Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 15:51

2010-11-01T024748Z_398737857_GM1E6B10U2C01_RTRMADP_3_BRAZIL.JPG

Dilma Rousseff salue ses supporters après sa victoire dans la nuit de dimanche à lundi (Reuters/Bruno Domingos)

Dilma Rousseff, la candidate du Parti des Travailleurs (PT) de Lula, a été élue présidente de la 8ème puissance économique du monde hier. Elle l’a emporté face à son rival du PSDB (centre-droit), José Serra, par 56,05% des voix contre 43,95%. Pour la première fois, une femme gouvernera le Brésil.

Fidèle à ses convictions, elle a immédiatement rappelé qu’ « aucune région ne sera tenue à l’écart » et a salué ses adversaires :

« Premièrement, j’aimerais remercier le peuple brésilien, qui m’a accordé sa confiance. Je lui en serais éternellement reconnaissante pour avoir cette opportunité unique de servir mon pays à la plus haute fonction. Je promets de rendre toute l’attention que l’on m’avait apportée pendant la campagne, dans toutes les régions que j’avais visité.

PH2010110100364Silvia-Izquierdo-AP.jpg

Les supporters de Dilma Roussef célèbrent sa victoire la nuit dernière à São Paulo (AP/Silvia Izquierdo)

Aucune région de mon pays ne sera tenue à l’écart, ou considérée de second rang. J’aimerais remercier aussi tous ceux qui ont voté au premier et au second tour pour d’autre candidats ou candidates. Ils ont eux aussi célébré la démocratie. À eux aussi vont tous mes remerciements »

2010-11-01T001448Z 1716074893 GM1E6B10MTG01 RTRMADP 3 BRAZI

À Sao Bernardo do Campo, des Brésiliens fêtent la victoire de Dilma Rousseff à l'élection présidentielle (Reuters/Paulo Whitaker)

Dilma Rousseff a également chaleureusement remercié le président Lula, « avec beaucoup d’émotion » : « Je frapperai souvent à sa porte et je sais qu'elle sera toujours ouverte. (…) La tâche de lui succéder est difficile et représente un défi, mais je saurai honorer cet héritage et amplifier son travail. »

PH2010110100369.jpg

Les supporters de Dilma Rousseff dans les rues de São Paulo lors des premiers résultats (AP/Silvia Izquierda)

Par ailleurs, elle a réitéré son « engagement fondamental : l'éradication de la misère pour tous les Brésiliens et les Brésiliennes ». « Nous ne pourrons avoir de repos tant que des Brésiliens souffriront de la faim. », a-t-elle ajouté.

PH2010110100374AP Eraldo Peres

Un supporter de Dilma Rousseff au meeting suivant l'annonce de son élection à Brazilia (AP/Eraldo Peres)

Laudemar Aguiar, ministre conseiller de l’ambassade du Brésil à Paris, qui s’exprimait sur RFI, a ajouté : « C'est la victoire tout d'abord des Brésiliens. C'est déjà 25 ans de régime démocratique au Brésil depuis [19]85 mais c'est sa victoire évidemment et du projet politique de Lula. »

Carte des Etats

Du côté des scores par Etat et par grande région (Nord, Nordeste, Sud, Sud-Est, Centre-Ouest), la cassure est assez nette : le rouge du PT au nord, le bleu du PSDB au sud. Les scores de José Serra (PSDB) sont globalement concentrés sur les Etats riches et peuplés, mais sont assez courts : 56,6% au maximum pour l’Etat méridional de Santa Catarina ; Roraima, à l’extrême nord, et Acre, à l'extrême ouest, votent encore mieux (66,6% et 69,7%) mais sont peu peuplés et représentent 0,2% du PIB brésilien chacun. À l’inverse, Dilma enregistre des scores impressionnants dans le Nordeste et le Nord, avec 6 Etats à 70% ou plus.

2010-bis.jpg

Vote par Etat, 2ème tour de l'élection de 2010 : en rouge, Dilma Rousseff (PT), en bleu, José Serra (PSDB) (g1.globo.com)

Le Nordeste a voté en bloc et avec des scores de maréchal pour Dilma Rousseff : Bahia (70,8%), le Pernambouco, l’Etat natal de Lula (75,6%), le Ceará (77,3%), le Piauí (70%) et le Maranhao qui grimpe à 79,1%. C’est le Nordeste qui a le plus profité des politiques sociales du président Lula, notamment de la bolsa família : dans l’Etat du Maranhao, ce transfert de revenus atteint 54% de la population.

Nordeste

Carte des 5 grandes régions : en rouge, le Nordeste ; le Nord, le Sud, le Sud-Est et le Centre-Ouest

La région Nord, peu peuplée mais très vaste, a plutôt voté pour Dilma, parfois avec des scores de maréchal aussi : les grands Etats de l’Amazonas (80,6%), du Pará (53,2%) et du Tocantin (près de 59%), et le « petit » Etat de l’Amapá (62,7%). « petits » Etats du Nord ont voté pour le PSDB : l’Etat le plus septentrional du Brésil, le Roraima (66,6%), dont le gouverneur est membre du PSDB et qui avait déjà voté pour le PSDB en 2006 ; l’Etat d’Acre (69,7%), d’où est originaire la candidate verte éliminée au premier tour, Marina Silva, fidèle de l’Assemblée de Dieu, l’église pentecôtiste la plus puissante du Brésil, l’appellation « Acre » venant de l’Etat croisé de Palestine ; et le Rondônia (52,6%), état où la déforestation est très active.

La riche région Sud a voté en bloc pour le candidat de PSDB, José Serra : dans l’Etat de Santa Catarina (56,6% pour José Serra), moins de 10% de la population bénéficie de la bolsa família.

«Cette corrélation ne suffit pas à affirmer que ces personnes ont voté Dilma seulement parce qu'elles ont reçu Bolsa Família», remarque Marcelo Neri, économiste à la Fondation Getulio Vargas. Ce qui était perçu jusqu’en 2006 comme un « cadeau électoral » ponctuel est maintenant devenu un programme structurel, et depuis les populations les plus pauvres votent pour lui par affection, reconnaissance et identification, notamment dans le Nordeste. Car la croissance « à la chinoise » du Nordeste, et le plein-emploi dans les riches Etats du Sud-Est, Rio de Janeiro et le Minas Gerais, ont aussi contribué au vote en faveur de Dilma Rousseff, comme en 2006 pour Lula : 60,5% des votes pour la candidate dans l’Etat de Rio de Janeiro, 58,5% dans l’Etat du Minas Gerais.

Le vote est donc moins clair dans les régions intermédiaires du Sud-Est et du Centre-Ouest. Dans le Sud-Est, seuls le plus riche Etat du Brésil, São Paulo (54%), et l’Etat d’Espírito Santo (d’extrême justesse, à 50,8%) ont voté pour le PSDB.

Dans le Centre-Ouest, le Mato Grosso, où le lobby agroindustriel est maître et où la déforestation fait rage, le PSDB de José Serra l’emporte avec un peu plus de 51% des suffrages. Comme en 2006, le Mato Grosso do Sul reste aux mains du PSDB (plus de 55%). L’Etat très urbanisé de Goiás – la région métropolitaine de Goiânia, la capitale, compte plus de 2 millions d’habitants sur un peu moins de 6 pour l’Etat, et l’axe métropolitain avec Brasilia compte 6 millions d’habitants – a voté pour le PSDB à près de 50,8%, tandis que le District Fédéral (Brasilia) a penché en faveur du parti au pouvoir, le PT de Dilma Rousseff à près de 53%.

2006.jpg

2ème tour de l'élection de 2006 (g1.globo.com)

Par rapport à 2006, où Lula avait réalisé un score de 60,82%, les Etats qui avaient voté pour Lula mais n’ont pas voté pour Dilma sont Acre, le Rondônia, Goias, et Espirito Santo.

2002.jpg

2ème tour de l'élection de 2002 (g1.globo.com)

En 2002, Lula, opposé à José Serra, avait presque fait le grand chelem (seul le petit Etat de l’Alagoas du Nordeste n’avait pas voté pour Lula).

canada-bresil

Dessin de Plantu

Ségolène Royal a réagi très tôt, au milieu de la nuit dernière, à cette réélection contre laquelle certains avaient, à tort, parié ces dernières semaines, notamment quand pendant un temps le débat s’était focalisé sur un sujet sensible au Brésil, la religion (avortement, homosexualité) :

« Je salue chaleureusement la belle victoire de Dilma Rousseff à l'élection présidentielle brésilienne. Je me réjouis que le peuple brésilien ait choisi de poursuivre et d'approfondir avec elle le changement économique, social et démocratique conduit avec audace et pragmatisme par le Président Lula.


Dilma Rousseff dont j'ai pu, lors de nos rencontres au Brésil, mesurer le courage, la compétence et la détermination, a affronté une campagne dure au cours de laquelle les partisans de son adversaire ont alimenté les rumeurs les plus basses et tenté de jouer sur la peur.
Le Président Lula avait dû, en 2002, subir le tir de barrage de ceux, marchés financiers en tête, qui prédisaient le chaos au cas où il serait élu.
Dilma Rousseff a eu, elle aussi, sa part d'attaques violentes et de pronostics apocalyptiques décrivant un pays à feu et à sang au cas où elle en prendrait la tête.
Mais les électeurs brésiliens ne sont pas tombés dans le panneau.
Après avoir, pour la première fois dans l'histoire de leur pays, porté un ouvrier à la magistrature suprême, ils ont, pour la première fois encore, choisi une femme comme chef de l'Etat de la 8ème puissance économique mondiale.

3241949307_8dcb42e204.jpg

Dilma Rousseff, le président Lula et Ségolène Royal le 30 janver 2009 à Belem

Les électeurs brésiliens n'ont, ce faisant, pas seulement approuvé le bilan spectaculaire des années Lula : une croissance de plus de 7%, record du dernier quart de siècle, un chômage au plus bas, une classe moyenne désormais majoritaire, une pauvreté efficacement combattue pour des dizaines de millions de familles, un poids diplomatique croissant.
Ils ont aussi exprimé cette confiance dans l'avenir de ceux qui savent leur pays en plein essor et l'avenir de leurs enfants assuré d'être meilleur.


Du Brésil si légitimement fier de s'être « affranchi de la tutelle du FMI », comme aime à la rappeler Dilma Rousseff, nous sont venues quelques fortes leçons d'une cuisante actualité.
La première, c'est que la justice sociale n'est pas l'ennemie mais le carburant du dynamisme économique.
La seconde, comme l'a également souligné Dilma Rousseff durant sa campagne, c'est le rôle irremplaçable d'un Etat anticipateur et moteur pour qu'un pays titre, au service de tous, le meilleur parti de ses atouts.
La troisième leçon, c'est la nécessité d'un dialogue permanent avec les citoyens, les mouvements sociaux et les organisations syndicales car une démocratie participative et sociale accroît l'efficacité des politiques publiques.


Une femme énergique et de conviction vient d'être élue à la tête d'un grand pays qui peut puiser dans ses succès la force d'ouvrir de nouveaux chantiers et d'aller de l'avant.
Sa victoire est une bonne nouvelle pour le peuple brésilien et pour tous ceux qui veulent construire un ordre juste à l'échelle planétaire. »

Frédérick Moulin

Partager cet article

Repost 0
Published by Militants de l'Espoir à gauche - dans Actualité internationale
commenter cet article

commentaires

danielle SLUSZNIS 02/11/2010 06:28



BRAVO DILMA. Le monde entier se réjouit de ta victoire, car elle est la victoire de tout un peuple pour combattre la misère.Les Brésiliens sont plus malins que nous, certainement, en tout cas
plus clairvoyants. Bravo aussi au gouvernement brésilien d'avoir été capable de s'affranchir de la tutelle du FMI. Que d'autres pays vous rejoignent.........................



mirjossbom 01/11/2010 16:59



BRAVO! LES BRESILIENS AURONT SU FAIRE CE QUE LES FRANCAIS N'ONT PAS FAIT... ON CONNAIT LE RESULTAT!



Page D'accueil

  • : Militants de l'Espoir à gauche
  • Militants de l'Espoir à gauche
  • : Militants de l'Espoir à gauche réunit toutes celles et tous ceux qui soutiennent la ligne politique de Ségolène Royal pour une gauche démocratique, sociale, et écologique.
  • Contact

La fabrique AGIS !

dominique bertinotti (2)Dominique BERTINOTTI (75), Philippe ALLARD (75), Amale CHEBIB (75), Fabien SECHERRE (75), Françoise DEGOIS (75), Cyril CIBERT (86), Cécile FORTINEAU (23), christian CHOTARD (91), Eliane LEMAGNEN (64), esfand KHALAF (90), Laure BARGUILLET (87), Ahmed LAARAJ (30), Isabelle MALBERTI (75), Guy VERDIER (13012), catherine CANTAU (40), gilles CAILLET (91), Noëlle PLANCHAIS (56250), Gérard JABUT (69), Jocelyne BERDU (75), Jean-Pierre GUILBERT (75), Hélène MERMBERG, , Eric BRUN (63), Stéphanie SMANIOTTO,Eric CORNIER (33), Joelle FERAL, Gerard RAISER, Catherine RUBIO (33), Didier ANTONELLI, Nabil SANTO (75), Eliane LEMAGNEN (64), Céline LOOT, Pierre NSIMBA-DELEZAY (93), Marianne-Ségolène GINDREY (62), , Monique BONNIN (37), Jean-François THILLET (43), Jacqueline BOULET, Alain MAIRE (76), Caroline BERTRAN, Jacques MAZELLA (44), Christiane CHIROL, Rodrigue KOKOUENDO (77), Robert SIMON (75), francoise LALLIER (78), Sylvette GIRARD (28), claudine MOURET (41000), alban GUAY (37), roland ASTIER (38), mirella GOULOIS (62300), Michel CHARPENTIER (73), marie-neige PHILIPPE (44), Jean Jacques BAUGÉ (37), rachida MAZARIE (94), jacqueline LAKSANDER (2), pierrette LARDREAU (19100), martial LEHOUX (24), Rene PHILIPPEAU (91), Jean-Pierre HERY (2), Christine MALCOR (91), Jean KOMOROWSKI (33), , , Patricia VAN HALUIDYN (86), Claude BILLARDON (75), J-RAYMOND MAGUEUR (29), Claire CLAUDE (49), David VIEILLE, Laetitia DE WARREN (69), Georges RAULT (35), Michel CHATAIGNER (76), Chantal DEPUERS (6), YOLANDE PAVAN (93270), Maïté CAZAUX (33), Colette CHARBONNE (31), Hiroko KOMORI (75), M.J. SINAT (77), France-Marie NESPO-BIAIS (78000), Elisabeth HUSSON (75), Martine TREGRET (91), Andrée & Marie-Paule AUFAURE (3), Bernard JANODET (69), Yves FRUCHON (69), christiane NOUGARET (30), véronique SAINT-PAUL (75020), Marie-Noëlle VIBERT (94), Annick LE ROY (91), micheline HAREL (75), francoise QUELIN (77), jean baptiste TROUPLIN (75020), Elisabeth ARNAUD (33), Jean BRUNEL (13), Maryse MARTIN (17), Jacques ERNEST (92), Maurice BUTTIN (75015), Alain DRONEAUD (72430), Norel Houda AUMONT-GHÉDIR (75), Vanessa BAUDAT SLIMANI (45), CLAUDE TARRIERE (92500), Gérard PARCOT (91), FRANCK DAGORNE (56890), Ariane MATHIEU (77), Philippe POIGNANT (50), , Nadine AMIEL (75), Bernard FERRÉ (78), José THIOLLET (86), jerome DOUADY (38), Marcel AMIEL (75), arsene BOUTERFA (93500), sylvie SAINT PIERRE (95100), , Aurélien LONGÉ-LÉTANG (86), Fabrice BERARDI (13), Hubert TERRIGHI (47), Martine LEBRUN (94130), jean BURNELEAU (85), Marie FARRET (16), Janine CRESPIN (75013), sandrine PIERRON (86), cartier FLAVIEN (86), Dominique MENNESSON (94), Pierre BRUSSELLE (94), Eric DUCROS (86), , Romain ZARKA (75), Brigitte BEAUMANOIR (95), Olivier SALVANO-LUBESPÈRE (75), francoise ROZAN (12), Francine GILBERT REULIER (92), Christian AGON (75003), alain PIQUET (76), Laetitia CHEVROT (63), CHRISTIANE GOMEZ (86), Marc BONNICHON (33), Joëlle DE CORTE (17), Nadjet BOUCHIKHI (13), Yves FRUCHON (69), maryleine SIGRIST (5), Françoise CLEOSTRATE (34), Sébastien COUDRY (25), nicolas METIVIER (86), pierre HUYARD (17), Cécile GUILBERT (63), Bonaventure MBAYA (91), Bernard JANODET (69), Régis COTTET (86), martial LEHOUX (24), anthony ROUSSEAU (86), jean claude MAURIN (30), Jean-Claude CHEBROU (63), bruno OLIVIER (78), Jean-François VIONNET (26), ...

Pour rejoindre la fabrique socialiste AGIS : link