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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 19:40

 

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Ségolène Royal à l'écoute des syndicalistes, lors de la table ronde à la mairie de Lavelanet, et Marc Sanchez, le maire (@MidiNews)

Après Toulouse, Lavelanet. Ségolène Royal est arrivée à Lavelanet (du latin "avellana", aveline, noisette) et dans le pays d’Olmes, où elle était déjà passée à l’automne 2006, dans l’après-midi de vendredi.

Accueillie par le maire socialiste, Marc Sanchez, et par son adjoint, Kamel Chibli, secrétaire général de Désirs d’avenir, Ségolène Royal a d’abord visité, au bord du Touyre, la maison de retraite, où elle a rencontré les personnels et les retraités.

 

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Ségolène Royal, souriante comme le personnele et les résidents, à la maison de retraite du Touyre à Lavelanet (@Ségolène Royal)

 Comme à Toulouse, où elle a rendu visite au personnel de santé et aux patients de l’hôpital de Bourran, elle a tenu «  à rencontrer les personnels des services publics qui travaillent l'été et assurent, souvent dans des conditions difficiles, leur continuité pendant les vacances », et a expliqué que ce qui comptait, c’était d’avoir une véritable volonté politique de défendre les services publics.

 

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Marc Sanchez, le maire de Lavelanet, et Kamel Chibli, son adjoint, et le secrétaire général de Désirs d'avenir, ont accompagné Ségolène Royal à la maison de retraite et ont, eux aussi, discuté avec les résidents (@Ségolène Royal)

Ségolène Royal a écouté les personnels de santé et les retraités et s’est entretenue avec eux, accompagnée de Marc Sanchez et de Kamel Chibli.

 

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Jean Canal, ancien tisserand, 104 ans, la mémoire de Lavelanet et du pays d’Olmes, a dit à Ségolène Royal tout le plaisir qu'il avait à la rencontrer (@DDM)

Elle a fait la « rencontre et complice » de « Jean Canal, ancien tisserand, 104 ans, la mémoire de Lavelanet et du pays d’Olmes », comme elle le raconte sur sa page Facebook. Le pays d’Olmes a en effet une forte tradition textile.

 

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(@Ségolène Royal)

Jean Canal, doyen de Lavelanet, a dit à la candidate « tout le plaisir qu’il avait à la rencontrer », comme le rapporte LaDépêche.fr.

 

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Table ronde à la mairie de Lavelanet : côte à côte, on reconnaît la maire, Marc Sanchez, en grande conversation avec Ségolène Royal, et Kamel Chibli ; en chemisette jaune, l'adjoint au maire d'Europe Ecologie Laurent Carrère (@Royal Segolene)

Après la maison de retraite, Ségolène Royal a assisté à une table ronde à la mairie, avec Marc Sanchez et Kamel Chibli, soit en tout une quinzaine de personnes.

De nombreux thèmes ont été abordés.

La santé d’abord, avec l’inquiétude concernant les hôpitaux de proximité en milieu rural : le jour même, l’Agence Régionale de Santé (ARS) proposait la construction d’un nouvel hôpital à Lavelanet, avec une ouverture programmée pour 2015, la fermeture du service d’hospitalisation sur le site de Cassin, et le regroupement, le temps des travaux, de l’ensemble des activités hospitalières sur le site de la Soulano.

Si la grande crainte, depuis le début de l’année et le départ d’un cardiologue, d’une fermeture totale de la chirurgie semble écartée, alors que le Centre Hospitalier du Pays d’Olmes effectue 50% des actes de chirurgie du département, avec une densité de lits par habitant deux fois moindre (0,84 pour 1000) qu’en région toulousaine (1,57 pour 1 000), et si des médecins spécialisés de Foix se déplaceront pour réaliser des consultations dans les spécialités qui font défaut en pays d’Olmes, le bloc opératoire ne fonctionnera que 3 jours par semaine et ne réalisera que des interventions chirurgicales ambulatoires (sortie le jour ou le lendemain de l’opération, moins coûteuse pour la Sécurité sociale) et que dans 4 spécialités : ortho-traumatologie, vasculaire, ophtalmologie et endoscopies digestives.

Frédéric Birobent, représentant syndical CGT, a déclaré au sujet de cette annonce de l’ARS : « La création d’un nouvel hôpital est intéressante », quant au projet médical, « il faut savoir lire entre les lignes, le niveau de prise en charge chirurgical est quand même assez réduit.  Il apparait que les actions chirurgicales ne se concentreront que sur de l’ambulatoire.  L’activité chirurgicale de l’hôpital sera donc nettement réduite par rapport à ce qui se fait maintenant. ». Frédéric Birobent était présent à la table ronde organisée autour de Ségolène Royal.

 

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Ségolène Royal écoute les intervenants de la table ronde à la mairie de Lavelanet (@MidiNews2011)

Devant une Ségolène Royal attentive, une autre déléguée syndicale a souligné, devant cette situation,  « l’insuffisance du nombre de chirurgiens » à Lavelanet, la « fuite des patients vers les hôpitaux toulousains », ou encore « la situation des patients et des personnels qui se dégrade ».

Un médecin qui assistait à la table ronde a insisté quant à lui sur les inégalités d’accès aux soins dans un des départements les plus pauvres de France.

 

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Ségolène Royal prend la parole lors de la table ronde, notamment lors sur l'éducation, devant une audience attentive ; sur l'escalier, Françoise Degois prend des photos (@MidiNewsTV)

L’Education nationale ensuite, avec les 60 000 postes supprimés par le pouvoir sarkozyste depuis 2007, et les classes qui, à chaque rentrée scolaire, sont susceptibles de fermer. L’importance de « protéger le collège et de sanctuariser la maternelle » a été rappelée par la candidate, ainsi que la nécessaire réforme de la formation des enseignants, à qui l’on a supprimé une année de formation en milieu scolaire.

 

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Table ronde à la mairie de Lavelanet : en chemisette noire, le délégué de l’union départementale CGT, Frédéric Birobent (@MidiNews2011)

La politique industrielle après, avec la prise de parole du délégué de l’union départementale CGT Frédéric Birobent, devant la situation du bassin d’emploi en pays d’Olmes : il y a un « manque de politique industrielle ; il n’y a pas de politique industrielle et pas de politique financière pour soutenir les PME. ».

Déjà, fin 2009, dans ce pays d’Olmes qui a une très ancienne tradition textile, Frédéric Birobent déclarait : « Le bassin du textile est frappé en pays d'Olmes. Pas une entreprise n'est épargnée sauf Sotap-Carol à Montferrier, par exemple, car elle ne fait pas partie d'un grand groupe. C'est donc la logique du profit à court terme qui alimente la crise. ».

 

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Le président du directoire de la PME Sotap-Carol (@MidiNewsTV)

Sotap-Carol est une PME familiale qui a su diversifier et lisser son chiffre d’affaires et innover : au début de l’année, elle a reçu le 1er prix de l’innovation de la Commission Innovation du MEDEF Midi-Pyrénées.

 

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"La Sotap donne beaucoup de chances aux jeunes pour pérenniser le futur", souligne Saddok Belfakhet, ingénieur textile et responsable des deux centres du pays d'Olmes (@MidiNewsTV)

Si l’entreprise réalise encore 60 à 70% de son chiffre d’affaires dans l’habillement (Promod, Camaïeu, Cache-Cache), et 15 à 20% dans la lingerie et la corsetterie (Eminence, Etam), depuis les années 2000, l’entreprise s’est diversifiée dans des marchés à forte valeur ajoutée et nécessitant recherche et innovation : l’armée de terre, de l’air, et marine, et les grandes enseignes sportives comme Décathlon.

 

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Jean-Pierre Pouchodon, directeur général de la Sotap-Carol : "Sur votre droite nous aimerions installer courant 2011 la fameuse unité d’impression numérique, donc ça ferait un contraste saisissant, la technique du 21ème siècle dans une salle du 19ème"

« Ils nous permettent de lisser notre chiffre d’affaires en période creuse. Depuis quatre ans nous sommes sur des produits techniques comme la réflectance infrarouge pour le ministère de l’intérieur, des mailles polaires ou des produits très techniques pour le sport. Bref un gros travail de recherche et d’innovation technique avec le projet de faire l’acquisition d’une unité d’impression numérique dont on s’est fixé le démarrage pour 2011. », expliquait Henri Pouchodon, à la tête de l’entreprise familiale avec son frère.

Mais pour se développer, souvent les capitaux manquent, et pour la grosse PME ariégeoise Michel Thierry, créé en 1955 par le HEC éponyme, qui a son siège à Laroque d’Olmes, les financement sont dû être trouvé à l’étranger : le new yorkais MatlinPatterson et l’allemande Deutsche Bank ont permis en 2006 la restructuration de la société et le déploiement à l’international, et en 2009, pour continuer la stratégie de développement du groupe dans un contexte de crise, le fonds néerlandais HTP, avec l’aide du Fonds de Modernisation des Equipementiers Automobiles (FMEA, détenu par Renault, Peugeot et le FSI) prennent 97% du capital de l’entreprise (respectivement 67% et 30%) avec un apport de capitaux frais de 25 M€, et remboursent de 60 M€ de dette financière.

 

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Le siège de Michel Thierry lors de la reprise, en 2009, par le néerlandais HTP en partenariat avec le FMEA "un soupir de soulagement" écrivait La Dépêche.fr (@DDM)

Leader de l’habillage intérieur des automobiles, pionnier dans ce domaine puisque c’est en 1978 que Michel Thierry a eu le coup de génie de proposer à un constructeur automobile d’habiller sa voiture en tweed et a rencontré un vif succès, les clients du groupe Michel Thierry sont aujourd’hui 11 des 13 plus grands constructeurs mondiaux via les équipementiers qui installent les habillages, dont Volkswagen, Peugeot-Citroën, Renault, Ford, Toyota, BMW (Z4), Porsche (Cayenne), Opel ou Audi (Q5). Mais la PME Michel Thierry n’est plus à capitaux français.

 

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Marc Sanchez et Ségolène Royal lors de la table ronde (@MidiNewsTV)

L’écologie a aussi été abordée par Ségolène Royal, à la question de l’adjoint au maire Europe Ecologie Laurent Carrère sur le nucléaire. La candidate a rappelé son attachement à organiser une consultation populaire sur le sujet si elle est élue. Le 1er mai dernier, à l’occasion de l’hommage rendu à Jaurès par la gauche et les écologistes réunis devant sa statue à Lavelanet, Laurent Carrère écrivait sur le blog d’Europe Ecologie Ariège :

« Jean Jaurès militait pour la justice sociale. 
[…] Cette justice sociale doit passer également par l’amélioration des conditions de travail. 
Par exemple, aujourd’hui dans notre pays, la situation de ceux qu’on appelle les nomades du nucléaire interpelle. Il s’agit d’agents employés par des sous-traitants pour l’entretien des centrales et qui sont 10 à 15 fois plus exposés aux radiations que les agents d’EDF. 
[…] Enfin, il ne peut y avoir de justice sociale sans une prise en compte réelle de l’écologie […] Que dire des risques du nucléaire ? Après Fukushima, nous ne pouvons plus éviter cette question. 
En ce 1er mai 2011, il est évident que la solution n’est pas de travailler plus…Non ! Mais de travailler tous et ensemble pour vivre mieux. »

 

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Ségolène Royal a écouté, acquiescé, pris des notes, répondu. Après la réunion, elle a déclaré devant les caméras de MidiNews/AriègeNews :

« C’est vrai que partout où je vais, je vois une grande souffrance : une grande souffrance dans les services publics, des suppressions d’emplois, des tâches alourdies parce qu’avec les suppressions de personnel, alors que les missions sont les mêmes, c’est de plus en plus difficile.

Moi je crois qu’il faut d’abord réaffirmer la priorité politique, par exemple de l’hôpital public pour l’égalité d’accès à la santé, de l’école publique pour l’égalité d’accès à l’école, de la sécurité publique pour la sécurité, d’une banque publique pour l’accès des PME à des financements.

Et c’est déjà en affirmant des priorités politiques que l’on pourra orienter correctement les ressources publiques. Vous voyez, à l’origine, c’est ça ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas faire des économies ou des réformes.

 

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Ségolène Royal : "Moi je veux des services publics efficaces, pas de gaspillage, un euro dépensé, un euro utile, mais en même temps une forte volonté de maintenir des services publics au cœur du modèle de société"

Moi je veux des services publics efficaces, pas de gaspillage, un euro dépensé, un euro utile, mais en même temps une forte volonté de maintenir des services publics au cœur du modèle de société. »

 

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Statue de Jean Jaurès (@Ségolène Royal)

Puis est venu le temps de la cérémonie en l’honneur de Jean Jaurès dans le parc de Lavelanet, non loin de sa statue. Le grand homme est mort assassiné le 31 juillet 1914, il y a 97 ans aujourd’hui, alors qu’il sortait de L’Humanité, quotidien qu’il a fondé et qu’il dirigeait, pour se rendre au Café du Croissant, tué de deux balles dans la tête par Raoul Villain, un étudiant nationaliste, 3 jours avant le début de la Première Guerre mondiale. Après 56 mois de détention préventive pendant la durée de la guerre, le meurtrier est acquitté par onze voix contre une le 29 mars 1919, dans un contexte de fort patriotisme, et sa veuve est condamnée aux dépens.

 

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 Emilie Allabert, conseillère municipale PC, devant la statue de Jean Jaurès le 1er mai 2011 (@DDM)

Déjà le 1er mai dernier, la gauche et les écologistes s’étaient réunis à ce même endroit. Emilie Allabert, conseillère municipale PC, avait appelé à la lutte : « Les luttes, le pays d'Olmes connaît depuis des années ; après avoir mis à terre toute l'industrie textile, le gouvernement et le patronat s'efforcent maintenant de détruire ce qui reste des services publics dans notre vallée. Aujourd'hui c'est l'hôpital qu'on veut désagréger. ». Marc Carballido, Premier secrétaire fédéral PS lui avait emboîté le pas : « Si nous n'allons pas vers une forte mobilisation, oui, nous avons à craindre. ». Et l’adjoint au maire écologiste Laurent Carrère avait conclu sur le thème de la justice sociale « qui doit passer par des services publics de qualité, l'amélioration des conditions de travail, d'emplois décents et suffisamment rémunérés », ce qui est « possible dans le cadre d'une démocratie renouvelée et une prise en compte réelle de l'écologie ».

 

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Pendant le discours du maire vendredi, la gauche et les écologistes unis : Ségolène Royal, Kamel Chibli, Mar Carballido, Premier fédéral du PS de l'Ariège, Laurent Carrère d'Europe Ecologie (chemisette jaune), la communiste Emilie Allabert en rose fuschia (@Ségolène Royal)

Ségolène Royal a donc a assisté à l’union de la gauche (PS, PC), des écologistes d’Europe Ecologie et des libres penseurs dans cet hommage vendredi à Jean Jaurès, aux côtés du Premier secrétaire fédéral Marc Carballido, soutien de François Hollande comme il l’annonce sur son profil Facebook.

 

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Ségolène Royal et Marc Carballido, souriants, pendant l'hommage à Jean Jaurès (@MidiNews2011)

Elle a d’abord écouté le maire, Marc Sanchez, puis Roland Pavan, pour la libre pensée, Jean-Pierre Icre pour les communistes, Laurent Carrère pour Europe Ecologie, et Marc Carballido pour le PS, qui lui a passé la parole.

 

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Ségolène Royal pendant son discours à Lavelanet le 20 juillet 2011 (@Ségolène Royal)

Puis, devant 300 personnes réunies, elle a prononcé un discours axé sur les valeurs défendues par Jean Jaurès, et d’une étrange actualité, rappelant les 5 leçons laissées par le grand homme : la défense de la valeur travail ; les combats ouvriers et la démocratie sociale ; l'éducation pour tous et la formation tout au long de la vie ; la laïcité et les langues régionales ; et enfin l'amour de la France, de la République, de la Nation, de l'Europe et de l'internationalisme.

« Il y avait bien longtemps que le parc de la mairie n'avait pas vu autant de monde. », souligne La Dépêche.fr aujourd’hui.

Ségolène Royal rappelle que Jaurès constatait que souvent le travail se traduisait par « le combat des hommes entre eux, l’âpreté au gain, l’oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimitée », et réagissait avec force : « il faut subordonner les lois brutales de la concurrence aux lois supérieures de la vie ». Sur les combats ouvriers et la démocratie sociale avant la lettre la candidate retient la jolie formule jaurésienne, « la République affirmée dans l’atelier ». Sur la France, la République, la Nation, l’Europe et l’Internationalisme, Ségolène Royal partage la pensée de Jean Jaurès « qu’un peu d’internationalisme éloigne de la patrie et que beaucoup y ramène ».

Enfin, parlant du renouveau de la démocratie et de la rénovation du socialisme, la candidate rappelle ces trois phrases d’une actualité brûlante :

« La démocratie française n’est pas fatiguée du mouvement, elle est fatiguée d’immobilité (…), fatiguée de l’incohérence et de l’impuissance des gouvernants. »

« L’individu est la mesure de toute chose », car les citoyens ont le droit de conduire leur vie et le devoir de répondre de leurs actes, sans que jamais l’individuel et le collectif s’opposent.

« Le socialisme n’est pas une momie enveloppée de bandelettes doctrinales (…). Nous sommes un parti vivant, nous poursuivons notre œuvre de justice non dans le vide mais au travers des réalités multiples et diverses de la société présente. »

 

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Ségolène Royal va déposer une gerbe, accompagnée de Kamel Chibli, de Marc Carballido et d’Emilie Allabert (@DDM)

Après son discours, Ségolène Royal est allée déposer une gerbe, accompagnée de Kamel Chibli, de Marc Carballido et d’Emilie Allabert notamment.

La philarmonie de Lavelanet a lors entamé une vibrante Internationale reprise en chœur par les Lavelanétiens, suivie d’un remarquable Temps des cerises.

 

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Ségolène Royal, souriante, échange quelques mots avec les Lavelanétiens qui se pressent autour d'elle, et signe quelques autographes à leur demande (@Ségolène Royal)

Puis Ségolène Royal est allée à la rencontre des habitants de Lavelanet, qui se sont pressés autour d’elle : souriante, elle a signé des autographes.

Enfin, la municipalité avait préparé un buffet campagnard pour terminer cette journée dans la convivialité, et les personnes présentes lui ont fait honneur.

Frédérick Moulin

 

-oOo-

 

Allocution de Ségolène Royal à Lavelanet, le 29 juillet 2011

 

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(@Ségolène Royal)

 

Mes chers amis,

Ici, dans le sud-ouest, les racines historiques sont solides et les combats sociaux ont été nombreux.

Ces combats nous rappellent que les droits politiques et sociaux ne furent jamais octroyés mais toujours conquis à force de courage et parfois chèrement payés.

Ici, on sait ce que lutter veut dire.

Ici, la dignité ouvrière et l’enracinement républicain eurent, dès l’origine, partie étroitement liée.

Ce devoir d’invention qui nous incombe aujourd’hui pour relever la France, Jaurès l’assuma en son temps.

Alors ce soir, j’ai envie de vous dire en quoi ce fils d’un sud-ouest souvent rebelle qui garde encore les traces de la révolte cathare reste, pour moi, le défricheur et l’éclaireur d’un combat toujours actuel pour que la République tienne sa promesse de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ce qu’il appelait « la bataille entre le droit et le privilège », nous devons à notre tour la mener contre les inégalités qui se creusent, contre les discriminations qui persistent, contre les précarités qui à nouveau s’étendent.

Jaurès s’insurgeait jadis contre « l’injustice qui, du père au fils, passe avec le sang ». Autrement dit : la pauvreté héréditaire et l’immobilité des conditions.

Auraient-elles disparu ? Non ! Elles reviennent même en force, ruinant l’égalité des chances et assignant un nombre croissant de familles à ce que Jaurès appelait « la perpétuelle incertitude de la vie et la perpétuelle dépendance ».

Et cela, pas plus que lui jadis, nous ne l’acceptons pour la France car il en va du pacte social dont l’Etat doit être le garant.

I.- Le défenseur de la valeur travail

Le travail, disait Jaurès, devrait être « le combat de tous les hommes contre les fatalités de la nature et les misères de la vie » alors qu’il n’est, le plus souvent, que « le combat des hommes entre eux, l’âpreté au gain, l’oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimitée ».

Voilà pourquoi, disait-il aussi, «il faut subordonner les lois brutales de la concurrence aux lois supérieures de la vie ».

N’est-ce pas, dans le monde globalisé qui est désormais le nôtre, une feuille de route toujours actuelle ?

Et lorsqu’il dénonce « un système de métal qui traite des millions d’hommes comme une matière première » et l’emploi « comme une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré », ne disons-nous pas la même chose, nous qui n’acceptons pas que les salariés soient traités comme une vulgaire variable d’ajustement exposée aux licenciements boursiers et aux délocalisations brutales ?

Comme elle nous paraît proche de nous son indignation contre des comportements patronaux que nous pourrions décrire quasiment dans les mêmes termes !

Malgré tout ce qui a changé de lui à nous.

Je veux, moi, instaurer de nouvelles règles du jeu qui garantiront aux salariés le respect de leur dignité.

Je veux créer des sécurités nouvelles qui ne seront pas ennemies de la performance économique mais, au contraire, facteur de productivité et de compétitivité renforcées.
Révolté par les patrons autocrates et voyous de son temps, Jaurès – et cela mérite d’être rappelé – respecte ceux qui prennent le risque d’entreprendre et conduisent honnêtement leur affaire, victimes eux aussi de l’entente et de la spéculation.


 

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Ségolène Royal et Kamel Chibli (@MidiNews2011)

II.- Combats ouvriers et démocratie sociale avant la lettre

Jaurès est révolté par la dure condition ouvrière de son temps.

Livré à lui-même, le capitalisme est pour lui « un désordre » auquel il oppose la nécessité d’un « ordre nouveau » et moi celle d’un ordre économique et social juste.

Quand, face à l’injustice, la colère ouvrière éclate, il n’hésite pas et se range aux côtés de ceux qui se battent pour leur dignité.

Jeune républicain convaincu que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, il en vient à vouloir, pour que ces mots ne restent pas vains, que la démocratie s’étendre aux relations économiques et sociales.

Je ne peux m’empêcher d’établir une correspondance entre ce qu’il appelait « la République affirmée dans l’atelier » et cette démocratie sociale dont je veux faire (avec la démocratie représentative, la démocratie participative et la démocratie territoriale) l’un des 4 piliers de cette République nouvelle, de cette révolution démocratique que je propose aux Français.

Jaurès considérait que, dans l’ordre politique, la nation souveraine avait renversé les oligarchies du passé mais que, dans l’ordre économique, elle leur restait soumise.

Ce que la Révolution française avait fait pour le citoyen, il restait à l’accomplir pour le salarié privé de droits.

La démocratie sociale telle que je m’engage à la développer (avec le renforcement du dialogue entre partenaires sociaux, avec la représentation des salariés dans les conseils d’administration des entreprises, avec l’essor nécessaire d’un syndicalisme de masse qui rééquilibre les rapports entre le capital et le travail, avec sa capacité à anticiper et négocier les mutations économiques, avec ses compromis dynamiques dans l’intérêt bien compris de l’entreprise et de tous ceux qui contribuent à la production de richesse), cette démocratie sociale, donc, et l’idéal jaurésien de citoyenneté dans l’entreprise ont quelque chose en commun : la conviction que l’intérêt général commande le respect mutuel plutôt que la brutalité des relations sociales.

III.- Education pour tous et formation tout au long de la vie

Boursier, comme je l’ai moi-même été, il considère que le savoir est le premier droit, la première liberté, la première dignité.

Il soutient, bien sûr, les grandes lois scolaires de Jules Ferry.

L’école à deux vitesses, une pour les riches, une pour les pauvres, n’est pas seulement une injustice : c’est, pour lui, un gâchis du potentiel des enfants, un gaspillage d’intelligence.

Il croyait, avant la lettre, à la formation tout au long de la vie.

Il plaide pour une certaine diversité de l’offre scolaire dans un cadre public et laïque, pour le droit à l’expérimentation d’écoles indépendantes gérées par les communes et de méthodes pédagogiques nouvelles.

Ses positions reflètent pour une part la méfiance, traditionnelle à cette époque, du mouvement ouvrier à l’égard de l’Etat éducateur.

Mais elles anticipent en même temps bien des débats toujours actuels et, en cela aussi, Jaurès est moderne.

Il pensait que, pour donner à leurs élèves le goût du savoir et de la liberté, les instituteurs devraient disposer de leurs droits et pouvoir, ce qui leur fut longtemps interdit, se syndiquer.

Précurseur, il le fut aussi dans un domaine très nouveau pour l’époque et devenu, de nos jours, extrêmement important : les droits de l’enfant auxquels, vous le savez, je suis particulièrement attachée.

IV.- Laïcité et langues régionales

Ardent partisan de la séparation des Eglises et de l’Etat, Jaurès prend une part active à la grande loi de 1905 qui fonde notre laïcité républicaine.

La désimbrication de ce qui, des siècles durant, avait été si étroitement mêlé est violente.

Il le fallait pour que, comme le souhaitait Victor Hugo, l’Eglise soit chez elle et l’Etat chez lui.

Dans les débats parlementaires, Jaurès soutient Briand contre les plus véhéments des anticléricaux qui, à gauche, tentent d’opposer la liberté de pensée et la liberté de culte, toutes deux garanties par la loi.

L’histoire lui donnera raison.

Mais Jaurès ne voulait pas qu’à trop débattre des religions, on en oublie la question sociale, pour lui prioritaire.

C’est aujourd’hui une pratique coutumière de la droite que d’agiter la question religieuse pour différer les réponses à apporter aux problèmes sociaux et à la soif d’égalité.

Jaurès parlait et aimait l’occitan.

Il n’opposa jamais langue régionale et langue nationale car il trouvait naturel et très formateur pour les enfants de pouvoir passer de l’une à l’autre.

Favorable à l’enseignement des langues régionales, c’est de cette tradition d’ouverture, de pluralité et de complémentarité que je me réclame. Car je n’oppose pas le respect des identités locales ou particulières à notre commune appartenance à la nation et à la langue françaises.

 

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Ségolène Royal, Marc Carballido et Kamel Chibli (@MidiNewsTV)

V.- L’affaire Dreyfus

Jaurès est celui qui arrima solidement le socialisme à la République et à la démocratie.

Lorsqu’éclate l’affaire Dreyfus, il commence par partager le préjugé dominant dans le mouvement ouvrier de l’époque, qui ne se sent pas concerné par la sentence d’un tribunal militaire prononcée à l’égard d’un officier supérieur issu d’un milieu aisé.

Mais, très vite, il découvre l’injustice faite à un homme : il n’est pas question qu’il en soit complice.

Il s’engage avec passion pour la défense du capitaine traîné dans la boue, de l’homme victime du mensonge d’Etat et de l’arbitraire institutionnel.

Mes chers amis,

Il y aurait tant et tant à dire sur ce Jaurès que nous aimons, sur ces belles leçons d’humanité, de lucidité et de courage qu’il nous a laissées en héritage !

VI.- Nation, Europe, internationalisme

Jaurès avait l’amour de la France, de la République et de la nation.

Il croyait et je crois avec lui « qu’un peu d’internationalisme éloigne de la patrie et que beaucoup y ramène ».

Il vibrait de ce patriotisme bien compris qui est l’ennemi du chauvinisme et le contraire du nationalisme.

Jamais il ne transigea avec le devoir de défense mais il voulait une « armée nouvelle » qui soit l’émanation de tous les citoyens.

Il eut le courage de dire haut et fort que l’intérêt des peuples allemand et français n’était pas dans l’affrontement fratricide.

Il rêvait d’une Europe de la paix : il fallut deux guerres mondiales pour commencer à la construire.

Lui qui voulait passionnément la paix, il vit, avec lucidité, l’Europe courir à la guerre.

Dans le dernier discours qu’il prononça à Lyon-Vaise, il le dit sans ambages : ce qui se profile, « c’est l’Europe en enfer, c’est le monde en enfer ».

« Je dis ces choses, ajoutait-il,avec une sorte de désespoir car la nuée de l’orage est déjà sur nous ».

Il disait également que « la peur resserre et l’espérance dilate », façon de dire que, quand une nation n’a plus confiance en elle, chacun tend à se méfier de l’autre et à se replier sur soi, cependant que le ressentiment et parfois la haine prennent le pas sur l’hospitalité et la solidarité.

C’est plus vrai que jamais dans la France d’aujourd’hui, qui souffre et qui doute.
Mais j’y vois aussi une façon de dire qu’un désir d’avenir retrouvé, c’est un pays qui repart.

VII.- Fatigue démocratique et individu-test

Jeune élu du Tarn, Jaurès affirmait que la « la démocratie française n’est pas fatiguée du mouvement, elle est fatiguée d’immobilité (…), fatiguée de l’incohérence et de l’impuissance des gouvernants ».

Je ne saurais trouver de mots plus justes pour exprimer la crise démocratique qui sévit aujourd’hui en France, la nécessité de débloquer le pays, de restaurer l’efficacité de la puissance publique et la crédibilité de l’action politique.
Il n’avait pas peur de dire que « l’individu est la mesure de toute chose ».

Autrement dit : les institutions ne valent que dans la mesure où elles servent le désir de progression et d’émancipation de chacun.

Je pense, moi aussi, que les solidarités collectives ne valent que si elles font du droit de conduire sa vie et de la possibilité de répondre personnellement de ses actes non plus le privilège de quelques uns mais le droit de tous.

Tout le contraire de l’assistanat !

Il n’opposait pas, lui, l’individuel et le collectif, l’aspiration à l’autonomie et les sécurités collectives qu’elle requiert.

* * *

Mais peut-être le Jaurès le plus hardi, le plus iconoclaste est-il celui qui houspillait fraternellement ses camarades en leur tenant ces propos : « le socialisme n’est pas une momie enveloppée de bandelettes doctrinales (…). Nous sommes un parti vivant, nous poursuivons notre œuvre de justice non dans le vide mais au travers des réalités multiples et diverses de la société présente ».

Il ajoutait : notre rôle n’est pas de nous isoler dans je ne sais quel souci de pureté ou de perfection, notre rôle, c’est « de nous commettre avec la société d’aujourd’hui ».

Il exhortait les siens à n’avoir « peur d’aucune formule et d’aucune idée ».

Jamais il n’abdiqua son indépendance de pensée et de parole.

Jamais il ne se résigna à l’injustice.

Jamais il ne dévia de sa ligne de conduite : recherche de la vérité, clarté dans le débat, unité dans l’action. Et République indissociable de la justice sociale.

Ségolène Royal

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