ces hommes et ces femmes qui se battent dans le réseau associatif, ici, à Bully-les-Mines.

C’est Josette qui ce matin nous disait, au nom du Secours ouvrier social, que les Restaurants du Cœur reçoivent de plus en plus de personnes seules en retraite, qui ont travaillé toute leur vie, disait-elle, et qui n’y arrivent plus, après avoir payé les charges. Elles ne peuvent plus, disait-elle, ni manger, ni s’habiller. On a travaillé toute une vie et on n’a même plus les moyens de se payer une place de cinéma.

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Ségolène Royal : "Des personnes seules en retraite ne peuvent plus, disait Josette, ni manger, ni s’habiller. On a travaillé toute une vie et on n’a même plus les moyens de se payer une place de cinéma."

C’est Yvonne, du Secours catholique, qui ce matin nous disait qu’elle voyait de plus en plus de jeunes ménages en situation de surendettement. On en parle depuis des années du surendettement, et des tarifications bancaires, et rien n’est fait. Les frais bancaires. Les pénalités de retard : elle nous citait le cas de Veolia, eh bien pourquoi pas la citer, Veolia, qui prend 12 euros, même pour 3 semaines de retard, et puis au bout du compte les gens n’ont plus rien pour vivre, disait-elle. C’est Yvonne qui disait cela.

Et puis il y a Denis, de l’association Solidarité en bloc, association aussi qui voit augmenter les parcours des personnes surendettées et les impayés de loyer avant les expulsions, à cause du système des cartes à la consommation.

Et le Centre communal d’action sociale, qui soulignait qu’il y a de plus en plus de familles qui malgré un salaire, ont de plus en plus de mal à vivre.

Malgré un salaire, c’est-à-dire que la valeur travail n’est-elle pas bafouée, n’est-elle pas piétinée quand malgré un salaire et malgré une retraite, on n’arrive plus à manger, et on n’arrive plus à s’habiller ? Eh bien ça dans la France d’aujourd’hui ce n’est pas acceptable, et c’est le cœur du combat politique que nous allons conduire, et c’est pour ça que nous devons gagner en 2012 ! (Applaudissements, « Bravo ! », acclamations)

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Ségolène Royal : "La valeur travail n’est-elle pas bafouée, n’est-elle pas piétinée quand malgré un salaire et malgré une retraite, on n’arrive plus à manger, et on n’arrive plus à s’habiller ? Dans la France d’aujourd’hui ce n’est pas acceptable, c’est le cœur du combat politique que nous allons conduire, et c’est pour ça que nous devons gagner en 2012 !"

Oui, ce qui n’est pas acceptable, c’est cette marginalisation des ouvriers et des classes populaires, non seulement privés de leur travail, privés d’un juste salaire, mais privés aussi d’un droit de parole et privés du pouvoir démocratique ! Aujourd’hui, jamais la légitimité du peuple français, des ouvriers des usines, des ouvriers de la terre que sont les petits agriculteurs, des ouvrières du tertiaire, des petits retraités et du monde ouvrier et employé, mais aussi des classes moyennes qui se sentent déclassées, des petits chefs d’entreprise qui sont au bout du rouleau parce qu’il ne trouvent pas de crédit bancaire, oui, jamais le peuple n’a été autant ignoré, méprisé, abandonné. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Jamais le peuple n’a été autant ignoré, méprisé, abandonné."

Et c’est pourquoi, en attendant les changements plus que jamais nécessaires, je suis touchée de voir ici, illustré par vos traditions et votre action quotidienne, les deux valeurs sur lesquelles nous devons refonder notre République : la solidarité, et la résistance. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Les deux valeurs sur lesquelles nous devons refonder notre République : la solidarité, et la résistance."

Quel plus bel exemple d’ailleurs de solidarité et de résistance, cher François, que l’action de la commune que tu diriges, avec le soin apporté à la proximité et au dialogue dans les conseils de quartier, les priorités municipales autour du logement, de la petite enfance, des adolescents, de la culture, de la solidarité entre générations et du beau chantier de la rénovation urbaine des cités minières.

Alors je le dis à toutes les communes, les départements et les régions à travers tout le pays, tenons bons sur ces actions de proximité, car avec un Etat défaillant, si nous n’étions pas là, nous, élus de gauche, dans toutes ces collectivités locales pour maintenir ce tissu social, ces réseaux de solidarité, ces actions de proximité, mais la France serait encore dans un état beaucoup plus dramatique. Alors tenons bon sur cette solidarité, sur ces actions de terrain, en attendant le changement de 2012, car chez nous, dans notre histoire de France, il y a un lien étroit entre l’espérance individuelle et l’espérance collective ! (« Bravo ! », applaudissements, acclamations)

Ce que je vous propose, et c’est vous, qui me donnez, qui me redonnez même, le goût de ces mots-là aujourd’hui : je vous propose qu’en 2012 nous redonnions au peuple français le pouvoir qui est le sien. (« Bravo ! », applaudissements)

C’est une question de dignité, de respect, la dignité ce n’est pas seulement le contraire du mépris, avec lequel le pouvoir traite aujourd’hui les Français. Ce n’est pas seulement le contraire de la brutalité, dont toutes leurs décisions porte la marque. La dignité, c’est cette valeur propre à toute personne humaine qui fait qu’elle est considérée comme une fin et non comme un moyen, comme une personne et non comme un objet. (Acclamations, applaudissements)

Et c’est d’ailleurs quand ils doutent de la France que les Français s’effrayent du monde et se méfient les uns des autres. C’est quand ils n’ont plus confiance en elle qu’ils perdent confiance en eux-mêmes. C’est quand ils voient tant d’injustices qu’ils se replient sur eux-mêmes. Et cela nous ne l’acceptons pas car la France mérite mieux que d’être soumise aux marchés financiers, aux agences de notation et aux complicités entre le pouvoir qui nous dirige et le pouvoir de l’argent. (« Bravo ! », applaudissements)

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Ségolène Royal : "Je suis venue vous dire avec les mots que vous me donnez, que le peuple français n’est pas condamné à subir, et qu’en 2012 nous redonnerons au peuple français le pouvoir de décider."

Et je suis venue vous dire, dans ce bassin minier où l’on sait ce que signifie travailler dur, souffrir, et lutter, je suis venue vous dire avec les mots que vous me donnez, que le peuple français n’est pas condamné à subir, et qu’en 2012 nous redonnerons au peuple français le pouvoir de décider. (« Bravo ! », applaudissements)

Je suis sûre que les français peuvent espérer écrire eux-mêmes leur histoire, que nous pouvons reconquérir la maîtrise de nos choix, en ouvrant un nouveau chemin, une voie nouvelle qui soit une alternative réelle au système prédateur et cupide dont nous constatons tous les jours les dégâts et les gâchis, si cupide, ce système, qu’il a inventé le médicament qui tue ! Voilà ce que nous ne pouvons pas accepter ! (« Bravo ! », applaudissements)

Je suis venue vous dire que les socialistes sont décidés à y consacrer, avec les Français, toute leur énergie, toute leur détermination, toute leur expérience, pour ouvrir ce nouveau chemin. Oui, il faut inventer des réponses à la désindustrialisation et aux délocalisations. Oui, des solutions existent pour que les salaires et les retraites permettent de vivre correctement tout en tenant compte des contraintes de compétitivité des entreprises. Oui, des solutions existent pour que l’Etat et les services publics assument pleinement leurs missions, à commencer par l’Education nationale, fragilisée, appauvrie, alors que pour une large part l’avenir du pays et des jeunes générations en dépendent.

Je n’ignore pas la rudesse de ce combat. Nous savons la puissance des intérêts financiers qui ont depuis 3 ans engrangé tant de cadeaux, qui se croient tout permis, et entendent bien demain se permettre plus encore.

Mais Bully-les-Mines nous donne aussi l’exemple du courage de ce combat. Du courage, ici, à Bully et dans tout le bassin minier du Pas-de-Calais, on n’en a pas manqué. Du courage, il en fallait pour descendre au fond, braver les coups de grisou, sans, pendant longtemps, les moindres mesures de sécurité. Il en fallait du courage pour retourner à la mine après ces catastrophes meurtrières qui scandent votre histoire, dont l’une des plus anciennes, même si ça n’est pas la plus meurtrière, celle de Bully-les-Mines, en 1869, où périrent des enfants de 9, 10, 11 ans, des adolescents, garçons et filles, car la loi interdisant d’envoyer les enfants au fond n’était pas respectée.

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Liste des mineurs victimes de la catastrophe meurtrière de 1869 à Bully-les-Mines ; le plus jeune avait 9 ans, et les filles, "journalières", n'étaient pas absentes

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Acte de décès d'Henri Marche, le benjamin : "Marche, Henri, Louis, Joseph, âgé de 9 ans, célibataire", précise l'acte

On sait ce que notre pays doit au travail et au combat des mineurs. On  vous doit notre industrialisation, notre puissance économique, et on vous doit nos premiers droits sociaux : les premières caisses de retraite, la journée de 8 heures, le principe de quelques jours de congés payés annuels. Rien, d’ailleurs, ne fut jamais octroyé par le paternalisme patronal, tout dut être arraché par les salariés. Les mineurs d’ici ont été les artisans de nos progrès sociaux. (Applaudissements)

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Ségolène Royal : "Il s’agit toujours du respect de la valeur travail, qui suppose le respect de celles et deux qui l’accomplissent, et ce respect exige une plus juste répartition des profits et des richesses, c’est le combat central de la gauche et des républicains."

Nous avons à leur égard une dette dont la France doit aujourd’hui garder la mémoire. Et si je dis cela aujourd’hui, c’est parce que mieux qu’ailleurs, on peut comprendre que si aujourd’hui le combat change de forme, le combat des ouvriers, le combat des salariés, le combat des employés, il change de forme, mais il ne change pas de sens par rapport à celui que vous avez mené. Il ne change pas de sens, parce qu’il s’agit toujours du respect de la valeur travail, qui elle-même suppose toujours le respect de celles et deux qui l’accomplissent, et ce respect exige une plus juste répartition des profits et des richesses, c’est le combat central de la gauche et des républicains. (« Bravo ! », applaudissements, « Bravo ! »)

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Ségolène Royal : "Je retiens une autre leçon de l’histoire du pays minier, et qui résonne très fortement dans l’actualité politique."

Je retiens une autre leçon de l’histoire du pays minier, et qui résonne très fortement dans l’actualité politique. Ici, les travailleurs étrangers furent dès le XVIIIème siècle les pionniers de l’exploitation minière, puis aux côtés des travailleurs français, les bâtisseurs de notre puissance charbonnière. Sans eux, nos succès industriels n’auraient pas été possibles. Ils ont aussi contribué à nos conquêtes sociales. Le monde entier est descendu dans nos mines. On dit que 29 nationalités de tous les continents se sont côtoyées au fond de la mine, des Polonais, acheminés par trains entiers avant la Seconde Guerre Mondiale, aux Italiens, venus après dans le cadre d’un accord qui échangeait, si l’on peut dire, 250 000 travailleurs contre 150 kilos de charbon par jour et par homme travaillant à la mine, des Kabyles d’Algérie aux Espagnols et aux Portugais, des Hongrois, Tchèques, Yougoslaves, Roumains, Turcs, et bien d’autres, venus d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Nous avions besoin de tous, pour produire toujours plus de charbon.

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Des Marocains à leur arrivée dans le Nord de la France (Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais Lewarde)

Des recruteurs leur faisaient miroiter des conditions de vie et de travail nettement plus attractives que celles qu’ils ont trouvées sur place. Certains, originaires du Moyen Atlas, ont raconté qu’on les sélectionnait comme du bétail, pour leurs muscles : tampon vert sur la poitrine, bon pour le service, tampon rouge dans le dos, pas d’embauche. La préférence allait à ceux qui ne parlaient pas français, dans l’espoir qu’ils soient plus dociles. Ils recrutaient des bras, pas des hommes. Mais chaque vague d’immigration a connu aussi l’épreuve de la discrimination. À chaque période de récession, de dégradation de l’emploi, des discours haineux ont dénoncé la concurrence des immigrés et réclamé leur expulsion au nom de la préférence nationale : eh bien la leçon que j’en tire vaut aussi pour aujourd’hui ! (« Bravo ! », applaudissements)

Elle vaut aussi pour aujourd’hui parce qu’il est évident que le travail partagé intègre et soude une communauté nationale, et que le chômage désintègre, et tend à dresser les uns contre les autres ceux auxquels on retire la dignité. Or sur fond de crise, dont les vrais responsables sont hors de portée, renaît la tentation de faire des immigrés les boucs émissaires des difficultés vécues, alors que les vrais responsables sont ailleurs, ce sont ceux qui ont déjà tout, qui tirent les ficelles du capitalisme financier, et qui veulent encore plus.

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Ségolène Royal : "Les vrais responsables sont ailleurs, ce sont ceux qui ont déjà tout, qui tirent les ficelles du capitalisme financier, et qui veulent encore plus."

Les puissances de l’argent voulaient que ces travailleurs souterrains, les mineurs, qui faisaient la richesse nationale, soient des travailleurs invisibles, rejetés, marginalisés : eh bien de même aujourd’hui. Les usines ferment, et les ouvriers de France les plus productifs, les plus qualifiés, sont jetés à la rue parce que les banques, livrées à elles-mêmes, se sont mises à jouer avec l’argent du travail. Vous voyez ce que je disais tout à l’heure : le combat change de forme, mais il ne change pas de sens, et les LU, les Molex, les New Fabris, et tous les autres, tous les ouvriers en lutte, savent que tout cela c’est une injustice sans nom. (« Bravo ! », applaudissements)

Et face à ce constat, il y a deux attitudes possibles : subir, ou résister. Il faut résister ! Et résister pour lutter. Et lutter pour changer les règles du jeu. Et je fais le vœu que l’année 2011 soit une année de résistance pour protéger tout ce qui peut l’être, et dynamiser tout ce qui veut produire et créer.

Et de ce point de vue, je salue avec vous l’esprit de résistance de millions de Français dans le combat pour les retraites, car tout en sachant … (Applaudissements) tout en sachant que la droite allait casser le système de retraite, cet acquis du Conseil national de la Résistance, le peuple français est quand même venu à 8 reprises descendre dans la rue et perdre des journées de salaire pour dire son refus et pour prendre date.

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Ségolène Royal : "Je salue avec vous l’esprit de résistance de millions de Français dans le combat pour les retraites."

Faisons la même chose pour la santé, l’éducation, les services publics, en organisant partout des réseaux de solidarité et d’entraide comme ici à Bully, en désobéissant quand c’est nécessaire, comme le font certains enseignants, afin de pouvoir en 2012 reconstruire tout ce qui nous a été pris et tout ce qui aura été détruit.

Alors bien évidemment, je ne suis pas là pour égrener un programme, mais tout ce que j’ai entendu ce matin, et à travers tous les coins de France où je vais, me conduit à vous dire que l’espoir de jours meilleurs est là.

Oui, nous redonnerons la retraite à ceux qui ont travaillé dur, ce n’est que justice.

Oui, nous ferons un pacte de confiance avec les jeunes pour que chaque jeune ait une bonne raison de se lever le matin, parce que la société lui tendra la main au lieu de lui fermer les portes, pour qu’il trouve un emploi, une formation, un apprentissage, (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes) une alternance, un service civique, quoi, quelque chose pour qu’il se lève et qu’il espère.

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Ségolène Royal : "Oui, nous ferons un pacte de confiance avec les jeunes pour que chaque jeune ait une bonne raison de se lever le matin, quelque chose pour qu’il se lève et qu’il espère."

Oui, nous interdirons les licenciements boursiers (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes), et je vois déjà certains sourcils qui se lèvent, puisque les ouvriers de LU viennent de l’obtenir par une décision du Tribunal de grade instance, alors si un tribunal le dit, c’est bien que ce doit être possible, eh bien nous le ferons.

Oui, nous ferons rembourser les aides publiques par les entreprises qui délocalisent alors qu’elles font du profit. (Applaudissements, « Bravo ! »)

Oui, bien sûr, nous ferons la Sécurité sociale professionnelle pour que les mutations économiques ne sacrifient pas toujours les mêmes et que les ouvriers puissent garder leur salaire et leur contrat de travail pendant leur formation professionnelle et pendant la mutation économique, sociale et écologique de l’entreprise.

Oui, nous créerons une Banque publique d’investissement pour les petites et moyennes entreprises, (Applaudissements, acclamations, « Bravo ! »), ces petites et moyennes entreprises qui sont le véritable tissu productif de la nation, et qui doivent pouvoir investir et créer des emplois.

Oui, nous redonnerons à l’éducation ses moyens, pour que l’égalité des chances ne soit pas un vain mot.

Oui, nous mettrons fin aux tarifications bancaires abusives, comme j’en ai parlé tout à l’heure.

Oui, nous ferons une plus juste répartition des richesses, seule condition du redressement du pays et du retour de la confiance, et nous donnerons à l’Etat, en partenariat avec les régions, les départements et les villes, l’obligation d’intervenir pour faire respecter les droits et les devoirs de chacun, et les nouvelles règles du jeu que nous allons définir ensemble ! (Pendant 45 secondes : « Bravo ! », applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes, puis en rythme : « Ségolène, (présidente) ! » répété)

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Ségolène Royal : "Nous reviendrons aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple."

Tout cela nous le ferons avec les Français, et non pas contre eux, comme c’est le cas aujourd’hui. Nous reviendrons aux fondamentaux de la démocratie : le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. (Applaudissements, acclamations)

Et c’est d’ailleurs cela que le peuple tunisien a compris, rendons lui ici un hommage tout particulier. (Applaudissements, acclamations, cris et sifflets enthousiastes, un klaxon)

Alors, Mesdames et Messieurs, chers amis, ici à Bully-les-Mines, dans ce bassin minier où l’on disait jadis : « Mineur, le sort de la France est entre tes mains. » ; je voudrais dire avec vous, grâce à vous, à tous les Français, ouvriers, employés, petits retraités, agriculteurs, chefs de petites entreprises, tous ceux qui sont oubliés, tous ceux qui sont confrontés à la vie chère, aux bas salaires, aux fins de mois difficiles, à l’impossibilité d’entreprendre, ce qui est de plus en plus le cas, car je pense aussi, je l’ai dit tout à l’heure, aux classes moyennes, aux artisans, aux commerçants, mis de côté, dans leur pays, je veux leur dire la même chose, à tous ces Français : le sort de la France est entre vos mains.

Et au moment où je vous parle, comment ne pas se souvenir de ce que François Mitterrand a dit la dernière fois qu’il est venu à Liévin dans le Pas-de-Calais ? Il disait ceci : « La victoire, vous la rencontrerez si vous la forcez. C’est une question de volonté, de continuité et de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. La chance, c’est vous qui la forgerez de vos mains. ». Et il ajoutait : « Il faut le savoir, rien ne vous sera épargné, mais cette victoire sera d’abord celle de tous ceux qui sans vous seraient abandonnés à toutes les fureurs des intérêts privés, abandonnés à toutes les colères de ceux qui ont eu peur. ».

Eh bien, je vous le dit ce soir à Bully, ayons tout simplement en nous l’envie heureuse et déterminée, comme en cet instant chaleureux, d’avancer ensemble, c’est notre force. Car tous ceux qui sont sans voix aujourd’hui ont besoin de nous. Par notre courage, donnons leur confiance pour qu’ils sachent que bientôt ils n’auront plus à subir, ils n’auront plus à se taire.

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Merci à vous, habitants de Bully-les-Mines, merci de m’avoir donné aujourd’hui par vos mots, par vos regards, par vos actions, par nos échanges, l’énergie de reprendre avec vous ce chemin et ce combat.

À vous qui m’accueillez ici, bonne année à tous et à chacun ! (Applaudissements, acclamations enthousiastes)

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